‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 40 sur 122 · Scn.^zFiùR · texte numérisé non relu

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Une charge nouvelle de Schoiiemer ne servit qu'à retarder la déroute.

La bataille, de ce côté, était perdue pour Frédéric; mais deux incidents vinrent rétablir les affaires du roi : d'abord le désordre qui se mit tout à coup dans l'infanterie de Brown ; puis la deuxième grande charge de Seydlitz. Sur le j)i^*6miei* épisode, laissons la parole à Bolotof :

Les soldats se jetèrent sur les tonneaux d'eau-de-vie des cantiniers qui s'offraient à leurs yeux : ils les défoncèrent, burent comme des brutes de cette eau-de-vie, et s'enivrèrent jusqu'à devenir furieux. En vain, les officiers et les chefs firent briser ces tonneaux et répandre l'eau-de-vie sur le sol : les soldats se jetaient à plat ventre et léchaient sur la terre même ce breuvage de prédilection. Un grand nombre moururejit de cet excès de boisson, un grand nombre de Fin- Hammation que produisit cet alcool dans leurs entrailles. Beaucoup, dans leur délire, se jetèrent sur leurs propres officiers et les égorgèrent ; d'autres, comme insensés et enragés, vaguaient çà et là, n'écoutant pex'sonne, quoi qvi'on leur commandât

C'est à ce moment que reparaît Seydlitz avec 60 escadrons, c'est-à-dire 8,000 sabres. Sur l'aile gauche des Russes, déjà en désordre, il lança, suivant sa tactique, d'abord les cuirassiers, puis les dragons, gendarmes, gardes du corps, puis les hussards. Il culbuta leur cavalerie; puis il chargea l'infanterie. Il la jeta dans un tel désordre qu'il put escalader les hauteurs de Lyssia; tout ce qu'il y trouva fut jeté dans le Galgengrund. Le Corps d'observation subit un désastre complet: Brown reçut dix ou douze blessures, au moment où il allait se rendre ^, et fut laissé à demi mort sur la place ; ses soldats le ramassèrent et le portèrent à l'ambulance. Tchernychef eut deux chevaux tués sous lui et fut blessé. Tous les généraux de brigade furent blessés ou pris. C'est là que les Prussiens recueillirent le plus de canons et de drapeaux.

1. Bolotof, p. 789. Cet épisode, que Bolotof a l'air de rapporter aux événements de raile droite des liasses, se passa en réalité à l'aile gauche, et les couxDables furent des soldais du corps de Brown ou Corps d'observation.

2. Journal d'H^MPT, commandant le génie du Corps d'observation, cité par M. Masslovski.

Ce qui sauva les débris du corps de Brown et arrêta la poursuite de Seydlitz, ce fut le ravin du Galgengrund et la ferme contenance des régiments de Fermor de l'autre côté de ce fossé naturel. Les cavaliers prussiens ne purent que tourner le Lyssia par le nord , courir sur Quartschen, où ils eurent avec les vieux soldats de Fermer des engagements, à la suite desquels les bagages de l'armée russe furent pillés, et les généraux qui se trouvaient à Tambulance, Soltykof, Tchernychef, Tysenliausen et d'autres, furent faits prisonniers.

Quant à Tinfanterie prussienne, dont Tattaque à ce moment eût pu décider la victoire, il fut impossible de lui faire ni passer le Galgengrund, ni attaquer Quartschen. C'est ici que se place sans doute Tanecdote contée par Frédéric 11^ et qui est intéressante à relever comme trait de mœurs militaires. Si Frédéric II a cherché à excuser ses fantassins du reproche de couardise, il semble qu'il les charge d'un rei3roche tout aussi grave : « On voulut à plusieurs reprises faire avancer les troupes; mais elles revenaient ax)rès un court espace de temps, sans qu'on en comprît d'abord la raison : c'est que la caisse militaire des Russes et tout l'équix^age de leurs généraux étaient dans ce fond; les troupes, au lieu de i)asser, comme elles le pouvaient, s'amusaient à piller, et revenaient dès qu'elles étaient chargées de butin. » Les rap]3orts de Fermor accusent en effet la perte de 30 000 roubles sur le trésor de l'armée. Mais ce n'ét lit pas seulement l'amour du pillage qui arrêtait l'infanterie prussienne : c'étaient aussi les salves de mousqueterie et d'artillerie des régiments de Fermor.

A 7 heures , Frédéric II essayait encore d'entraîner au combat, par Ziclier et Wilkersdorf, ses troupes de seconde ligne; vainemeut Rauther, successeur de Kanitz, Dolina, Forcade, s'efTorraient de jjousser leur infanterie : il fut impossible môme de la mettre en ordre. Tout entière elle recula, les Brandebourgeois, dont le roi défendait le sol natal, aussi bien que les hommes de Prusse-Orientale et les Silésiens.

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