OBSERVATIONS
OBSERVATION I (Inédite), 1904.
(Observation due à l’obligeance de notre ami Collombet).
Rupture spontanée de l'aorte abdominale avec inondation rétro-péritonéale.
F... M..., 91 ans, hospitalisé, valide depuis trois ans.
Très bon état général.
Comme profession, le sujet en question était débardeur du port, ce qu'on appelle, à Rouen et au Havre, un « soleil », à Marseille, un «nervo ».
Comme tous les gens de sa profession, il était alcoolique et buvait 5 à 8 absinthes par jour. Gros foie débordant les côtes, rate perceptible à la percussion, souffle d'aortite à la base. Emphysème.
L'état général est bon ; rien de particulier dans les antécédents, à part l’éthylisme et une typhoïde bénigne en 1876, ce que le malade appelle & fièvre cérébrale ». Les digestions seraient un peu pénibles, cependant le sujet a une tendance
marquée à l’obésité.
Travaille dans les jardins de l'hôpital. N'a jamais été à l'infirmerie, ni dans les salles de maladies aiguës jusqu'en octobre 1901.
Le 5 octobre, entre salle Pouchet, pour une grippe à forme pulmonaire légère.
Le malade se lève, aide les infirmiers à balayer les salles ; on s'occupe peu de lui.
Le 28 octobre au moment de la visite, à roheures du matin, se lève de son lit puis, à peine sur le parquet, tombe et meurt sans pousser un cri, tout cela dure à peine quelques secondes.
Le bulletin de décès porte le diagnostic d'embolie pulmonaire.
«30 octobre. — Autopsie.
Au poumon, pas d'infarctus, pas d’oblitération des artères pulmonaires. |
Lésions d'emphysème aux deux sommets.
Antrachose très marquée, ce qui n’a rien d'étonnant, étant donnée la profession du malade.
Au cœur, plaques calcaires aortiques, anévrysme cupuliforme, grand comme la moitié d'une mandarine, à l’origine de l'aorte pas d'insuffisance. Myocarde normal.
A l'ouverture de l'abdomen, rien à première vue, cependant en soulevant' l’éstomac on aperçoit une voussure
anormale.
On déchire le péritoine de l’arrière-cavité, et on aperçoit de nombreux caillots sanguins.
Véritable mondation rétro-péritonéale.
Un volumineux caillot put être enlevé, véritable moule de la « région cardiaque » de forme irrégulière à bords très nets,
mousses ; il se fragmente en deux morceaux qui gardent à
leur partie postérieure l'empreinte des r1° et 12° côtes, et de la colonne vertébrale ; mesure environ 25 sur 25 centimètres ; pèse 800 grammes ; est aplati.
L’aorte enlevée au-dessus du diaphragne présente une déchirure linéaire de quatre travers de doigt environ, commençant au-dessous de l’origine du tronc cœliaque ; elle semble formée de deux tuniques : une extérne épaisse, comme de l’étoffe effilochée ; la tunique interne, rugueuse, épaisse, couverte par places d’incrustations calcaires ; l’une d’elles, cylindrique complètement, a 3 centimètres de hauteur environ. L'origine de la mésentérique supérieure rejetée à gauché est (en tuyau de pipe ».
Iln’y avait pas d’anévrisme, pas de dilatation, pas de poche.
Le foie est gros, pâle, pèse 1.800 grammes environ, ne présente rien d'intéressant
Rate volumineuse, traces de périsplénite.
Reins volumineux, adiposités centrales, atrophie dés pyramides: L'examen du cerveau n’a pas été fait.
La mort du sujet est due à une rupture de l’aorté abdominale, rupture qu'explique l’état athéromateux de ce vaisseau.
Le sujet était prédisposé à cet accident, l'effort qu’il a dû faire pour se soulever du plan de son lit a déterminé la rupture.
L'autopsie présente ce fait bien commun d’un péritoine résistant à l’inondation sanguine, déterminant la formation
d'un caillot excessivement volumineux.
Aie
OBSERVATION II (Inédite, 1905).
(Observation due à l’obligeance de M. le D: Socquet).
Rupture rapide et progressive de l'aorte ascendante.
Hémorragie dans le péricarde. — Enquête médico-légale.
X..., 45 ans. Antécédents spécifiques ; aucune autre maladie grave antérieure. Etant au théâtre est pris subitement, après l'absorption d'un bonbon, d'une violente douleur rétrosternale. Il tombe en syncope ; après quelques minutes, il revient à lui; la douleur persiste ; on le conduit chez un pharmacien qui, croyant à un empoisonnement, lui donne un vomitif. Mais bientôt la douleur augmente, se généralise dans tout le thorax, la dyspnée survient, les bruits du cœur s’assourdissent, le pouls faiblit, le malade devient très pâle ; quelques accès de suffocation l’agitent encore et, neuf heures après le premier accès, il meurt.
Cette mort inattendue émeut l'entourage ; les commentaires l’aidant, des doutes naissent ; l'autorité judiciaire demande l'autopsie que M. le Dr Vibert pratique quarantehuit heures après la mort :
«Le cadavre est celui d’un homme de taille moyenne, bien constitué, paraissant vigoureux.
On ne constate aucune trace de violence actuellement appréciable sur les différentes parties du corps. Au niveau du nombril se trouvent les traces de deux ou trois petites
érosions superficielles, n’intéressant que l’épiderme. Sur la
face palmaire des mains, traces d’une éruption peu apparente paraissant être de l’eczéma.
