‹ Ruptures de l'aorteChapitre 29 sur 39 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

(Muselier. — /n Gazette médicale de Paris, 1899).

Rupture foudroyante de l'aorte abdominale.

Femme 55 ans. Se plaint d'étouffements très pénibles. Depuis vingt-cinq ans éprouve des troubles gastriques (vomissements glaireux et filants quelquefois colorés le matin et sensation de pesanteur à la région épigastrique). Appétit toujours médiocre. Crampes fréquentes dans les mollets, et sommeil agité avec visions d'animaux et sensation angoissantes, ce qui fait soupçonner l'alcoolisme malgré les dénégations de la malade. A cessé son travail depuis dix-sept mois seulement.

À cette époque fluxion de poitrine. Depuis oppression habituelle avec accès de palpitation et de suffocation même la nuit, sans cause précise. [l ÿ a eu quelques vomissements et crachats sanglants.

Il y a douze jours crise nocturne violente de suflocation. Depuis, dyspnée continuelle, appétit nul, céphalée, fièvre légère.

‘A l'entrée, le 23 avril, dyspnée intense avec un peu de cyanose de la face. Ventouses sèches et injection de 25 grammes de

caféme, La cyanose s’efface et le facies devient d’une pâleur

SN

marquée (aortique). Ecchymose noirâtre qui s'étend sur la cuisse au point d'injection, tache de purpura aux membres inférieurs. La dyspnée diminue. Signe de congestion pulmonaire disséminée.

Au cœur, certain degré d'arythmie et d’inégalité avec affaiblissement des bruits. Souffle léger de la pointe au premier temps. Pouls tendu, inégal, bondissant, irrégulier. Foie normal. Urines albumineuses. s

Régime lacté et XV gouttes de digitale par jour.

Le 28, la dyspnée s'accroît. Pas de cyanose. Nouvelles injec-

tions de caféine. Le même jour, mort subite sans cause apparente.

Aulopsie. — Faibles adhérences du poumon droit. Emphysème double disséminé. Congestion symétrique des bases. Bronchite généralisée de moyenne intensité. Tubercules calcifiés aux deux sommets.

Cœur gros (650 gr.) vide. Parois du ventricule gauche épaissies. Valvules sigmoïdes de l’aorte insuffisantes, Quelques plaques d’athérome sur le pourtour de la valvule mitrale.

Crosse de l'aorte normale, mais incrustée de nombreuses plaques d’athérome.

En arrière du péritoine, énorme caillot sanguin allant des piliers du diaphragme à la partie supérieure du sacrum, recouvrant en partie les reins de chaque côté, de couleur noirâtre et de consistance rénitente, pesant plus de 1.200 grammes.

L’aorte est immergée complètement dans ce caillot, Extérieurement à sa partie antérieure à 2 cm. 1/2 de sa bifurcation, au-dessous de Ja naissance de la mésentérique inférieure, orifice ovalaire de 1 centimètre environ bordé par un soulèvement

de la tunique externe détachée de la moyenne, et en-dessous

ne 76 re une solution de continuité linéaire, Au-dessus de l'orifice la tunique externe est séparée de la moyenne par un caillot fusi-

forme long de 5 centimètres et épais de 1 centimètre. Face interne de l'aorte abdominale incrustée totalement de plaques athéromateuses et calcaires, rugueuses et saillantes, avec

quelques ulcérations.

Gros rein blanc avec suppuration du sinus frontal gauche.

OBSERVATION XXII (Brouardel et Vibert. — /n Annales d'Hygiène, 1899).

Rupture en deux temps de l'aorte thoracique. — Epanchement dans la plèvre droite. — Etat papyracé des parois. — Dégénérescence de la tunique moyenne.

V... E.., étudiant en médecine, 20 ans, était d’une excellente santé ; toutefois pendant sa première année il a eu quelques convulsions sans gravité, et à 5 ans une fièvre typhoïde extrêmement grave qui aurait tenu l'enfant entre la vie et la mort pendant trois mois.

Depuis lors, ce jeune homme n'aurait jamais été malade, il était actif, laborieux, courait avec ses camarades, ne se plaignait ni d'étouffements, ni de palpitations. Il n’a jamais eu de syncope ni d'hémorragie,

Le lundi 8 février, V... E... est venu à la Faculté de médecine, il a pris part aux travaux de dissection ; est rentré chez son père au Perreux vers 8 heures du soir, a diné de bon appétit, a joué avec ses sœurs après le repas, et

avant de se coucher, a écrit à un de ses camarades une assez longue lettre fort gaie,

Dans la nuit du 8 au 9, V... KE... a ressenti des douleurs dans le ventre, il disait avoir des coliques. Il s’est levé vers 4 heures du matin, pour aller aux cabinets ; mais il n'avait pas de diarrhée. Les douleurs ont persisté ; elles siégeaient dans Ja région du foie. Le Dr Collardeau le vit vers 8 heures du matin et, sans pouvoir faire un diagnostic sérieux, il pensa à la possibilité de coliques hépatiques. II prescrivit un layvement purgatif, suivi d’un lavement laudanisé, et une potion, probablement de Rivière.

