‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 37 sur 122 · Db Gatt, p · texte numérisé non relu

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de Kûstriii, qui Tauraient amené sur le front des positions l'usses, mais en un point intermédiaire, où Fermor ne l'attendait pas. C'était à Gustebiese sur TOder. Il y trouvait Tavantage de couper Fermor de Roumiantsof, auquel le xDremier réitérait Tordre de tenir énergiquement à Sctiwedt. Le roi fît ses préparatifs dans le plus grand secret, et même trompa ses deux adversaires par des démonstrations en aval et en amont de Gustebiese. Dans la nuit du 22 au 23 août, il fit passer sur les ponts rapidement jetés son avant-garde, commandée par Manteuffel. Le roi suivit avec le l"""" hussards. A 3 heures du matin, toute l'armée se trouva transportée sur l'autre rive. P^rédéric II s'arrêta d'abord à Zellin ; il poussa Malachowski sur Klossow, où lui-même arriva dans la journée du 23. Ses soldats étaient dans l'enthousiasme de ce premier succès : « Père, lui criaient-ils, menez-nous vite à l'ennemi. Nous voulons vaincre ou mourir pour Votre Majesté ! »

Dès le 21, les patrouilles de Dontsy avaient averti Fermor qu'on remarquait un grand mouvement de troupes prussiennes dans la direction du nord, descendant la rive gauche de l'Oder. Fermor n'en avait tiré d'autre conclusion que d'enjoindre, jjIus fortement encore, àRoumiantsof de bien garder Schwedt. Lui-môme fit détruire son pont de Schaumburg, et se concentra dans ses positions retranchées sous le canon de Ktistrin. Mais le 22, Khomoutof, un des chefs de sa troupe légère, qui avait vu rompre son cordon de cavalerie et se voyait forcé de se replier dans la direction de Schwedt, trouva moyen d'avertir Fermor, par une estafette qui dut faire un grand détour, de l'imminent passage des Prussiens à Gustebiese. Alors le généralissime détruisit ses batteries les plus rapprochées de Kûstrin, renforça ses avant-postes pour dérober aux assiégés son mouvement de retraite, et évolua dans la direction du nord-est. Dans la journée du 23, des déserteurs prussiens, des fuyards russes, parmi lesquels se trouvait l'attaché militaire d'Autriche, Saint-André, enfin de nouveaux émissaires de Khomoutof, lui confirmèrent les premiers rapports.

Le mouvement qu'il venait d'opérer l'avait amené presque

en face du roi de Prusse. Il lui était désormais impossible d'éviter une bataille.

Le terrain où allaient se rencontrer les deux armées forme une sorte de champ clos, sur environ 10 kilomètres du nord au sud, et 12 ou 15 de Toiiest à Test. 11 est délimité, àTouest, par le cours de TOder, dont le séparaient les bois de Drewitz ; au sud, par la Wartlia qui circule parmi des marécages ; avi nord, par la Mietzel, autre affluent de TOder ; du côté de rest, par une vaste foret broussailleuse, celle de Zicher. Dans l'angle sud-ouest, se trouve Kustrin ; dans l'angle nord-ouest, le village de Kutzdorf. Le long de la Mietzel sont disposés, de l'ouest à l'est, les villages de Quartschen, Darrmietzel, le moulin de Neudamm. A la foret de Zicher sont presque adossés, du nord au sud, ceux de Zicher, Batzlow, Wilkersdorf. Au centre de la plaine s'élève celui de Zorndorf. Sur la rive nord de la Wartha circule la grande route de Kustrin à Bromberg, qui dessert les villages de Warnick, Tamsel, Klein-Kamin et Gross-Kamin, Bhunberg.

