‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 100 sur 122 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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]a Baltique, était en rade de Dantzig; mais do Dantzig au XJort de Riigenvvalde, entravé par les vents contraires, il mit 12 jours pour accomplir une traversée qui ne demande en temps normal que 16 heures ; à R ùgen walde, le 21 août, il débarqua les troupes de transport et le gros matériel, qui devaient se rendre à Kolberg par la voie de terre. Lui-même apparut le 24 en vue de cette place, avec une vingtaine de vaisseaux de tout rang, pour concourir aux ojjérations du siège. Le matériel qu'il amenait à Roumiantsof se composait de 150 canons et d'une grande quantité de munitions : parmi les troupes il y avait 2 compagnies du génie et 23 officiers ingénieurs. C'était le général Demoline qui devait diriger les travaux.

Dans la journée même du 24, l'amiral Polianski avait commencé les opérations : il envoya trois chaloupes armées reconnaître les fronts maritimes de la place ; elles furent reçues à coups de canon. Le lendemain il fit avancer le Varakhily vaisseau de 34 pièces ; comme le feu de la ville redoublait, il le soutint d'abord avec ses galiotes à bombes, puis avec les vaisseaux Archange - RaphaH y Astrakhan y Archange- Michel. Dans la soirée il reçut le renfort de l'escadre suédoise de l'amiral Ipsilander, avec 6 vaisseaux de ligne et 3 frégates. Cependant les canons delà flotte ne pouvaient agir que sur la ville de Kolberg, non sur le camp prussien, qui était masqué par celle-ci, et dont les projectiles battaient la route de la ville au port de Mûnde. C'était donc l'armée de terre qui devait enlever ce camp. Polianski la renforça de 2 000 marins.

On commença par nettoyer de Prussiens les bois de Kolberg et à renfermer l'ennemi étroitement dans son camp.

Le 2 septembre, la brigade Néviédomski, qui était restée à Rummelsburg pour assurer les communications, j)ut rejoindre Tarmée de siège. On avait espéré aussi le concours de la petite armée suédoise, auprès de laquelle agissait l'attaché militaire de France Caulaincourt. Mais les Suédois montrèrent de la hauteur, offrirent des conseils, recommandèrent Caulaincourt et leurs propres oflRciers comme indispensables aux Russes pour mener le siège à bonne fin, ne proposèrent d'ailleurs

que le concours de 2 000 ou 3 000 hommes , et encore à grande distance. Roumiantsof craignit que, joour un concours aussi médiocrement actif, ils ne s'arrogeassent ensuite tout l'honneur du succès. 11 se borna donc à les prier de manœuvrer sur les lignes de communication des Prussiens. En somme, ils ne rendirent sucun service.

Le 4 septembre, Roumiantsof lit occuper par ses troupes les positions de siège : à droite la brigade Néviédomski, avec le régiment Ouglitch, les volontaires et les 2 000 marins ; au centre, Roumiantsof lui-même et Éropkine avec le gros des forces ; à gauche, sur la rive droite de la Persante, la colonne de Bibikof. Du 6 au 12, il dirigea un feu continu sur le camp et sur la ville. 11 faisait déjà froid et^ pour se réchauffer un peu, les assiégeants étaient obligés de creuser dans le sol des trous et des tanières.

Le 12 septembre, les éclaireurs signalèrent un mouvement de cavalerie sur la route de Kolberg à Treptow : c'était Tarrière-garde du général Werner qui, avec 2 000 hussards ou dragons, 300 fantassins et 6 canons, était sorti du camp assiégé et dès la veille avait occupé Tre^jtow et les villages voisins. 11 estimait sans doute plus avantageux d'opérer sur le dos des assiégeants que de supporter le bombardement dans un camp déjà encombré par les troupes du prince de Wurtemberg. Aussitôt Roumiantsof prescrivit à Bibikof, qui formait sa gauche, de se jeter sur l'ennemi. Bibikof laissa le commandement de son infanterie et de ses ouvrages au général Dournovo, partit avec ses dragons, les kosaks et seulement 2 bataillons de grenadiers. Les kosaks enveloppèrent Treptow de toutes parts ; profitant de la panique qu'avait jetée leur soudaine aj^parition, Bibikof forma ses deux bataillons en colonne d'assaut, se jeta dans la ville et s'y fortifia ; puis avec les dragons et les kosaks il se jeta sur les villages voisins, en débusqua les Prussiens, leur donna la chasse jusqu'à Greifenberg. Il ramena i)risonniers le général Werner, 8 officiers, 524 hommes ; comme trophées, 6 canons, 20 chariots de provision et 200 chevaux; en outre, l'ennemi avait eu 600 tués ou blessés. Les Russes n'eurent hors de combat que

o62 RUSSES ET PRUSSIENS.

