‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 53 sur 122 · Masslovskt, t. ir, p · texte numérisé non relu

Masslovskt, t. ir, p

parties d'un grand général. Le vieillard simplet^ \a, pauvre petite poule fut pour Frédéric II un adversaire plus redoutable que le savant tacticien Daun.

Le 28 juin 1759, dans la soirée, Soltykof arrivait à Posen, et Fermor lui remettait le commandement suprême. Le nouveau généralissime trouva le quartier général établi dans cette ville, que le colonel Herbel avait fortifiée, au point de la mettre en état, sinon de soutenir un siège en règle, au moins de résister à un coup de main. Le gros de l'armée y était concentré. Les kosaks de Krasnoclitchokof, postés à Oborniki sur la Wartha, surveillaient les mouvements des Prussiens. Le l*''" juillet, Soltykof passa en revue les troupes qu'il avait sous la main : elles formaient un total d'environ 40 000 hommes. Le colonel Botta, Tattaclié militaire d'Autriche, se plaisait à constater le bon état matériel et les bonnes dispositions morales de l'armée russe.

Une première réforme que Soltykof réalisa presque au dél)otté, ce fut une réorganisation de la cavalerie légère, tendant à donner plus d'imité à ses opérations en la groupant sous un seul chef. Ce chef fut le comte Tottleben : « Vous aurez, lui fit écrire Soltykof le l^"" juillet, autorité sur tous les hussards et les kosaks ; vous aurez à les maintenir en bon ordre et en faire le rapport directement au généralissime. »

L'armée, dont les derniers échelons étaient encore sur la haute Netze et le canal de Bromberg, à Nakel et Usci, achevait sa concentration sur Posen, tandis que les kosaks poussaient leurs incursions jusqu'aux frontières de la Poméranie et du Brandebourg.

Conformément aux instructions données à Fermor et qui avaient été maintenues pour Soltykof, celui-ci était décidé à chercher la jonction avec Daun. Or le feld-maréchal autrichien, qui connaissait Frédéric II pour un homme « d'action rapide », ne se souciait pas, en s'allongeant le long de la Queiss pour tendre la main à Soltykof, de s'exposer à une attaque de flanc. Tout son calcul, c'était d'éviter le premier coup de corne, dussent les Russes le recevoir tout seuls. Donc,

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il se bornait à des marches-manœuvres ^ mais ne s'éloignait point de son camp de Reichenberg (Bohême).

Frédéric II voulait à tout prix empêcher la jonction des deux grandes armées russe et autrichienne. Tandis que, de son camp de Reichhennersdorf il surveillait Daun, en môme temps il s'occupait de renforcer Tarmée de Dohna : il lui envoya Wobersnow, un de ses plus entreprenants généraux de cavalerie, et Hùlsen avec environ 10 000 hommes, empruntés au corps du prince Henri.

Cette armée, poussée d'abord jusqu'à Stargard, était arrivée le 12 juin à Landsberg sur la Wartha. Elle comptait alors 28 bataillons et 52 escadrons : au total 30 000 hommes. Remontant la Wartha, elle s'avança jusqu'àNeu-Schwerin ; le 27, elle était à Birnbaum; le 2<S, elle se porta plus au sud et s'établit à Betsche (ou Pszczewo). Elle semblait vouloir barrer à l'armée russe les chemins du haut Oder. Puis elle se reporta dans la direction du nord-est. Poussant les escadrons de Wobersnow sur Murawana-Goslin , Dohna, le 21 juin, apparut à Oborniki et s'y fortifia. Il fît répandre le bruit qu'il y attendait Frédéric II à la tête de 40 000 hommes. Maintenant c'était sur le flanc droit des Russes et même sur leurs derrières qu'il prenait position.

Soltykof était autorisé à penser qu'on voulait lui couper ses communications avec la Prusse-Orientale ou peut-être se jeter sur cette province et la reconquérir.

Il prit les dispositions les plus plausibles en pareille hypothèse. Il fit arrêter les convois qui cheminaient de Thorn à Posen jusqu'à ce que les derrières de l'armée eussent été assurés 5 il prescrivit à Korff, gouverneur général de la Prusse-Orientale, et à Frolof-Bagréef, chargé du commandement sur la Netze, de veiller à la sécurité de Kœnigsberg ; il porta le gros de ses troupes sur la rive droite de la Wartha, afin de couvrir Posen de ce côté. Par cette même rive droite, il dirigea Boulatsel, avec les kosaks de Tchougouïef et du Don, sur Oborniki; il le fit suivre par la cavalerie d'Éropkine. Plus à droite, sur Rogojno, il dirigea 500 kosaks et hussards sous Haudring, que devait soutenir Tavant-garde

de Mordvinof. Il fit occuper par les kosaks de Perfilief le monastère de Lowecin. Sur la rive gauche de la Wartha, il lançait Krasnochtchokof , qui devait soutenir Stoffeln. Ce chef fameux des Dontsy devait pousser jusqu'à Neu-Schwerin et de là jusqu'à Landsberg, afin de couper les communications de Dolina avec le Brandebourg.

