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Masslovski, l. II, p. 405 et suiv

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elle OU des Cercles de TEmpire en Franconie et à Cassel; 16 000 Suédois dans la forteresse de Stralsund et Tîle de Rugen ; 155 000 Autrichiens avecDaun. C'était, sans compter l'armée russe, un total de 400 000 soldats. Frédéric II ne 130uvait leur en oppser que 225 000 : savoir, 70 000 avec Ferdinand de Brunswick ; 37 000, avec le prince Henri, à Glogau et Breslau; 48 000, sous son commandement direct, entre Landshut et Schweidnitz 5 9 000, avec Dohna, en Poméranie ; et le reste dans les forteresses. Trois ans d'une guerre acharnée avaient décimé, épuisé les armées prussiennes. Elles avaient perdu leurs meilleurs éléments et quelquesuns de leurs chefs les plus braves. Frédéric II était privé de ses revenus et de ses recrues dans ses possessions du Rhin et de Westphalie, dans la Prusse-Orientale, dans une partie de la Poméranie.

Il espérait cependant tenir tete à tous ses ennemis, contenir avec Dohna les Suédois et les Russes, avec Ferdinand les Français et l'armée des Cercles, inquiéter la Bohême avec Henri, jeter Fouqué, en le renforçant, sur la Moravie, et luimême, avec ses 48 000 hommes, occuper les 155 000 de Daun. Au moins étaient-ce les intentions que Daun lui prêtait : de là son inaction peureuse, qu'il déguisait sous le nom de tactique à la Fabius Cunctator.

Quel rôle allait jouer l'armée russe sur ce vaste échiquier? C'était l'objet de nombreuses discussions : à Vienne, entre Kaunitz et l'ambassadeur de Russie ; à Pétersbourg, entre Esterhazy et le chancelier Vorontsof, entre la Conférence et le général Tillier ; au quartier général autrichien, entre Daun et Springer, l'attaché militaire de Russie. Le 16 mars, Tillier déclarait à la Conférence que, puisque les Russes se refusaient à détacher 30 000 hommes en Silésie, son gouvernement y renonçait ; s'ils se proposaient d'opérer dans la Poméranie ou le Brandebourg, Daun essaierait de les y aider en menaçant les derrières du roi de Prusse, « mais sans aucune espérance de succès ». La Conférence assurait que l'armée russe se porterait sur l'Oder, soit vers Francfort, soit vers la Basse-Silésie.

De cet échange d'idées naquit le plan de campagne du 3 avril. Il fut convenu qu'on porterait l'armée russe au chiffre de 100 000 hommes, « sinon davantage » : 10 000 resteraient sur la basse Yistule et Ton tâcherait de les renforcer de 20 000 recrues ; les 90 000 autres iraient opérer leur jonction avec les Autrichiens ^ cette jonction aurait lieu vers le 6 juillet. Ainsi, la réunion des deux grandes armées russe et autrichienne était arrêtée en principe ; on en fixait même la date.

Un autre plan fut arrêté par la Conférence et signé à Péterhof, le 14 juin, par Elisabeth : l'armée de Fermor devrait IDasser l'Oder à Korolath, mais elle ne s'avancerait pas à plus de 60 ou 75 verstes sur l'autre rive. Si le point de Korolath ne convenait pas à Daun, on choisirait Krossen. La jonction opérée, Fermor ne serait point subordonné à Daun, mais il devait « écouter ses conseils » et « ne point s'éloigner de ce qu'il pourrait demander », attendu que les grandes capacités du généralissime autrichien étaient « prouvées par l'expérience ». En cas d'une victoire sur l'ennemi, d'une victoire qui ne serait i)oint décisive, Fermor serait prudent; il éviterait de « risquer l'intégrité de son armée pour les intérêts autrichiens ». Il n'irait pas plus loin et tâcherait d'incliner Daun à se contenter de prendre Glogau, Liegnitz, Krossen^ Francfort-sur-l'Oder ou Schweidnitz. Ce ne serait que dans le cas d'une victoire décisive que Fermor aurait le droit de « donner aux opérations toute l'étendue possible ». Si l'on ne pouvait effectuer la jonction ni à Korolath ni à Krossen, il y aurait à chercher un autre point en amont sur l'Oder, au besoin jusqu'à Breslau, mais après avoir détruit le canal de Francfort, levé des contributions sur les villes, fait un raid sur Berlin, en un mot cherché à s'approprier toutes les ressources du Brandebourg. Si Fermor se trouvait exposé à combattre seul contre les Prussiens, il ne devait accepter la bataille que dans le cas où il aurait une « supériorité de forces bien marquée ». Si, au contraire, Frédéric II se jetait avec toute son armée sur Daun, et qu'il n'y eût pas plus de deux marches à faire pour rejoindre celui-ci, on pourrait