5 officiers et 100 hommes. Les prisomiiers furent conduits à bord de la flotte. L'amiral Polianski insista pour que Werner ne fût pas remis en liberté sur parole ; car, disait-il, « pas un ofiicier russe n'a obtenu sur parole la liberté, et demandez au comte Tchernychef et au général Soltykof comment ils ont été traités pendant leur captivité ! »

Le colonel Massow recueillit les débris de ce corps prussien, et de Greifenberg se retira sur Naugard. Il y reçut un renfort de 400 hussards. Les Suédois auraient pu achever de le détruire, jinisqu'ils étaient maîtres du pays jusqu'à Wollin et Kammin. Ils paraissent n'avoir pas donné signe de vie.

Bibikof fortifia Treptow et y laissa une petite garnison afin de surveiller les arrivages de renforts ou de matériel que la garnison de Stettin eût pu diriger sur Kolberg. Plus tard on évacua Treptow.

La tentative désespérée qu'avait faite Werner pour sortir de la ville montrait assez dans quelle situation se trouvaient les assiégés, manquant déjà de vivres et placés sous les feux croisés de la flotte alliée et des batteries de Roumiantsof.

Cependant la situation de celui-ci n'était point non plus facile. Kolberg et le camp du prince de Wurtemberg formaient comme une vaste place ; sur les fronts du camp ce n'était que batteries croisant leurs feux sur les approches, fossés profonds, remblais hérissés de palissades, des redoutes, des trous de loup, des fougasses préparées jjour faire sauter les assaillants. Le 13, il y eut un combat contre le lieutenantcolonel de Corbière, qui fut rejeté dans les retranchements prussiens.

Dans le conseil de guerre du 14 septembre, le prince DoJgoroukof, officier d'état-major, proposa de continuer la préparation par un feu incessant d'artillerie, puis de tenter sur le camp prussien un assaut de nuit en quatre colonnes. Son avis fut appuyé par les généraux Néviédomski, Brandt, Dournovo, Eltchaninof. Au contraire Déwitz et Kochkine opinaient pour qu'on ne tentât point un assaut, mais qu'on maintînt un blocus sévère : une telle place, si bien garnie d'hommes, ne pouvait se réduire que par la famine.

Roumianlsof inclinait pour une attaque. Il fit tout préparer pour un double assaut qui se donnerait le 18, à 4 heures et demie du matin : Néviédomski attaquerait la redoute appelée Verhackschanze, près du bois de Bodenhagen; Scliultz se jetterait sur la Grùnenschanze. L'assaut eut lieu : Néviédomski enleva la Verhackschanze, prit 15 canons et 200 hommes ; quant à Schultz, sa colonne se trompa de chemin et ne IDut agir à temps. On recommença le 19, à 2 heures et demie du matin : Néviédomski, blessé, fut remplacé par Dournovo, qui devait attaquer la Sternschanze, une redoute en étoile qui battait le rivage de la mer ; Poijof devait se jeter sur la Grùnenschanze, Dournovo ne fut pas plus heureux que n'avait été Schultz la nuit i^récédente. Popof réussit d'abord et fit 200 prisonniers ; mais, n'étant pas soutenu à temps, vivement pressé par les renforts que le prince de Wùrtemberg dirigeait sur l'ouvrage, malgré l'ap^jui de deux régiments envoyés ensuite par Roumiantsof, il dut évacuer la Grùnenschanze au point du jour, avec des pertes sérieuses, près de 3 000 hommes. Le prince Dolgoroukof fut blessé mortellement. Roumiantsof dut se consoler en écrivant dans son rapport « que grenadiers et soldats s'étaient battus comme des lions ».

Il comj)renait qu'il n'avait pas assez de forces pour enlever une telle ]3lace d'armes, où l'ennemi multipliait sans cesse les ouvrages. Il ne pouvait même pas établir un blocus effectif et assurer la sécurité de ses communications.

Le 19, on reçut de graves nouvelles : Platen arrivait avec 10 ou 12 000 Prussieiîs.

