‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 86 sur 122 · Archive Vorontsofy t. XXXIV, p · texte numérisé non relu

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qu'il en eut une connaissance directe, et, pour tout dire, qu'il lui fut livré. Mais par qui ? Par quelque officier des entours de Soltykof, ou j)ar quelque « observateur » installé à Dantzig ?

Pendant que Frédéric II et le cabinet de Pétersbourg méditaient leurs plans de campagne, Tottleben, bien loin, à Touest de la basse Vistule, avec 4 000 ou 5 000 hommes de cavalerie légère, couvrait les cantonnements de Tarmée russe. Il observait ce qui se passait en Poméranie, et mandait que la province était presque dégarnie de troupes : à Stettin, une faible garnison ; à Stargard, un petit corps de cavalerie et d'infanterie ; à Damm, un régiment d'infanterie. On lui enjoignit de se porter dans la Poméranie prussienne, pour y lever des réquisitions, y empêcher le recrutement, y arrêter les envois de vivres à Tarmée de Frédéric II.

Les avant-gardes de la cavalerie légère des Russes menaçaient tout le pays, sur toute la ligne qui va de Kolberg à Glogau. Le 30 janvier 1760, commencèrent des raids d'une audace incroyable. Loukovkine, avec 3 polks de kosaks, se portait snr Militsch (Silésie), attaquait les hussards prussiens et leur prenait 30 hommes, et, en février, parcourait Fraustadt. Lissa (Leszno), Herrnstadt. Un autre détachement de 100 hussards ou kosaks courait jusqu'à Landsberg, en chassait là milice, y levait une contribution de 2 622 thalers et ramenait 41 chevaux. Podgoritchani, avec les hussards Moldavie, occupait Stolpe, Kœslin, et, presque en vue de Kolberg, rançonnait les campagnes. Les avant-postes russes étaient maintenant j)oassés jusqu'à Stolpe et Neu-Stettin en Poméranie, Arnswalde et Landsberg en Brandebourg, Fraustadt et Lissa en Silésie. Tottleben avait établi son quartier général à Bromberg.

Le 22 féviner, le capitaine Dékowatz poussait jusqu'à Schwedt, sur l'Oder, rançonnait la ville, y faisait prisonniers le prince de Wurtemberg et sa famille, mais se contentait de ivechsel signés par les habitants et de revers signés j)ar la famille jjrincière : c'est-à-dire de billets au lieu d'argent comptant.

Dans sa retraite, le hardi partisan fut attaqué auprès de Kœnigsberg de Brandebourg, et obligé de se faire jour le sabre à la main. Il laissa entre les mains des hussards prussiens 18 hommes, 53 chevaux et, en outre, la valise qui contenait les wechsel et les réveils. Un autre de ses détachements, qui ramenait prisonnier le major suédois Schwartz, fut, près de Pyritz, dispersé ou pris : deux des kosaks furent faits soldats prussiens. Cette mésaventure de Dékowatz n'empêcha pas Loukovkine de passer TOder, pour rançonner la rive gauche .

Cependant le pays envahi commençait à se défendre et des secours lui arrivaient. Le 10 mars, il y eut un combat à Arnswalde ; les Russes perdirent 52 hommes.

Une forte colonne d'infanterie et de cavalerie prussiennes, sous le général-major Stuterheim et le major Podewils, parut à Neu-Stettin et s'y fortifia.

Tottleben se vit obligé de faire avancer toute sa cavalerie Ijour soutenir ses enfants perdus. Il ramena sa ligne d'avantjDOStes sur Rnmmelsbin^g et Preussisch-Friedland, mais il fit avancer de Brombergà Konitz son quartier général, assignant cette ville pour lieu de rendez-vous aux détachements dispersés. Podewils refoula encore les Russes de Rummelsburg et Stolpe ; on pouvait croire qu'il allait prononcer encore plus cette attaque, mais brusquement il se déroba et se porta sur Kolberg, dont il renforça la garnison. Tottleben se dirigea sur cette forteresse et prit position dans les environs. Il se rendit bientôt compte que sa situation devenait périlleuse. 11 s'exagérait maintenant les forces de l'ennemi et les exagérait dans ses rapports.

