Politische Correspondenz
ilspilleiit d'une façon inhumaine ; ils tuent des femmes, des enfants, des vieillards, et commettent des horreurs qui font frémir la nature. » — « Ce sont des horreurs qu'un cœur sensible ne supporte qu'avec la plus cruelle amertume », écrira-t-il à son frère Henri. Il redira la môme chose à son ministre Finckenstein, en lui envoyant un « précis des exactions, cruautés et horreurs que les Russes ont commises ». Mais il ajoutera : « Je crois que le meilleur usage que nous en pourrions faire serait de le faire insérer dans les gazettes tant françaises qu'allemandes, pour en donner connaissance au public ^ »
Les Prussiens se montraient parfois aussi « féroces » que les kosaks. Henri de Gatt nous a conservé une instructive anecdote :
On avait amené au quartier de Sa Majesté un Kalmouk qu'on avait pris. Un général, qui le vit, s'avança et commença à injurier le pauvre diable, en des termes qu'il n'entendait pas. Voyant que le Kalmouk avait une image qui lui pendait sur la poitrine, le général la veut toucher avec sa canne. Le prisonnier, croyant qu'on voulait lui enlever son saint, le cache avec ses deux mains. Alors le général, furieux, lui donne sur les mains des coups de canne, mais si violents qu'elles enflèrent et devinrent noires. Comme le Kalmouk tenait bon en gardant son saint et regardant tristement le général qui le frappait d'une manière si cruelle, celui-ci lui donna des coups au visage et le mit tout en sang. La moutarde, à ce spectacle, me monta au nez ; je lui dis que si l'on taxait de barbarie ces Kalmouks et ces Cosaques, il y avait bien d'autres gens qu'on pourrait taxer de plus de barbarie encore
Une vive discussion s'ensuivit entre les deux Allemands ; mais sur l'observation que fit Gatt que le roi pourrait bien apprendre cette scène et s'en trouver froissé dans ses principes d'humanité, le général s'adoucit et le pria de ne jamais parler de cette affaire .
Frédéric, pour aller joindre l'ennemi, avait résolu de passer, non àSchvvedt, qui l'en aurait trop éloigné, ni aux ponts
1. Voir la Politische Correspondenz, t. XVII, depuis la page 184.