‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 39 sur 122 · Seconde relation de Saint-André · texte numérisé non relu

Seconde relation de Saint-André

3. Au contraire, TaHaché militaire de France, le baron de Wittinghof, resta, et pendant la bataille fut blessé d'une balle au poignet.

liait plus aucun ordre, laissant les commandants de brigade et les colonels agir à leur guise. Plus tard on dit qu'il avait été blessé : d'une blessure très légère à coup sûr, ou d'une simple contusion.

Sur cette droite russe, déjà si cruellement éprouvée, vers 11 heures, Frédéric II lança les 8 bataillons de Manteuffel. Ils durent passer à droite et à gauche du village de Zorndorf . Dès qu'ils Teurent dépassé, la fusillade commença, et les Russes y répondirent ils firent aussi avancer leurs batteries. Frédéric lança Kanitz pour appuyer Manteuffel-, mais Kanitz, en suivant un ravin, obliqua jjar trop sur la droite, et au lieu de coopérer à l'attaque contre Fermer, se trouva en commencer une contre Brown. Il y eut ainsi comme deux batailles distinctes et simultanées.

Les Russes de Fermer profitèrent aussitôt de cette faute. A midi, cette aile droite prenait l'offensive. Haugrewen, avec ses 9 escadrons, tombait dans le flanc de Manteuffel et renfonçait. Alors, le l"""" grenadiers, les brigades Lubomirski, Ouvarof, Léontief descendirent la i3ente et achevèrent la déroute des assaillants : ils leur prirent 26 canons. Puis ils se rabattirent sur Kanitz, et dispersèrent 7 de ses bataillons. Kanitz fut grièvement blessé. Seulement, cette infanterie russe se trouvait maintenant bien aventurée, d'autant plus que Brown, sur sa hauteur de Lyssia, ne faisait aucun mouvement.

Or Seydlitz était tout près, avec ses 56 escadrons ; il avait môme rappelé les 15 détachés vers la droite. Depuis quelques instants déjà, Frédéric lui envoyait courrier sur courrier lui porter l'ordre de charger. A la fin il lui fit dire qu'après la bataille il répondrait sur sa tête de sa désobéissance. Le vieux guerrier se contenta de répondre : « Après la bataille ma tête est à la disposition du roi. » Enfin, quand il vit l'infanterie et la cavalerie des Russes bien engagées dans les fonds, d'un coup d'œil infaillible jugeant le moment venu, il rassembla sous sa main tous ses escadrons (les Russes n'avaient là que 9 escadrons et 25 à 26 bataillons), et les lança par delà le Zabergrund. En tête galopaient 5 escadrons de cuirassiers, puis 18 des hussards de Zieten et de Malachowski, jyuis

3 escadrons des gardes du corps sous Tintrépide Wakenitz, puis 5 de gendarmes, sous le colonel de Scliwerin ; jjuis 25 de dragons : total, 56 escadrons. Les hussards et les cuirassiers tombèrent sur les escadrons de Haugrevven, les autres sur la batterie russe, qu'ils enlevèrent, puis sur l'infanterie. Sous cette charge inouïe jusqu'alors dans les fastes de la guerre, et dont on ne devait revoir les pareilles qu'aux jours d'Eylau, de Friedland et de la Moskova, les fantassins russes, surpris dans le désordre de leur première ofTensive, plièrent et se rompirent. L'orage s'était abattu d'abord sur les 1^" et S"" grenadiers. Ils montrèrent, dans ce désastre, une intrépidité et un sang-froid merveilleux : on voyait les soldats, sous le choc des cavaliers prussiens, se reformer rà et là par petits groupes, s'adosser l'un à l'autre, opposer aux sabres les baïonnettes.

L'infanterie étant attaquée de front, sur les derrières et sur les flancs, massacrée sans pitié, il n'est pas étonnant que toute sa bravoure n'ait pu lui servir et que notre aile droite tout entière ait été jetée dans une telle confusion et un tel désordre qu'il n'y avait plus ni front, ni lignes, et que les soldats, violemment éparpillés par petits tas, se débattaient contre la cavalerie prussienne et faisaient moins se battre que défendre et vendre très chèrement leur vie. Les Prussiens eux-mêmes racontent qu'un spectacle s'offrit à eux comme ils n'en avaient jamais vu. Ils voyaient partout les Russes, par groupes et en petits tas, après avoir épuisé leurs dernières cartouches, fermes comme des rochers, se défendant jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Ils disent qu'il était plus facile de les tuer que de les mettre en fuite. Beaucoup, percés de part en part, continuaient à se tenir debout et à se battre jusqu'à ce que leurs jambes défaillissent -, d'autres, ayant perdu un bras et une jambe, déjà couchés sur hi poussière, cherchaient à se défendre et à tuer l'ennemi de la main qui leur restait. Pas un ne demanda grâce \

