Gatt, p
kosaks, il eut des malheureux à cousoler, des incendiés à secourir. Partout il fut accueilli par les acclamations des paysans, qui saluaient en lui leur libérateur et leur père.
C'est à Wartenberg qu'il apprit Tattaque des Russes contre Kûstrin. Tout de suite il écrivit à Dohna : « Quoi qu'il arrive, il faut que Kùstrin tienne, sous peine de mort et des plus grands supplices si quelqu'un parle de se rendre ^ » De Francfort il put entendre leurs canons qui tonnaient contre sa ville. Bolotof nous raconte, sans doute d'après quelque récit allemand, qu'on le voyait, debout sur le perron de la maison où il était descendu, jeter du côté de Ktistrin des regards furieux, et, à chaque détonation, puiser avec rage dans sa tabatière et se bourrer les narines. Ce fut bien pis quand, le lendemain, il entra dans Kiistrin réduit en cendres, et qu'il put constater toute l'étendue de ce désastre. Ses cavaliers criaient sur son passage : « Père ! soyez tranquille. Nous sabrerons ces misérables et nous ne ferons point de quartier. Tous, nous aiguisons nos sabres^. »
Les lettres où il décrit les excès commis par les Russes dans les villages, les chaumières brûlées, les hommes massacrés, les femmes violentées, font penser aux bulletins où Napoléon dénonçait à l'Allemagne et à l'Europe les atrocités de ces « Barbares » que la cruelle politique de l'Autriche avait jetés sur la Germanie. Mais ne se mélait-il pas un peu de politique aux protestations philanthropiques de Frédéric comme à celles de Napoléon ? Frédéric, si ému des malheurs de ses sujets, oubliait-il comme il avait traité ceux de l'électeur de Saxe ? Si sincère que fût sa douleur en voyant les mêmes procédés de guerre appliqués à son patrimoine, les exclamations qu'elle lui arrachait n'étaient-elles pas calculées, soit pour sa propre justification, soit pour agir sur l'opinion et la presse en ce « sensible » xviii® siècle ? « Les Moscovites, écrit-il dans sa Relation^ font une guerre de Barbares dans les États du roi ; ils brûlent tous les jours des villages ;
1. De Wartenberg, 18 août. Politisclte Correspondenz , t. XVH, p. 173.