‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 19 sur 122 · Page · texte numérisé non relu

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nuèrent que les fusils de nos soldats pourraient bien avoir été ensorcelés ; mais cette idée fut tournée par tous en risée. Continuant à observer, nous vîmes que les Prussiens, après leur seconde salve, continuaient à avancer, rechargeant leurs fusils tout en marchant, et, s'étant approchés encore plus près, envoyaient une troisième et plus terrible salve. « Cette fois, criâmes-nous alors, c'est bien fini : il faut qu'ils les aient tués tous ! » Nous n'avions pas achevé ces paroles qu'à notre satisfaction nous pûmù^ constater que tous les nôtres n'étaient pas morts, qu'il y en avait encore beaucoup de vivants ; car instantanément, à la salve de l'ennemi, répondit le feu de nos fusils et de nos canons, non par salves, très en désordre au contraire, mais plus violent que celui de l'ennemi. A partir de cet instant, les Prussiens eux aussi cessèrent de tirer par salves. Le feu, des deux parts, ne discontinua plus un instant, et nous ne pouvions distinguer la fusillade ennemie de la nôtre. Seuls les coups de canon se reconnaissaient et aussi les décharges des obusiers dont Chouvalof avait le secret et qu'on reconnaissait au son et à l'épaisseur de la fumée.

A C8 moment le brouillard, la famée de la bataille, celle des villages incendiés, dérobent aux spectateurs la vue des attaques. « On ne voyait pas à dix pas devant soi », assure Lehwaldt. On se canonne, on se fusille presque à bout portant, on lutte dans les téjièbres : c'est, en petit, une bataille d'Eylau. Les Russes du corps Laponkhine se défendent avec une énergie désespérée, déployant, dans ce désordre, la bravoure stoïque de la race, La baïonnette se met de la partie. Narva etle 2^ grenadiers perdent en quelques instants la moitié de leur effectif. Le général Zybine est tué ; le général en chef Lapoukhine, blessé à mort, tombe entre les mains des Prussiens. A la fln ces deux régiments fléchissent et sont rejetés dans rintérieur du bois.

C'est à ce moment que Roumiantsof, « on ne sait sur l'ordi-e de qui », dit M. Masslowsld, se frayant un chemin à travers les fourrés et les charrois, amène, dans cet espace laissé vide entre le 1'''' et le 2^" corps russes, les quatre régiments Troïtsa, Voronôje, Novgorod et 4® grenadiers. Il tombe dans le flanc des grenadiers Manstein et Polenz, acharnés à la destruction du 2^ grenadiers et de Narva. Il fait tirer des feux de salve et charger à la baïonnette. Les Prussiens

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sont rejetés dans la plaine. Dès lors les lignes russes sont formées et fermées snr toute lenr étendue, et un nouvel espoir ranime les courages.

A l'aile droite des Russes, les grenadiers lazykof, protégés par la batterie de position, avant même que la division Fermor se fût mise en ligne, avaient rex:)Oussé les charges des dragons de Schorlemer. C'est à eux qu'Apraxine fut redevable de la conservation d'un point si important. Désespérant de les entamer, la cavalerie prussienne, dragons de Finckenstein, hussards de Malachowski, se jeta plus à gauche. Elle chargea d'une telle furie tout ce qui se trouvait là de cavalerie régulière et irrégulière, grenadiers à cheval, cuirassiers, hussards, kosaks Tchougouïef, qu'elle les culbuta, les poussa la pointe dans les reins jusqu'aux bagages de l'armée russe, jusqu'au camj) de Norkitten. Mais alors les grenadiers lazykof firent volte-face et dirigèrent sur la cavalerie prussienne des feux de salve. Les obusiers Ghouvalof, quoique peu nombreux, firent pleuvoir les projectiles; et cette charge si brillante eut le double résultat de rejeter si loin la cavalerie russe de cette aile qu'elle ne reparut pas de la journée, mais en même temps de mettre la cavalerie prussienne hors d'état, pendant quelques heures, de reprendre l'ollensive.

L'infanterie russe de cette même aile, affranchie de la crainte que lui causaient les escadrons prussiens, put prendre à son tour l'olfensive contre les bataillons qui lui étaient opposés. Elle se porta sur le flanc de la première ligne de Lehwaldt et commença même à lui tirer dans le dos.

Il était neuf heures du matin. Lehwaldt mit en action sa dernière réserve, faisant avancer sa seconde ligne ; elle ne se composait plus alors que des régiments de garnison Manteuffel et Sydow. Un bataillon de Sydow, ébranlé par le feu terrible des Russes, éperdu de l'obscurité qui l'enveloppait, tira sur la première ligne prussienne : « par une fatale hévue », dit Lehwaldt dans son rapport à Frédéric II ^ Alors toute cette

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