‹ Rupture Spontanée de l'AorteChapitre 24 sur 43 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

(Bouardel et Vibert. — Annales d'hygiéne, 1892.)

Rupture en deux temps de l'aorte thoracique. — Epanchement dans la plèvre droite. — Etat papyracé des parois. — Dégénérescence de Ia tunique

moyenne.

V.. E.., étudiant en médecine, 20 ans, était d’une excellente santé ; toutefois, pendant sa première année, il a eu quelques convulsions sans gravité, et à 5 ans une fièvre typhoïde extrèmement grave qui aurait tenu l’enfant entre la vie et la mort pendant trois mois.

Depuis lors, ce jeune homme n’aurait jamais été malade ; il était actif, laborieux, courait avec ses camarades, ne se plaignait ni d'étouffements ni de palpitations. Il n'a jamais eu de syncope ni d'hémorragie.

Le lundi 8 février, V... E... est venu à la Faculté de médecine ; il a pris part aux travaux de dissection, est rentré chez son père, au Perreux, vers 8 heures du soir, a dîné de bon appétit, a joué avec ses sœurs après le repas, et, avant de se coucher, a écrit une assez longue lettre fort gaie.

Dans la nuit du 8 au 9, V.. E... a ressenti des douleurs dans le ventre, il disait avoir des coliques. Il s’est levé vers 4 heures du matin, pour aller aux cabinets, mais il n'avait pas de diarrhée. Les douleurs ont persislé ; elles siégeaient dans la région du foie.

Le docteur Collardeau le vit vers 8 heures du matin, et, sans pouvoir faire un diagnostic sérieux, il pensa à la possibilité de coliques hépatiques. Il prescrit un lavement purgatif, suivi d’un lavement laudanisé et une potion, probablement de Rivière.

Le docteur Collardeau revit le malade vers midi, les douleurs étaient moins intenses, mais les vomissements bilieux, qui étaient survenus dès le matin, persistaient et élaient provoqués par tout ce qu'il prenait, potion ou boisson.

Le même état persista jusqu'à 6 heures du soir ; les douleurs élaient plutôt moins vives. Il n'y avait pas de fièvre.

À 6 heures, il y eut une douleur absolument intense qui arracha un cri au malade; puis il déclara que celte crise l'avait soulagé, qu'il se sentait mieux. Il ajouta, toutefois, entre 6 et 7 heures, qu'il avait un poids dans le côté droit, dans la région du foie, et il pensait que s'il vomissait, il serait soulagé.

À 7 heures, il demande que l'on aille chercher une bouteille de limonade, puis brusquement s'assied sur son lit, pousse deux cris, saisit le bras de sa mère : l'étreinte ne dure qu'un instant, le bras tombe inerte. Victor E .…. était mort.

AUTOPSIE. — Le cadavre est celui d’un jeune homimne de 20 ans, bien constitué, très vigoureux. Sur aucune région du corps on ne trouve de traces de coups ou de contusions.

La rigidité cadavérique a disparu, là putréfaclion n'est pas commencée ; toute la région postérieure, le dos, les lombes sont couverts d'une large lividité très foncée.

Ouverture du thorax. —La cavité pleurale droite contient 250 gr. de sang non coagulé. La plèvre costale droite est soulevée depuis la troisième côte jusqu’au diaphragme, depuis son bord postérieur jusque près de l'union du tiers moyen avec le tiers antérieur des côtes. Elle forme une large poche bombée, tendue, qui a refoulé le poumon droit en haut et en dedans. Cette poche contient du sang liquide et coagulé.

Nous en avons recueilli 1.809 grammes. Cette poche communique avec le médiastin postérieur, dont le Lissu cellulaire est infiltré de sang coagulé, feutré. Les poumons sont sains, ils ne contiennent pas de tubercules. Ils sont plutôt un peu teintés par la matière colorante du sang que congestionnés. Le péricarde contient deux cuillerées à café de liquide rougeâtre. Le cœur a son volume normal, les valvules sont absolument saines.

Le sang coagulé, qui entoure l'aorte el forme autour d'elle un volumineux caillot, s'étend jusque dans le tissu cellulaire rétropharyngien; en haut ei en bas, passe: au-dessous des insertions du diaphragme jusqu'autour des artères iliaques.