Fermor, généralissime par intérim^ commençait à s'inquiéter de ces témérités. 11 se demandait de quelle utilité pouvaient bien être tous ces raids de la cavalerie légère. En somme, Tottleben n'avait pu empêcher les opérations du recrutement prussien en Poméranie ; et, étant donné le caractère peu précis de ses rapports, avec une pointe de hâblerie aventurière, les renseignements qu'il transmettait au quartier général étaient fort sujets à caution. Pour soutenir cette cavalerie ainsi aven-

turée, Fermer se voyait obligé de faire sortir ses régiments de leurs quartiers d'hiver. Il en était fâché et essaya de tenir en bride Tottleben. Tl se plaignait que celui-ci lui manquât de respect, envoyant ses rapports sur des chiffons de papier non signés, se targuant d'avoir des instructions particulières de Soltykof et correspondant avec celui-ci par-dessus la tête de Fermor. Tottleben répondit à son chef de façon impertinente : il le priait de vouloir bien nommer à sa place « un autre général, qui saurait mieux que lui conduire les troupes à la satisfaction de Son Excellence » ; — en outre, ajoutait-il, « je suis malade, je ne parle pas le russe, et les affaires par écrit prennent de telles proportions que je n'ai plus assez de temps pour en venir à bout... Chaque courrier du quartier général m'apporte une semonce ; dans tout mon service déjà si long je n'ai reçu d'aucun général de pareils reproches. » Quelques jours après il offrait de remettre à Zoritch le commandement des hussards et à Krasnochtchokof celui des kosaks. A la fin Fermor perdit patience : il remplaça Tottleben par Éropkine et fit son rapport à la Conférence. Le nouveau chef des troupes légères eut, le 7 mai, de vives escarmouches contre les Prussiens à Dramburg et Falkenburg et les rejeta sur Tempelburg. Cependant la Conférence ne donna pas raison à Fermor et celui-ci dut rendre à Tottleben son commandement. Ces tiraillements ne présageaient rien de bon, et il était temps que Soltykof revînt prendre la direction de l'armée.

Vers le 20 mai, on reçut de Pétersbourg l'ordre de se concentrer sur la basse Vistule et de se préparer à marcher. Le 11 juin seulement, arrivait à Marienwerder le généralissime Soltykof. L'année était déjà bien avancée et l'on avait déjà perdu beaucoup de temps ; ce retard était surtout imputable à la Conférence qui avait retenu le feld-maréchal à Pétersbourg, lui demandant sans cesse des plans de campagne qu'elle écartait ensuite pour en adopter de tout différents.

L'armée était répartie en une avant-garde, sous le comte Zacharie Tchernychef , et 3 corps : le l""" avec Fermor, le 2^ avec Brown, le 3"" avec Roumiantsof ; en outre Volkonski

avait le commandement des cuirassiers, Olitz des grenadiers à cheval et dragons, Gliébof de Tartillerie de campagne; Tottleben gardait celui des troupes légères. Non comx3ris celles-ci, le total des forces russes s'élevait à 74 bataillons d'infanterie, 44 escadrons : en tout 65 000 hommes en première ligne et 15 000 pour garder la base d'opérations sur la Yistule inférieure.

Le 29 juin, Tottleben se portait sur Kôslin. Le général prussien Beckendorf fit sortir ses troupes de la ville et les rangea en bataille. Tottleben le chargea si vivement qu'il n'eut que le temps de se réfugier sous le canon de la place, avec une perte de près de 300 hommes. Puis la ville fut canonnée et Beckendorf dut signer une capitulation. On lui fit des conditions honorables, « tant en considération du courage de la garnison que par compassion pour la ville ». Il put se retirer librement avec tout l'équipage de sa petite armée, même les canons, les caissons, les chariots et les chevaux, avec des provisions pour un jour. Il fut convenu que chacune des deux parties conserverait ses prisonniers de guerre : donc Beckendorf pouvait emmener ses prisonniers russes.

Après cet exploit, Tottleben se proposait de marcher sur Kolberg ; mais il rerut l'ordre de se diriger sur Driesen et Filehne, pour y occuper de ce côté le cours de la Netze. L'armée principale, en effet, arrivait sur Nakel et la partie sui)érieure de cette rivière.

Elle poursuivit ensuite sa marche sur la Wartha. Le 13 juin, l'avant-garde Tchernychef arrivait à Posen, et successivement les autres corps vinrent s'y concentrer. Dans l'intervalle, la Conférence avait envoyé l'ordre de prendre pour objectif, sur l'Oder, non plus Krossen, mais Breslau. ' Pour préparer sur ce point la jonction avec les Russes, Daun prescrivit à Laudon d'occuper d'abord Landshut, puis de faire le siège de Glatz.

