‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 84 sur 122 · SoLoviEF, t. XXIV, p · texte numérisé non relu

SoLoviEF, t. XXIV, p

Tarmée. On résolut d'en finir avec ce Corps d'observation, « Tenfant mal né » de Ghouvalof, et qui avait fait si piètre figure à Zorndorf et à Kunersdorf. Les régiments dont il se composait furent dissous. Des meilleurs soldats on décida de créer ces régiments spéciaux d'artillerie dont Ghouvalof avait dès longtemps projeté la formation et qui manquaient encore dans Tarmée l'usse, comme dans beaucoup d'armées européennes. Conformément au plan primitif du feldzeugmeistei^yOn mit sur pied trois régiments d'artillerie à très fort effectif : deux de fusiliers d'artillerie et un de canonniers. D'autres furent ensuite créés, et à la fin de 1760, l'armée comptait 14 000 soldats d'artillerie, tandis qu'elle n'en avait eu que 1 576 à la bataille de Zorndorf. Le reste des hommes du Corps d'observation fut versé dans les régiments d'infanterie de Tarmée d'opération.

Ces régiments, par cet expédient ou par d'autres, furent désormais constitués svn* le pied de 2 bataillons au grand comiDiet ; le S"" bataillon de chaque polk devait rester dans les cantonnements de la Vistule \)Ov\v y servir de cadre de dépôt et d'instruction pour les recrues.

Les régiments de grenadiers à cheval et de dragons furent équipés sur le type des dragons autrichiens ; on dut demander à la cour de Vienne des modèles d'uniformes.

On renforça la cavalerie de 10 escadrons de dragons, tirés de Pskof et Véliki-Louki, de 4 escadrons des cuirassiers de la garde, appelés de Pétersbourg.

Comme Soltykof avait exprimé le désir de voir porté à 6000 le nombre des Dontsy qui servaient dans son armée, on fit un nouvel appel dans les campements du Don ; mais on ne put relever l'eflectif total qu'à 5 000 hommes. Soltykof avait demandé 2 000 kosaks de Petite-Russie, non pour le même service que les Dontsy, mais i^onv celui des communications sur les derrières de l'armée : il fut procédé à la création des « polks de campagne » oukrainiens, sous les ordres de Tchesnokof.

Des bruits défavorables à la nouvelle artillerie Chouvalof avaient couru dans l'armée. On chargea le général d'artillerie

Gliébof et le colonel Tùtschen de se rendre aux quartiers de la Vistule, et en présence du feld-maréchal, de tous les généraux, des ofRciers et d'un certain nombre de soldats par compagnie, de x3rocéder à des expériences d'artillerie en vue de bien établir la supériorité des nouvelles pièces siu* les anciennes. Soltykof écrivait :

J'ai dû me préoccuper des suites fâcheuses que pourraient entraîner les racontars des soldats qu'on invite à assister à ces expériences, au lieu de les maintenir dans les habitudes d'obéissance silencieuse à ce qui leur est ordonné.

Il demandait que les simples soldats ne fussent pas compris parmi les assistants. La cour persista dans ses vues. Il fut répondu à Soltykof:

Nous avons jugé cette mesure indispensable ; les expériences convaincront le soldat de l'énorme supériorité de l'artillerie nouvelle sur l'ancienne : si bien démontrée que soit cette supériorité, elle ne comporterait pas l'avantage qu'il est désirable d'en tirer, pour dissiper le doute qui s'est, à ce sujet, enraciné dans l'armée, pour le détruire même chez les simples soldats, si on ne leur démontrait pas clairement, une fois pour toutes, cette supériorité, si leurs chefs ne pouvaient la leur expliquer et les en convaincre. En conséquence nous vous invitons à donner l'ordre aux officiers de tout grade de profiter de toutes les occasions pour instruire et persuader le simple soldat, pour lui inculquer la plus grande confiance en cette nouvelle artillerie, pour le convaincre qu'elle a pour lui les plus grands avantages, que son action est beaucoup plus énergique et efficace que celle de l'artillerie ennemie. Nous enjoignons donc, sous les peines les plus sévères, d'exécuter nos ordres à cet effet.

Les expériences eurent lieu à Marienwerder, du 8 au 11 janvier 1760. Un rapport, signé de tous les généraux, fut ensuite adressé à Pétersbourg. Yoici quelle en était la conclusion :

Assurément la nouvelle artillerie présente une grande supériorité sur l'ancienne, ainsi que l'a démontré l'épreuve comparative entre le canon de o et l'obusier de 12, aussi bien qu'entre les autres pièces des deux types. Cependant, l'expérience des précédentes campagnes

il prouvé que l'une et l'autre artillerie sont, dans leur rôle respectif, utiles et avantageuses. En conséquence elles peuvent être employées toutes deux avec succès; il faut aussi prendre en considération la longue habitude qu'ont de l'ancienne non seulement les servants des pièces, mais, à l'occasion, les autres soldats. Les soussignés estiment donc avantageux de maintenir à l'armée aussi bien les anciens canons et moi-tiers que les pièces nouvellement inventées'.

L'artillerie de campagne fut désormais groupée en brigades de 30 pièces : les brigades se subdivisaient en batteries de force très inégale, car certaines, celles de première ligne, pouvaient comprendre jusqu'à 24 pièces 5 d'autres, celles de seconde ligne, 18 pièces ; celles de troisième, seulement 5. La première ligne comprenait 68 pièces, c'est-à-dire les trois quarts du total, dont moitié canons, moitié obusiers et cdinorogs. L'artillerie russe comptait encore 11 calibres différents. Les gros canons ouvraient le feu à 750 toises, les petits et ceux de régiment à 400. A 250 toises, les premiers commençaient le tir à mitraille; les seconds seulement à 70 toises. Les pièces étaient désormais bien gardées, bien servies, grâce aux régiments spéciaux. On voit quels progrès avait accomplis l'artillerie russe depuis les débuts de cette guerre.

Pour le train et les charrois, comme on manquait de chevaux, on prescrivit d'amener d'O Ukraine 7 000 bœufs traîneurs ou porteurs.

- Les officiers faisaient toujours défaut. On essaya de s'en procurer en négociant avec les Prussiens l'échange des prisonniers. Une conférence entre délégués russes et allemands s'ouvrit à Butow, entre les lignes d'avant-postes des deux armées. Elle avait inauguré ses travaux le 10 juillet et les termina le 12 octobre. De part et d'autre, on amenait les prisonniers par détachements : l'échange se faisait sur le pied d'égalité, en tenant compte du grade, de l'état de santé ou de la gravité des blessures. Si le nombre des prisonniers se trouvait d'un côté supérieur à celui qu'on amenait de l'autre, le surplus n'était rais en liberté que contre le paiement d'une rançon.

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