Gatt
2, Histoire de la guerre de Sept ans.
que je n'ai pu détruire. » Évidemment il ne s'agissait plus de Jeter les Russes dans la Wartha, ou de les j)Oursuivre à outrance^ ou de recevoir la reddition de Fermor, ou d'assister à sa « fuite » en Pologne. Frédéric n'était plus César avec son Veni^ vidiy vici : c'était un philosophe mélancolique. A un certain moment, le plus désireux de faire retraite, ce ne fut pas F ermor.
Fermor, siu* la partie du champ de bataille qu'il avait réoccupée, faisait chanter le Te Dewn, avec l'inévitable accompagnement de salves d'artillerie et de mousqueterie\ Il envoyait à la tsarine, j)ar le baron Rosen, son rapport ' sur sa « victoire ». En voici l'analyse. 11 prétait à Frédéric 11 69 000 hommes; or nous savons que le roi n'en avait que 32 000. Exposant ensuite les diverses attaques prussiennes, il ajoutait : « L'armée de V. M. 1. ne perdit pas un pouce de terrain... Elle opposa tant de bravoure aux attaques de Tennemi qu'il ne put pas gagner le moindre espace. 11 avait néanmoins l'avantage du vent qui nous couvrait de fumée, sans compter
celui du nombre des soldats Le roi, à la fin, fut contraint
d'abandonner le champ de bataille. Nous y passâmes la nuit il la vue de l'ennemi, et nous nous rangeâmes de nouveau dès le matin ». Fermor avoue qu'il n'osa point attaquer et ne se servit que de son canon. Suit le récit d'un mouvement offensif de la cavalerie ennemie ; mais « le feu prodigieux de notre artillerie Tobligea de prendre la fuite ». Fermor convient que sa perte est considérable ; mais il a « fait bon nombre de prisonniers, enlevé des canons et des drapeaux, trophées certains de notre victoire ». 11 donne un coup de ^alte au prince Charles et à Saint-André, qui avaient pris la « fuite parce qu'ils ne comptaient pas sur l'heureux succès de l'affaire ». (Nous savons que le prince Charles et Saint-André l'ont
1. Au reate, « les deux armées firent chanter à la fois le Te Deum au bruit du canon et de la mousqueterie ». Seconde relation de Saint-André à la cour de Vienne. Archives des afl'aires étrangères de France. Correspondance Russie, t. LVII.
2. J'emprunte la traduction qui est jointe à une dépêche de L'Hôpital, dans le t. LVII de la Correspondance Russie. Arcliives des allaires étrangères de France.
amplement payé de letom* en le décriant auprès des cours.) Fermor expliquait ensuite pourquoi on n'avait pas attaqué à fond dans la journée du 26 : TefFectif de ses régiments était fort diminué et le corps de Brown en plus mauvais état que jamais. En somme^ il y avait au moins autant de vrai dans le rapport du généralissime russe que dans la plupart des comptes rendus que Frédéric II, par Finckenstein, dispersait à tous les vents de la publicité eurox)éenne.
Le seul tort du premier c'est, pendant qu'il faisait tirer les salves de victoire, d'avoir envoyé un parlementaire à Dohna pour lui proposer un armistice de deux ou trois jours afln qu'on pût enterrer les morts. Il s'attira naturellement cette réponse que, le roi étant le vainqueur, c'était lui qui prendrait ce soin. En réalité, comme chacune des armées occupait une part du champ de bataille, le soin des morts et des blessés se trouva partagé.
Si nous en croyons Bolotof , des choses inhumaines se commirent du côté de l'armée royale : « Les paysans étaient si furieux contre les Russes que, les Prussiens ayant rassemblé quelques milliers d'entre eux pour leur faire creuser des fosses et enterrer les morts, ces paysans jetaient pêle-mêle dans les fosses non seulement les cadavres, mais les blessés qui gisaient sans défense et les ensevelissaient vivants. Vainement les malheureux poussaient des cris, imploraient miséricorde et, en sanglotant, épuisaient leurs dernières forces pour se tirer du milieu des cadavres : on jetait sur eux d'autres pelletées de terre jusqu'à ce qu'ils eussent rendu le dernier soupir. » Mais Bolotof est enclin au pathos, et nous savons qu'il n'était pas sur les lieux. Le roi lui-même ne s'était pas montré tendre pour ses prisonniers, y compris le général-lieutenant Tcheriiychef . On les avait conduits à Kùstrin et internés dans les casemates. Gomme ils se plaignaient de ce mauvais gîte, Frédéric leur fit réi^ondre qu'ils l'avaient voulu ainsi et qu'ils n'auraient eu qu'à ne pas brûler la ville. On voit qu'il en voulait sincèrement aux Oursomanes \