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s'avancer, ou pour compléter sa victoire, ou pour attaquer les Prussiens victorieux. Dans ce dernier cas, il fallait que ce fût le surlendemain au plus tard (sans doute parce qu'un délai plus long aurait permis au roi de rétablir son armée). De même si les Russes étaient vaincus et que Daun ne fût pas à plus de deux marches, il faudrait requérir de lui qu'il attaquât le vainqueur. On voit que la Conférence s'efforrait de tout X3révoir, dans toutes les hypothèses possibles, jusque dans le moindre détail. Enfin, ce qui montre que la Conférence n'avait pas une foi entière dans ses alliés, c'est qu'il était bien recommandé à Fermor de veiller à ce que « les Autrichiens ne fissent pas une paix séparée » avec l'ennemi commun.

En avril, Fermor était à Marienwerder, où le gros de ses forces devait franchir la Vistule. A mesure que ses régiments y arrivaient, il les passait en revue. Puis toute l'armée s'ébranla dans la direction de Posen, où devait se faire la concentration.

Les jours de commandement suprême étaient comptés pour Fermor. Il n'avait point réussi, pendant son séjour à Pétersbourg, à dissiper toutes les jjréventions qui s'élevaient contre lui. C'était toujours les mêmes griefs : il avait accordé à la Prusse-Orientale de tels privilèges que cette province avait eu meilleur sort sous le régime russe que sous le régime prussien elle s'enrichissait même par le passage des armées russes et les marchés de fournitures, tandis que toutes les charges de la guerre retombaient sur les pays russes ; il témoignait trop de sympathie aux Allemands ; enfin sa comptabilité présentait des irrégularités nombreuses.

Pour le remplacer, on jeta le?, yeux sur un généralissime qui, de race et de religion, serait un vrai Russe. C'était le comte Pierre Séménovitch Soltykof .

Il devait avoir tout près de soixante ans, car il avait été au nombre des vingt jeunes Russes que Pierre le Grand avait, en 1717, envoyés en France comme élèves de notre école des gardes-marine. Il avait séjourné en Europe une vingtaine d'années. Nons le trouvons en faveur au temps d'Anna Ivanovna : il y avait même entre cette im^jératrice

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lui des liens de parenté. Cette faveur fut peut être une des raisons de Tespèce d'oubli où il était tombé sous le règne d'Elisabeth. Quoiqu'il eût étudié pour être marin, on le relégua au commandement de la landmiliz d'Oukraine, à Kharkof . Jamais il n'avait paru à la tête ni d'une flotte ni d'une armée ; il ne dut qu'à l'ancienneté son grade de général en chef. Pourquoi le choisit-on pour succéder à Fermor, qui, jjlus jeune de grade, lui avait d'abord été préféré ? La cour de Vienne aurait vanté ses capacités alors méconnues en Russie. Le témoignage d'Allemands fut décisif en faveur du général russe par lequel on entendait remplacer un Allemand. Le goût de la cour ne fut j)our rien dans ce choix : c'était l'homme nécessaire qui s'imposait. M. Masslovski compare sa situation avec celle de Koutouzof qui, en 1812, n'était point j)ersona grata^ mais à qui Alexandre I^"^ fut obligé de confier le commandement en chef.