Frédéric II, de son camp de Meissen, ne cessait d'envoyer des instructions à La Motte-Fouqué, qui gardait Landshut. Il lui rappelait qu'il s'agissait d'empêcher cette jonction et de

détruire en détail les corps russes qui s'avanceraient imprudemment ^

Fouqué, intimidé par TofFensive de Laudon, se retira dans la direction du nord-est, annonçant au roi son intention de couvrir Breslau. Nouvelle injonction du roi : rentrer à Landsliut. Fouqué y rentra donc le 19 juin. Mais, le 23, il fut attaqué par Laudon et si complètement battu que tout son corps d'armée dut poser les armes et que lui-même resta i)risonnier. C'était pour Frédéric II un autre désastre de Maxen. Il n'avait presque jjIus de troupes en Silésie et la province semblait ouverte aux alliés. Tout ce qu'il put faire ce fut d'arrêter et immobiliser Daun par une série de manœuvres.

Ce qui sauva la province, ce fut d'abord le temps que perdit Laudon afjrès cette victoire : pendant tout un mois il resta immobile entre Liegnitz et Parchwitz avant de se décider à faire le siège de Breslau. En second lieu, les lenteurs dans la marche de l'armée russe : les magasins qu'organisait Souvorof à Kallies et Schrimm n'étaient pas encore au complet ; les instructions de la Conférence portaient qu'on ne devait pas risquer le passage de l'Oder avant d'être assuré de la jonction avec les Autrichiens. Or Laudon ne donnait plus signe de vie, et l'on savait que le prince Henri était à Ziillichau, Forcade à Kœnigswalde, Goltz à Mezeritz, Werner à Driesen. Les avant-postes et les reconnaissances russes entraient presque en contact avec ceux des Prussiens.

Tant qu'on fut en Pologne, on cheminait comme en temps de paix. L'avant-garde et les trois corjjs s'avançaient en colonnes. On ne foulait pas les champs où il y avait du blé. Soltykof prenait souci de maintenir mie discipline sévère, un service exact, avec des rondes fréquentes. Il eut à combattre certaines habitudes qui s'étaient introduites, pendant le séjour en Poméranie, dans le corps de Tottleben, qui maintenant se trouvait sous la surveillance de Tchernychef, commandant du

1. Le 18 mai il lui annonçait comme très probable, pour la fin du mois, l'entrée en campagne des Turcs : ce qui obligera les Autrichiens d'envoyer GO 000 hommes vers Budo et permettra aux Prussiens d'envahir la Moravie. Polit. Corresp., t. XÏX, p. 353.

corps d'avaiit-garde. Dans un ordre du jour que Tottleben fut obligé de publier, en date du 17 août, on trouve les constatations suivantes : « Beaucoup entretiennent et transportent avec eux des femmes. Dans les vingt-quatre heures, elles devront être renvoyées des polks. S'il s'en trouve après ce délai, elles seront livrées aux kosaks et les chefs de corps seront traduits devant le généralissime. Les ofTiciers coupables seront dégradés et faits soldats; les simples soldats seront punis du knout. Nous apprenons aussi que des colonels kosaks sont en relations amicales avec l'ennemi, se promènent avec lui et qu'on se donne mutuellement des paroles » : c'est-à-dire qu'après avoir échangé des sauf-conduits on allait banqueter et boire les uns chez les autres. Ces trouj^es qui auraient dû être équipées à la légère commençaient à s'encombrer de bagages: il fallait bien transporter le butin. Soltykof dut sévir contre tous ces abus. La gueiTe devenait trop sérieuse pour qu'on tolérât ces mœurs de partisans.

Dès qu'on apjjrocha du territoire prussien, dès l'étape de Boléwo, l'armée ne forma plus qu'une colonne et chemina en observant toutes les précautions de l'état de guerre. Le 4 juillet, elle était à Militsch, dans les marais de la haute Bartsch: Tchernychef occnj^ait, sur sa droite, Sulau. Le 7, elle était à Wilkensdorf . Là on dut s'arrêter, pour attendre quelque nouvelle des Autrichiens. Daun avait fait dire que, forcé de barrer à l'ennemi les passages de la haute Silésie en Bohême, il ne pouvait bouger de son camp de Reichenbach Or Soltykof, dès le 30 juin, mandait à la Conférence : « Ne recevant aucun secours des Autrichiens, l'armée i^ent se trouver exposée au plus grand danger. » Pour faire le siège de Breslau, il lui fallait de l'artillerie de siège : il en demandait aux Autrichiens. Le 14 juillet, Springer lui faisait savoir que Laudon était occupé au siège de Glatz, que Daun s'était porté de Reichenbach sur Bunzlau pour empêcher la jonction de Frédéric II et du prince Henri ; que celui-ci, avec 39 000 ou 30 000 hommes, se dirigeait sur Glogau.