Nous avons vu que le roi de Prusse, aussitôt que Russes et Autrichiens avaient levé le siège de son camp de Kunzelwitz, avait détaché Platen sur Breslau, où il devait passer l'Oder, tomber sur les magasins de Boutourline enPosnanie, et, profitant du désordre jeté dans les communications de celui-ci, filer vers le nord pour secourir Kolberg et opérer sa jonction avec le prince de Wùrtemberg. Ce fut seulement à Landsberg sur la Wartha que les détachements russes, épars au nord de ce cours d'eau, essayèrent de lui barrer le passage, Berg dé-

tacha sar Landsberg le lieutenant-colonel Souvorof, qui prévint Platen dans cette ville, attaqua son avant-garde, lui tua 2 officiers et 26 hommes, mais ne put détruire le pont complètement. Bientôt survint le gros des forces de Platen, qui repoussèrent Souvorof. Celui-ci disputa le terrain pas à pas, fut à son tour renforcé, et, avec les kosaks de Popof et les hussards de Zoritch, se jeta sur les avant-postes prussiens, dispersa 3 escadrons, tua 100 hommes, en prit 50, dont un officier d'artillerie, qui était aide de camp de Platen, rejeta les avant-gardes sur le gros des forces; mais, à la fin, il fut contraint de céder.

Ainsi, comme Tannée i)i'écédente Berlin, Kolberg devenait le lieu de rendez-vous hâtifs, le but d'un steejjle-chase, qui faisait y affiner de toutes parts, en défenseurs ou en assaillants, les détachements prussiens ou russes épars à travers l'Allemagne.

Au camp russe, sous Kolberg, on ignorait encore quelle était la vraie destination de Platen : était-ce de venir troubler le siège, ou de se jeter sur les magasins de la basse Vistule? Dans le conseil de guerre du 20 septembre, plusieurs généraux opinèrent pour qu'on levât le siège et qu'on marchât sur la Wartha et la Netze, pour y battre les Prussiens. Roumiantsof décida qu'on resterait, qu'on tenterait un nouvel assaut, cette fois sur le Bollenwinckel, et qu'on demanderait au généralissime d'arrêter le mouvement de Platen. Il envoya des courriers pour demander des renforts à Boutourline ; mais celui-ci, encore tout occupé de ses projets surBreslau, se bornait à répondre que Roumiantsof n'eût pas « à se troubler ». Celui-ci dut en référer à l'impératrice :

Je suis dans le plus grand trouble... Je ne sais rien de l'armée principale... D'après ce que j'ai lu dans les gazettes, je suppose que le roi de Prusse, voyant l'armée impériale partagée en deux armées, a jeté Platen sur nos communications, dans l'espérance que, ne voulant pas me laisser prendre entre deux feux, je serais forcé de lever le siège. Même sans me livrer bataille, Platen peut s'établir dans les retranchements d'ici et paralyser ainsi l'armée de siège. Je crains plus encore : c'est que Platen ne s'empare de la Posnanie

et de nos magasins dans ce pays, qu'il n'ait même en vue ceux de la Vistule. Dieu veuille qu'il n'ait pas cette idée, la plus dangereuse dans les circonstances présentes !

Le 23 septembre, on eut des nouvelles du S"" corps de Tarmée, celui du général prince Dolgoroukof ; Roumiantsof supplia celui-ci d'enjoindre à Berg, le successeur de Tottleben, de se jeter sur les derrières de Platen. En effet, on porta 7 escadrons de dragons sur Naugard, Daber et Lebes. Platen rompit ces cordons de cavalerie, coupant de nouveau les communications entre les diverses armées russes. Le 28, il était à Schiefelbein et Regenvvalde : c'était bien à Kolberg qu'il en voulait. Maintenant il ne s'agissait plus que de savoir s'il passerait par Belgard ou Kôrlin, c'est-à-dire X3ar la rive droite ou s'il arriverait par la rive gauche de la Persante.

Le 29, il était à Korlin, dispersant le poste de 200 kosaks ou fantassins que commandait le major Wettlitz et qui, après « une défense à la russe », furent tués ou pris. Or, c'était par Kôrlin que devait arriver la division du prince Dolgoroukof . Roumiantsof expédie un courrier à ce prince pour l'inviter à se jeter sur Platen : lui-même se porte audevant de celui-ci, déclarant l'ennemi perdu s'il se laissait ainsi prendre entre deux feux. Platen réussit à esquiver la rencontre de Roumiantsof, fait un crochet sur S pie, occupe les hauteurs de Selnow, et, dès lors, se trouve avoir opéré sa jonction avec le prince de Wurtemberg.

