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LES RUSSES APRÈS ZORNDORF
A cette armée le gouvernement de la tsarine ne témoigna pas toute la reconnaissance qu'elle méritait. Dans son rapport du 26, Fermer avait laissé échapper cette phrase : « Si les soldats avaient toujours été ohéissants à leurs officiers et s'ils n^avaientpas bu plus que la tasse d'eau-de-vie qu'on avait ordonné de leur donner pour les encourager, il aurait été possible de remporter une victoire aussi complète qu'il y avait lieu de le désirer. » C'était une allusion aux scènes fâcheuses qui s'étaient passées à l'aile gauche. La Conférence voulut avoir des explications sur ces lignes énigmatiques. Quels étaient ces actes d'indiscipline? De quelle eau-de-vie s'agissait-il? Fermer dut fournir un supplément d'informations : il imputa même à ces indisciplinés le pillage de la caisse militaire. Le résultat de cette dénonciation fut im rescrit de la tsarine à l'amiée conçu dans les termes les plus durs, et même, comme ni Fermer ni la tsarine ne faisaient de distinction entre les divers corps, les plus injustes. Le rescrit du 13 septembre, adressé à « notre armée bienaimée tant régulière qu'irrégulière », après un éloge assez bref de « la bravoure et courage intrépide qu'elle avait montrés dans la bataille », continuait en ces termes ^ :
Mais, en outre, à notre grand chagrin et courroux, nous avons appris que, dans le temps môme où la victoire était entièrement acquise de notre côté, et oii rennemi vaincu fuyait dans le plus grand désordre, quelques soldats indisciplinés, restés impunis, mais dignes de la peine de mort, ont poussé des cris pour arrêter la victoire et provoquer la reculade ; puis, que le nombre de ces indisciplinés s'est accru et qu'en reculant ils ont entraîné dans leur fuite beaucoup de ceux qui tenaient encore fermement ; qu'ils ont désobéi aux chefs établis par nous en vertu de l'autorité que nous avons reçue de Dieu même ; qu'ils se sont livrés à une abominable ivrognerie, au moment même où leur devoir, leur serment, l'amour de la patrie, les obligeaient à verser leur sang. Grand et légitime est notre courroux quand nous pensons seulement à cette indiscipline ; plus grand encore devient-il quand nous pensons à toutes les suites pernicieuses de cette inconduite, sur lesquelles nous ne voulons pas