‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 60 sur 122 · bld., p · texte numérisé non relu

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Kadik l'avait intimidé. Il n'essaya môme pas d'attaquer à Sagan ce qui restait de troupes au prince Henri. Il prescrivit à Hadik de rejoindre Laudon. Par celui-ci il faisait j)i'oposer à Soltykof un plan de coopération qu'on peut trouver étrange.

Laudon avait commencé par demander un corps de 30000 Russes qu'il emmènerait avec lui^ plus 500 000 thalers sur une contribution d'un million de thalers qu'on frapperait sur Francfort. Le 4 août, après que Soltykof avait passé la revue du contingent autrichien, ses chefs le saluèrent de l'épée, tambours et trompettes sonnèrent, les drajjeaux impériaux s'inclinèrent devant lui. Mais à une visite que lui rendit Laudon, celui-ci fit connaître les vues de son chef et révéla le grand « secret » que Soltykof avait renoncé à pénétrer. Gela consistait en une marche rétrograde des Russes sur Krossen, d'où ils tâcheraient d'aller rejoindre Daun en Silésie. Le généralissime russe objecta la difficulté de faire rebrousser chemin à tout son charroi, à tous ses blessés : son matériel d'artillerie était déjà bien fatigué par de si longues marches ; beaucoup d'aftuts avaient souffert par suite de la terrible canonnade du 23. Il avait perdu beaucoup de chevaux dans la Ijataille. Il manquait de projectiles et en attendait de son arrière. Une épizootie sévissait siu* son parc à bétail et enlevait environ 80 bœufs par jour. Laudon proposait alors qu'on laissât le charroi et 10 000 Russes à Francfort 5 comme on manquerait de fourrages en Silésie, on laisserait les kosaks sur la rive droite de TOder. Soltykof demanda combien de temps on comptait le garder en Silésie : « Tout l'hiver », répondait Laudon. Alors le généralissime, tout en consentant à la retraite sur Krossen, refusa de s'engager si loin et pour si longtemps. Si les Autrichiens ne pensaient qu'à leur Silésie, Soltykof était bien obligé de penser à son armée qui périrait dans cette dispersion en trois morceaux, à la province de Prusse-Orientale qu'une absence aussi prolongée exposerait à toutes les entreprises de l'ennemi. Plus tard, la Conférence devait lui donner raison sur tous les points. son tour, il pria les généraux autrichiens de

passer sur la rive droite de TOder; il avait déjà fait construire à leur usage un pont à Tschetschnow.

La présence du roi de Prusse déjà signalée à Merzdorf ne permettait pas aux alliés de séjourner impunément sur la rive gauche. Pour la même raison et pour les autres données ci-dessus, il fallait ajourner le projet d'attaque sur Berlin. Tout au plus pourrait-on diriger sm* celte ville le corps de Roumiantsof, avec mission de ramasser, là ou sur la route^ des contributions, des vivres et des chevaux. Ainsi pour la seconde fois, à la veille d'une bataille, Roumiantsof se voyait sur le point d'en être éloigné. L'approche imminente de Frédéric II le dispensa de cette promenade.

Quoique Laudon fût réuni à Soltykof, c'était la cavalerie légère des Russes qui veillait seule à la sécurité de l'armée. Tottleben s'était chargé de l'organisation des lignes d'avantpostes et des reconnaissances : les Croates n'y étaient point employés. Les kosaks et hussards de ce général continuaient à se distinguer. Le colonel Tourovinof poussait un raid jusqu'aux faubourgs de Kûstrin, y enlevait des prisonniers, y brûlait des magasins militaires. D'autres détachements infestaient la route de Francfort à Berlin. Le 7 août, le lieutenant Wenzel, avec des hussards, passa l'Oder près de Lebus, courut jusqu'à Mlincheberg, se rabattit sur Fûrstenwalde, et après avoir jeté l'alarme dans un corps ennemi, se replia sur Tschetschnow. Il rapi^orta que tout le pays de la Sprée, entre Rauen et Pilgram, était déjà occupé par l'ennemi, et que les Prussiens requéraient partout des bateaux. Soltykof prescrivit à la cavalerie légère de redoubler d'attention.

elusqu'alors on avait pu croire que Frédéjic II n'était venu que pour couvrir Berlin : maintenant on commençait à penser qu'il tenterait un passage de l'Oder. La 9, on entendit le canon du côté de Waldow : c'était le roi qui faisait tirer les salves de réjouissance pour annoncer la victoire de Miaden. Ce jour-là était celui qu'un conseil de guerre, récemment tenu entre Soltykof, Fermer et Laudon, avait désigné pour la marche sur Krossen. On résolut de différer encore. Le 10,

on apprit que Frédéric II faisait des préparatifs pour passer rOder à Lebus, entre Francfort et Kûstrin. On n'avait fait aucune disposition pour empêcher le passa^^e, puisque la retraite sur Krossen était décidée en principe. Il Teffectua, sans difficulté, le 11 août.