La situation des assiégeants devenait très grave. L'arrivée de la division Dolgoroukof avait porté leurs forces à 20 000 hommes ; mais les Prussiens en comptaient maintenant 17 500. Dans le conseil de guerre du 3 octobre, la plupart des généraux, même le brave Éropkine, opinaient pour qu'on levât le siège, qu'on se retirât sur Belgard et qu'on y prît une forte position pour y attendre des renforts. Roumiantsof assurait que la grande armée russe ne tarderait pas à venir ; mais ils craignaient qu'elle n'arrivât pas à temps. D'autre part, l'amiral Polianski faisait savoir qu'il n'avait plus de vivres et qu'il se retirerait le 11 octobre. Roumiantsof le sup-

plia de rester une semaine de plus. Cette semaine encore s'écoula, et Polianski fit voile sur Revel.

Si le siège ne fut pas levé au moins trois fois, on le dut seulement à Ténergie et à la ténacité de Roumiantsof . Il s'était fait un point d'honneur de réussir : les Autrichiens avaient bien jjris Schweidnitz ; est-ce que les Russes se montreraient incapables de prendre Kolberg ?

Les lenteurs de Boutourline étaient inexplicables. La Conférence s'en désespérait : elle avait fait savoir à Roumiantsof que, si la jonction entre Plat en et le prince de Wurtemberg venait à s'opérer, il était pleinement autorisé à lever le siège.

Enfin, le 3 octobre, Berg, avec les troupes légères, pai*vint à Soldin, poussant devant lui jusqu'à Stargard le colonel Chétnof. Le 12, lui-même arrivait à Stargard. Le môme jour, la grande armée russe campait auprès d'Arnswalde, etFermor en partait j30ur Kolberg avec sa division. Les communications des camps sous Kolberg se trouvaient à leur tour menacées. Plusieurs de leurs convois furent enlevés et les escortes dispersées ou prises. Le 15 octobre, Berg occupa Naugard et eut connaissance d'un détachement ennemi qui allait de Trex)tow à Weissenstein. Il l'enveloppa dans ce dernier village, et le lendemain, après avoir préparé l'attaque par une canonnade, comme les Prussiens cherchaient à gagner les bois, il les fit charger par les grenadiers à cheval, les dragons, les hussards. Comme d'autres Prussiens venaient de Greifenberg à la rescousse, Souvorof (le futur feld-maréchal et prince d'Italie) se jeta sur eux avec les hussards et les kosaks. Un officier et 40 soldats restèrent prisonniers. Le reste fut poursuivi jusqu'à la nuit et se dispersa dans les bois. Le 19, on attaqua de même, à Lautlow, près de Treplow, le détachement du lieutenant-colonel de Corbière. Platen, qui s'était porté sur Trex-)tow, put assister à la déroute des siens. Corbière fut pris avec 40 officiers et 1 000 hommes. Les troupes légères des Russes apprirent alors qu'elles avaient eu affaire à l'armée même de Platen qui, la veille, avait quitté les hauteurs de Selnow et s'était porté sur Trejjtow. Tout ce mouvement de troupes ennemies ou amies avait été causé

parce que Plateii avait appris l'arrivée d'un grand convoi en vivres et en munitions venant de Stettin, et qu'il voulait le protéger et le faire entrer dans la place. Or, déjà Platen avait à sa poursuite Fermor. Il n'eut que le temps de décamper de Treptovv- Le prince de Wurtemberg y avait déjà envoyé un corps sous le général Knobloch. Fâcheuse idée! Celui-ci y arriva le 20 : Roumiantsof y accourut de sa personne. Knobloch fut cerné. Ne pouvant être secouru ni de Platen, ni du prince, le 25, il dut capituler avec 61 officiers, 1 635 soldats, 15 drapeaux et 9 canons.

Fermor, continuant la jjoursuite, trouva Platen dans une forte position à Gollnowo. Il dut se contenter de le canonner. Le hardi chef prussien ne demandait qu'à décamper : il ne restait là que pour laisser liler son convoi, où les obus russes firent sauter quelques caissons. Il partit avec la dernière voiture dans la nuit du 22, vers 3 heures, chaudement poursuivi par Souvorof . Il atteignit cependant Damm, où il fit reposer ses troupes.