Gatt, le confident du roi, note presque dans les mêmes ter-

1. BoLOTOP, t. I, p. 788, Son récit n'a plus ici la valeur d'un récit de témoin oculaire. Jl commet les plus graves erreurs : tout de suite après cet épisode, il raconte la scène de désordre et d'ivrognerie à l'aile gauche. Au reste, la plupart des récils de témoins oculaires, môme celui de Catt, même de Frédéric II (Histoire de la guerre de Sept ans , ne valent pas beaucoup mieux que celui de Bolotof.

mes cette résistance désespérée : « Les Russes étaient couchés en file ; ils baisaient leur canon, lorsqu'on les sabrait, et ne le quittaient point... Blessés et étendus, ils tiraient encore. On ne leur faisait pas de quartier \ »

Un cri d'admiration échappe aussi à l'officier prussien déjà cité : « En ce qui concerne les grenadiers russes on peut dire que nul soldat ne leur est comparable. »

La résistance acharnée des 1''"" et 3" grenadiers donna le temps de se reformer un i30u aux régiments des brigades Lubomirski, Oavarof, Léontief. Elle sauva l'aile droite d'une destruction totale. Cependant ces trois commandants de brigade étaient blessés ; on avait perdu beaucoup de canons ] tous les corps étaient confondus. Le commandement supérieur ne donnait toujours aucun signe de vie. C'est pour cela que la deuxième ligne de Fermor resta immobile pendant que la première se faisait écraser. Du moins sa ferme contenance arrêta de ce côté l'offensive prussienne. Seydlitz, dont les soldats étaient à cheval depuis trois heiu*es du matin, ramena sa cavalej'ie derrière Zorndorf pour la laisser respirer.

Frédéric dut renoncer à achever l'aile droite des Russes. Il fut très affecté de ce demi-succès. En revenant à son aile droite, il lui échappa de dire, d'une voix assez forte : « Dass sich Gott im Himmel erbarme ^ ! » Mais, dit le témoin ocnlaire Catt, « le prince Maurice d'Anhalt-Dessau, au fait du malheur arrivé, et qui en prévoyait les suites, ijeut-etre pas trop content de l'exclamation du roi, prend son cliapeau, le jette en l'air et, d'un air décidé et d'une voix très sonore, crie : « Vive le roi ! la bataille est gagnée ! » Puis le prince Maurice et le général Bùlow, voyant la piètre contenance d'une jjartie de leur infanterie, disent : « Camarades ! ce que vous voyez là de gens qui s'en vont sont des prisonniers russes qu'on amèue. Allons ! vive le roi ! Marche ! »

Frédéric II, bien qu'on n/eût pu en finir av3C l'aile droite des Russes, s'était décidé à porter tout son effort sur leur

2. « Dieu ait pitié de nous dans le ciel. » Récit de Henri de Catt.

aile gauche, contre laquelle avait échoué l'attaque de Kaiiitz.

Cette fois, Tarmée ijrussienne occupait une ligue presque perpendiculaire à celle qu'elle avait occupée au moment de la première attaque.

Aux 27 bataillons de Brown, le roi n'avait à opposer que les 13 ou 14 de Dohna et de sa seconde ligne. Se fiant peu à cette infanterie, composée surtout de « bonnets d'ours » de Prusse, désirant laisser se reposer un peu sa cavalerie, il fit avancer son artillerie, établit une grosse batterie tout près de Zicher, et voulut recommencer sur l'aile gauche des Russes la terrible canonnade du matin.

Brown se résolut à l'ofi^ensive : résolution un peu téméraire étant donnée la qualité de son infanterie . Cependant, de ce côté, sa cavalerie était supérieure en nombre à celle de Frédéric II, et c'étaient les cuirassiers de Demicou ; son artillerie, où figuraient les obusiers Chouvalof, était excellente. D'abord il essaya de faire enlever par sa cavalerie la batterie de Zicher et le bataillon du régiment Prince de Prusse, qui l'escortait : batterie et bataillon furent dégagés par la cavalerie de Schorlemer. Alors Brown fit charger Demicou, dont les hommes de fer traversèrent coup sur coujj les lignes de Dohna et de Forcade.

Puis les deux infanteries s'abordèrent : celle de Prusse ne I3ut tenir ; décimée i^ar le feu des obusiers, terrifiée par cette ligne de baïonnettes qui courait sur elle, assaillie par la charge en retour de Demicou, elle fut prise d'une terreur panique : elle n'attendit même pas le choc des fantassins russes et se mit en déroute complète. Le vaguemestre Ilia Séménof, des cuirassiers Kazan, enleva un drapeau prussien.

Frédéric II se trouva lui-même en grand danger : autour de lui, ses pages étaient tués, un de ses aides de camp fait prisonnier ^ Vainement, jusqu'à trois fois ^, saisissant un drapeau il s'efforça de ramener au combat les Silésiens.

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