Un mois se passa donc à attendre. Tottleben et Tchernychef étaient sans cesse en mouvement i)Our surveiller ce qui se

passait sur le moyen Oder, s'assurer que les communications avec Posen n'étaient point menacées.

Enfm Glatz succombait, le 26 juillet. Le corps de Laudon n'allait-il pas devenir disponible ? Le général autrichien faisait ]}viev Soltykof de laisser Tchemychef à Wilkensdorf , pour surveiller Breslau, et de se porter lui-même, par Wohlau sur Leubus, un des passages de l'Oder. Soltykof répondit qu'il voulait garder tout son monde et marcher sur Breslau, car c'était là le rendez-vous marqué par ses instructions. Laudon y consentit et fit savoir que lui-même allait marcher sur cette ville, Breslau n'ayant qu'une faible garnison et ne pouvant être secourue que par le prince Henri. Le même jour, par un nouveau courrier, il signalait un mouvement offensif du prince Henri-, il réclamait de nouveau le concours des Russes, déclarant que, s'ils ne s'avançaient pas sur Breslau, il serait forcé de rétrograder.

Soltylvof, inquiet du côté du prince Henri, prit des mesures pour surveiller sa marche, en portant sur le chemin qu'il devait suivre des escadrons de cavalerie légère. Lui-même se dirigea sur Breslau. La Weide, aflluent de droite de l'Oder et qui coule au nord de cette ville, fut franchie à Hundsfeld, le 6 août, et les kosaks se montrèrent jusque sous le canon de la place. Ainsi on avait fait entièrement, pleinement, tout ce que demandait Laudon.

Mais voilà que celui-ci était toujours aussi loin et que l'ennemi était tout près. Le prince Henri marchait résolument par la rive gauche de l'Oder pour secourir la place. Laudon l'avait laissé passer, ne faisant rien pour l'inquiéter. Les kosaks de Perfilief et Popof, puis tout le corps Tottleben, galopèrent aussitôt sur Leubus, en franchirent le pont, se répandirent sur la rive gauche du fleuve. Ils ne trouvèrent plus que l'arrière-garde du prince, à laquelle ils tuèrent 104 hommes et hrent une centaine de prisonniers. Gagnant de vitesse l'armée russe, le frère de Frédéric II avait fait, le 6 août, son entrée dans Breslau. Quand à midi arrivèrent sous la place les éclaireurs de Soltylvof, ils se heurtèrent aux hussards du Ijrince et durent se replier sur Hundsfeld.

Alors Soltykof se fortifia dans ce bourg, ayant la Weide sur son front, éleva des batteries sur la rive gauche de ce cours d'eau, renforça ses éclaireurs avec les kosaks Tchougouïef, essaya même de disj)uter la rive gauche à mesure qu'arrivaient les colonnes de son armée.

Il comprit que le coup de surprise qu'on avait voulu tenter sur Glogau et sa faible garnison était manqué. Il ne pouvait s'exxjliquer comment Laudon, qui avait déclaré presser sa marche sur Leubus et Breslau, avait pu ne pas se trouver sur le chemin du prince, comment il avait pu le laisser passer. Tout devint clair pour lui quand ses éclaireurs lui annoncèrent que les points qu'auraient dû occuper les Autrichiens avaient été évacués par eux. Non seulement Laudon n'accentuait pas son mouvement svu* Breslau, mais il avait dû rétrograder dans la direction du sud.

Sur la foi des arrangements concertés à Tavance, les Russes étaient arrivés sous la jjlace ; mais ils y étaient sans leurs alliés, et c'est sur eux seuls qu'allait porter tout l'effort du prince Henri.

Soltykof modifia ses positions en occupant, toujours sur la rive droite de la Weide, Weigeldorf en môme tenij^s que Hundsfeld. Bruce, qui commandait les détachements laissés sur la rive gauche, fut attaqué par les Prussiens dès le lendemaiUj 7 août. Il fut rejeté sur l'autre rive, et peu s'en fallut que les Prussiens ne forçassent le passage. Dégagé par le régiment Kexholm, à son tour il attaqua l'ennemi ; l'artillerie russe accourut et rejeta les Allemands de l'autre côté de la rivière. Bruce, renforcé de 6 régiments, réussit à rei)rendre pied sur la rive gauche. Le prince Henri ne poussa pas à fond cette tentative et ne la renouvela point. Il se souvint des recommandations de son frère : les armées prussiennes étaient, cette année-là, condamnées à ne faire qu'une guerre défensive.

