‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 55 sur 122 · Ibid., p. 425; du 20 juillet · texte numérisé non relu

Ibid., p. 425; du 20 juillet

3. Bataille perdue, le 13 avril i759, par Ferdinand de Brunswick contre le duc de Broglie.

4. Archives des affaires étrangères de France. Cori'espondance Russie ^ t. LX, pièce €5.

5. Ldcheléteny dans l'Instruction à Wedell. Politische Correspondenz , juillet 1759, t. XVIII, 26 partie, p. 424.

ciers, sous peine d'être cassés, les lamentations et les propos décourageants. Honnir aussi ceux qui, en toute circonstance, crient en exagérant les forces de rennemi. Tout officier qui commettra des lâchetés sera traduit en conseil de guerre.

Après ces préceptes de dictature morale, venaient les préceptes tactiques :

Contenir d'abord l'ennemi en prenant une forte position. Ensuite l'attaquer selon ma manière. Tenir en respect sa cavalerie légère avec nos hussards, dragons, etc. Si, ce que Dieu ne veuille, l'armée était battue, prendre position au point sur lequel il voudra envahir, soit derrière Francfort ou Krossen, soit sous la place de Glogau.

Wedell, qui arrivait au camp à la veille même d'une bataille, eut à peine le temps de se rendre compte de la situation. Ce brusque changement dans le commandement suprême, en présence même de Tennemi, devait influer de la façon la plus défavorable sur la conduite des opérations. Il eût mieux valu le laisser à Dohna ; en somme, il avait pris le bon parti en marchant vers le sud ] il avait eu la chance d'échapper à Tottleben ; enfin la position qu'il avait prise à Zùllichau était bien choisie ; elle opposait à l'armée russe un front redoutable. Wedell n'aurait donc pu mieux faire.

Ce front, Soltykof résolut de le tourner par le nord, c'està-dire par la gai^che de l'ennemi. Dès son aiudvée en présence de celui-ci, le généralissime russe n'avait cessé de diriger en personne les reconnaissances : il se rendait donc fort bien compte de sa situation et de celle de l'ennemi. Lui-même comprenait que ses communications, d'une part avec Posen, d'autre part avec les Autrichiens, étaient compromises. De plus il devait se hâter, car certainement Wedell ne tarderait pas à recevoir des renforts, soit du prince Henri, soit de Frédéric II.

La position de Zùllichau, qui dominait la plaine, était entourée de toutes parts, sauf au nord, de défenses naturelles, telles que marais et bois de ])roussailles. Du côté du nord, s'élevait TEicliberg : les Prussiens, pour se garantir de ce

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côté, avaient dû occuper cette hauteur. Ils y avaient porté le gros de leurs troupes; en sorte qu'ils étaient forts à TEichherg, faibles à Zùllichau môme. L'Eicliberg était évidemment la clef de la bataille.

Le 22 juillet, le quartier général de Soltykof était au village de Goltzen. Le généralissime avait sovis la main ses trois corps : le 1**' avec Fermor, le 2"" avec Villebois, le S"", ancien Corps d'observation, avec Galitsyne. Il avait porté à Bukow, sur sa droite et fort en avant, la cavalerie légère de Tottleben ; à Langenmeile, sur la gauche et en avant, les hussards de Zoritch. Il disposait de 28 000 fantassins, 5 000 hommes de cavalerie régulière, 7 oOO d'irréguliers, 140 canons. C'était un total d'environ 40 000 hommes\

Wedell n'avait à leur opposer que 18 000 fantassins et 9 380 cavaliers : au total, 27 380.

De part et d'autre on s'exagérait la force de l'adversaire : Soltykof prêtait à Wedell 60 000 hommes, et Wedell lui en attribuait 90 000.

Dans la journée du 22, Soltykof fit une dernière reconnaissance. A 3 heures de l'après-midi, il rentrait à son camp de Goltzen et prenait ses dispositions pour une marche de nuit qui lui ferait tourner l'aile nord des Prussiens.