La suffusion sanguine, à gauche, passe même sous l’anneau crural et s'étend jusqu’à l'émergence de la fémorale profonde.

L'aorte, enlevée et ouverte avec les plus grandes précautions,

présente deux déchirures transversales : lune de 2 cent. 1/2 est

située 3-cent. en-dessous de. la naissance de la carotide gauche ; l'autre, de 25 millim., à 3 cent. au-dessus des insertions diaphragmaliques. Au niveau de ces déchirures, la gaîne cellulaire est décollée’et fait de la tunique artérielle une sorte de lambeau flottant.

Le diametre de l'aorte est pelit. Ouverte et élalée, l'aorte mesure 42 millim. Les parois de l'aorte sont d'une minceur excessive, papyrdcées. En examinant à la loupe, on voit qu'il existe d’autres petites déchirares ne comprenan£ pas toute l'épaisseur de la paroï. Cet amincissement commence presque au niveau de la naissance de la caroiide et s'étend jusqu'à sa parie. inférieure. Les autres artères examin'es el comparées avec l'aorte, la carotde gauche, la fémo- ‘rale gauthe, ont des parois d'épaisseur normale et paraissent saines.

EXAMEN HISTOLOGIQUE. — Au voisinage des points déchirés, l'aorte présente un amincissement considérable, son épaisseur parait à peine la moitié de ce qu'elle est aux autres régions.

Il ne s'agit pas d'un amincissement pur et simple, mais d’une dégénérescence. très complète de la tunique moyenne. Sur les coupes, on n'aperçoil plus, comme à f'étal normal, les lames élastiques slralifiées et.les cellules musculaires comprises dans leur intervalle. La Lunique moyenne se montre constituée par une: substance. g'anuleuse, sans struclure déterminée, avec quelques rares cellules musculaires sans trace de tissu élastique.

Gavtié abdominale.—Le Uissu cellulaire qui entoure l'aorte forme un amas de 8 à 10 centimètres infiliré de sang ; l'atmosphère cellulaire qui entoure le rein droit est remplie par une masse de sang du volume des deux poings. Le mésentère est jusqu'à son tiers moyen irrégulièrement pénétré et Leinté de sang.

Intestins sais : estomac, foie, rien ; cerveau, rien.

Nous-‘indiquerons à côté de ce cas celui de Geigel :

OBSERVATION XX (Geigel. — Wärtzhurger Medizin. Zeitschrift, 1861.)

Rupture de l'aorte chez un enfant de 14 ans. — Aorte très rétrécie, parois très minces.

Enfant de 14 ans en pleine santé qui meurt rapidement en demiheure.

AUTOPSIE. — Hématome sous-pleural gauche.

Déchirure en T de l'aorte : la branche horizontale du T se trouve bien au-dessous de l'origine de la sous-clavière, et la longue branche se prolonge sur l’aorte thoracique dans une étendue de 3 à 4 centimètres.

Au niveau de la branche horizontale, l'aorte est divisée entièrement ell'épanchement s’est fait par là dans le médiaslin postérieur, puis de là sous la plèvre. Le sang a aussi disséqué jusqu'aux iliaques primitives les parois de l'aorte, décollant la tunique externe de la tunique moyenne. « La tunique interne est saine, mais le calibre du vaisseau est à ce point rétréci qu'il admet difficilement le petit doigt; les parois sont en outre extrêmement minces et tout à fait transparentes. Le cœur gauche est considérablement hypertrophié. »

Un cas de Wasastjerna concerne un enfant de 13 ans, porteur d’un rétrécissement siégeant au-dessous de l’origine de la sous-clavière gauche et ayant entraîné une dilatation de toute la crosse aortique : la rupture s'était faite près de l’origine de l'aorte,

CTRUSVES

o° Aorte d'apparence saine. — Lésions microscopiques fréquentes. — Dans certains cas, à l'examen de l'aorte, on

ne constate ni athérome, ni dilatation, ni lésions syphilitiques, ni rétréc'ssement particulier avec amineissement el état papyracé des parois; l'aorte, à l'œil, ne paraît pas malade.

Voici quelques-uns de ces cas :

Page 1