‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 48 sur 122 · A. Rambaud, Inslruclions, etc., t. H, p · texte numérisé non relu

A. Rambaud, Inslruclions, etc., t. H, p

et poursuivi jusqu'à Pyrilz par les kosaks d'Éfrémof, Krasuochtchokof et Souline.

Pendant ce temps, un corps de 6 000 Russes, sous le général Palmenbacli, arrivé par mer de Pillau à Kolberg, faisait le siège de cette dernière place. Importante comme port de mer, coupant les communications entre la Vistule et l'Oder, elle empêchait les Russes de se dire les maîtres de la Poméranie prussienne, Kolberg, en 1807, résista trente-cinq jours aux soldats de Napoléon, commandés par Loison et Mortier.

En 1758, la place était déjà forte par sa situation et par ses ouvrages. Palmenbach, malgré les renforts amenés par Stoffeln et l'ouverture de la tranchée, leva le siège dans la nuit du 28 au 29 octobre. Le 8 novembre, il rejoignit Fermor àTempelburg.

Fermor, malgré les instances de Kaunitz qui réclamait toujours l'envoi de 30 000 Russes en Silésie, considéra la campagne comme terminée. Il avait réorganisé son armée et remplacé quelques-uns de ses lieutenants blessés ou pris à Zorndorf. Le 1''' corps était maintenant commandé par Frolof-Bagréef, le 2"" par Riazanof, le 3^ par Roumiantsof, le Corps d'observation, un peu reconstitué, par Galitsyne. — Frolof-Bagréef dut marcher sur Marienwerder, Riazanof sur Kulm, Roumiantsof également sur Marienwerder, Galitsyne sur Thorn. On se repliait décidément sur la basse Vistule. Le 26 novembre, les Russes repassèrent ce fleuve. Ils s'établirent dans les quartiers d'hiver.

Ceux-ci fiuent disséminés autour d'Elbing, Dirschau, Marienbourg, Heiligenbeil, Braunsberg, Graudentz, Kulm, Marienwerder et dans la Prusse-Orientale. La cavalerie légère fut chargée de couvrir l'armée, d'éclairer, de surveiller la Posnanie et Posen. Beaucoup trop en avant de leurs lignes d'avant-postes, les Russes avaient leurs magasins à Posen, Nakel, Friedland, Vronki, Oberjitsi, Rogojno, Khodjéwo, etc. Les magasins, surtout ceux de Nakel et de Posen, se trouvaient im peu à l'abandon. Dans l'hiver on eut à les protéger contre les incursions de la cavalerie prussienne

LES RUSSES APRÈS ZORNDORF

sous Wobersnow. De là une vive émotion à Varsovie, Vienne, Pétersbourg.

On craignit aussi pour la Prusse-Orientale. La Conférence décida que, si Ton était obligé d'évacuer cette province, Farmée, en se retirant, « ne laisserait rien d'intact, que tout serait brûlé et détruit, que les hommes en âge de servir seraient emmenés, alin que le roi de Prusse n'en pût recruter son armée ». Bien entendu, tout cela n'était qu'une menace, un procédé d'intimidation à l'égard de Frédéric II et de ses entreprenants généraux, car ordre fut donné de faire part de ces décisions aux commandants des avant-fjostes prussiens.

Fermer s'occupa de combler les vides que la campagne avait faits dans son armée : il demandait à Pétersbourg 422 officiers, 23 000 recrues, 6 000 chevaux.

On ne put, en donnant des grades aux sous-officiers nobles de la garde, à des jeunes gentilhommes encore sans emploi, à la promotion du corps de cadets, que trouver la moitié des officiers demandés. Les recrues ne commencèrent à venir à l'armée que vers la fin de 1759. On recueillit 5 664 chevaux, dont 3 484 de bât.

Fermor se préoccupait aussi d'une réforme dans l'artillerie. On avait perdu 100 canons à Zorndorf, mais pour la plupart des pièces régimentaires. On décida de compléter le matériel de l'artillerie régimentaire à 208 pièces, celui de l'arlillerie de batterie à 260, et de remjjlacer partout les canons hors de service par des obusiers. En réalité, on n'eut que 181 pièces régimentaires et 105 de batterie. Ce qui avait surtout fait défaut, c'étaient des troupes spéciales à l'artillerie, chargées de servir et de garder les pièces : on décida de former trois régiments dits d'artillerie ; mais, même pour la campagne suivante, ils n'existèrent que sur le papier.

A Pétersbourg, on était d'ailleurs très mécontent de Fermor ; on lui en voulait d'avoir garanti à la province de Prusse - Orientale des privilèges plus étendus que ceux dont elle avait joui sous ses rois; d'autre part, il était vivement critiqué par Saint-André, le prince Charles de Saxe. On lui reprochait de n'avoir atteint aucun des buts qu'on s'était proposés pour

cette campagne, ni en Silésie, ni en Poméranie, ni en Brandebourg ; on critiquait la tenue de sa comptabilité ; on recommençait à trouver mauvais qu'un Allemand luthérien commandât Tarniée de la tsarine orthodoxe. Il fut remplacé au printemps de 1759 par un Russe de vieille roche, Soltykof.

D'autres changements s'étaient produits dans le monde. Le médiocre succès de la campagne, les Français battus à Minden et à Grefeld (défaites suivies de succès à Sandershausen et Lutternberg), la perte de TOhio, de TAcadie, de Ghandernagor, le peu de résultats de la victoire autrichienne à Hochkirch, la nullité de la coopération suédoise, avaient jeté dans la ligue antiprussienne des germes de dissolution. Les Russes étaient mécontents des Autrichiens qui ne les avaient point aidés, les Autrichiens mécontents des Français qui se faisaient trop souvent battre. C'étaient les Russes qui s'efforçaient de justifier la coin- de Versailles auprès de celle de Vienne : Vorontsof faisait observer qu'après tout les défaites mêmes des Français les engageraient à persister dans lcfc%iierre \ Cependant le cardinal de Bernis était devenu suspect à nos alliés : on l'accusait de songer à la paix. Le 13 décembre 1758, il tomba et fut remplacé par le duc de Choiseul. Celui-ci s'empressa de donner à la guerre et à la diplomatie une impulsion nouvelle : avec l'Autriche il signa, le 30 décembre 1758, le troisième traité de Versailles, auquel la Russie donna ensuite (7 mars 1760) son adhésion.

L'Europe coalisée contre Frédéric II allait tenter un nouvel et général efTort.

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