OBSERVATION VIII
(Mosny. — Sociélé Analomique, 1888.)
rupture rapide et progressive de l'aorte. — Epanchement dans l’æsophage
et l'estomac.
Femme 85 ans, en bonne santé apparente. [Il y a 15 jours, sans prodromes, selles sanglantes. À son entrée à l’infirmerie, trois selles abondantes de sang rouge. Mort dans la nuit.
Auropsie : Cœur scléreux, tuberculose pulmonaire.
Estomac el inteslin remplis de caillois el de sang : 3 litres. Énorme ulcération de l'œsophage communiquant avec l'aorte et donnant l'explication du melœna el de la quantité de sang accumulée dans les voies digeslives.
Plaques d'athérome nombreuses sur tout le trajet de l'aorte, à divers degrés d'évolution, plaques jaunes, plaques calcaires, plaqu es ecchymotiques. Au niveau de l'union de la crosse avec l’aorle thoracique, sur Ja partie postéro-inférieure droite de la paroi de l'aorte, se lrouve une large plaque ecchymotique, noirâtre, dure, calcaire, fissurée ; on la soulève facilement avec le s!ylet qui s’insinue sous cette plaque et ressort à l'intérieur de læsophage par la perforation que nous allons décrire. Sur la face interne de l'œsophage, on trouve une large plaque ecchymotique violacée, noirâtre, perforée en son milieu, correspondant à la plaque athéromateuse de l'aorte. Communicalion par deux orifices séparés par un pont transversal qui constitue le fond de l’ulcération.
A la coupe on constate les lésions histologiques de l’artérite chronique et surtout une ulcération profonde de la tunique moyenne.
Le plus souvent c'est au niveau de l’une de ces plaques d’athérome qu'est située la rupture : il en est ainsi dans le cas de MM. Bousquetet Roger; on y voit très nettement une pustule athéromateuse dont le centre s’est aminei, s'est laissé refouler sous la pression sanguine, dilater même en une petite cavité anévrismale de la dimension d’un pois, et puis s’est rompue.
Il n’en est pas toujours nécessairement ainsi : l'aorte peut se rupturer en dehors de ces plaques d'athérome, en une région d'apparence saine. Letulle pense même que ces cas sont les plus fréquents. « Tous les observateurs à peu près sans exceplion s'accordent à reconnaître que la rupture spontanée de l'aorte s'effectue précisément sur une aorte intacte, au moins à l'œil nu, sinon en région beaucoup plus souple que le reste de l'organe quand l’accident a lieu au niveau d’une aorte calcifiée par îlots insulaires. » L'absence de lésions macroscopiques au point rupturé est signalée dans les cas de Crooke, Durand- Fardel, Eisengraber, Griffon, Martin-Dürr (Obs. XXXT), Nitoë (Obs. XVI), Paul, Thiercelin, Bensaude et Darcanne, Tolot et Sarvonat, Turner, Troje, et dans l’observalion suivante de Lion.