Le Dr: Collardeau revit le malade vers midi, les douleurs étaient moins intenses, mais les vomissements bilieux qui étaient survenus dès le matin, persistaient et étaient provoqués par lout ce qu'il prenait, potion ou boisson.

Le même état persista jusqu'à 6 heures du soir ; les douleurs étaient plutôt moins vives. Il n'y avait pas de fièvre.

À 6 heures il y eut une douleur extrêmement intense qui arracha un cri au malade; puis il déclara que cette crise l'avait soulagé, qu'il se sentait mieux. Il ajouta toutefois, entre 6 et 7 heures, qu'il avait un poids dans le côté droit, dans la région du foie, et il pensait que s’il vomissait, ilen serait débarrassé.

A 5 heures, il demande que l'on aille chercher une bouteille de limonade, puis brusquement s’assied sur son lit, pousse deux cris, saisit le bras de sa mère: l’étreinte ne dure qu'un instant, le bras tombe inerte, Victor E... était mort.

Autopsie. — Le cadavre est celui d’un jeune homme de vingt ans, bien constitué, très vigoureux. Sur aucune région du corps on ne trouve de traces de coups ou de contusions.

La rigidité cadavérique a disparu, la putréfaction n'est pas

LPS re commencée ; toute la région postérieure, le dos, les lombes sont couverts d’une large lividité très foncée.

Ouverture du thorax. — La cavité pleurale droite contient 250 grammes de sang non coagulé. La plèvre costale droite est soulevée depuis la troisième côte jusqu’au diaphragme, depuis son bord postérieur jusque près de l'union du tiers moyen avec le tiers antérieur des côtes. Elle forme une large poche bombée, tendue qui a refoulé le poumon droit en haut et en dedans. Cette poche contient du sang liquide et coagulé.

Nous en avons recueilli 1.800 grammes. Cette poche communique avec le médiastin postérieur, dont le tissu cellulaire est infiltré de sang coagulé, feutré. Les poumons sont sains, ils ne contiennent pas de tubercules. Ils sont plutôt un peu teintés par la matière colorante du sang que congestionnés. Le péricarde contient deux cuillerées à café de liquide rougeâtre. Le cœur a son volume normal, les valvules sont absolument saines.

Le sang coagulé, qui entoure l'aorte et forme autour d’elle un volumineux caillot, s'étend jusque dans le tissu cellulaire rétropharyngien ; en haut et en bas, passe au-dessous des insertions du diaphragme jusqu'autour des artères iliaques.

La suffusion sanguine à gauche passe même sous l'anneau crural, et s'étend jusqu'à l'émergure de la fémorale pro-

fonde.

L'aorte enlevée et ouverte avec les plus grandes précautions

présente deux'déchirures transversales : l'une de 2 em. 1/2 est située à 3 centimètres en-dessous de la naissance de la carotide gauche ; l’autre de 25 millimètres à 3 centimètres au-dessus CR

des!insertions diaphragmatiques. Au niveau de ces déchiru-

UE

res, la gaine cellulaire est décollée et fait de la tunique

artérielle une sorte de lambeau flottant.

Le diamètre de l'aorte est petit. Ouverte et étalée, l'aorte mesure 42 millimètres. Les parois de l'aorte sont d’une minceur excessive, papyracées. En examinant à la loupe, on voit qu'il existe d’autres petites déchirures ne comprenant pas toute l'épaisseur de la paroi. Cet amincissement commence presque au niveau de la naissance de la carotide, et s'étend jusqu’à sa partie inférieure. Les autres artères examinées et comparées avec l'aorte, la carotide gauche, la fémorale gauche, ont des parois d'épaisseur normale et

paraissent saines.

Examen histologique. — Au voisinage des points déchirés l'aorte présente un amincissement considérable, son épaisseur paraît à peine la moitié de ce qu’elle est aux autres régions.

Il ne s'agit pas d’un amincissement pur et simple, mais d’une dégénérescence très complète de la tunique moyenne. Sur les coupes, on n’aperçoit plus comme à l’état normal les lames classiques stratifiées, et les cellules musculaires comprises dans leur intervalle. La tunique moyenne se montre constituée par une substance granuleuse, sans structure déterminée, avec quelques rares cellules musculaires sans trace de tissu élastique. Amincie, mais ne présente pas d'autre

altération.

Cavité abdominale : Le tissu cellulaire qui entoure l'aorte forme un amas de 8 à 10 centimètres infiltré de sang ; l'atmosphère cellulaire qui entoure le rein droit est remplie par

une masse de sang du volume des deux poings. Le mésentère

est jusqu'à son tiers moyen irrégulièrement pénétré et teinté par le sang.

Intestins sains ; estomac, foie rien, cerveau rien.

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