‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 21 sur 122 · Geschichte des Siehenjdhrigen Krieges, t. I · texte numérisé non relu

Geschichte des Siehenjdhrigen Krieges, t. I

De pari et d'autre, les chefs ne s'étaient pas épargnés. Des généraux russes, trois avaient été tués : Lapoukhine, Zybine, Kapnist, qui commandait les kosaks des Slobodes. Sept avaient été blessés : Weymarn, chef de l'état-major, Tolstoï, chef de Tartillerie, du Bosquet, chef du génie, les généraux Liewen, ManteufTel, Villebois, Plémiannikof. Dans tout le corps d'officiers, les Russes avaient eu 38 tués et 232 blessés. Du côté des Prussiens, Lehwaldt avait eu deux chevaux tués sous lui, sans recevoir une égratignure- Von Goltz, le précieux conseiller que lui avait adjoint Frédéric II, était tombé mort à ses côtés", Dohna et sept autres généraux étaient blessés.

Apraxine, dans son rapport, ne peut s'empêcher de rendre un brillant témoignage de ses subordonnés : « Votre Majesté Impériale, joar le chiffre des pertes, pourra voir combien les officiers ont fait leur devoir. Aucun ne l'a méprisé; ils n'ont méprisé que leur vie. Pas un des officiers blessés n'a quitté son poste, ni jiermis qu'on le pansât avant que l'affaire fût entièrement finie et la victoire assurée. Ceux des généraux qui n'ont pas été blessés ont eu du moins un clieval, parfois deux chevaux tués sous eux. » Sur 31 généraux mis en ligne, près d'un tiers avaient été touchés !

C'est aux soldats aussi qu'il faudrait rendre hommage : l'artillerie russe a été servie supérieurement; l'infanterie a su se débrouiller parmi tant de difficultés, suppléant à l'absence d'ordres, acceptant le combat isolé et corps à corps. Sans la ténacité du 1'"'' grenadiers à l'aile droite, sans le sacrifice héroïque du 2^ Moscou et de Vyborg au centre, l'affaire était perdue dès le début, La victoire de Jiegersdorf a été une victoire des soldats.

M. Masslowski essaie de défendre Apraxine contre les critiques de Bolotof, qui accuse l'insuffisance du service d'éclaireurs, l'absence de toutes dispositions pour le combat, bref la nullité du commandement. Il montre que dans le plan d'exécution d'Apraxine il y a beaucoup de bonnes parties. 11 nous a paru que les points sur lesquels il justifie le généralissime sont secondaires. Les fautes commises ont autrement de portée. D'abord le choix du campement de Norkitten,

avec deux rivières à dos, si près des Prussiens qu'on entendait dans leur camp battre leurs tambours, et la presque im- I)Ossibilité de décamper sans risquer d'être rejoint par eux. Puis, si près d'eux, cette marche de flanc en trois ou quatre colonnes séjjarées par tant d'obstacles ; cet encombrement d'artillerie et de charrois dans d'étroits défilés; cette immobilité du corps de Sibilski jusqu'à la fin de la bataille. Il n'y a qu'un général dans cette armée qui se révèle un vrai tacticien : c'est Roumiantsof . Frédéric II ^ n'hésite pas à lui faire honneur du gain de la bataille ; car en amenant ses 20 bataillons sur le flanc et les derrières de l'infanterie prussienne, il a réparé les fautes de son chef et décidé de la victoire. L'insuffisance des dispositions prises par Ajjraxine firent que l'armée russe perdit tous les avantages de sa supériorité numérique. Il dut rester dans la foret beaucoup de canons èt beaucoup d'hommes inactifs; et, en réalité, ce n'est pas une armée de 55 000 Russes qui a battu l'armée prussienne.

Si Apraxine avait eu toutes ses forces en action, il n'eût pas seulement vaincu les Allemands : il devait les anéantir. On vainquit sans y voir; c'est l'impression de Bolotof, et après lui de l'historien Solovief. Ce fut celle aussi de l'armée et du peui^le russes. La bijline ou chanson populaire sur cette bataille est bien curieuse : « Les nôtres commencent à tirer, les nuages de poussière et de fumée s'élèvent , nous ne voyons absolument rien... On se battit, on se massacra, quatorze heures durant... On se mit à relever les corps; on ramassa des colonels jusqu'à cinq, des généraux jusqu'à dix. » — Chose étrange, cette bataille, si bien gagnée, n'a pas laissé dans les masses le souvenir d'une victoire. La byline fait dire à Lapoukhine mourant : « J'écrirai à la tsarine que c'est Apraxine, le général, qui n'était pas à son poste et qui a perdu toute l'armée. »

Lehwaldt ne s'est j)as non plus montré grand tacticien. Il attaqua le front même de l'armée russe, sans tenir compte de

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