La marche des colonnes russes s'accomplit sous la protection de l'avant-garde Tottleben. Les Russes s'ébranlèrent à 4 heures de l'après-midi et allèrent passer la nuit à Bukow. Ils en partirent le 23, à 3 heures du matin, atteignirent le ruisseau qui arrose Schœnborn et Nickern, et se dirigèrent surPaltzig. Le mouvement tournant s'était accompli avec une telle précision et en si graad secret que l'ennemi, au matin, put découvrir les colonnes russes sur les derrières de son aile gauche. Soltykof avait montré que les « Barbares » savaient profiter des leçons d'un Frédéric II : sa manœuvre était à

1. Ne purent prendre part à la bataille, ni le régiment d'infanterie Troïtski, resté à Posen ; ni l'avant-garda du général Mordvinof, qui n'arriva que le soir ; ni la brigade Fast, qu'une fausse manœuvre avait fait rétrograder de Bukow sur Goltzen.

jjeu près celle que le roi de Prusse avait exécutée la veille de Zorndorf .

Wedell s'attendait si peu à ce hardi mouvement que le 23^ à 5 heures du matin, il s'était mis à la téte d'une forte reconnaissance qu'il dirigea sur Langenmeile. Il comptait y trouver les hussards de Zoritch ; il n^ trouva personne, et bientôt s'assura que le camp de Goltzen était évacué. Saisi d'inquiétude, il revint en toute hâte à l'Eichberg où il n'arriva qu'à 7 heures du matin, et où il prit aussitôt ses dispositions de combat. A ce moment, les Russes se montraient à Nickern et ouvraient un feu d'artillerie, d'ailleurs inoffensif, sur les positions prussiennes.

Soltykof, saisi d'une inquiétude analogue à celle de Wedell, s'avisait à ce moment de faire rebrousser sur Goltzen une partie de la cavalerie de Tottleben et la brigade P'ast. C'est ainsi que Fast ne reparut pas de la journée; mais Tottleben put revenir avant la fln du combat.

Wedell, jusqu'à 11 heures du matin, se contenta d'observer la marche de Soltykof, puis le fit charger par la cavalerie de Malachowski. Celui-ci fut ramené. Les Russes continuèrent de Nickern sur Paltzig. Ils y arrivèrent un peu après midi et se rangèrent en avant, c'est-à-dire à l'est de ce village, tournant le dos à Krossen, faisant face à Zûllichau et à l'Eichberg, séparés des Prussiens par le ruisseau de Schœnborn et Nickern. Leur infanterie, comme à l'ordinaire, formait deux lignes très allongées. A la gauche, les deux lignes étaient formées des régiments de Galitsyne ] au centre, de ceux de Yillebois ; à la droite, de ceux de Fermor.

Sur le front de la première ligne on avait établi, dominant la berge du russeau, cinq grosses batteries d'artillerie de campagne -, une sixième, à la droite, couronnait un mamelon entre les deux lignes; une septième, à l'extrême droite, formait une vraie redoute. Aussi Fermor la faisait-il couvrir par quatre régiments d'élite : à gauche par Sibérie et l®"" grenadiers ; à droite par Vyborg et 2"" Moscou, placés à angle droit avec les premiers et, par là môme, fermant l'intervalle entre les deux lignes.

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La cavalerie était ainsi répartie : à Textrême gauche, les kosaks du Don surveillaient les passages du ruisseau à Schœnborn et Nickern ; puis venaient les hussards Nouvelle-Serbie ; puis, tout contre le village de Paltzig et sous les ordres d'Éropkine, Tinfanterie Galitsyne, les cuirassiers Novotroïski, 3® et Kief, les grenadiers à cheval Riazan et Kargopol. Entre les deux lignes d'infanterie, en manière de réserve, Demicou commandait les cuirassiers Kazan et un escadron des dragons Nijni-Novgorod. C'était surtout à la droite qu'étaient les masses de cavalerie : d'abord en premier échelon, les cuirassiers Altesse - Impériale , Pétersbourg, Narva ; en second, les hussards Géorgie, Hongrie, Slavo-Serbes ; en troisième, des kosaks du Don et les kosaks Tchougouïef. Toute cette cavalerie, avec les fantassins de Vyborg et 2"^ Moscou, était jjlacée sous les ordres de Panine.

