PE L EDUCATION DES FEMMES BN RUSSIE
parti national de Moscou n'avait pas fait traduira devant la justice criminelle cet écrivain coupable d'avoir publié la brochure : Que fera-t-on de la Pologne? peutêtre aurait- on estimé que le projet émis par lui méritait d'être pris en considération. On a préféré ne pas écouter les conseils de la prudence et laisser 8'ac-< croître sans cesse la légion des femmes émancipées, esprits vigoureux et décidés, que Ton aurait pu faire entrer dans une voie meilleure, mais que la négligence du gouvernement semble avoir désignés pour un rôle fatal.
Afln de donner plus de relief aux faits accumulés dans ce tableau, nous ne saurions mieux finir qu'en invoquant en témoignage les jugements rendus sur ces mêmes matières par les écrivains russes les plus distingués de notre époque. La vérité des Études et des descriptions que IvanTourgueneff a faites des mœurs de sa patrie sont choses connues de tout le monde, soit en Russie, soit au dehors. Terres vierges, Pères et enfantSy Fumée, les œuvres les plus remarquables de ce romancier de génie, démontrent clairement que la société russe, sous le rapport de l'éducation des femmes, n'a pas encore abandonné l'ancien système et que c'est le dégoût de ce régime qui a précipité tant de natures puissantes et de véritables caractères dans les extravagances criminelles de l'esprit de secte.
Longtemps Tourgueneff s'est vu systématiquement persécuté par les Russes du parti avancé qui dénon-
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çaienten lui un « calomniateur de la jeunesse », tandis que les défenseurs de Tordre établi lui reprochaient amèrement d'avoir rendu trop dignes et trop attrayantes, dans Terres vierges, l'héroïque Maschurina, la la^ borieuse et sévère Marianne ainsi que les autres per* sonnages-tjpes de la génération nouvelle, aux dépens de l'élégante Irina, la belle épouse de Sibjâgin le conseiller intime, et en général des femmes russes restées fidèles aux traditions de leur sexe. Ce sont précisément ces deux catégories de jeunes filles qui se heurtent actuellement dans le système d'éducation en vigueur. Personne ne saurait le nier quel que soit le parti auquel il appartienne. En voici du reste une attestation bien remarquable publiée l'un de ces derniers jours. U s'agit d'une lettre adressée à la Gazette de Moscou, organe conservateur, par un membre du vieux parti national russe (TourgueneËT, on le sait, passe pour un libéral et un « païen de l'Ouest ») et écrite sous l'impression de l'attentat du 2/14 avril 1879. On y lit textuellement:
u Que doit-on dire de l'éducation de notre jeunesse? Les gens intelligents élèvent leurs ûls et leurs filles à la manière des Occidentaux. Dès l'âge le plus tendre Tenfant balbutie des vers français, allemands et anglais ; il ne sait pas son Pater. Les classes populaires végètent dans une ignorance absolue sans s'inquiéter du sort réservé à leur progéniture, tandis que des instituteurs sapent la morale dans des écoles de villages*