‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 11 sur 122 · A. Rambaud, La Russie éjnqiie. in-8o, Paris · texte numérisé non relu

A. Rambaud, La Russie éjnqiie. in-8o, Paris

Kouban; mais, en dépit de leurs vertus guerrières, on hésitait à les employer. De même on ne demanda que 500 cavaliers, toujours avec les deux chevaux, aux quatre autres groupes. Ces hétérogènes paraissaient si redoutables par leur esjjrit d'indépendance (ils ne reconnaissaient qu'à leurs chefs nationaux le droit de les punir), par leurs habitudes de x^illage et leur sauvagerie, qu'on les faisait constamment surveiller dans leurs cantonnements par des détachements de cavalerie jrëgulière. Quand les Kalmouks du chef Doundouk-Dacha eurent à traverser le territoire russe, on dut les faire escorter par des Pontsy et des dragons, afin de les empêcher de mettre à sac les villages russes. On les regardait comme des fauves qu'il était dangereux de déchamer.

Merveilleux cavaliers, ils combattaient à pied aussi bien qu'achevai. Nulle uniformité dans leur armement: sur un détachement de 286 Mechtchéraks , on trouvait 72 fusils, 242 arcs et 63 sabres. L'État russe donnait aux hétérogènes une espèce d'uniforme dans leur goût national, tout asiatique : il leur faisait délivrer du drap pour leurs bonnets de fourrure et pour leurs kaftans : drap rouge pour les Kalmouks, vert pour les Mechtchéraks et les Bashkyrs, bleu pour les Tatars de Kazan. Ces guerriers au teint jaunâtre, aux pommettes saillantes, aux yeux bridés, aux têtes rases, à la barbe rare, avec leurs carquois vêtus de poils, leurs sabres en demilurie, leurs bottes à pointe recourbée, poussant leur cri de guerre en des langues inconnues, mêlant dans leurs croyances grossières toutes les religions et toutes les superstitions de l'Asie, étaient, dans l'armée russe, comme un épouvantail. Aux frontières de l'Allemagne terrifiée ils faisaient revivre le souvenir des antiques invasions, semblaient les épigones des Huns d'Attila et des Mongols de Gengis-Khan.

L'artillerie de l'armée russe comportait quatre catégories : celle des régiments, celle des batteries de campagne, celle de place, celle de siège.

En 1755, à chaque régiment d'infanterie devaient être adjoints six pièces régimentaires : deux canons de 3 et quatre

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«mortiers^» de 6. Jusqu'alors ces pièces étaieut mal employées, car les officiers d'iufauterie ue connaissaient guère ce service ; par oukaze de septembre 1756, on nomma pour chacun de ces régiments un officier d'artillerie, qui devait porter l'uniforme de ce régiment. Gomme les pièces étaient disl^ersées sur le front, cet officier ne i)Ouvait guère les tenir en sa main. En dépit des règlements, la plupart des régiments, au lieu de six pièces, n'en avaient que quatre : deux canons et deux «mortiers». Les polks de dragons, qui auraient dû avoir un canon et deux « mortiers » , n'avaient guère que deux pièces. Les Ivosaks des Slobodes avaient deux canons par polk. On comptait, pour toute Tarmée russe, 522 « mortiers » et 257 canons régimentaires ; cependant l'armée envoyée contre la Prusse n'emmena que 350 pièces. En outre, en 1756, on fabriqua nn certain nombre de blisnials : c'étaient des j)etits « mortiers » de 3, à raison de deux sur le même aff'ût. Ils rendirent peu de services et les régiments, qui s'en trouvaient encombrés, les semèrent par les chemins.

L'artillerie des batteries de campagne comprenait, au début de la guerre, 233 pièces, toutes en bronze, dont 107 canons, 91 « mortiers », 35 obusiers*, elles présentaient huit calibres diff'érents.

L'artillerie des places de l'empire comptait plusieurs milliers de pièces, dont les neuf dixièmes étaient en fer, et dont la jjlus grande partie était de type archaïque.

Vers cette époque des réformes importantes furent accomplies dans l'artillerie par Pierre Ghouvalof, qui en était le grand-maître. Sur certains points elles devancèrent celles qui s'accomplirent en France ou en Prusse. Ghouvalof créa les troupes d'artillerie, donna deux fois plus de légèreté aux pièces et aux aff'ûts, réduisit à cinq le nombre des calibres, développa l'usage des projectiles explosifs et de la mitraille, augmenta la précision et la portée du tir. Les projectiles russes, assurait-on, portaient à 500, à 1 000 toises^ : ce ré-

1. C'est le nom que les Pvusses donnaient à ces pièces ; mais il semble bien que c'était une variété d'obusiers.

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