‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 85 sur 122 · SoLOviKF, t. XXIV, p · texte numérisé non relu

SoLOviKF, t. XXIV, p

La conférence de Bûtow dressa, pour révaluation des rançons^ un tarif qui est très curieux. Un général en chef s'estimait autant que 3 000 soldats, soit 15 000 florins ; un général de brigade 200 hommes ou 1 000 florins ; un colonel 130 hommes ou 650 florins ; 60 ou 300 pour un lieutenant- colonel ; 16 ou 80 pour un capitaine. Un simple soldat ne valait que 5 florins. Il paraît que les titres, xjour les volontaires, s'évaluaient non en hommes, mais seulement en argent : 1 500 florins pour un prince, 800 pour un comte, 400 jjour un baron, 200 pour un gentilhomme, 50 pour un volontaire roturier.

On convint aussi qu'à l'avenir les prisonniers non encore libérés ne seraient plus obligés de servir dans les rangs opposés à ceux de leiu* armée. L'ennemi leur paierait la solde qu'ils touchaient avant leur captivité : ce serait ensuite un compte à régler entre les deux gouvernements. Le déserteur ne serait lias compris dans les échanges à titre de prisonnier ; mais on ne serait pas obligé de l'extrader. Le présent cartel ou règlement d'échange était déclaré valable pour six ans.

Parmi les x>risonniers russes qui, grâce à cette opération, recouvrèrent la liberté, il faut citer les généraux Tchernychef et Ivan Soltykof . Le premier reprit du service dans l'armée ; le second, qui était déjà cassé par l'âge, rentra en Russie.

Il y avait enfin à tracer un plan de campagne pour l'année 1760. A cet effet le généralissime Soltykof, le 19 février, remit à Fermor le commandement en chef par intérim et se rendit à Pétersbourg afin d'y délibérer avec la Conférence.

Le j)lan qu'il lui proposa peut se résumer ainsi : conquérir la Poméranie jusqu'à TOder et s'y établir assez solidement pour y prendre ensuite les quartiers d'hiver \ pour préparer cette conquête, d'abord s'emparer de Dantzig, utiliser les ressources de cette ville en vivres, chevaux, hommes, monnaies courantes, y établir le point principal de ravitaillement et la Xjlace d'armes de l'armée ; faire assiéger Kolberg par un corps d'armée et couvrir le siège avec toutes les forces ; ne dépasser l'Oder que lorsque les Autrichiens auraient marqué leur campagne par quelque grand succès. Soltykof était d'avis qu'il était inutile de risquer une grande bataille, car

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les précédentes victoires n'avaient pas eu des résultats j)olitiques qui fussent en j)roportion avec les sacrifices subis.

Ce plan était modeste, mais très sage. Si on Tavait exécuté dès les débuts mômes de la guerre, les Russes, maîtres de la Prusse-Orientale, de Dantzig et de la Poméranie prussienne, eussent obtenu en Allemagne une position prépondérante, un ravitaillement facile, et auraient pu passer les hivers sur le théâtre même des grandes opérations.

La Conférence écarta ce plan. Elle fit signer par Timpératrice celui du 11 mai (30 avril) : Farmée russe, portée à 70 000 hommes, irait faire sa jonction avec Tune des deux armées autrichiennes pour opérer en Silésie avec les Autrichiens 5 le point de jonction serait, suivant les occasions, Francfort-surrOder ou Glogau 5 l'autre année autrichienne, celle de Saxe, couvrirait les opérations en Silésie et menacerait Frédéric II, s'il tentait de s'y opposer, en se jetant sur ses derrières.

Ce plan était évidemment élaboré sous la pression du cabinet autrichien, de son ambassadeur et de son attaché militaire à Pétersbourg. L'armée russe, pour l'unique intérêt de l'Autriche, se voyait condamnée à une stérile guerre de sièges en Silésie. C'était Kaunitz qui déterminerait de quelle façon elle serait employée. Ce plan fourmillait d'incohérences et d'impossibilités : on défendait à Soltykof de livrer bataille à Frédéric avant la jonction avec les Autrichiens ; mais si cette jonction ne pouvait s'obtenir qu'au prix d'une bataille?

