HISTORIQUE
André Vésale (1557) à qui l’on doit la première autopsie d’anévrysme aortique diagnostiquée pendant la vie, signale, à l’occasion de ce haut fait clinique, l’éventualité d’une rupture de l'aorte. Mais il n’en rapporte aucun cas.
Pendant le xvr° siècle, grande discrétion encore sur cet accident que Riolan (1658) considère comme excessivement rare, vu l'épaisseur et la résistance des parois aortiques.
Au xvirre siècle, la question semble intéresser davantage et s’éclaircit un peu : l’anévrysme disséquant est connu de Nichols ; Lancisi, Morgagni surtout, dans ses lettres à Valsalva, apportent quelques observations, et commencent à étudier les lésions des parois artérielles.
Au commencement du xix° siècle, Trousseau et Leblanc, Scarpa, Rose, de Angelis et quelques auteurs anglais, parmi lesquels Arnoldt, se mettent à observer de plus près les signes fonctionnels et, les premiers, insistent sur le mécanisme des ruplu-
res de l'aorte.
Mais il faut arriver à 1850 pour avoir avec Broca
et Gaujot, dans les rapports qu’ils présentèrent à la Société anatomique, une étude statistique et quelques très justes interprétations cliniques, anatomiques et physiologiques.
Parmi les travaux intéressants. parus depuis cette époque il faut citer ceux de Chauvel(1865), de Martin-Durr (1891), de Dreyfus (1896), de Bobo (1898), de Gardette (1900),de Tolotet Sarvonat (1904), enfin la communication très instructive d’'Achard et Paisseau, parue cette année dans la Presse médicale.
ÉTIOLOGIE
Plus fréquentes chez l’homme que chez la femme, observées une dizaine de fois sur des jeunes gens de 13 à 25 ans (obs. XXII, XXV), mais constatées surtout de 35 à 70 ans, les ruptures de l’aorte peuvent être consécutives à un traumatisme, ou bien se produisent spontanément.
Quand elles sont traumatiques, on trouve le plus souvent comme causes : la chute d’un lieu élevé sur les pieds ou sur le tronc (obs. IV, XII, XX), un coup vigoureux reçu dans la région lombaire, sur la région thoracique (obs. V, VIT, XI), ou un effort violent au cours d’une risque, d’une attaque d’épilepsie, etc.
L’effort d’ailleurs, sous quelque forme qu’il s’effectue, a pour résultat de donner ur travail beaucoup plus considérable à l'appareil vasculaire, en amenant, en un mot, de l'hypertension artérielle, et en déterminant un excès de pression sur les parois de l'aorte.
Ainsi agissent vraisemblablement le froid qui produit une vaso-constriction périphérique, les émotions, la colère (obs. VI), l'éclat de rire, le chagrin,
la douleur, par un spasme artériel plus ou moins
généralisé, les efforts physiologiques, la lutte, la marche, le coït, l’accouchement, les repas plantureux, en amenant de l’éréthisme cardiaque.
Les ruptures sont en effet très souvent spontanées ; elles peuvent survenir pendant le sommeil (obs. XXVIII), pendant une conversation. On trouve toujours dans ces cas, comme d’ailleurs dans la grande majorité des observations précédentes, en examinant minutieusement les parois de l'artère, la raison de la catastrophe. Comme nous le disions au chapitre de l’Anatomie pathologique, c’est l’athérome, ce sont les aortites aiguës ou chroniques, c'est un ganglion caséeux qu'il faut incriminer.
Dans d’autres faits, il s’agit d’amincissement, d'état papyracé des parois de l'artère (obs. XXII), de retrécissement ou de faiblesse congénitale, de dégénérescence hyaline ou graisseuse, coïncidant très souvent avec une hypertrophie du cœur.
On comprend donc que toutes les maladies capables de produire ces lésions soient, par excellence, des causes prédisposantes à la rupture de l’aorte. Ainsi doivent rentrer en ligne de compte la syphilis dont on sait la prédilection (obs..XXIX) pour la tunique moyenne de l'aorte, l’arthritisme, « la goutte, qui est aux artères ce que le rhumatisme est au cœur » (Jaccoud).
Si la quantité de sang est importante à considérer pour l'hypertension qu'elle engendre, sa qualité ne l’estipas moins, au point de vue des modifications qu'y déterminent les différents poisons intrinsèques
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et extrinsèques de l'organisme, lesquels charriés par le courant se localisent très volontiers sur l'aorte. |
C’est ainsi qu’agissent la tuberculose et toutes les maladies infectieuses, diphtérie, scarlatine, rougeole, variole, etc., et aussi les intoxications en tête desquelles se trouvent l’alcoolisme, quiamène peu à peu une profonde dégénérescence des viscères, le saturnisme, le tabagisme.
Alors se trouvent réalisées, selon le motde Potain, des altérations diverses englobées sous les noms d’athérome, d’artério-sclérose, conséquences tardives et ultimes d'infections successives qui, ayant affecté, débilité Le système aortique, l’ont peu à peu miné et détruit et ont préparé la rupture fatale.