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lion nouvelle pour justifier une scission complète avec le passé et l'engager dans une direction absolument opposée. On voulait rendre Texistence plus digne, la remplir de soucis plus graves. Ce but était louable. Mais sous l'influence des idées démocratiques et réalistes qui régnaient dans les établissements universitaires et dans quelques écoles inférieures, il ne tarda pas à constituer un véritable danger.
Dans cette jeunesse féminine si ardente à s'instruire, im radicalisme vint à la mode qui dépassa bientôt celui des jeunes gens en résolution et en cynisme. Parce que, dans les anciens pensionnats, Tétude du français et de la musique, les leçons de danse et de tapisserie avaient éloigné des occupations plus sérieuses, on regarda comme une honte de s'adonner aux arts et aux travaux d'aiguille. Parce que le luxe des costumes et le culte de la mode avaient été poussés jusqu'à l'extravagance et la folie, la jeunesse révolutionnaire proscrivit toute élégance. On vit des jeunes filles emprisonner leur taille dans une jaquette étroite, porter les cheveux courts et arborer les chapeaux de feutre et les lunettes. L'idéal n'était plus Tallure aristocratique dont l'imitation faisait le tourment des beautés villageoises et des filles d'employés ; on affectait maintenant une tenue pleine d'abandon où le sexe abdiquait son rang et ne commandait plus les égards qui lui sont dus. L'anatomie et l'etn bryologie ne devaient plus avoir de secrets pour ces audacieuses; elles se mon-
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traient acharnées à pénétrer tous les mystères, fumaient la cigarette et hantaient les brasseries et les restaurants.
Les jeunes filles les mieux douées et les plus intelligentes, en adoptant ce genre de vie, lui donnèrent un caractère plus dangereux. On n'exagère pas en affirmant que les étudiantes russes se distinguent en général par le zèle, le talent et l'esprit de dévouement et que la plupart d'entre elles, lorsqu'il s'agit d'approfondir une étude scientifique, font preuve de plus d'aptitudes que la jeunesse masculine. De là chez les jeunes étudiantes, ces idées d'absolue émancipation, cette tendance à renoncer à la réserve qui jusqu'ici était un des attraits de leur sexe.
Le plus grand nombre résiste à cet entraînement ; les parents sont attentifs à retenir leurs filles sur une pente pleine de périls. Gomme auparavant, les arts faciles et une demi-éducation restent l'apanage d'une partie de la jeunesse fidèle à la tradition nationale. Seules d'ardentes natures, jouissant du double privilège de la force et de l'indépendance, peuvent rompre avec les usages et entrer dans la voie périlleuse de l'émancipation ; elles y sont suivies par le groupe des faméliques et des déclassées, veuves de tous les attributs qui font le charme de la femme, groupe que viennent grossir quelques révoltées désireuses d'échapper au joug des volontés paternelles.
La rapidité avec laquelle ce mouvement s'est dév^-
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loppé est un incontestable témoignage de sa popularité. L'entrée en scène des étudiantes qui forment aujourd'hui un corps assez nombreux, ne remonte pas à plus . de quinze ans.
; C'est en 1864 qui s'inscrivirent à la faculté de médecine de l'Université de Zurich les deux premières étudiantes russes. En 1868, une jeune personne qui se destinait à l'état de sage-femme obtint la permission d'assister aux cours de la faculté de médecine et de chirurgie de Saint-Pétersbourg. On rémarqua beaucoup le fait, et les principaux organes de l'opinion y applaudirent si bien, qu'il ne tarda pas à se renouveler. Sept ans plus tard, c'est par douzaines à Zurich et par centaines à Pétersbourg que se comptaient les étudiantes en médecine. En 1872, des cours particuliers pour femmes et jeunes filles furent ouverts à l'Académie de médecine et de chirurgie de la capitale ; dès l'annonce de ces cours, 500 aspirantes s'y présentèrent.
, En 1873, soixante-dix-sept jeunes filles russes étudiaient la médecine à Zurich. Bien que l'Etat n'ait pas encore accordé aux femmes le droit d'exercer cette profession, plusieurs centaines d'étudiantes fréquentent aujourd'hui l'Université de Pétersbourg, dont l'exemple a été suivi par les Universités de Moscou, de Kiew, de Charkowet d'Odessa. Un professeur ou un agrégé qui désire se faire un nom ne saurait mieux atteindre ce but qu'en ouvrant un cours spécialement destiné aux
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femmes. L'admission des étudiantes a lieu presque partout sur la simple production d'un certificat de sortie d'un gymnase féminin. Les cours d'anatomie, de physiologie et d'obstétrique senties plus fréquentés, parce qu'à la faveur d'un diplôme de sage-femme, les élèves espèrent pouvoir exercer leur art dans une certaine mesure. Il est certain que tôt ou tard le gouvernement devra leur abandonner l'accès des grades élevés. Les adversaires de l'émancipation le reconnaissent euxmômes. On s'est trop «avancé dans la voie des concessions pour qu'un mouvement rétrograde soit désormais possible.
. Dans les régions officielles, une marche en arrière répondrait cependant à des désirs bien naturels. En effet, depuis q^ll^ues années, les femmes ont fourni au nihilisme et aux associations révolutionnaires un effrayant contingent de forces et sous le rapport du courage, de la passion %\ de l'esprit de sacrifice, les étudiantes ont fréquemment laissé derrière elles leurs camarades du sexe fort. La bande d'insensés qui organisa l'échauffourée, de Pétersbourg devant l'église de Easan, avait à sa tête deux étudiantes juives. Le général Trépof tomba frappé de la main d'une femme. Ce iUt une jeune fille de dix-neuf ans qui tua d'un coup de feu Rosenzweig, ce juif nihiliste accusé d'avoir trahi ses complices. Une autre jeune fille se trouvait au premier rang de l'émeute des étudiants à Kiew. C'est par centaines que, dans le courant de ces dernières années^
les femmes furent emprisonnées et exilées en Sibérie pour crime de haute trahison et participation aux sociétés secrètes. Elles appartenaient à toutes les classes de la société, mais principalement à la noblesse de robe et aux familles du clergé orthodoxe, circonstance qui nous prouve d'une part l'extension du mouvement révolutionnaire jusque dans les séminaires et les académies ecclésiastiques (1), d'autre part l'état d'abaissémentet d'ignorance où croupit le clergé inférieur.
Ce qui arrivait avait été prévu. Il y a dix ans, Schédo- Ferroti prédisait que, poussée hors de son existence étroite et obscure, la génération féminine nouvelle courait le rique de s'égarer dans les entreprises révolutionnaires si on ne lui réservait dans la société un champ d'activité proportionné à ses forces. Dans son dernier écrit, l'auteur des Études sur favenir de la Huais conseillait sagement de remettre entre les' mains des femmes l'éducation première de la jeunesse campagnarde et de suppléer au manque d'instituteurs par la création de grandes écoles normales où se seraient formées des institutrices. Les filles de popes, de chan* très et de marguilliers auraient ainsi trouvé une occu* pation conforme à leurs aptitudes et seraient devenaes les utiles auxiliaires de l'éducation populaire. Si l6
(1) En avril 1879, les élèves des écoles ecclésiastiques furent uni seconde fois dépouillés de leur droit d'admission dans les Universités en suite de leur participation à une manifestation révolotionnaire.