Cet événement changeait du tout au tout la situation. On ne pouvait plus songer à la retraite : le moins périlleux était encore d'accepter la bataille.

L'armée russe comprenait ces quatre corps : l^"" Fermoi^ 2^ Yillebois, 3"" Roumiantsof, 4'' Galitsyne ou Corps d'observation.

Fille comptait 33 régiments ou 68 bataillons d'infanterie ; 5 régiments de cuirassiers, 5 de grenadiers à cheval, 1 de dragons, 3 de hussards, plus les kosaks Tchougouïef : au total 45 000 hommes et 200 canons. Les corps qui l'avaient rejointe ne faisaient que combler les vides causés par les marches et par la bataille de Paltzig. Elle était privée de Ijresque toute sa cavalerie légère, hussards et kosaks, dispersée en expéditions.

Gomme Hadik avait écrit qu'il ne dépasserait pas Kottbus et qu'en eflet il s'était replié sui* Daun, l'armée autrichienne ne se composait que du corps amené par Laudon. Il comprenait : 1"* 6 régiments d'infanterie ; 2"" les compagnies de grenadiers Laudon ; 3^ 33 escadrons des régiments de cavalerie allemande ou croate. C'était un total de 18 523 hommes, dont 7 000 d'infanterie, 6 000 de cavalerie et 5 000 ou (3 000 Croates; 48 canons. A ces 60 000 hommes, Frédéric II ne pouvait en opposer que 48 000, soit 53 bataillons, 93 escadrons, avec 114 gros canons qu'il avait en grande partie fait venir de Kustrin. Cette armée se composait de deux éléments distincts : 1° l'armée de Wedell, ancienne armée de Dohna, dont la plupart des régiments avaient été durement éxjrouvés à Jiegersdorf, Zorndorf, Paltzig; 2'' les ti^oupes venues de Silésie et de Saxe, savoir les 10 000 hommes que Frédéric avait amenés de Lœwenberg, ceux qu'il avait enlevés au prince Henri et le corps de Finck qu'il avait attiré à lui. Ces deux éléments distincts, l'un de l'armée de Prusse-

Orientale, l'autre des armées de Silésie et de Saxe, s'équilibraient quant au nombre.

On remarquera, dans l'infériorité numérique de ce total, la supériorité que conservait la cavalerie du roi sur celle des alliés : 93 escadrons contre 71. S'il avait moins de canons, ils étaie.nt d'un calibre supérieur à celui de l'artillerie ennemie.

La description du champ de bataille de Kiuiersdorf offre beaucoup de traits communs avec celui de Zorndorf.

Au matin du 12 août 1759, comme au 25 août 1758, les Russes ont encore leur aile occidentale près de l'Oder et près d'une ville i)russienne : seulement Francfort est occupé par eux, tandis que Kiistrin en 1758 leur avait résisté; et Francfort est bien plus près d'eux, car c'est dans sa banlieue et presque à la limite de ses faubourgs qu'on va se battre. On se souvient de cette ligne de hauteurs coupées de ravins qui avait été si utile à Zorndorf-, pareille ligne de hauteurs, pareillement orientée de l'ouest à l'est, mais de proportions plus considérables, se rencontre ici. En allant de l'ouest à l'est elles se dénomment : le Judenberg (mont des Juifs avec le cimetière des Juifs), le plateau du grand Spitzberg, le Mûhlberg (mont du Moulin). La première est séparée de la seconde par le Laudongrund ou ravin de Laudon ; la seconde est séparée de la troisième par le Kuhgrund ou ravin de la Vache .

Ces trois hauteurs, ainsi coupées de ces deux ravins, forment comme une crête longue de 6 000 pas, et dont la largeur, de 2 000 pas au Judenberg, n'est plus que de 1 200 au Mûhlberg. De même l'altitude va diminuant de l'une à l'autre, le Judenberg commandant le plateau du grand Spitzberg, et celui-ci dominant le Mûhlberg. Tout cela présente assez bien l'aspect de nos vieux oppida gaulois, Gergovie ou Alésia, mais avec un relief beaucoup jjIus fail)le. Le plateau dont le grand Spitzberg forme le point culminant présente à sa partie ouest un autre renflement : le Sieben-Ruthen-Berg (mont des Sept-Perches). Ce plateau est, des trois hauteurs décrites ci-dessus, celle qui présente la superficie la plus

étendue, environ 2 500 pas de longueur sur 1400 de largeur, mais une superficie très mouvementée et rugueuse.