La situation où se trouvait alors l'armée russe était fort dangereuse. A la vérité, du côté nord, la Mietzel la séparait encore de Frédéric II 5 mais cette rivière n'offrait qu'une très faible défense, étant franchissable à chacun des villages qu'elle arrose. Si l'armée russe reculait, elle serait jetée dans les marais de la Wartha, ou acculée sur Kustrin, dans l'angle formé par cette rivière et l'Oder. Sa destruction était alors certaine. Une retraite ? elle ne pouvait Topérer que j)ar la route de Kustrin à Bromberg, le flanc droit aux marais de la Wartha, le flanc gauche exx^osé à toutes les attaques. Cet angle dont Kustrin est le sommet formait le piège le plus redoutable d'un tel champ de bataille. Il est vrai que l'angle nord-ouest, vers Kutzdorf, était un autre cul-de-sac où l'adversaire pourrait être refoulé si son attaque échouait sur le front ou le flanc gauche de l'armée russe. C'étaient là les deux « blouses » de ce jeu de billard.

Ce ne fut pas sans émotion que Fermer se sentit engagé dans un tel jeu, contre un tel partenaire, sans autre protec-

tion et seulement pour quelques heures, que ce ruisseau de la Mietzel. La retraite par Gross-Kamin était encore jjIus périlleuse que la résistance en avant de Zorndorf.

Heureusement pour Fermor, dans cette j^laine marécageuse ou broussailleuse, d'où Ton pouvait être refoulé pied à pied vers les marais du sud et Tinévitable destruction, s'élevaient au nord de Zorndorf, de faibles hauteurs. Elles avaient leur front le plus abrupt vers la Mietzel, leurs pentes douces vers Zorndorf, dont le village se dressait sur un ressaut de terrain. Ces positions, dites hauteurs de Quartschen, étaient flanquées, à l'ouest, iDar le ravin du Zabergrund ; à Test, par celui du Hofbruch. Elles étaient partagées, en leur milieu, par un troisième ravin, celui du Galgengrund, qui faisait d'elles deux montagnes : la jjlus à l'est s'aj)pelait le mont Lyssia. C'est à ces hauteurs que Fermor se cramponna et s'ancra en quelque sorte pour éviter d'être balayé dans la plaine.

Du Zabergrund au Hofbruch, à cheval sur le Galgengrund, rangées de l'ouest à l'est, faisant face à la Mietzel, il disposa les deux lignes j)arallèles de son armée. Pour chacune de ces deux lignes, l'aile occidentale et le centre étaient formés de ses propres régiments ; l'aile orientale, du Corps d'observation placé sous les ordres de Brown. A la cassure du Galgengrund les deux lignes se brisaient par un angle obtus dont le sommet regardait le nord. Ainsi se trouvait distribué le gros de l'armée russe, à 3 kilomètres en avant de Zorndorf, à quelques cents mètres en arrière de Quartschen, à 10 ou 11 kilomètres du « petit faubourg» de Kiistrin.

Pour surveiller les passages de la Mietzel, on avait posté, en avant de Zicher, droit en face du moulin de Neudamm, quelques compagnies des grenadiers de Brown ; à Quartschen, quelques compagnies des grenadiers de Fermor. La cavalerie de l'armée voltigeait sur les deux ailes. Tout au sud, à Gross- Kamin, sur Tunique route de retraite, on avait amassé tout le « gros bagage ». Il formait un vagenbourgy entouré de fossés et de palissades, gardé par quelques régiments. Le « bagage léger » était resté avec l'armée.

Celle-ci était forte de 30 000 fantassins, 3 282 cavaliers

réguliers, environ 3 000 irréguliers. Elle disposait de 190 canons de régiment et de 50 pièces de batterie.

Quand Frédéric eut été informé de ces dispositions, il décida de ne point attaquer de front les Russes. Quant aies tourner par leur aile occidentale \ c'était, en cas de succès, simplement les refouler sur leur ligne de retraite, et, en cas d'insuccès, tomber soi-même dans l'angle dangereux du nordouest. En les tournant par leur aile orientale, on risquait seulement de se faire rejeter dans les bois de Ziclier, et Ton courait la chance de les i)récij)iter dans TOder, dans la Wartha ou sous le canon de Kiistrin. Frédéric II imagina quelque chose de plus audacieux encore que ce mouvement tournant sur Taile orientale de Tennemi : c'était, en prononçant à outrance ce mouvement, d'aller se placer sur les derrières mômes de Fermer, de le couj^er de son vagenbourg de Gross- Kamin , d'occujjer ce môme village de Zorndorf qui avait d'abord été le quartier général des Russes, enfin de les assaillir précisément ]3ar les jjentes douces qui descendaient, des hauteurs qu'ils occupaient, vers ce village.

