Pulilïsche Corres]7ondcn^, t. XVII, p. 194 et suiv
Ces viédases ont fui comme cle vieilles p... et m'ont donné des instants de peine cruelle. Ces b... ont eu une terreur panique dont on n'a pu les faire revenir. Qu'il est cruel de dépendre de ce ramas de drôles !
Puis il gratifia son confident de vers de sa façon :
Quel vainqueur ne doit qu'à ses armes Ses triomphes et son bonheur...
Et « peut-être aurait-il fini la strophe, si on ne lui eût apporté des beurrées ». Gatt lui ayant avoué qu'il n'avait « rien compris aux mouvements que l'on avait faits », le roi lui répondit : « Vous n'êtes pas le seul, consolez-vous. »
Même aux yeux de Gatt, le roi se faisait plus vainqueur qu'il n'était en réalité. De part et d'autre, les pertes avaient été sensibles : quelques jours après les Russes avouèrent 10 886 tués et 12 788 blessés ; la perte totale se réduisit ensuite à 18 000 hommes, plus 2 882 prisonniers. Ils laissèrent 100 canons et 30 drapeaux. La perte des Prussiens paraît s'être élevée à 12 000 hommes, 26 canons et sans doute aussi quelques drapeaux ^ De part et d'autre, les armées étaient également épuisées : chacune d'elles avait passé deux xmits sans sommeil et combattu de 9 heures du matin à 8 heures et demie du soir. Beaucoup d'officiers, beaucoup de généraux avaient été atteints, et l'armée prussienne avait à regretter le vaillant Zieten. La situation présente des deux partis était également critique : celle des Russes était peut-être meilleure; car, s'ils étaient coupés de leur vagenbourg et de leur ligne de retraite, ils occupaient fortement les hauteurs, tandis que leurs adversaires étaient disséminés dans la plaine ; enfin ils attendaient d'un instant à l'autre l'arrivée de Roumiantsof avec 10 000 ou 12 000 hommes de troupes fraîches, tandis que Frédéric II n'avait à espérer aucun renfort.
En somme, dans la bataille, les chances s'étaient compen-
1. GliiîTres adoptés par Schiefer ot les historiens modernes, mais que Frédé rie, dans VHistoirc de la guerre de Sept ans, réduit à i 200 hommes et 20 canons.
sées. L'artillerie des Russes avait presque toujours conservé sa supériorité sur celle des Prussiens ; le nombre des canons qu'on leur avait pris ne témoignait que contre la médiocre organisation de Tattelage, de l'escorte et du service : c'étaient surtout des canons abandonnés qu'on avait ramassés de part et d'autre. La cavalerie prussienne s'était montrée incomparable ; mais celle de Haugrewen et Demicou s'était révélée tout autre que celle de 1757. Les deux infanteries avaient également éprouvé des désastres 5 mais celle des Russes avait forcé l'admiration même de l'ennemi, tandis que celle des Prussiens avait fait preuve d'ime étrange couardise. 11 était plus facile, pour le lendemain, de ramener au feu celle-là que çelle-ci. A supposer que Frédéric eût eu l'avantage dans cette journée du 25, rien ne disait qu'une seconde bataille, livrée le jour suivant, dût se terminer à son avantage. En tout cas, Fermor ne s'était pas « rendu et ne songeait pas à se rendre.
Frédéric II anticipait singulièrement quand, le lendemain, il écrivait au roi d'Angleterre : « Nous les avons vaincus après un combat de dix heures ; ils s'enfuient à présent en Pologne. » Il disait plus vrai, quand, le même jour, il mandait à Finckenstein : « 11 est d'autant plus nécessaire de relever le prix de cette victoire... Le roi est à la veille de livrer une seconde bataille aux Russes ^, qui paraissent vouloir tenter de nouveau fortune contie leurs vainqueurs. Jamais on n'a vu plus d'opiniâtreté dans un ennemi. »
Au matin du 26, Fermor avait jjris des dispositions qui annonraient une offensive plus encore qu'une retraite. Il avait rejjorté toute son armée de la droite sur la gauche, la concentrant presque entièrement sur le mont Lyssia, faisant filer son bagage de Quartschen sur Zorndorf, et, comme on manquait d'eau sur les hauteurs, descendant enfin sur Zorndorf. Les Prussiens s'étaient retirés un peu au nord, l'infanterie sur Zicher, la cavalerie sur Wilkersdorf . Il semblait qu'ils vou-
1. A co moment, Frédéric II ne leur attribue plus qu'une perte do 11 000 hommes.
lussent laisser libre la retraite de Fermor sur son vagenbourg et la route de Bromberg, en un mot, faire à rennemi un pont d'or. Celui-ci ne se pressait pas d'exécuter ce mouvement que Frédéric II favorisait et paraissait désirer. Des dragons, xmis des kosaks d'Efrémof, qui venaient de rejoindre l'armée, allaient braver la cavalerie prussienne jusque sous Wilkersdorf. Derrière le rideau mobile de cette cavalerie, Fermor faisait procéder à rétablissement de batteries formidables. Il recommençait à canonner les j)Ositions de Frédéric et, rangé à 1 200 pas de lui, semblait lui présenter cette seconde bataille que le roi faisait pressentir à Finckenstein.
Toute cette journée du 26, Frédéric II se tient coi. A une paysanne, ruinée par l'incendie, qui venait lui demander une petite place pour son fils, il répond : « Ma i^auvre bonne, comment vous donner une place quand je ne suis pas sûr de garder la mienne^? » Pour expliquer son inaction un peu craintive, il dira dans ses Mémoires : « Si l'on avait eu suffisamment de munitions, on les aurait attaqués ; on fut obligé de se contenter d'une canonnade, qui ne fut môme pas aussi vive qu'on l'aurait désiré, à cause qu'il fallait ménager la X)Oudre. » Devant Gatt il se livrait à des réllexion? qui montraient que les paroles du feld -maréchal Keith lui revenaient cl l'esjjrit et qu'il se reprochait déjà d'avoir trop méprisé son ennemi. Il se rattrapait en disant : « bonne infanterie, mauvais généraux » ; ou encore: « bonne infanterie pour tenir ferme, très novice encore dans les évolutions ; cela ne sait pas bien se remuer ». Et il ajoutait, avec un retour chagrin sur ses « Prussiens » : « Elle a tenu ferme. » Retiré sous sa tente, il lisait le i^oème de Lucrèce sur la Nature des choses ; or il ne le lisait que quand il avait de la tristesse au cœur. C'était son bréviaire des jours sombres. « Vous me voyez avec mon Lucrèce, disait-il à Gatt ; cela vous prouve que j'ai du chagrin. » A un certain moment, il lui échappa ce mot : « Demain matin, nous pourrions bien décamper d'ici et prendre congé de ceux