Au pied du Mùhlberg est un autre ravin, le Beckergrund, qui le contourne et communique avec une forte dépression de terrain occupée par une série d'étangs : Dorfsee, Blanke See, Faule See, c'est-à-dire lac du Village, lac Blanc, lac Pourri. Dans les prolongements du ravin du Kuhgrund dévale, sur deux rues, le village de Kunersdorf, enveloppaut de ses deux extrémités le Dorfsee. Sur le revei's opposé des hauteurs, même aspect du sol; car, à l'autre extrémité du Kuhgrund, s'étend la brousse marécageuse de l'Els-Busch ou bois des Alisiers. Ce marais est drainé par un ruisseau qui coule sur le flanc nord des coteaux et contourne presque le Mùhlberg : c'est le Hi'ihnerfluss ou ruisseau des Poules, très bourbeux et que l'on ne pouvait francliir qu'à certains gués ou bien aux points que traversaient des chaussées. En sorte que V oppidum que nous avons décrit est protégé à sa base par tous les obstacles que peut offrir un sol foncièrement humide.

De hauteurs voisines de celles-là, il faut en mentionner deux : le petit Spitzberg, tertre isolé à l'est, qui domine Kunersdorf, et la colline qui supporte le village de Trettin : on l'appelle aujourd'hui le Finck-Berg ; de même que l'on donne aussi le nom de Seydlitz-Berg au petit Spitzberg, celui de Laudons-Berg au Judenberg, celui de Kleist-Berg à une petite colline, la Pech-Stauge, au nord du Mùhlberg.

Ces dénominations rappellent aux villageois de nos joints les exi)loits ou les malheurs des généraux Finck, Seydlitz, Laudon et la mort du soldat-poète Kleist.

Au nord-est est le village de Bischofssee avec ses deux lacs. Au sud sont les bois broussailleux dits de Kunersdorf.

Francfort est si près de notre oppidum que ses faubourgs de la rive gauche et son fortin du Rothvorwerk touchent presque au Judenberg. De Francfort part, dans la direction du nord-est, une route qui traverse les villages de Trettin, Leissow, Gohlitz, Frauendorf, OEtscher, Gœritz. Ce dernier touche presque à l'Oder, qui de Lebus s'infléchit vers le nord-est. La chaussée de Francfort à Gœritz est un trait ca-

UUSSES KT PRUSSIKNS.

Ijital de ce champ de bataille. L'autre chaussée importante est celle qui part de Francfort, contourne le Judenberg par le sud et, continuant par le sud-est, se dirige sur Krossen.

Ainsi Tarmée de Soltykof s'était accrochée, dans cette plaine broussailleuse et marécageuse, à mie ligne de hauteurs. Si elle s'en laissait décrocher et refouler vers l'ouest ou vers le sud, elle se faisait jeter dans les marais de l'Oder. Mais il y avait aussi pour l'adversaire des angles dangereux, des blouses : car Frédéric, suivant les positions qu'il occuperait, aurait sur ses derrières, ou l'Oder ou la Wartha.

Au matin du 12 août, l'armée russe était rangée sur les trois hauteurs : son aile occidentale, avec Fermor et Villebois, occupant le Judenberg; son centre, avec Roumiantsof, sur le plateau du grand Spitzberg; son aile orientale, avec Galitsyne, sur le Mûhlberg. Quant aux troupes autrichiennes, elles n'avaient pas encore pris position sur les hauteurs et se trouvaient massées dans le voisinage du Rothvorvverk.

Comme l'armée faisait front vers le nord, l'aile occidentale était alors l'aile gauche et l'aile orientale était l'aile droite. Soltykof attendait si bien l'attaque par le nord qu'il avait fait couviûr son front par des travaux de génie qui aiguisaient un ijeu le profil des collines, et y avait disposé ses batteries de gros canons. Dans cette situation, on avait deux lignes de retraite : Tune par la chaussée de Francfort à Krossen; l'autre par les quatre ponts jetés sur l'Oder. Un premier inconvénient de cette situation, analogue à celui qu'on avait déjà éx3rouvé à Zorndorf, c'est que l'armée russe se trouvait partagée en trois fractions séparées par deux profonds ravins, et que ces fractions ne pouvaient qu'à grand'peine passer d'une hauteur à l'autre pour se porter mutuellement secours. Un autre inconvénient, c'est que le Corps d'observation, réduit à cinq faibles régiments, toujours souffrant de son vice originel, se trouvait occuper la colline la moins haute des trois, la moins bien défendue contre un assaut, la plus exposée au feu des hauteurs voisines, petit Spilzberg et colline de Trettin, si elles venaient à être occupées par l'ennemi.