Il ny a pas d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu. Les os du crâne ne sont pas fracturés ; les méninges ne sont pas congestionnées ; le cerveau, le bulbe, le cervelet sont sains ; ils ne présentent aucune lésion, ni tumeur. Pas d’érosion sur la langue, ni sur les muqueuses de la bouche. L'œsophage et la trachée sont sains.
À l'ouverture de la poitrine on constate que le péricarde est très distendu et renferme 655 centimètres cubes de sang en partie coagulé.
Le cœur est un peu gros et ne présente pas d’ecchymoses sous-péricardiques à sa surface. Les cavités du cœur sont à peu près vides ; les valvules sont saines.
L’artère aorte est un peu dilatée au niveau de sa crosse, et présente plusieurs petites plaques athéromateuses. Au nivéäu d’une de ces petites plaques, à 2 centimètres environ au-dessus de la valvule droite, se trouve une petite perforation en forme de V dont chaque branche mesure de 7 à 8 millimètres de longueur. Cette perforation n’intéresse que les tuniques interne et moyenne. Entre les tuniques moyen ne et externe se trouve un épanchement de sang coagulé, formant un anévrysme disséquant du volume d'une mandarine. À ce niveau, la tunique externe qui forme la poche de cet anévrysme présente une petite perforation par laquelle s’est écoulé le sang qui s’est répandu dans le péricarde.
A l’orifice de l'artère coronaire postérieure se trouve une petite plaque d’athérome.
Il n'ya pas d'épanchement dans les cavités pleurales, pas
HO
d’eechymoses sous-pleurales, pas d’adhérences; les poumons sont un peu congestionnés, ils ne contiennent pas de tubercules et paraissent sains. .
L'estomac est complètement vide, la muqueuse, est saine et ne présente aucune altération appréciable.
Le foie est sain, la vésicule biliaire ne contient pas de calcul. La rate n’est pas diffluente. Les reins sont sains et se décortiquént facilement ; la substance corticale n'est pas atrophiée. |
I n’y a pas d’épanchement dans la cavité abdominale ; les intestins ne sont pas congestionnés et paraissent sains : l’appendice est sain.
La vessie renferme 150 centimètres cubes d'urine; sa muqueuse est saine.
En vue d'une analyse chimique, les organes ont été placés dans des bocaux scellés et cachetés. |
Conclusions.— La mort du sieur X... estnaturelle ; elle est le résultat d'une hémorrhagie intra-péricardique. consécutive à une rupture de l'aorte, survenue au niveau d’une petite
plaque d’athérome.
OBSERVATION III (Inédite), 1905.
(Observation due à l'obligeance de M. Joux, interne
à Brévannes).
Rupture foudroyante. — Epanchement dans le péricarde.
R..., 799 ans, hospitalisé au quartier du Château.
Pas de renseignements sur les antécédents pathologiques.
Etait bien portant. Se levant pour uriner, s’est affaissé ; la mort a été instantanée (26 août 1903).
Autopsie. — Poumons noirs, anthracosés, d'aspect congestionné, présentant des zones d’emphysème très accentué, ] rincipalement au bord inférieur du poumon gauche, au niveau de la languette cardiaque, laquelle est tellement distendue qu'elle offre l'aspect d’un poumon de batracien.
Zones de congestion aux bases.
Le péricarde est distendu. A son ouverture il s'écoule un liquide hémorragique, puis on retire 250 à 300 grammes de caiïllots cruentés.
Le cœur paraît normal. L’orifice mitral a des valvules légèrement touchées par l'athérome.
Les sigmoïdes de l'aorte présentent des nodules athéromateux sur leurs bords libres et des plaques à leur surface ;
elles sont néanmoins encore assez souples.
La crosse de l'aorte est dilatée de 2 à 3 centimètres. La dilatation existe par rapport au calibre de l'aorte thoracique.
La surface interne de l'aorte est pavée de plaques calcaires
dans toute l'étendue de sa portion thoracique. Quelques pla-
ques même se soulèvent et sont prêtes à se détacher. Certaines ont retenu en outre des caillots sanguins assez adhérents à la paroi.
Celle-ci est épaissie dans toute son étendue.
À la paroi postérieure, exactement au point où elle émerge de la base du cœur et dans la partie qui est tapissée par le péricarde, l'aorte présente une large boutonnière verticale mesurant 3 centimètres de long, à bords irréguliers et déchiquetés. Extérieurement la boutonnière présente l'aspect d’une ligne noirâtre sinueuse, à bords infiltrés de sang. A la partie supérieure siège une ecchymose étoilée de la grandeur d’une pièce de 20 centimes en argent. Intérieurement, la boutonnière a des bords déchiquetés et présente, à 4 millimètres de sa partie inférieure, une ulcération arrondie à bords irréguliers et taillés à pic avec un fond noirâtre, tomenteux et irrégulier. Cette.ulcération, présentant environ 1 centimètre de diamètre, a creusé les parois
épaissies de l'aorte et s’est ouverte au fond, en un point voi-
sin de son bord gauche. À son niveau, on ne trouve aucun
caillot.
Reins lobulés. On trouve quelques petits kystes séreux à
leur surface.
OBSERVATION IV (De Angelis).
‘(In Archives générales de médecine, 1836).
Rupture {traumatique de l'aorte descendante.
Homme, 35 ans, tombé d’une hauteur de rm. 50, ses mains
portèrent sur le sol. Ilse relève et ne se sentant aucun mal,