D'ailleurs la tsarine, qui avait signé ces instructions, s'accordait avec Soltykof pour souhaiter qu'on pût éviter les grandes batailles :

I^'expérience des années précédentes nous apprend qu'il est d'autant plus facile de les éviter qu'elles ont été plus sanglantes et la lutte plus désespérée. Alors le roi de Prusse avait de nos années une idée bien différente de celle qu'il doit en avoir aujourd'hui. Il lui paraissait impossible qu'elles pussent tenir devant les Prussiens. Au début de la guerre, il ne doutait pas que l'armée seule de Lehwaldt

ne fût suffisante pour ruiner toutes nos forces La bataille de

Zorndorf, dont il ne parle jamais qu'avec amertume, lui a donné une tout autre idée de notre armée. Il a fini j^ar conclure qu'elle peut très bien lui permettre de l'attaquer comme il lui plaira, qu'il

a beaucoup de moyens de lui faire beaucoup de mai, mais qu'il lui est difficile de remporter avec elle une victoire complète, tant est grande la bravoure de nos soldats, - même battus !. . . . Après Paltzig il a pu se consoler en se disant que ce n'était pas une bataille générale ; mais celle qu'il nous livra sous Francfort a suffi pour lui démontrer, aussi bien qu'au monde entier, que notre armée n'est point battue même lorsqu'on a obtenu sur elle tous les avantages. Quelle autre que l'armée russe n'aurait pas été mise en désordre et en fuite, après qu'elle avait été attaquée en flanc, qu'une notable partie avait été battue, que beaucoup d'artillerie avait été perdue, tandis que la majeure partie* de nos forces était réduite à l'immobilité ?.,.. Le roi de Prusse a donc dû se jDCrsuader qu'il n'y a aucun profit à assaillir notre armée, d'autant plus qu'elle-même n'assaille jamais la sienne, et qu'il n'y a pas de nécessité pour lui à nous prévenir. Dès que vient l'automne, notre armée se retire sur la Vistule, quelque victoire qu'elle ait remportée. Donc à quoi bon risquer une bataille contre elle ? Croyez bien que l'audace du roi venait surtout de ce qu'il ne craignait absolument pas d'être assailli ; de là cette obstination et même cette eflFronterie à se rapprocher de notre armée, dès que l'un de ses corps paraissait en danger d'être attaqué par elle

Ce n'était pas un grand éloge de la tactique russe que faisait ainsi la tsarine. On pouvait, en effet, reprocher à son armée d'avoir fait une guerre de positions j)lutôfc que d'offensive, de n'avoir jamais cherché la bataille, de l'avoir toujours subie, d'avoir rendu formidable son contact immédiat mais non sa présence à distance, d'avoir ainsi laissé au roi de Prusse le choix entre accepter et refuser le combat et, jusqu'à un certain jjoint, la direction sux3rême des opérations. Pourtant cette tactique, que semble critiquer la tsarine, c'est à celle-là qu'elle s'en tient. D'où cette conclusion un peu imxjrévue : « Aujourd'hui moins que jamais, nous n'avons lieu d'attendre une de ces batailles qu'il aura été im^jossible d'éviter. »

C'était indirectement recommander le système temporisateur de Daun, et môme réduire l'armée russe au rôle subordonné de force purement auxiliaire, rôle qu'en politique même l'Autriche prétendait imposer à la Russie. Il y a l'inspiration et comme le cachet autrichien sur tout ce document .

BUSSES ET PRUSSIENS.

11 était donc écrit d'avance que la campagne projetée en Silésie ne serait qu'une guerre de marches, de manœuvres et de positions.

Aux 125 000 soldats de France ou du Saint-Empire, ijartagés en deux armées, Frédéric 11 opposait les 70 000 hommes de Ferdinand de Brunswick; aux 10 000 Suédois, aux 180 000 Autrichiens, aux 70 000 Russes, il ne pouvait opi)0ser que 120 000 hommes, réj)artis entre lui-même, son frère Henri et La Motte-Fouqué. Au total, 190 000 hommes contre 385 000.

Les désastres de la guerre précédente, Tépuisement de son armée, de ses finances, de ses provinces, le faisait se résigner à un système de pure défensive, déjouant les marches et contre-marches par une série d'opérations analogues. Dans ce calcul il se rendait compte qu'il ne serait point trop contrarié jjar Daun . Les Russes l'inquiétaient davantage. Pourtant il était arrivé sur eux à des conclusions analogues à celles que la tsarine lui j)rêtait dans ses instructions à Soltykof .

Dans une lettre à La Motte-Fouqué, du 17 février, lettre intercex^lée, traduite pour l'impératrice, il lui dit :

J'ai une armée eu Saxe et une autre en Silésie. Mon armée de Silésie aura d'abord à couvrir Glogau ou Breslau, à profiter des ]noindres fautes des Russes jDOur leur porter, s'il est jiossible, quelque terrible coup, avant que leur grande armée ne commence ses opérations, n'occupe les lieux d'accès difficile et n'abandonne la plaine : car les Russes ont pour règle de ne pas attaquer eux-mêmes, de marcher par les bois et non par les plaines; c'est quand ils marchent en plaine qu'on peut trouver une occasion de les battre. L'important avec eux, c'est de s'opposer à ce qu'ils puissent prendre les places fortes et s'y établir : dès lors il convient de surveiller pardessus tout Glogau et Kolberg*.

Ainsi Frédéric II traçait son plan de cami^agne comme s'il avait deviné celui qu'on ne faisait alors qu'élaborer à Pétersbourg. Ne fit-il que le deviner? M. Masslovski est persuadé

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