Soltykof avait fait passer tout le gros bagage russe et au-

trichien sur Tautre rive de TOder à Tschetschnow. On en avait formé un vagenbourg, à la garde duquel était détaché un régiment d'infanterie. Pour communiquer avec lui, Soltykof avait fait jeter un cinquième pont. Celui-ci était couvert sur la rive droite par une tête de pont ou redoute que gardaient les régiments autrichiens Werzdiener, Likoner, Lipolsdafe.

Dans la ville môme de Francfort, Soltykof n'avait laissé que cinq officiers et deux cent soixante hommes, à titre de sauvegarde pour les habitants.

La cavalerie régulière et irrégulière des Russes se trouvait massée soit entre la redoute du pont de Tschetschnow et le Judenberg, soit au pied de la pente nord du plateau du grand Spitzberg et dans l'Els-Busch. Les régiments autrichiens Kalnoki, Nadasti et les hussards russes de Serbie campaient au delà du Rothverwerk, tout contre les faubourgs de Francfort.

Enfln des avant-postes occupaient le cours du Huhnerfluss et le Beckergrund.

Frédéric II avait passé l'Oder à Lebus sur cinq ponts. De là, comme il n'entendait pas attaquer les Russes de front, mais les tourner par leur aile orientale, il se dirigea vers l'est par un grand détour. C^etie marche fut très pénible, car on cheminait à travers les bois et les marais, et Ton avait à traîner les gros canons enlevés de Kùstrin. Le 11 août, à 2 heures de l'après-midi, le gros de ses forces prenait position entre les hauteurs de Trettin et les étangs de Bischofssee. Il établissait des batteries sur les collines et poussait ses avantjjostes sur le Huhnerfluss.

Soltykof avait déjà compris que ce mouvement de Frédéric II l'amènerait jusque sur le village de Kunersdorf, c'est-àdire sur les derrières de l'armée alliée, telle qu'elle était alors disposée. Il ordonna une volte-face générale. Dès lors, il se produisit le môme phénomène qu'à Zorndorf : l'aile occidentale des Russes, d'aile gauche, allait devenir l'aile droite, et l'aile orientale devenir Taile gauche.

Tout le temps que Fj'édéric II employa à marcher, toute l'après-midi du 11 et une partie de la nuit suivante, Soltykof put remployer à transformer sa position. C'était maintenant sur le front sud des hauteurs i)ar lui occupées qu'il transportait les travaux et les groupes de gros canons. Le Judenberg fut hérissé de trois grandes batteries, dont Tune tenait sous son feu les ponts de Francfort et de Tschetschnow ; une autre, faisant saillie au sud, pouvait balayer le flanc méridional des collines. Sur le point culminant du Spitzberg une énorme batterie, flanquée à droite d'une seconde, rayonnait sur la plaine du sud et pouvait canonner les passages entre les trois étangs de Kunersdorf. Sur le Mûhlberg s'en dressaient deux autres, également en saillie, plus une redoute « en étoile «, pour battre le ]yetit Spitzberg et le cours du Hûhnerfluss. Toutes ces batteries étaient reliées Tune à l'autre par des retranchements formant courtine, et par- dessus lesquels pouvaient tirer les fantassins et les canons régimentaires. Au pied même des hauteurs étaient disposés des trous de loup pour arrêter l'élan des escadrons ennemis. Les trois collines ne formaient plus qu'une citadelle à enceinte continue, dont les grosses batteries étaient les bastions. Soltykof avait peu d'inquiétude pour le Judenberg, que l'ennemi ne pouvait assaillir sans avoir le fleuve à dos, ni pour le front sejjtentrional des hauteurs, dont les travaux subsistaient et que les marais deTEls-Busch semblaient rendre inabordable.

Il fit monter sur le Judenberg les régiments d'infanterie autrichienne ei passer sur le plateau du grand Spitzberg le corps de Villebois. Il ramena tous les régiments de cavalerie au pied même des collines. Voici comme les régiments étaient disposés sur les trois hauteurs.

Au Judenberg, les premières pentes du côté de l'Oder étaient occupées par Vyborg, Narva, Arkhangel, qui pouvaient en descendre si les ponts semblaient menacés. Le front sud et ses trois batteries étaient gardés par le 1^' grenadiers, Voronèje, Perm, Azof, qui formaient ainsi la première ligne; le front nord par Nizovski^, 2"^ Moscou, les régiments autrichiens Bethlingk, Baden-Baden, Lorius, Ahrenberg, Waldeck.

