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CHAPITRE X

LA BATAILLE DE PALTZIG (kAI OU ZULLICHAU) 23 JUILLET 1759.

Au printemps de 1759, Daun, le généralissime autrichien, manifestait les meilleures intentions de prendre une offensive énergique. Cette attitude, assez nouvelle chez lui, eut d'abord un excellent effet moral sur les Français, d'une part, sur les Russes, de l'autre. Elle du.t contribuer à hâter le retour de Fermer à son armée. Après un assez long séjour à Pétersbourg, où il avait à se justifier, à se défendre, tout autant qu'à faire préciser ses instructions pour la campagne de 1759, ilrejjarut le 26 mars à son quartier général de la Yistule, à Thorn.

Sa cavalerie légère, qui en avant de ce fleuve couvrait les quartiers d'hiver des Russes, déployait une activité et une hardiesse plus grandes. Le colonel Orlof avec un polk de kosaks avait fait un raid jusqu'à Neu-Stettin, dans la Poméranie IDrussienne, c'est-à-dire à une distance énorme des lignes d'avant-postes russes. Précédant son polk avec 200 kosaks, il avait chargé un piquet de hussards prussiens, puis s'était heurté à l'escadron, et avait dû se replier sur le gros de ses cavaliers. Dans sa retraite il lui fallait traverser un village : il en trouva les portes fermées par les paysans ; alors, avec une partie des siens, il chargea l'ennemi qui le poursuivait ; à l'autre il prescrivit d'enfoncer les portes et de sabrer les villageois armés de gourdins et de fourches. Les kosaks purent ainsi opérer leur retraite, mais ils avaient perdu 14 tués et beaucoup de prisonniers. Parmi ceux-ci fut le hardi colonel, dont le cheval avait été abattu {V avril 1759).

Cet incident mit en lumière la prodigieuse audace des éclaireurs kosaks, mais aussi l'hostilité des populations ru-

raies dans les provinces prussiennes. Fermor crut devoir adresser une proclamation aux habitants de la Poméranie et du Brandebourg : « S'ils se permettaient à l'avenir de s'armer, de quelque façou que ce fût, contre les troupes de Sa Majesté Imjjériale, de les entraver dans leur succès, en un mot, de se montrer insoumis, les j)ersonnes et les habitations des coupables seraient, conformément aux lois de la guerre, et sans miséricorde, livrées au glaive et au feu. Ceux, au contraire, qui se soumettraient et continueraient à vaquer dans leurs maisons à leurs travaux habituels, seraient assurés de la clémence et protection impériales. La discipline la plus rigoureuse serait maintenue parmi les trou]3es. » Cette proclamation fut communiquée aux agents diplomatiques de la Russie auj)rès des cours impériales, afin qu'ils fussent en mesure de « dissiper les bruits calomnieux qui seraient, à cette occasion, répandus ija.r l'ennemi et qu'ils eussent les moyens de les réfuter ». La Conférence enjoignit à son tour que, « si quelque village se permettait encore de pareilles insolences, tous les habitants en fussent enlevés avec leurs femmes et leurs enfants, envoyés à Kœnigsberg et de là dirigés sur Riga et Revel ^ ».

Cependant cette belle oflensive que Daun avait promise se faisait attendre. Il ne sortit pas de ses cantonnements pendant les mois de février et de mars, laissant Frédéric II rançonner les territoires de la Saxe et des États voisins, frapper une contribution de 300 000 florins sur Erfurt, de 25 000 sur Fulda et Hirschfeld, menacer môme la ville libre de Francfort, occuiDée par les Français. Le xDrince Henri faisait des tentatives sur les magasins autrichiens de Bohême. Le Ijrince Ferdinand de Brunswick attaquait les Français à Bergen et se faisait battre (13 avril).

L'impunité des Prussiens était d'autant plus choquante que la coalition réunissait des forces très supérieures à celles de Frédéric II : il y avait 125 000 Français, partagés en deux masses, sous Contades et Soubise ; 45 000 hommes d'Autri-

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