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LA RETRAITE D APRAXINE

Son Altesse le grand-duc que s'il continuait à être tel qu'il est, tu prendrais certaines mesures à son égard. Tu as à expliquer clairement quels changements tu souhaitais chez le grand-duc, et quelles sont ces mesures que tu voulais prendre à son égard. » — Puis, ordre d'expliquer « pourquoi Apraxine est venu en telle faveur auprès de la grande-duchesse, et qui lui a ménagé cette faveur » ? Heureusement pour les accusés que les pièces essentielles du procès avaient été d'avance détruites. La commission devinait beaucoup, n'arrivait à rien prouver. Elle hésitait d'ailleurs à pousser trop avant ses investigations, par crainte de rencontrer trop de gens à punir et trop haut placés. Elle jugea Bestoiijef coupable : d'avoir calomnié l'impératrice ; d'avoir semé la division entre Leurs Altesses et Sa Majesté ; d'avoir pris sur lui de ne pas exécuter les ordres de celle-ci ou de s'être opposé à leur exécution ; d'avoir, pour corriger les lenteurs d' Apraxine, jjréféré employer la voie d'une « correspondance illicite par une personne à qui il ne convenait pas de j)rendre part dans les affaires politiques » ; d'avoir, au moment de son an*estation, livré par écrit des secrets d'État. La commission le condamnait à mort, mais le recommandait à la clémence de la tsarine. 11 fut détenu jusqu'en avril 1759, et alors exilé sur ses terres. Apraxine mourut au cours du jjrocès.

La grande-duchesse ne fut pas traduite devant mie commission. Elle subit une sorte de mise en arrêts dans sa maison, et une disgrâce qui se prolongea jusqu'en 1759. Du moins elle ne fut pas renvoyée en Allemagne. Privée de ses amis exilés ou emprisonnés, de Poniatowki et du ministre de Holstein, ses conseillers, soumise à la plus rigoureuse surveillance policière, languissant dans le chagrin et les larmes, elle avisait cependant aux moyens de se relever. Elle gagnait le confesseur d'Elisabeth ; elle adressait à celleci les lettres les plus humbles \ plus humbles môme qu'elle ne l'avoue dans ses Mémoires ; elle finissait par obteuir d'elle deux entrevues où elle se justifiait à moitié ; elle n'a pas du

1. Voir Papiers de Catheri7ie H dans la collection de la Soc. imp. d'/iist. de Russie, t. VII, p. 74.

tout cette « âme indomptable » que lui prête un de ses récents historiens et que « rien ne j)eut faire plier ». Bestoujef tombé, Vorontsof triomphant, la jeune cour en disgrâce, mise hors de combat jusqu'au jjrintemps de 1759, il semblait aux cours alliées que la partie fût gagnée pour elles, au moins dans le Palais d'Hiver. Le cardinal de Bernis écrivait le 24 mars 1758 : « L'événement de Russie peut sauver la patrie. » L'Hôpital était moins enthousiaste. D'abord il s'était consolé assez vite de la triste issue de la campagne d'Apraxine : « Je ne sais si on doit envisager ces opérations manquées comme fâcheuses pour la paix, puisque le ministère russe ne j)Ourra plus former de telles prétentions qui auraient pu embarrasser. » Il ne croyait pas que la disgrâce d'Apraxine et son remplacement par Fermor dussent relever l'armée russe : « Elle n'a point de chef, celui qu'on vient de nommer ne valant guère mieux que le général Apraxine. Par l'indiscipline, la lâcheté et le ijillage de ces troupes, non seulement elles ne j)Ourront rien entreprendre cette année, mais encore il ne sera pas I)Ossible de former une autre armée l'année prochaine. »

Ij'Hôpital et les Autrichiens étaient injustes. Le pillage et rindiscipline qu'ils reprochent à l'armée russe, on ne peut en accuser que les irréguliers. Même à ceux-ci on ne peut imputer la lâcheté. Ce qui prouve que l'ambassadeur de France est mal informé, c'est que dans l'année 1758 l'armée russe rexDarut plus nombreuse et plus redoutable que jamais.

Il avait mauvaise grâce à être si sévère pour les Russes. En somme, dans cette année 1757, les Autrichiens, d'abord vaincus à Prague, vainqueurs à Kollin, terminaient la campagne par la grande défaite de Lissa (Leuthen). Les faciles succès de Richelieu en Hanovre, à Hastembeck et Glostersevern aboutissaient au désastre de Rosbach. Les Russes avaient débuté par une victoire éclatante et hnissaient par une retraite laborieuse. Aucun des confédérés n'avait à jeter à l'autre la pierre. Le bilan de Farmée russe supjjorte la comparaison avec celui des autres armées alliées.

Dragons.

Uniformes russes. — i

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