OBSERVATION XVII
(Mosny. — In Société anatomique, 1888).
Rupture rapide et progressive de la crosse de l'aorte. —
Epanchement dans l'æœsophage et l'estomac.
Femme, 85 ans, bien portante jusqu'alors, est reçue à l’'hospice dans la section des valides. Il y a quinze jours, la nuit, sans aucun prodrome, elle fut subitement prise deselles sanglantes abondantes.
Recçue à l’infirmerie, elle eut à son entrée trois selles abondantes de sang rouge. Elle meurt dans la nuit.
Autopsie. — Cœur scléreux. Poumon infiltré de tuberculose miliaire, prédominant au sommet droit. Estomac et intestin remplis d'une énorme quantité de sang rouge en caillots (2 à 3 litres). Enorme ulcération de l’œsophage, communiquant avec l'aorte et donnant l'explication du melœna et de la quantité de sang si considérable trouvée dans les voies digestives.
Plaques d’athérome nombreuses sur tout le trajet de l'aorte, à divers degrés d'évolution, plaques jaunes, plaques calcaires, plaques ecchymotiques. Au niveau de l'union de la crosse avec l'aorte thoracique, sur la partie postérolatérale droite de la paroi de l'aorte, se trouve une plaque large, ecchymotique, noirâtre, dure, calcaire, sissurée ; on la soulève facilement avec le stylet qui s'insinue sous cette plaque et ressort à l'intérieur de l'œsophage par la perfora-
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ration que nous allons décrire. Dans l'æsophage, au niveau de la large plaque athéromateuse de l’aorte, se trouve, sur la surface interne de la paroi œsophagienne, une large plaque ecchymotique, violacée, noirâtre, au milieu de laquelle se montre une perforation de la paroi. Communication par deux orifices, séparés par une sorte de pont transversal qui
constitue le fond de l’ulcération.
OBSERVATION XIX (Pilliet. — Zn Société anatomique, 1889).
Rupture rapide et progressive de l'origine de l'aorte. — . Epanchement dans le péricarde. — Anévrysme disséquant. |
Homme, 67 ans. Entre à l'hospice, se plaignant d’étouffement et d'une douleur dans la poitrine. Le début des accidents remonte à deux jours ; homme grand, fort et vigoureux.
À son entrée, il est dans un état de collapsus complet. Pas de paralysie appréciable des membres. Les lèvres sont cyaniques, les extrémités froides et violacées. Tout le corps est couvert de marbrures violacées, larges et étendues. Les bruits du cœur sont sourds et paraissent éloignés et faibles, cette faiblesse est plus marquée à la base où le second bruit n'est guère perceptible. Le pouls est très faible, dépressible. Il est surtout régulier, 72 pulsations. Il existe à gauche et en avant de la poitrine une voussure assez marquée formant un
triangle à base supérieure et correspondant au cœur. A cette
voussure correspond une mitité précordiale dont le diamètre transversal atteint 10 centimètres à la base. La sonorité pulmonaire est diminuée à la percussion du côté droit en avant. Le murmure vésiculaire est affaibli dans ce point. En arrière, matité assez forte à la base du poumon gauche. Les vibrations thoraciques paraissent conservées, la respiration est diminuée mais, il n’y a pas de souffle. Rien par
ponction exploratrice.
Le malade se plaint à la piqûre de l'aiguille et retombe
ensuite sur son lit.
Le palper abdominal révèle un foie très gros descendant
jusqu'à l'ombilic et débordant à gauche.
La pression sur les insertions diaphragmatiques au niveau de l'épigastre et dans les deux hypocondres est perçue douloureusement par le malade. Température axillaire 36°, Le soir 38 dans le rectum. Le malade meurt tranquillement
dans la nuit, par augmentation progressive du collapsus.
Aulopsie. — Péricarde distendu, rempli de sang noir à demi liquide (400 grammes), cœur volumineux en diastole, présente une surcharge graisseuse. Le muscle est d’un jaune pâle, parsemé de petits points blancs qui correspondent à des artérioles épaissies. Les valvules mitrales sont saines. Les sigmoïdes présentent deux ou trois petits noyaux calci-
fiés anciens.
Immédiatement au-dessus de la valvule postérieure commence une déchirure à bords écartés ; l'intervalle qui sépare les parois aortiques rompues étant comblé par une surface bourgeonnante irrégulière, et qui est formée par un caillot.
La déchirure mesure 6 centimètres de haut sur 3 de larg
Pas d’athérome à ce niveau, de même au niveau de la
crosse.
Le caillot qui bouche la déchirure offre une épaisseur de près de 1 centimètre. Il se continue avec une infiltration sanguine de la même épaisseur, située immédiatement au-dessous de la tunique moyenne de l'aorte. Cet infiltrat : est compris entre la tunique moyenne d’une part, la tunique celluleuse et le péricarde d'autre part. IL se continue en décollant la gaine des vaisseaux tout autour de l'artère pulmonaire qu'il enveloppe comme l'aorte. — Les coupes de l'aorte au niveau de la rupture montrent la cessation brusque des tuniques interne et moyenne.
Dans cette dernière existent de nombreuses taches de dégénérescence graisseuse des cellules. Le caillot est parsemé à ce niveau d'un nombre considérable d'amas de cellules Iymphatiques, il est donc en voie d'organisation et date
déjà de quelque temps.