Ainsi Dohna, qui avait d'abord menacé les lignes de retraite des Russes, se voyait à son tour menacé dans les siennes. Ses perplexités se manifestèrent par des mouvements, sans but apparent, de la rive gauche sur la rive droite et réciproquement, autour d'Oborniki. Au fond, il pouvait se reprocher, par ses lenteurs intempestives, d'avoir perdu cette partie de la campagne. L'occasion de tomber sur les divisions russes disséminées de la Netze à la Wartha, de Nakel à Posen, et de les battre en détail, il l'avait laissée échapper. Maintenant il se trouvait en face de l'armée russe, fortement concentrée, supérieure en nombre, et il risquait lui-même d'être coupé et enveloppé, avant que Frédéric II eût jdu faire un mouvement jjour le secourir.

Le jour même (2 juillet) où Soltylvof expédiait sur Neu- Schwerin et Landsberg le chef des Dontsy, il passait de sa personne sur la rive droite, ne laissant sur la rive gauche que la division Lubomirski : il se tenait en relations avec celui-ci par six ponts de bateaux ou de pontons, et lui prescrivit d'en établir un septième.

Le 3 juillet, Wobersnow, qui avait essayé de s'établir à Murawaua-Goslin, en fut chassé par la cavalerie russe et dut se replier sur Obornilii. A ce moment, toute l'armée prussienne, comme le gros de l'armée russe, se trouvait sur la rive droite de la Wartha. Le 4, Soltykof résolut de marcher, par cette même rive , de Posen sur Oborniki , et de livrer bataille. On se mit en marche, mais on trouva la route libre et la ville abandonnée ; on y recueillit seulement l'ambulance de campagne, quelques voitures de munitions, 43 soldats et 12 chirurgiens. L'armée prussienne était repassée sur la rive gauche .

Le lendemam, l'armée russe s'y transportait à son tour et

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occupait Jankowici. Le 8 se livrait, à Gervvitz, une brillante escarmouche de cavalerie légère : on remarqua, dans ce combat, que les hussards prussiens tenaient faiblement et se re- Ijliaient souvent, pour reprendre force et confiance, sur leurs soutiens d'infanterie, tandis que les kosaks se bornaient à manœuvrer et à gagner du champ, sans jamais venir chercher la protection des baïonnettes- A la suite de cette affaire, Dohna, apparemment intimidé, rétrograda dans la direction de rObra, et, le 12 juillet, prit position à Mezeritz.

Soltykof conçut le dessein de lui couper la retraite, de le battre et, après l'avoir battu, de se jeter sur l'Oder et d'opérer enfin cette jonction avec Daun, but suprême de l'ambition des deux cours, et qui eût précipité sur le roi de Prusse une masse de 250 000 hommes. Le 10 et le 11 juillet, l'armée russe suivit la route que jalonnent Jankowici, Pinne, Zamorji. Elle marchait sur deux colonnes comprenant toute l'infanterie ; entre les deux cheminait le parc d'artillerie ; en tête voltigeait la cavalerie légère ; la queue de chacune des colonnes était formée par la cavalerie régulière, dragons, cuirassiers, grenadiers à cheval.

Soltykof marchait tout à fait en tête, à l'avant-garde, commandant rinfanterie. A l'avant-garde il fut en relations continuelles avec Tottleben, et c'est là que le brillant et équivoque chef de la cavalerie légère réussit à gagner sa confiance. Soltykof se montrait de plus en plus enchanté des services que rendaient les irrégiiliers : les kosaks surtout ne cessaient de harceler les arrière-gardes de l'ennemi, ramassant partout des prisonniers, enlevant des postes, ramenant des convois. Il fit savoir à la Conférence son désir de voir porter à 8 000 TefTectif des Dontsy et même d'obtenir 2 000 kosaks d'Oukraine pour le service sur les lignes de communication.

