‹ Ruptures de l'aorteChapitre 37 sur 39 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

(Achard et Paisseau. — /n Presse Médicale

du 22 mars 1905).

Rupture rapide et progressive de l’aorte, avec épanchement

dans la plèere gauche.

W... G..., âgé de 44 ans, entré le 1* janvier 1904 à l’hôpital Tenon salle Bichat n° 4.

Entré dans la soirée et mort subitement à 7 heures du matin, le malade n’a pu être examiné.

On sait seulement, d'après ce qu’il a raconté aux infirmières, qu'il a été pris, dîinant en famille, d'un violent malaise et d’une gêne intense de la respiration. Il s’est aussitôt rendu à l'hôpital, sa dyspnée était modérée ; il se plaignaït de douleurs thoraciques mal localisées et profondes, et disait éprouver la sensation d’un caillot de sang qui le gênerait à la gorge. Il n'eut pas d'hémoptysie. Pendant la nuit, il fut agité, en proie à une soif ardente, il s’est plusieurs fois levé pour chercher de l’eau qu'il a bue en grande quantité. Au matin, ne pouvant rester au lit, à cause de la dyspnée croissante, il s’est levé et s’est assis sur une chaise.

Au bout d’une demi-heure environ, se plaignant d’une douleur violente, il s’est levé brusquement, a pâli et est tombé sans connaissance. On n’a eu que le temps de le porter sur son lit où il est mort en quelques secondes.

Grâce aux renseignements fournis ultérieurement par sa

famille, on a pu reconstituer l’histoire du malade.

‘était un homme très bien constitué, grand et remarquablement vigoureux. Il avait été lutteur, faisant des tours d’acrobate et soulevant des poids dans les champs de foire De bonne heure il avait été grand buveur et avait abusé de la vie de toutes façons. Les nombreux tatouages qui couvrent tout son corps attestent, d’ailleurs, qu'il a copieusement fêté Vénus et Bacchus. Il y a quelques mois, ses forces avaient décliné assez rapidement pour l'obliger, bien que n'ayant que 43 ans, à quitter sa profession de lutteur pour celle de photographe. Peu après, il entra pour quelque temps à l'hôpital jour des douleurs lombaires et des vomissements de sang abondants avec violente dyspnée. On aur ait, parait: il, à ce moment constaté de l’albuminurie. Très amélioré par le régime lacté, il le suivit consciencieusement à la sortie de l'hôpital et renonça complètement à Lette LE boire. Pendant cette période les vomissements disparurent, mais le malade éprouva de la dyspnée d'effort, eut de l'œdème malléolaire, maigrit beaucoup : de 20 kilogrammes, suivant le dire des parents. Dans les derniers temps, la dyspnée s'était accrue et l'œdème avait considérablement augmenté.

Autopsie. — Vingt-sept heures après, la mort. Le cadavre présente u un œdème considérable des membres inférieurs j jusqu’à la racine des cuisses.

A l'ouverture du thorax, on voit un énorme caillot d'un. seul bloc, qui remplit la cavité pleurale gauche, refoulant le poumon dont il prend la place et dont il représente le moule : ce caillot est rouge, cruorique, il pèse 1 420 grammes. Le

poumon refoulé est aplati contre le médiastin.

Le cœur est le siège d'une hypertrophie considérable,

SR

A sus portant surtout sur le ventricule gauche : les valvules sont saines.

L'aorte n'est pas dilatée ; elle présente sur sa face interne de nombreuses plaques athéromateuses, non calcifiées. Immédiatement en dehors de l'artère sous-clavière gauche on trouve le point de la perforation paroù l'hémorragie s'est produite : il est petit, assez nettement découpé ; il ne siège pas sur une plaque athéromateuse et forme une fente allongée de 1 centimètre environ de longueur et dontles bords sont nettement découpés. Un peu de sang s’est infiltré entre les tuniques de l'aorte sur lesquelles il forme une ecchymose de quelques centimètres. Le tissu conjonctif est infiltré de

sang au voisinage de la perforation et le long de la crosse

aortique.

Le foie présente l’aspect cirrhotique ; il est très diminué de volume et sa surface est très granuleuse. Les reins sont petits, durs, parsemés de taches ecchymotiques.

Examen histologique. — Le foie présente une sclérose insulaire sous forme d'ilots disséminés de sclérose jeune dans les espaces portes. Il existe aussi un peu de sclérose autour des veines centrolobulaires, sous la capsule de Glisson.

Dans le rein, les lésions artérielles sont surtout marquées.

Il y a nombreux glomérules sclérosés partiellement, et l'on

trouve dans la substance corticale des îlots de sclérose

embryonnaire. En outre, dans un assez grand nombre de tubuli, les cellules ont un protoplasma trouble et un noyau mal coloré.

Le myocarde paraît normal.

L’aorte, sur les bords de la rupture, présente un épaissis-

\ sement de sa tunique interne, sans athérome. La tunique moyenne est, au contraire, amincie; ses fibres élastiques sont déchirées à des niveaux différents. Le sang s’est infiltré un peu entre les lames de la tunique moyenne et surtout entre cette tunique et la tunique externe. On remarque, à une certaine distance de la rupture, des points où les fibres élastiques de la tunique moyenne sont interrompues et où se trouvent des sortes de cavités irrégulièrement creusées dans cette tunique.

Sur les préparations traitées par l'acide osmique, on constate, au voisinage de la rupture, une fine dégénérescence graisseuse des cellules de la tunique interne et même, dans la partie profonde de cette tunique, des amas graisseux con-

fluents.

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