Plan VF

BATAILLE DE KUNERSDORF DispositioD de lArmée Russe au moment de latlatfue Rnissienne.

Plai VI

Dans le repli du Laudongrund, des compagnies de grenadiers autrichiens.

Entre le Judenberg et le pont de Tschetsclmovv, la cavalerie croate, Wersdiner, Likoner, Lipolsdafe, les hussards Serbie et Slavo-Serbes, les cuirassiers Altesse-Impériale, 3® et 4® ^

Le plateau du grand Spitzberg était occupé par 17 régiments russes. Le front sud était défendu par Kazan, Nevski, 4® et 3e grenadiers, occupant la courtine qui reliait la grande batterie du Judenberg à la grande batterie du Spitzberg ^.par Vologda, Pskof, Apchéron, Rostof, chargés de couvrir celle-ci. Le front nord était garni, du Laudongrund au Kuhgrund, par Sibérie, Viatka, Ouglitch, Kief, Pétersbourg, Novgorod, Nijni-Novgorod , Biélozersk, 2"" grenadiers. Au pied de ce front et dans TEls-Busch, les kosaks Tchougouïef, les dragons, les grenadiers à cheval et tout le reste des cuirassiers russes et de la cavalerie autrichienne.

Sur ce plateau était de sa j)ersonne le généralissime Solty- Ivof, avec Villebois^ qui commandait aux régiments les plus rapprochés du Laudongrund, et Roumiantsof, qui commandait le groux^e le plus voisin du Kuhgrund.

Enfin le Mûhlberg était occupé par les cinq régiments de Galitsyne, l^'*, S"", 4*" et 5^ mousquetaires, le régiment de grenadiers couronnant la pointe la plus exposée de la colline et gardant les deux batteries.

Pendant toute Taprès-midi du 11, Frédéric II avait pu croire que Soltykof, menacé par la position que lui-même avait prise entre Trettin et Bischofssee, profiterait de la nuit poar décamper par les ponts de Francfort ou par la chaussée de Krossen. La nuit s'écoula sans que rien de semblable se manifestât. — Il dut prendi'e ses disx)Ositions pour la bataille du lendemain.

Elle devait débuter par une double attaque. Tune dirigée par Finck et Schorlemer du côté de Trettin, l'autre par le roi

1. Pour simplifier, nous appellerons ce régiment 4® cuirassiers, mais en réalité c'est un régiment de nouvelle formation, par appel aux dépôts de plu> sieurs régiments.

en personne du côté de Bischofssee. A 2 heures et demie du matin, Frédéric se mettait en marche, passait entre les lacs de ce village et franchissait le Hiihnerfluss.

Soltykof ne s'émut point : il croyait à une simple reconnaissance. Au point du jour, Laudon fit incendier le village de Kunersdorf afm de rendre plus difficile le passage entre les lacs.

A 9 heures du matin, deux batteries prussiennes ouvrirent le feu des hauteurs de Trettin ; d'autres occupèrent le petit Spitzberg et les coteaux voisins des lacs de Kunersdorf. Le Mûhlberg fut alors « embrassé et entouré par les batteries des Prussiens comme le peut être un polygone dans un siège en forme ^ » .

A 10 heures, la canonnade sévissait avec fureur. En même temps se déployaient Tinfanterie et la cavalerie prussiennes.

- Le roi avait disposé son infanterie en quatre lignes : d'abord une avant-garde, 8 bataillons, sous les généraux-majors Lindstœdt et Jung - Schenckendorf ; puis la première ligne, 22 bataillons sous son commandement personnel, avec les généraux-lieutenants Wedell à gauche etHtïlsen à droite; puis la seconde ligne, 15 bataillons, avec Kanitz à droite et Itzenplitz à gauche ; enfin, une réserve, 8 bataillons, sous Finck et trois généraux-majors.

Sa cavalerie formait quatre divisions commandées par le prince de Wiïrtemberg, Seydlitz, Plat en et Schorlemer.

On voit, dans V Ordre de bataille dressé par les soins de Tétatmajor prussien (1860), que le roi, se défiant de toutes ces troupes de Wedell si souvent battues par les Russes, en avait dispersé les éléments dans toutes ses divisions, et partout les avait amalgamées avec les éléments tirés de sa propre armée ou de celles de Finck, du prince Henri et du prince de Wurtemberg.

Soltykof, qui suivait avec attention tous les mouvements des Prussiens, et qui se réservait « de conformer ses disposi-

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