Le surlendemain, 9 août, on eut enfin des nouvelles de Laudon : il avait rétrogradé jusqu'à Striegau î II demandait maintenant que le point de jonction fût marqué à Leubus, très en amont de Breslau, et que Soltykof y fît construire des

ponts. Une fois de plus le feld-maréchal russe répondit à son appel. C'était cependant une série d'opérations assez dangereuses qu'on exigeait de lui : il fallait d'abord, derrière la Weide, exécuter une marche de flanc en présence de rennemi, puis s'exposer à une attaque sur l'arrière-garde. Dès qu'il eut le message de Laudon, il commença par faire fller le gros bagage derrière ses positions de Weizeldorf et Hundsfeld, sous la protection de la cavalerie Tottleben. Puis l'armée se forma en colonne : en tête 3 régiments de cuirassiers et 3 d'infanterie ; puis le gros des forces ; puis une arrièregarde de 1 régiment de cuirassiei^s et 3 d'infanterie.

Le i)rince Henri ne fit rien pour inquiéter sérieusement cette opération : au lieu de passer la Weide et de tomber siu' le flanc gauche de la colonne russe, il se contenta de faire suivre l'arrière-garde psLV un i^eu de cavalerie.

Soltykof parvint ainsi à Auras. Là, ses éclaireurs l'informèrent que le roi de Prusse était arrivé à Bunzlau, que Daim s'était replié sur Goldberg, que Laudon marchait pour y rejoindre son chef, que Frédéric II continuait sa marche sur l'Oder et qu'il paraissait se disposer à franchir le fleuve à Steinau, qui est en aval d' Auras. Si telles étaient ses dispositions, son but était, sans aucun doute, de couper le chemin aux Russes sur la rive gauche^ de les placer entre son armée et celle du prince Henri, et de les écraser.

Soltylvof, se voyant entouré d'ennemis et sans nouvelles . des alliés, ordonna d^évacuer Auras et se re^Dorta sur Kunzendorf. Là il reçut une dépêche de Laudon, l'informant que, de concert avec Daun, il se x:)ortait sur Liegnitz pour barrer à Frédéric le chemin de l'Oder : les Russes n'avaient donc qu'à tenir ferme. Soltykof réunit un conseil de guerre : il fut décidé qu'on attendrait à Kunzendorf les événements. Si Daun laissait le roi pousser sur l'Oder et le franchir, on proposerait alors à Laudon de venir opérer la jonction sur la rive droite, car il était impossible aux Russes de tenir tête en même temps à deux armées prussiennes. Si le roi ne franchissait pas l'Oder, on ferait passer Tchernychef sur la rive gauche, pom* s'y joindre à Laudon et assaillir sous Breslau le

prince Henri. Pour se tenir prêt à tonte éventualité, on renverrait tout le gros bagage sur Militsch. Enfin on détruirait le i3ont de Leubns, afin qu'il ne pût servir au roi, et Ton en construirait à Auras, pour le passage éventuel de Tarmée.

Le 11 août, on était de retour à Auras, et Ton y jetait deux ponts. Le lendemain, nouveau message de Laudon : le roi venait de faire un crochet de Liegnitz sur Goldberg ; les généraux autrichiens allaient lui livrer bataille ; ils demandaient qu'on leur envoyât le corps de Tchernychef. Celui-ci reçut en effet de Soltykof Pordre de passer le fleuve et d'attendre de nouvelles instructions. Puis deux jours se j^assèrent sans nouvelles ; puis on apprit que Daun s'était refusé à attaquer le roi, prétextant qu'un traître lui avait livré le secret de sa combinaison ; alors le roi avait pris l'offensive, battu Laudon à Pfaffendorf, le 15 août, tué ou pris 3 000 Autrichiens il disait même 8 000. Puis Laudon fit savoir que le roi ne l'avait poursuivi que jusqu'à une portée de fusil et s'était ensuite retiré. Dans quelle direction? D'aj)rès les renseignements transmis par ses kosaks, Soltykof put comprendre que Frédéric avait repris sa marche sur l'Oder : laissant là les Autrichiens, c'est aux Russes qu'il paraissait en vouloir. I^e feld-maréchal fit donc repasser Tchernychef sur la rive droite et prescrivit de défaire les ponts d' Auras.

