‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 76 sur 122 · Ibid,, au prince Henri, 8 septembre · texte numérisé non relu

Ibid,, au prince Henri, 8 septembre

LE LENDEMAIN DE KUNERSDORF. 275

les alliés, se déplace de Lieberose sur Guben. Parallèlement à Tarmée russe, Frédéric II se déplaça de Waldow sur Kottbus. Elle marche par Amtitz sur Ghristianstadt. Frédéric se porte sur Forste, où il arrive le 19. Il devine que « certainement les Russes en veulent à Glogau » ; et il écrit à Finckenstein : « Je cours comme un beau diable pour les prévenir. » Il se moque des « manœuvi^es ridicules » de Daun, de sa campagne « digne des petites-maisons ». 11 s'égaye aux dépens de Laudon, toujoiu*s collé à Soltykof, « traînant les Russes jusqu'en Silésie » et « devenu archiconducteur d'ours dans le Saint-Empire romain ». Le 20, il arrive à Sorau et écrit à La Motte-Fouqué :

Les Russes veulent faire le siège de Glogau. Je marche à tired'aile pour les en empêcher ; mais je suis faible ; je n'ai que 24 000 hommes, gens deux fois battus, vous m'entendez... Je ne souffrirai pas qu'on assiège Glogau ; je me battrai plutôt, arrive ce qui eu pourra. Voilà la façon de penser des preux chevaliers, et la mienne.

On voit qu'il se refaisait à l'idée de livrer une bataille. Elle aurait pu avoir lieu ce jour-là. Mais, d'une part, Soltykof connaissait la situation fâcheuse de son matériel et se défiait de ses alliés ; d'autre part, le roi de Prusse se rendait compte du « mauvais état de ses gueux ». Frédéric II laissa les Austro-Russes passer le Bober, le 21 septembre, à Langmeersdorf. Lui-même franchit la rivière et se porta sur Sagan. En prenant position sur ce point, il coupait toute communication entre l'armée de Soltykof et celle de Daun.

Le 23, les Austro-Russes étaient à Freistadt. On tint un conseil de guerre qui décida la marche sur Beuthen. On reçut alors un message de Daun qui priait les Russes de revenir en Saxe : Soltykof était trop mécontent de Daun pour ne pas refuser. Alors Laudon et les autres généraux autrichiens lui déclarèrent qu'ils allaient rétrograder sur Ghristianstadt et rejoindre leur généralissime. Soltykof leur répondit qu'ils étaient libres, mais qu'il renoncerait dès lors à toute opération en Silésie et qu'il se retirerait aussitôt sur

ses magasins de la basse Vistiile. Ils restèrent. Le 24, on marcha snr Benthen, l'armée russe en ordre de bataille, couverte par la cavalerie de Stoffeln et Tottleben, Laudon cheminant avec Soltykof. A Beuthen, le 25, on avait à organiser le passage de l'Oder; mais alors les éclaireurs de Stoffeln aperçnrent les avant-gardes prussiennes, et derrière elles de fortes colonnes d'infanterie. Avant de pouvoir jjasser à Beuthen , il fallait livrer bataille à Frédéric II. Soltykof aima mieux se détourner vers le nord. Frédéric, écrivant au prince Henri de son camp de Baunau : « Ce matin, k 6 heures, les généraux ennemis ont voulu reconnaître notre position. Il faut que ces messieurs nous aient encore jugés formidables; car à peine rebroussèrent-ils chemin que leur armée rétrograda et prit le camp près de Neusalz. »

Ce fut encore « certainement un jour critique ». On peut s'étonner que Frédéric n'ait pas pris Tolfensive ; car les Russes, adossés à l'Oder et à des marais, auraient reçu la bataille dans les pires conditions, à peu près dans les conditions de la bataille de Friedland de 1807.

Trois jours se passèrent ainsi. Soltykof hésitant pour le passage, entre les points de Korolath, Neusalz et Kœltsen. Il se décida pour le dernier, et l'opération s'effectua sans encombre, le 28, quoique Tottleben eût annoncé que l'on serait attaqué ; le 29, on lit franchir les ponts au bagage léger. Il est possible que l'opération, masquée par des rideaux de cavalerie légère, ait échax)pé à Frédéric, car le 28, il écrivait encore à La Motte-Fouqué : « Les Barbares sont encore vis-à-vis de moi. Je leur prépare un bon tour. S'il réussit, ils dénicheront bien vite. Je vous avoue que j'ai grande impatience d'en être délivré, pas pour moi, mais pour le pays qu'ils brûlent et qu'ils tuent. » Quel était ce bon tour qu'il préparait aux Barbares, nous l'ignorons. Ce fut seulement le 30 au matin que le roi, sans doute mieux informé, lit assaillir la cavalerie de Tottleben, restée sur la rive gauche à la garde des têtes de pont. Tottleben repoussa les assaillants et passa ensuite. « Alors, porte le rapport de Soltykof, après cet heureux jiassage, à la vue de toute l'ar-

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mée ennemie, et d'une armée que commandait le roi en ]3ersonne, les ponts furent détruits. »

Le 1'''' octobre, Tarmée russe continua sa marche sur Glogau. Elle prit position à Gross-Ostein et Kuttlau; elle devait y rester jusqu'au 22. Soltykof vit tout de suite qu'on ne pouvait ni enlever Glogau par surprise, ni, faute de matériel, en faire le siège en règle.