Les Russes avaient brillamment rétabli leurs communications, couvert les opérations du siège par l'éloignement ou la destruction d'un des corps ennemis.

Le 5 novembre, Boutourline était arrivé à Tempelburg ; mais , jugeant que Roumiantsof avait maintenant assez de forces pour réduire Kolberg, il tourna vers l'est; le 21, il était à Dirschau et, le 26, faisait une entrée solennelle dans Marienwerder, le centre des quartiers d'hiver pour l'armée russe.

En réalité, celle-ci se trouvait maintenant partagée en quatre tronçons : Roumiantsof et Bergsous Kolberg; le corps de Volkonski sur la Wartha ; celui de Tchernychef en Silésie, avec les Autrichiens ; enfin, le gros des forces, dans les quartiers d'hiver de la basse Vistnle.

Avec les renforts qu'il avait successivement reçus, Roumiantsof disposait de 35 000 hommes, taudis que Platen était réduit à 4 200, et que le camp et la place de Kolberg ne pouvaient plus être renforcés ni secourus.

Une seule chance de salut s'offrait encore pour Kolberg :

Frédéric II avait ordonné, le 2 novembre, au général-major von Schenckendorf de marcher de Silésie en Brandebourg, Ce général amenait un peu moins de 5 000 hommes. Le 9, à Bernstein, il fit sa jonction avec Platen. Le 10, il atteignit Arnswalde; le 14, Naugard. Il trouva Berg sur son chemin ; il n'alla pas plus loin.

Le siège continuait. Le 14 novembre, les Prussiens, à la faveur d'un brouillard, évacuèrent leurs retranchements. Abandonnant à son sort la garnison avec quelques renforts, le prince de Wurtemberg s'en allait. Dans le plus grand silence, sans être signalé par les patrouilles de kosaks, il atteignit Trejjtow, alors dégarni de troupes russes, dans la matinée du 15. he 16, il continua sur Greifenberg et Plathe, et fît sa jonction avec Platen,

Ce ne fut qu'au matin du 15 que les Russes s'aperçurent que le camp était abandonné : ils l'occupèrent aussitôt. Enchantés d'être débarrassés du xjrince, de l'avoir « tiré de son nid » et de ne plus avoir ailaire qu'au corps de place, ils resserrèrent de plus en plus les assiégés dans la ville. Un assaut, donné dans la nuit du 15 au 16 novembre, leur livra le Wolfsberg ; le lendemain, ils occupèrent l'embouchure de la Persante. Alors on put procéder à un siège en règle, que dirigea le colonel Herbel, et dont toutes les péripéties pouvaient être prévues, ainsi que l'inévitable dénouement. Le 3 décembre, une brèche fut pratiquée dans l'enceinte de la place; le 14, un magasin à poudre fit explosion ; le 15, on distribuait à la garnison la dernière ration de pain ; le 16, le commandant Heide, un officier énergique et brave, qui trois fois déjà avait vu les Russes lever le siège de Kolberg, signa la capitulation. Toute la garnison se rendait prisonnière avec 88 officiers, 2 815 hommes et 20 drapeaux. On trouva 28 autres drapeaux dans l'arsenal. 140 pièces de siège et une quantité notable d'armes, de projectiles d'artillerie, de munitions, tombèrent aux mains des Russes. Roumiantsof avait accordé aux assiégés les honneurs de la guerre, c'est-à-dire que la garnison défîlaauson du tambour, avant d'aller déposer ses armes à la porte de Mûlilen; mais

elle restait prisonnière avec ses malades et ses blessés ; les officiers, sur leur parole, obtinrent de se rendre eux-mêmes dans la Prusse-Orientale.

Un dernier combat eut lieu le 20 décembre, à Klempin, entre la cavalerie de Berg et celle de Wurtemberg. Puis celui-ci, par ordre du roi, alla prendre ses quartiers d'hiver dans le Mecklembourg.

La Poméranie prussienne était maintenant conquise jusqu'aux portes de Stettin. La place de Kolberg, dont le colonel Herbel était nommé commandant, assurait, pour la prochaine campagne, une prépondérance décidée à l'armée russe.

Le 7 janvier, Boutourline remettait à Fermer le commandement en chef de l'armée et partait pour Pétersbourg. Il ignorait qu'il n'y trouverait plus la tsarine Elisabeth et que les coups de canon sous Kolberg seraient les derniers tirés sur les Prussiens pendant la guerre de Sept ans.

RUSSES ET PRUSiilENS,

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