‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 44 sur 122 · Expression qui revient plus d'une fois dans ses lettres · texte numérisé non relu

Expression qui revient plus d'une fois dans ses lettres

Ce n'étaient pas les Oursomanes prisonniers qni le sondaient le plus : c'étaient ceux qni persistaient à occuper ces hauteurs de Quartschen, où, d'un moment à l'autre, Roumiantsof pouvait les rejoindre et d'où partait une canonnade si incommode.

Gatt nous dit même que le roi fut exposé à leur feu de mitraille et que le colonel de Scliwerin, qui l'accompagnait dans cette reconnaissance, lui dit : « Ne voyez-vous pas qu'on vous en veut? — Je ne le vois pas. — Eh ! de jjar tous les diables, si vous ne voyez pas, n'entendez-vous au moins les balles qui si filent autour de nous et qui labourent la terre à quelques pas de votre cheval? — Billevesée, monsieur de Schwerin ! — Eh bien, restez tant qu'il vous jjlaira. Pour moi, je me dois au régiment que j'ai l'honneur de commander, et je vais me mettre à sa tête. »

Encore le 27 août, Frédéric II écrivit à Finckenstein « qu'il pourrait encore y avoir ici une bataille, au cas que le général Roumiantsof vînt à se joindre à cette armée ». Il ne tint qu'à lui de la livrer, cette bataille, et même dans les conditions relativement les plus favorables, puisque Roumiantsof ne parut pas.

Frédéric II avait pris position au sud-ouest de Zorndorf, à trois kilomètres environ des faubourgs de Kûstrin. Peut-être avait-il l'idée d'ojjérer sa retraite par les jjonts de cette ville si Fermer ne se décidait pas à opérer la sienne. Mais, le 27 août, Fermor, contournant Zorndorf par le sud, s'avança délibérément sur Gross-Kamin, où les Prussiens n'avaient même pas inquiété son Vagenbourg. Il aurait pu se retirer par le nord, puisque Frédéric s'était rex)orté au sud-ouest ; et, s'il avait été en humeur de « fuir », ce n'est pas la direction qui l'amenait d'abord sur l'ennemi qu'il aurait dû choisir. Il marchait sur deux colonnes, et comme l'intervalle entre elles, en tête et en queue, était fermé par une avant-garde et une arrière-garde, le tout foi^mait un grand carré oblong. Au centre, on avait placé les chariots pleins de blessés, les canons désattelés que les hommes tiraient à bras. Médiocre disposition pour repousser ime attaque sérieuse ; car chacune des deux colonnes, séparée

de Tautre par tous ces impedimenta^ n'aurait pu lui venir eu aide. La tentation de l'attaquer était d'autant plus naturelle qu'après avoir passé presque à portée de mousquet de la position occupée ]3ar Frédéric II, le grand carré russe allait lui prêter le flanc droit, puis lui opposer une simple arrière-garde, enfin cheminer ayant son flanc droit aux marais de la Wartlia, dans lesquels une attaque à fond eût dû le précix^iter. Cependant Frédéric sut résister à la tentation : il assistait les bras croisés à la retraite imposante de l'armée russe. Il la fit suivre et escorter plutôt que poursuivre. Ceux de ses hussards qui serrèrent de trop près l'arrière-garde de Fermer furent reçus à coups de canon. L'infanterie prussienne, quand elle fit mine de les soutenir, trouva celle des Russes prête à croiser la baïonnette.

Ce jour-là Frédéric j)ut annoncer à Finckenstein que « les choses prennent ici une meilleure tournure ». Roumiantsof avait abandonné « cul par-dessus tête » son poste de Schwedt et se retirait sur Landsberg, où il allait rejoindre la grande armée russe. Le 29, Frédéric II reçut des nouvelles de l'armée autrichienne (Laudon) qui le décidèrent à préparer sa propre retraite. Il se donna le plaisir d'annoncer à la margrave de Baireuth qu'il avait tué dans la bataille 30 000 Russes \ Avec Gatt, il se donna celui de déblatérer encore contre Tennemi : « Je n'ai rien pu avoir aujourd'hui de mes Barbares que beaucoup de leurs malades et de leur piètre bagage. N'avez-vous pas été édifié de la manière dont ils ont abîmé ce j)auvre village?... Si Voltaire voyait tout ceci, comme il s'écrierait: « Ah ! barbares ! Ah ! brigands ! inhumains que vous êtes ! « comment pouvez-vous espérer d'hériter le royaume des « cieux ? » Il disait encore : « Les princes qui se servent de telles troupes ne devraient-ils iDas rougir de honte ? Ils sont coupables et responsables devant Dieu de toutes les horreurs qu'elles commettent. » Mais enfin il ne se lançait pas à la poursuite de ces « incendiaires » et se contentait de ramasser sur leurs talons quelques bribes de leur « piètre bagage » .

Page 1