Frédéric, à cette téméraire offensive, gagnait encore un autre avantage : c'était de frapper un grand coup sur le moral de l'ennemi, en ai^^jaraissant successivement sur son front, sur son flanc droit, sur ses derrières ; de jeter le désordre dans toutes les manœuvres de cette armée encore si novice ; de lui inspirer la terreur de se voir tournée, coupée, enveloppée, avant môme qu'elle sût de quel côté faire face à l'assaillant.

Toute la matinée du 24 août, le roi de Prusse laissa reposer ses troupes de l'autre côté de la Mietzel. A 1 heure de l'après-midi, il fit passer l'avant-garde ManteufTel au moulin de Neudamm, et la fit se disposer en une double ligne circulaire, présentant partout la baïonnette à l'ennemi. A 2 heures, le reste de l'armée, se rapprochant de la rivière, prit position entre Darrmietzel et Neudamm.

1. On verra pourquoi nous employons ici ces expressions : aile occidentale ou orientale; et non pas : aile gauche ou droite.

A 5 heures seulement les Russes furent informés de ces mouvements, mais ils maintinrent leurs dis£)Ositions.

La nuit se x>^issa ainsi. L'armée russe, s'attendant à quelque surjjrise, à quelque brusque passage de la rivière, se reposa sans quitter le harnois de guerre. A 3 heures du matin, le 25, Fermor modifia légèrement ses positions : ses deux lignes se reportèrent de quelque douze cents pas en arrière.

Frédéric passa la soirée du 24 à discuter avec Gatt sur TOde en général, sur Malherbe, sur Racine poète lyrique. Il s'amusa à refaire quelques strophes d\4thalie et de J.-B. Rousseau, et s'attira de Gatt ce compliment : « Je doute que les généraux que vous avez et aurez à combattre fassent jamais des vers la veille d'une bataille. » Puis il reçut ses lieutenants et leur donna ses dernières instructions. Puis il offrit des raisins à Gatt, car, disait-il, « qui sait qui les mangera demain ? » Puis il alla se reposer, et dormit si profondément que son valet de chambre eut ensuite de la peine à l'éveiller.

Il fut debout avant le jour, le 25, à 3 heures du matin. Il fit défiler son infanterie sur les ponts qu'on avait construits au moulin de Neudamm. Sa cavalerie, qui avait à faire un bien plus grand détour, passa la rivière, à quelques kilomètres en amont, au gué de Kersten, et s'engagea dans les bois de Zicher. Quelques heures après, les Russes virent avec stupeur l'infanterie du roi tourner leurs positions, ses escadrons déboucher par Batzlow, puis cette infanterie continuer son mouvement, dans la direction de Zorndorf. La surprise que Frédéric II voulait faire à Fermor était tout à fait réussie. Gelui-ci était bel et bien coupé de son vagenbourg et de sa ligne de retraite.

Fermor ne perdit point la tete : on ne peut qu'admirer la jjromptitude avec laquelle il modifia ses dispositions. Il fit opérer une volte-face à toute son infanterie, si bien que la seconde ligne devint la première et que son aile droite se trouva être l'aile gauche. Il prescrivit d'allonger ces deux lignes et leur donna une rectitude absolue, sans aucun angle. L'artillerie, qui auparavant garnissait son front du côté de la

Mietzel, passa entre les bataillons et vint garnir le nouveau front du côté de Zorndorf, Il fit sortir des lignes tout le « bagage léger » et le concentra dans Quartschen, avec le trésor de l'armée, les archives secrètes de Télat-major et les ambulances. A 9 heures du matin, toute roj)ération était terminée.