Le 13 juillet, l'armée russe se trouvait à Zamorji, environ à 40 verstes de Mezeritz, ce dernier point étant situé de l'autre côté de l'Obra et occupé par Dohna. A ce moment, Soltykof dut chercher à se rendre un compte exact de la situation. Il était difficile d'attaquer Dohna, puisqu'il eût fallu passer

BUSSES ET PRUSSIENS.

rObra soLis son canon ; mais on pouvait tourner au sud et marcher sur Ziillicliau, ou bien sur Glogau.

Dans le premier cas, on avait chance de couper Dohna du Brandebourg -, dans le second^ on réaliserait sans doute la jonction tant désirée. Mais les nouvelles qu'on avait du théâtre de la guerre donnaient beaucoux3 à penser : d'une part, on annonçait la prochaine arrivée de Frédéric au secours de Dohna ; d'autre part, on ne voyait jjas que Daun eût fait aucun mouvement pour se rapprocher des Russes. La marche sur l'Oder silésien, quand aucune main ne se tendait de ce côté vers lui, exposait Soltykof à voir le roi de Prusse apparaître tout d'un coup sur son flanc, le couper de Posen et l'acculer aux marais de l'Obra.

Soltykof réunit le conseil de guerre. Celui-ci se prononça pour qu'à tout prix on cherchât à opérer la jonction : on passerait l'Obra près de Bentschen (Zbaczyn), à environ trente verstes plus haut que Mezeritz ; on tournerait au sud sur Zùllichau ; de là on tâcherait de franchir l'Oder soit à Krossen, soit à Korolath, suivant les circonstances. Aucun des généraux russes ne pouvait méconnaître le danger d'une telle manœuvre : c'était bien une résolution « chevaleresque », suivant le mot de M. Masslovski, que celle qu'o;i prenait là, et rien ne témoigne mieux de quelle sincérité les Russes recherchaient alors la jonction avec Daun.

A ce moment Daun avait transporté son quartier général de Reichenberg à Marklissa, en une des vallées septentrionales des monts bohémiens; il s'était donc déplacé en tout de deux ou trois marches. Il avait ses lieutenants assez près de lui : Laudon à Lauban, de Ville à Gœrlitz, Esterhazy à Friedrichsdorf, Bukow à Friedrichsburg, Hadik près Bautzen, Tout cela était loin de Soltykof.

Le roi de Prusse était beaucoup plus près. De Landshut il s'était transporté à Liekn, où il arriva le 8 juillet; puis à Dùringsvorvverk et Schmottseifen, un peu au sud de Lœwenberg. A Schmottseifen il s'installa le 10 juillet et y resta jusqu'au 29. Avec le prince Henri à Bautzen et Finck à Sagan, il surveillait tous les mouvements des Russes et des Autri-

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chiens, prêt à se jeter sur le point de TOder où ils feraient mine d'opérer lenr rénnion. Son confident Gatt nous le montre se distrayant à son ordinaire, lisant Tacite, Sallnste, Cornélius Nepos, dévorant la Piicelle^ qui vient de paraître et dont il déclare les vers « enchanteurs », se moquant de la toque bénite que le pape a envoyée au généralissime de Marie- Thérèse.

C'est à Schmottseifen qu'il apprit le piteux résultat de l'offensive de Dohna. Il s'en était cependant promis beaucoup, et, encore le l""' juillet, il semblait persuadé que Dohna le débarrasserait totalement des Russes, les attaquant en détail et en flagrant délit de formation, détruisant d'abord les corx)s attardés à Nakel et sur la Netze, puis lui rendant « bon compte des autres », disséminés en Posnanie. « Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas », affirmai t-il à Catt, et « dans quelques jours je pourrai vous confirmer la bonne nouvelle ^ » . Or, il apprenait maintenant que Dohna, « par ses l)itoyables manœuvres et, pour trancher le mot, son ignorance dans le métier de général, malgré toute sa présomption vaine, n'a jjas seulement manqué l'occasion la plus favorable de battre l'armée russe en détail , mais, par sa misérable conduite, fait en sorte que la belle et leste armée sous ses ordres a été obligée de se retirer honteusement devant l'ennemi, qui la suit ^ » .

Ainsi les Russes allaient encore une fois entrer dans le Brandebourg. Il avait tout fait pour les écarter du grand théâtre de la guerre. Son ministre à Constantinople n'avait rien négligé pour susciter à la tsarine une diversion de ce côté. Le 9 janvier 1759, il exprimait au baron de la Motte-Fouqué l'espérance que les Turcs étaient déjà en mouvement et qu'au printemps ils ne resteraient pas les bras croisés. « Si la nation qui ne porte pas chapeau so tourne contre les Barbares, leur horde s'évanouira^. » Les Turcs n'ayant pas donné, il avait

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