MAssr.ovsKi, t. III, Pièces jiistificatives, p. l
LA BATAILLE DE PALTZIG
Le nouveau généralissime, soutenu par « l'action et le conseil » de Fermor, dirigé par la sagesse de la Conférence, ne pouvait manquer d'être victorieux. Victorieux, Soltykof le fut; mais nous le voyons, dès le début, s'émanciper de la tutelle de la Conférence, éviter de recourir aux conseils de son subordonné, prendre lui-même en main la pleine direction de Tarmée, et cet inconnu, ce vieillard bonasse et simplet, se révéler tout à coup, à la stupeur des jeunes ofTiciers de Kœnigsberg, comme vraiment né pour le commandement.
Quant à Fermor, il servit loyalement sous les ordres de Soltykof. 11 pouvait dédaigner les reproches qu'on lui faisait sur ses sympathies allemandes, lui qui le premier était entré en triomphe à Memel, à Tilsit, àKœnigsberg, lui qui à Zorndorf avait tenu la victoire indécise entre Frédéric II et lui, lui qui à Kunersdorf devait achever la défaite du roi de Prusse. L'avenir lui réservait une autre justification. Tandis que le gouvernement d'Elisabeth, essentiellement russe et national, usait envers lui de tant de ménagements, ce fut par Pierre III, le servile imitateur de Frédéric II, que, le 1'''' avril 1762, il fut mis à la retraite : « sur sa demande », portait l'oukaze du nouvel empereur \ Peut-être, en ce changement de règne qui fut toute une révolution, lui sut-on mauvais gré de tant de succès remportés sur le nouvel allié, l'ami de Berlin.
Nul général n'a montré autant de confiance que Soltykof dans les solides vertus du fantassin russe ; nul n'a mieux apprécié les services de la cavalerie irrégulière et n'a su mieux les utiliser. Tandis que son prédécesseur ne pensait qu'à se débarrasser des irréguliers, Soltykof voudrait au contraire augmenter le nombre des kosaks du Don et fait appel même à ceux de l'O Ukraine. Nul n'a mieux compris les devoirs d'un commandant en chef : il ne passe pas un jour sans opérer luimême des reconnaissances, sans provoquer, contrôler et coordonner les rajjports des éclaireurs 5 dans les marches, c'est souvent à l'avant-garde qu'on le trouve 5 dans la bataille, c'est au centre même de l'armée. Il y avait en lui beaucoup des