‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 45 sur 122 · Politische Correspondcn: , l. XVII, p. 199, 30 août · texte numérisé non relu

Politische Correspondcn: , l. XVII, p. 199, 30 août

Tandis que Fermor rejoignait, à Landsberg, la division Roumiantsof, Frédéric, dès le 2 sex3tembre, rex^renait la route de Kûstrin, puis celle de Silésie. La campagne de Zorndorf était terminée.

C'est le moment de rechercher qui a été vainqueur à Zorndorf, car maintenant toutes les conséquences directes de la journée du 25 sont devant nos yeux. En général, le vainqueur peut se définir ainsi : celui qui a obtenu ]3ar la bataille les résultats qu'il se proposait d'obtenir en engageant la bataille. Or Frédéric II se proposait d'enlever la position des Russes et de « les jeter dans la Wartha ». Rien de tout cela n'a été obtenu dans la journée du 25 : Frédéric a eu beau se placer d'abord au sud, puis à l'est des hauteurs occupées par eux, tourner autour d'eux comme un lion, quœrens quem devor^ety il n'a pu les déloger : après avoir occupé le mont Lyssia, il s'est vu rejeté dans la plaine. Toute la journée du 26, il a subi les provocations de leur cavalerie, le feu incommode de leurs batteries, sans faire un effort pour les chasser. Le 27, c'est lui qui se retire sur Tamsel, laissant aux Russes leur vagenbom^g et leur ligne de retraite ; et ce sont les Russes qui arrivent presque jusqu'à Tamsel, puis défilent ensuite à la barbe des Prussiens, puis font tête entre Tamsel et Gross-Kamin, comme pour leur offrir la bataille pour la troisième fois. S'ils avaient persisté à occujjer leurs premières positions, nous l'avons vu, c'est Frédéric qui se résignait à décamper. Quand ensuite il n'a eu devant lui que leur arrière-garde, avec cette double colonne encombrée de charrettes de blessés et de canons tirés à bras, qui côtoyait la rive si dangereuse de- la Wartha, il n'a pas essayé une poursuite à fond. Il s'est borné à les escorter jusqu'à Blumberg, à ramener quelques-unes de leurs voitures. Sans doute Fermor a manqué le but de sa campagne, qui était de prendre Kùstrin ; on peut bien admettre que Frédéric a manqué le sien, qui était de détruire les Russes. Gomme conséquence un peu plus lointaine de la bataille, admettons que la désagrégation du corps de Brown, déjà si peu vivace, et les graves pertes subies parle corps de Fermeraient empêché ce généralissime de tenter quelque grand coup pour la cam-

RUSSES ET FRUSSIBKS.

pagne d'automne ; mais celles qu'avait subies Frédéric n'étaient pas moins sensibles ; quand il se retrouva contre les Autrichiens sous Hochkirch (14 octobre), les « diables de Silésie » qu'il avait sacrifiés à Zorndorf lui manquèrent 5 et l'on peut regarder sa défaite de Hochkircli comme un épilogue de la boucherie du 25 août.

La bataille de Zorndorf, considérée en elle-même et dans ses conséquences, fut donc pour les Prussiens une de celles dont le patriotisme se console en les qualifiant d'indécises. Le toast que l'empereur Guillaume II aurait porté naguère aux « vainqueurs de Zorndorf » pourrait bien s'être trompé d'adresse.

Officier supérieur du régiment de cuirassiers de la garde.

UNirOP.MES RUSSES. — 8

CHx\PITRE IX

LES RUSSES APRÈS ZORNDORF

Ce n'est pas que dans cette campagne de 1758 Fermor se soit montré grand capitaine. Il n'a pas osé attaquer et détruire Dohna avant que celui-ci pût être rejoint par Frédéric II. Il a disséminé ses forces sur toute la rive droite de l'Oder, de Kûstrin à Schv/edt. Il n'a pas tenu à lui que cette dispersion ne fût plus grande, puisqu'il n'a cessé de pousser Roumiantsof dans le nord; quand celui-ci a de lui-même rebroussé chemin, ce sont les ordres réitérés du généralissime qui l'ont immobilisé à Schwedt; or Roumiantsof à Zorndorf, c'était la victoire assurée, complète, incontestable, et la destruction totale de Frédéric II. Quand Fermor leva le siège de Kûstrin et prit position au sud de Zorndorf, il n'a rien fait pour disputer sérieusement à l'ennemi le passage de la Mietzel . Gomme il s'était privé, en même temps que de Roumiantsof, de presque toute sa cavalerie légère, il n'a pu s'éclairer, et rapjjarition de Frédéric II sur le champ de bataille l'a presque surpris. Il ne sut pas répartir son artillerie de campagne : il en fut encombré à sa gauche et dépourvu à sa droite. De deux choses il faut le louer : d'abord le choix de ces hauteurs dont on ne put le déloger ; puis la rapide volteface grâce à laquelle il put faire front à l'ennemi du côté du sud.

Pendant la bataille , prèsque dès le début , le généralissime disparut. On ne sent nulle part alors l'action d'une pensée dirigeante : de là ces attaques mal combinées et téméraires, d'abord à l'aile droite, puis à l'aile gauche, qui toutes deux aboutirent à un désastre de l'infanterie ; de là cette immobilité de la gauche pendant qu'on se battait à la

droite, et cette inertie de la seconde ligne de droite x^endant que la première se faisait écraser. C'est seulement après les cruelles épreuves de la journée que des talents de tacticien se révélèrent tout à coup chez Fermer presque vaincu. Aux incertitudes et aux timidités du 25 succèdent les x^i'omptes décisions, la ferme attitude, les offensives savamment hardies de la journée du 26, et enfin cette pointe un peu téméraire du 27 qui aboutit à une imposante et presque triomphale retraite.

Pour toutes ces raisons, quoique Frédéric II Tait rangé parmi les « mauvais généraux », Fermer fera cependant assez bonne figure dans Thistoire entre Apraxine, le vainqueur de Ja^gersdorf, et Soltykof, le vainqueur de Kunersdorf. Bataille indécise, défaite ou victoire, Zorndorf est un de ces noms qu'une armée peut inscrire en lettres d'or sur les drapeaux de ses i-égiments.

Les scènes de désordre, de pillage et d'ivrognerie qui compromirent le succès ne sont imputables qu'à quelques bataillons d'un corps qui naquit désorganisé. Mais durant toute la bataille, le fantassin russe déploya des qualités merveilleuses d'endurance, de ténacité, de courage tour à tour stoïque ou impétueux; la cavalerie, si peu nombreuse, se montra entrej)renante et brave ; l'artillerie, malgré les vices d'organisation, maintint sa supériorité sur celle de Prusse et môme sur celles de toutes les armées européennes de cette époque.

Cette armée, nous l'avons vu, imposa le respect à ce roi de Prusse qui jusqu'alors en affectait le mépris :

Le roi lui-même fut saisi d'épouvante en voyant avec quelle intrépidité, quelle solidité inébranlable se battait notre infanterie. Les Prussiens, dans leurs relations, ont écrit qu'il était plus aisé de tuer nos soldats que de les mettre en fuite ; que les soldats, sur leurs canons ou sur les tonneaux d'eau-de-vie, se faisaient tuer, et que les percer de part en part ne suffisait pas pour les abattre. En un mot, tous les Prussiens de ce temps commencèrent à penser autrement de nos troupes et cessèrent de considérer nos soldats comme des pourceaux ainsi qu'ils le faisaient auparavant*.

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