A ce moment c'était le corps de Fermor qui formait l'aile droite des Russes et le corps de Brown qui formait leur aile gauche. La première ligne de Fermor était constituée par le l^"" grenadiers, le 3^ grenadiers, Rostof, Novgorod, de la brigade Lubomirski; Schlùsselbourg et Tchernigof, de la brigade Ouvarof; Kexholm, Ladoga, de la brigade Léontief, et enfin le régiment Sousdal. Sa seconde ligne comprenait Voronèje et Pétersbourg, de la brigade Panine, un bataillon de dragons démontés, les régiments Riazan, Smolensk, Mourom, 4"" grenadiers, Troïtski, Kazan. — Brown avait en première ligne : 2 régiments de la brigade Manteuffel, grenadiers du Corps d'observation, 4^ et 5^ mousquetaires de nouvelle formation. En seconde ligne : Nevski, 2'' grenadiers, l^*" et 3^ mousquetaires de nouvelle formation. L'aile droite, apx3uyée au Zabergrund, était flanquée de la cavalerie de Haugrewen, c'est-à-dire des grenadiers à cheval Kargopol, des dragons Arkhangel et Tobolsk : en tout 9 escadrons ou 1 260 sabres. L'aile gauche, appuyée au Hofbruch, était gardée par les cuirassiers Altesse Impériale, 3® et Novotroïtski, placés sous les ordres de Demikow : en tout 12 escadrons et 1680 sabres. L'artillerie déployait sur le front de l'armée ses 200 canons, les grosses pièces groupées çà et là par batteries.

En réalité, la situation de l'armée russe n'était point bonne. Elle avait maintenant à dos le ravin profond de la Mietzel et sur son flanc droit l'Oder : de ce côté aucune ligne de retraite. Sur son nouveau front, elle n'avait plus que les pentes douces descendant vers le sud, et les hauteurs qu'elle occupait étaient commandées par les hauteurs de Zorndorf . Elle se trouvait, par son centre, au Galgengrund, comme partagée en deux armées, qui pouvaient à peine communiquer. De ces

deux armées, rime était excellente, celle de Fermer; Tautre, celle de Brown, quoique renforcée de quelques régiments de Fermer, restait très médiocre : elle était la jjIus encombrée d'artillerie et la j)lus en peine de bien s'en servir. Les inconvénients de la fâcheuse dualité qui existait déjà dans les forces russes étaient encore empirés grâce à leur séparation par le ravin profond du Galgengrund. Enfin les deux fractions, Fermer comme Brown, manquaient d'espace pour se déployer et se mouvoir ; les troupes étaient massées à l'excès sur les hauteurs. Quand Frédéric II eut reconnu leur position, il s'en montra fort satisfait : « Il n'y aura pas un boulet de perdu' ! » s'écria-t-il.

Le roi de Prusse continuait son mouvement tournant par Wilkersdorf. Il vint i^rendre position en arrière du village de Zorndorf 5 mais, comme la cavalerie légère des Russes s'était hâtée d'y mettre le feu, cet incendie gênait fort les Prussiens. La fumée leur cachait mie partie du champ de bataille, et l'on ne pouvait, avec les caissons d'artillerie, traverser le village en flammes.

Au sud de Zorndorf, la droite maintenant appuyée sur Wilkersdorf, Frédéric rangea son infanterie : celle-ci forma une avant-garde, puis deux lignes parallèles. Dans la formation d'alors, on mettait volontiers dans la seconde ligne les régiments de qualité inférieure. L'avant-garde, sous Manteuffel^, comprenait 8 bataillons de grenadiers. La première ligne, forte de 20 bataillons, comprenait : à sa gauche, l'infanterie de Kanitz; à sa droite, celle deDohna. La deuxième, forte de 10 bataillons, était commandée par de Forcade. A la droite de toute l'armée, il y avait, sous Schorlemer, 12 escadrons de hussards. A la gauche, Seydlitz, un des « grands cavaliers » de l'histoire, tenait sous sa main 56 escadrons, auxquels il pouvait joindre 15 escadrons, un peu détachés vers la droite et appartenant au régiment de carabiniers et

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