SYMPTOMES ET MARCHE
Les lésions de l'appareil circulatoire ont le privilège de nous ménager, à côté de légitimes satisfactions d'amour-propre scientifique, de désagréables surprises. Bien plus, le cœur et ses annexes restent parfois muets sur des lésions qu’on n’ose même pas soupçonner.
Si nous ajoutons, à celte discordance, la grande variabilité des cas de ruptures de l'aorte, nous comprendrons sans peine que leur symptomalologie puisse être très obscure.
Néanmoins, cliniquement, l’évolution du drame peut se faire suivant trois formes assez nettement distinctes : Le premier symptôme, le seul que lon observe dans tous les cas, est une douleur vive à la région précordiale, épigastrique, thoracique ou lombaire, douleur térébrante accompagnée d’un état syncopal avec défaillance du pouls, pâleur de la face et refroidissement des extrémités.
Le malade tombe quelquefois en poussant un cri, fait quelques respirations incomplètes, quelques mouvements convulsifs, devient très pâle et meurt en quelques minutes. C’est la forme foudroyante
‘ (obs. VIII, XXI, XX VI).
Les
Plus fréquemment (obs. XI, XIX, XXV) dans une attaque subite, les malades tombent sans connaissance et sont pris pour morts. Mais peu à peu ils reviennent à eux ; la douleur existe toujours, elle est continue ; bientôt les vomissements surviennent, puis la dyspnée s'établit, entrecoupée par des accès de suffocation, elle devient rapidement menaçante ; le pouls faiblit alors et après quelques heures les malades meurent. C’est la forme rapide et progressive (obs. XXIV et XXX).
Enfin, le plus souvent, après une attaque subite les symptômes précédents s’amendent, arrivent même à écarter tout danger mais bientôt cette rémission est suivie d’une recrudescence qui se termine par la mort. Dans ces derniers cas, les symptômes évoluent donc en deux temps nettement séparés par une phase d’accalmie (obs. XXII ,XXIV, XX VID).
Ces différentes modalités cliniques trouvent leur explication dans la marche des phénomènes anatomiques.
Ily a tout lieu de croire en effet qu’à la forme foudroyante correspond une rupture simultanée des trois tuniques de l'aorte, permettant une irruption soudaine et considérable de sang dans le péricarde, les plèvres ou l'abdomen.
Dans la forme rapide, où les symptômes loin de s'atténuer vont en augmentant toujours, la petitesse de la déchirure, sa forme, la disposition de ses bords, permettent de comprendre pourquoi certains malades ont une survie de quelques heures.
Es
Mais lorsque l'existence se prolonge davantage, ilest clair qu'il faut tenir compte d’un autre élément : c’est que le plus souvent la rupture a lieu en deux temps. Dans la première attaque, les tuniques interne et moyenne se déchirent ; dans la deuxième, la tunique externe cède à son tour et cette fois après un calme, une amélioration même, variant de quelques heures à plusieurs jours parfois, la mort est instantanée.
Cr, quel que soit le niveau de la rupture, la marche des accidents est toujours irrémédiable et rapide lorsque les tuniques de l'artère sont largement déchirées. Mais le mécanisme de la mort diffère suivant que l’irruption du sang se fait dans le péricarde ou dans les autres parties du thorax et de labdomen. Dans ces derniers cas, l’épanchement de sang est énorme ; il survient promptement une syncope dont les malades ne se relèvent pas ; la mort a lieu par hémorragie. Il n’en est pas de même quand la ruplure. se fait dans le péricarde : la quantité de sang épanché variant en moyenne de 500 à 800 centimètres cubes ne peut expliquer l’arrêt subit des battements du cœur.
C’est alors qu'intervient la compression exercée sur le myocarde par l’irruption soudaine de sang dans la cavité péricardique ; et, si l’on considère que ce myocarde présente lui aussi très souvent des lésions de dégénérescence, on comprend que sa
résistance se trouve encore diminuée.