Le 2 octobre, Frédéric avait fait son entrée à Glogau. Puis il campa successivement, pendant tout le mois d'octobre, dans les villages des environs : Zerbau, Kœben, Sopliienthal. Il sentait croître son exaspération contre son ennemi : « Vous ne sauriez croire quelles infamies les infâmes Russes ont commises et commettent encore. Vous croiriez entendre l'histoire de Barbe-Bleue. Jamais il n'y a eu de peuple plus barbare, plus absurde, plus féroce \ »

Uabsiti^dité consistait surtout à le retenir sous cette bicoque de Glogau . pendant qu'il avait tant de choses à faire en Bohême, en Saxe, en Poméranie. Dès le premier jour, il espéra, il guetta le départ des Russes ; leur gros bagage avait déjà été expédié en Pologne; sûrement ils allaient l'y suivre. Nous verrons que Soltykof eut le mauvais goût d'immobiliser Frédéric sous Glogau cinq semaines entières : jusqu'au 5 novembre !

Les deux armées, aussi fortement retranchées l'une que l'autre, s'observaient. Le 5 octobre seulement, les Prussiens ayant essayé d'établir une batterie en face de Schofsen, il s'ensuivit, d'une rive à l'autre de l'Oder, ime canonnade qui se prolongea deux jours. Il y eut en tout 15 ou 16 hommes tués ou blessés et 8 ou 10 chevaux. Puis rien ne vint plus troubler les mornes ennuis des campements.

Le roi continuait à entretenir, de ce coin de terre, sa vaste correspondance, s'inquiétant de ce qui se passait au Canada ou dans l'Indonstan, espérant que la perte de leurs colonies déciderait enfin les Français à faire la paix, expédiant des

1. Politische Coj^respondenz, t. XVIH, 2® partie, au urince Henri, 2 octobre» Glogau.

ordres à sou gouverneniont de Berlin, à ses années de Saxe, de Westplialie, de Poméranie, faisant, le l""" novembre, tirer des salves de victoire pour faire croire aux Russes que le prince Henri avait battu Dauu, se distrayant avec des vers et des essais de philosophie. A Kœben, il se rappela qu'en ces lieux le fameux Schulenbourg avait fait devant Charles XII une retraite admirée, et il conçut « l'idée d'écrire sur les talents militaires et sur le caractère de ce prince ^ ».

Les loisirs de Soltykof étaient moins variés, moins littéraires. 11 ne taquinait pas les Muses, mais il se demandait anxieusement pourquoi Daun, i)endant que lui-même tenait en arrêt Frédéric, n'arrivait pas à la rescousse. Il sut que le maréchal autrichien continuait à ne rien faire, ayant peur du prince Henri, peur même de Frédéric, qui pouvait « tout à €0U]3 revenir sur lui ». Il sut que Kaunitz, Esterhazy et Saint-André continuaient à se plaindre de l'armée russe, accusant Soltykof de rester inactif sous Glogau et de se refuser cependant à renvoyer Laudon eu le faisant accomx3aguer d'un renfort de 20 000 ou 30 000 Russes.

Il s'en expliquait amèrement dans ses lettres et ses rapports ^. En somme, on lui demandait des impossibilités, des absurdités, ou même des crimes de lèse-patrie. Donner un assaut à Glogau, eu présence d'une armée commandée par le roi de Prusse ? Entamer un siège en règle, quand il n'avait pas de matériel de siège? Détacher 20 000 Russes, quand il en avait à peine 40 000? Sacrifier les intérêts de la Russie aux grands i)rojets d'un tacticien qui laissait toutes les occasions lui échaxjper?

Le 22 octobre, il leva son camp et se dirigea sur Herren- •stadt : il adressa une sommation au commandant Kleist et, sur son refus, bombarda la ville. Le 24, il était à Tribus ; le 26, à Punitz. Alors Laudon lui proposa un retour offensif sur Glogau, assurant que le roi avait déjà dû repartir pour la Saxe. Soltykof y consentit. Le l'''" novembre on arrivait à

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