Ainsi Daun, par pédantisme ou pusillanimité, avait fait battre Laudon. S'il se conduisait ainsi envers son lieutenant, que pouvaient espérer de lui ses alliés ? Cependant Soltykof, fidèle à ses instructions, i^ersistait à rêver cette jonction avec Laudon, tant de fois promise, tant de fois essayée, toujours déjouée. Le 15 août, il avait fait rétablir les ponts d' Auras ; mais le même jour d'autres nouvelles survinrent qui le décidèrent à opérer sa retraite.

Frédéric campait sur la rive gauche du fleuve. Tout portait à croire qu'il en forcerait le passage à Leubus. On intercex)ta une lettre du roi à son frère 5 il lui annonçait que Laudon avait été complètement battu, que ce général avait fait des pertes énormes et qu'il avait été blessé mortellement ; que lui-même se préx3arait à une attaque sur les Russes. Il y

avait là de grosses exagérations, mais ne dépassant j)as ce que Frédéric se permettait souvent. Soltykof inclinait à croire que le roi avait écrit cette lettre à dessein et Tavait fait intercexJter exj)rès \

Cependant la situation des Russes devenait trop dangereuse entre deux armées prussiennes qui, par Breslau ou par Leubus, pouvaient faire leur jonction sur Tune ou Tautre rive de rOder. Laudon était i*etourné à Striegau ; il n'indiquait plus aucun rendez-vous ; il se bornait à demander qu'on lui envoyât le corps de Tchernychef . Le conseil de guerre s'y refusa : c'eût été exposer ce corps à une destruction certaine. Le 17 on se mit en retraite par Peterwitz et Tzerkwitz, dans la direction de Militsch.

Ainsi toutes les tentatives de jonction entre Russes et Autrichiens aboutissaient à une double retraite en sens contraire. Soltykof avait cependant fait pour remplir ses instructions tout ce qui était humainement possible ; trois fois les Autrichiens l'avaient amené sous le canon des Prussiens, et trois fois ils avaient manqué au rendez- vous. En somme, s'ils tenaient tant à la jonction, il leur était plus facile, avec les magasins dont ils disposaient, les ressoiu^ces du pays, la connaissance des localités, de se porter au-devant des Russes jusqu'au delà de l'Oder, que d'attirer ceux-ci, à une telle distance de leur base d'opérations, dans les montagnes silésiennes. 11 n'y avait eu que timidité et décousu dans leurs opérations : on doit au contraire louer le sang-froid avec lequel Soltykof osait manœuvrer, se maintenir, jeter ou lever ses ponts sur l'Oder, ayant l'armée du prince Henri sur son flanc gauche et sur son front le roi « à l'attaque rapide ».

Ce qui suivit n'a plus guère d'intérêt. Daun ou Laudon envoient des messagers demander ce que comptent faire les Russes. Soltykof répond : « Si le jjrince Henri suit les Russes, on l'attaquera. » Ce prince occupé par eux, Daun avait les mains libres contre le roi. Ce que Daun proposait, le 6 septembre, c'est que Soltykof marchât sur Steinau et Kœben ;

1. Elle ne figure pas dans le recueil de la Polilische Correspondenz.

qu'il y jetât des ponts ; qu'il y attirât le prince Henri et le roi; pendant ce temps Daun marcherait sur Schweidnitz. C'était exiger que les Russes battissent, à eux seuls, les deux armées prussiennes. En même temps Laudon demandait qu'ils se rendissent sous Glogau, promettant de les rejoindre pour assiéger de concert la place. Ainsi les deux généraux autrichiens n'étaient même pas d'accord sur ce qu'ils réclamaient. L'imbroglio militaire et diplomatique était à son comble .

Le 24 août, les Russes s'étaient retirés à Trachenberg ; le 25, ils étaient à Herrnstadt, où ils repassaient la Bartsch.

Ils restèrent là immobiles jusqu'au 12 septembre. Soltykof était tombé malade à Tzerkwitz'; il s'était guéri, puis avait eu des rechutes ; plusieurs fois il remit le commandement à Fermor, puis le reprit ; mais du 12 septembre au 30 octobre, il dut y renoncer complètement. Il restait à l'armée, mais ne se mêlait plus de rien. Cette maladie de Soltykof contribua sans doute à l'échec de la campagne de Silésie.

PRISE DE BERLIN Octobre 1760.

Plan VII

NANCY-BER JER •• I.EVîîAU L".' ^

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