Cette aile droite de l'armée russe, par sa composition en artillerie (commandée par Borozdine), en infanterie, en cavalerie, par sa position dominante sur la vallée, était très forte et presque inexpugnable. Le centre était assez bien garanti par le ruisseau et l'étang d'Eckmûhl. L'aile gauche, au contraire, composée de troupes moins solides, était exposée à se voir déborder par les Prussiens, s'ils réussissaient à passer les ponts de Schœnborn ou Nickern. Auquel cas l'armée russe, prise en tlanc, menacée sur ses derrières, pouvait être rejetée des hauteurs dans le ruisseau, les marais, les broussailles, coupée de ses lignes de retraite aussi bien sur Krossen que sur Goltzen, n'ayant d'autre alternative que d'y périr ou de se frayer une issue à la baïonnette.

Les Prussiens, abandonnant leurs positions de TEichberg et de Zùllichau, étaient venus prendre position sur la berge orientale du ruisseau, qui dominait la berge occidentale occupée par les Russes. Leur double ligne d'infanterie avait sa droite près de Nickern, sa gauche à l'étang de Heidenmùhle et au village de Glocksen. Sur leurs derrières, le village de Kai et sur leur front le moulin d'Eckmûhle, avec son étang et le ruisseau. Cinq grosses batteries de campagne couronnaient

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la berge. Pendant pins d'une heure, elles entretinrent une violente canonnade sur les batteries et les lignes russes.

Wedell prépara l'attaque sur deux points. Il laissait en arrière et en réserve la cavalerie de Wobersnow. Il massait son infanterie en deux colonnes. Sa colonne de droite, sous Kanitz, devait passer le ruisseau à Nickern et assaillir la gauche des Russes. Sa colonne de gauche, partagée entre luimême et Manteuffel, devait attaquer la formidable aile droite de Soltykof.

Soltykof, afin d'être encore plus tranquille pour son aile gauche, chargea les kosaks de détruire le pont de Nickern et de brûler ce village. Il porta toute son attention sur son aile droite.

Contre cette aile, Wedell, avec 4 régiments d'infanterie et 3 escadrons, conduisait l'attaque de flanc ; Manteuffel devait, avec le gros de la colonne, l'assaillir de front. Il n'y eut point d'ensemble dans cet assaut -, car tandis que Wedell s'attardait dans son mouvement tovmiant, Manteuttel perdit patience et se jeta sur le front. Il mena l'attaque avec beaucoup d'énergie ; mais, sous le feu des deux grosses batteries russes, sous la fusillade des régiments 1^^ grenadiers, Sibérie, Perm, Ouglitch, ses troupes furent ramenées en arrière. Lui-même tomba grièvement blessé. Wedell se hâta de le renforcer avec cinq bataillons de Hùlsen ; mais Soltykof, sur le même point, amena de son aile gauche le l^"" et le 5^ mousquetaires. Une deuxième tentative de l'infanterie prussienne, sous Hùlsen, aboutit à un second échec. Les Prussiens cédèrent encore au feu d'artillerie et de mousqueterie, sans avoir réussi à croiser la baïonnette. Le colonel du génie Mouravief, témoin oculaire, nous dit : « Les régiments russes se montrèrent inébranlables, soit que, dans Vordre le plus parfait, ils dirigeassent un feu nourri, soit que le feu d'artillerie et de mousqueterie atteignît à son paroxyme, soit que l'ennemi précipitât sa retraite ; à mesure que tombaient leurs morts et leurs blessés de première ligne, ils comblaient les vides avec les troupes de réserve \ »

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