La grande différence entre le Soltykof de 1759 et le Koutouzof de 1812, c'est que le premier n'avait encore 'aucune popularité dans l'armée. Il y était presque un inconnu. Sa nomination fut une surprise. Bolotof, qui paperassait alors dans les bureaux du gouverneur général à Kœnigsberg, semble avoir rendu assez bien l'impression des jeunes ofRciers :

Tous s'étonnèrent en entendant parler de ce nouveau commandant, car, préposé jusqu'alors aux régiments de landmiliz d'Oukraine, presque personne ne le connaissait. Jamais on n'avait fait grand bruit de ses mérites. Ceux mêmes que le hasard avait amenés à le connaître personnellement ne pouvaient rien répondre aux questions qu'on faisait sur lui, sinon que c'était un brave homme, mais un vieillard un peu simplet (p?'os^e;i7{:oY), sans instruction ni mérites bien étendus, et qui ne s'était encore distingué par auqun acte important.

Bolotof et ses camarades de la chancellerie ne manquèrent pas de sauter dans la rue quand on annonça l'arrivée de Soltykof à Kœnigsberg :

Vous ne pouvez imaginer avec quelle curiosité nous l'attendions, avec quels sentiments particuliers nous le regardions quand il se

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promenait à pied dans notre ville. C'était un vieillard grisonnant, petit, simplet, vêtu du kaftan blanc de la landmiliz, sans autre insigne, sans aucun luxe. Il marchait dans la rue sans autre suite que deux ou trois hommes. Habitués que nous étions au faste et à la magnificence chez le généralissime, cela nous semblait étonnant et étrange. Nous ne pouvions comprendre comment, à ce vieillard si simple et, d'après les apparences, si insignifiant, on avait pu confier le commandement en chef d'une si grande armée qu'était la nôtre^ et l'opposer comme adversaire à un tel capitaine que le roi de Prusse, qui étonnait l'Europe par sa bravoure, son héroïsme, sa promptitude et sou génie militaire. Il nous faisait l'efitet d'une pauvre petite poule (Icourotclika) , Personne n'osait, je ne dis pas espérer, mais seulement imaginer qu'il pût faire quoi que ce fût de grand, tant son extérieur et tous ses procédés promettaient peu. Notre général aurait voulu, suivant l'habitude, donner un grand festin en son honneur ; il se contenta de l'hospitalité et de la nourriture les plus simples. Cela fut cause que son passage par notre ville fut si peu remarqué et fit si peu de bruit ; et, quoiqu'il soit resté chez nous deux jours et qu'il ait parcouru à pied presque toutes les rues, la majeure partie de la ville ne sut même pas qu'il se trouvait dans ses murs. Il en ^partit sans plus d'éclat qu'il n'y était arrivé. Du moins nous l'accompagnâmes de nos vœux fervents pour qu'il fût plus heureux que l'habile Fermer ; mais nos cœurs étaient tristes et on ne se berçait pas de la moindre espérance

Soltykof n'avait fait aucune démarche pour être élevé si haut ; quelques lignes de la correspondance de Ghouvalof avec Yorontsof donnent même à penser qu'il fallut le prier et l'encourager : « J'espère, écrit Ghouvalof, qu'un mot de Votre Excellence pour le général Soltykof suffira pour le rendre content'^. »

La mesure prise à l'égard de Fermer avait été signifiée à celui-ci dans les termes les plus honorables pour lui. On lui faisait remarquer que « le comte Soltykof étant plus ancien de grade que lui, il lui appartenait, naturellement, de prendre le commandement sur toute l'armée ». — « Nous sommes persuadée, faisait-on dire ensuite à l'impératrice , que vous

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