Gesckichte eines patrîolischen KavfmannSy
2. La rolafioQ de Tottleben sur la prise de Berlin a été pablioe dans l'Archive Voroiitsof, l. VI, p. 458 et suiv. Moscou, 1873.
put allumer en ville de gros incendies. Les assiégés réussirent à les éteindre. Quant au mur de renceinte, les obus n'avaient pas de prise sur sa maçonnerie. On s'avisa de tirer sur ]a ville à boulets rouges : il se déclara un incendie qui dura jusqu'au matin.
Rochow, de son côté, avait ouvert le feu, à la flèche de la porte de Halle. Ce feu « enfilait » les batteries ennemies opposées à la porte de Kottbus. L'après-midi s'écoula sans que les Russes eussent affirmé leur supériorité d'artillerie.
A 9 heures du soir, Tottleben résolut de donner l'assaut en môme temps sur les deux portes. Le prince Prozorovski devait assaillir celle de Halle avec 300 grenadiers et 2 canons ; le major Patkûl, avec des forces égales, attaquerait celle de Kottbus. Chacune des deux colonnes avait en réserve 200 grenadiers à pied et 2 escadrons de grenadiers à cheval.
A minuit, le signal fut donné, quoique la préparation par l'artillerie fût très insuffisante, au moins pour la jjorte de Halle. Le prince Prozorovski enleva cependant celle-ci, s'y logea, mais, n'étant pas soutenu, l'évacua au point du jour, Patkùl avait échoué tout d'abord contre celle de Kottbus.
On reprit alors le feu d'artillerie qui dura jusqu'au matin. On avait déjà tiré 655 projectiles, dont 567 explosibles.
On apprit, dans la journée, que l'avant-garde du prince de Wurtemberg, forte de 7 escadrons, avait fait son entrée dans Berlin, et que son infanterie accourait à marches forcées. C'était pour les assiégés un renfort de 5 000 hommes.
Tottleben se retira sur le village de Kopenik, appelant à lui toute l'infanterie de Bachmann. Le soir du 4 août, il ne restait, en face des portes de Kottbus et de Halle, que les kosaks de Tsviétinovitch et Touroviérof. Au matin du 5 août, ils furent attaqués par le prince de Wurtemberg et durent à leur tour se replier sur Kopenik.
Dans cette surprise manquée, les Russes avaient eu 92 hommes hors de combat et perdu 8 obusiers, dont les affûts s'étaient brisés.
La responsabilité de l'échec retombait en grande partie sur Tottleben. Avec si jjeu d'infanterie sous la main, pourquoi
l'avait-il encore divisée j)our tenter en même temps deux assauts ? 11 essaya de se disculper par des rapports qui tantôt èxagéraient ses pertes, tantôt portaient à 6 500 le nombre des projectiles qu'il aurait lancés sur la ville. 11 accusait Tchernychef de ne l'avoir pas secouru ; or, il savait parfaitement que ce général ne pouvait arriver que le 5 à Kôpenik ; il ne lui avait jamais demandé que de le rendre « libre dans son dos » : lui-même n'avait précipité Tassant que pour se réserver tout rhonneur en cas de succès. Plus tard il prétendra que s'il n'a pas lancé plus à fond ses hommes, c'est qu'il craignait, une fois qu'ils seraient répandus dans une si grande ville, de ne pouvoir les rallier et les reprendre. Au reste, tous les rapports de Tottleben sur le siège ne sont qu'un tissu de contradictions et de mensonges. En attendant, pour emprunter le mot du marquis de Montalembert, notre attaché militaire auprès de l'armée russe, Tottleben s'était « cassé le nez sur les murs de Berlin ».
Le 3 octobre, Tcherny chef avait occupé Fûrstenw^alde et, se rendant mieux compte des difïicultés de l'entreprise, dépêché au grand quartier général pour qu'on le renforçât de la cavalerie Haugrewen, annonçant qu'il entendait une forte canonnade dans la direction de Berlin. Le 4, il avait reçu de Tottleben une demande de renfort en hommes, en canons et en projectiles. On lui avait envoyé tout cela dans la nuit même, avec 2 régiments d'infanterie. Le 5, dans la soirée, il arrivait à Kôpenik, opérait sa jonction avec Tottleben et prenait le commandement sur celui-ci : autorité précaire et toujours contestée, étant donné le difficile caractère de Tottleben. En même temps, il recevait une dépêche de Fermer : la division Panine s'avançait à marches forcées pour le rejoindre.
La journée du 6 dut se passer à attendre Panine. Une nouvelle dépêche de Fermor enjoignait de ne rien risquer avant l'arrivée de celui-ci. Si, par hasard, on avait déjà fait une attaque qui eût échoué, il n'y avait qu'à se retrancher dans une forte position. En outre, Fermor annonçait à Tchernychef la prochaine arrivée d'un corps d'Autrichiens et de Saxons sous les ordres de Lascy. Le général russe se borna donc,
LA PRISE DE liERLIN.
en ce jour, à reconnaître la rive droite de la Sprée ; il prit position à Biesdorf, ne voulant pas se risquer contre le prince de Wurtemberg^ avant d'avoir reçu les renforts annoncés.
De son côté, le prince de Wiirtemberg mandait à Hûlseii de hâter sa marche, par Potsdam, sur Berlin. Il prit position sur les hauteurs de Lichtenberg, couvrant ainsi les portes do Francfort et Alt-Landsburg. Bientôt, sur l'autre rive, les éclaireurs kosaks signalèrent l'approche des premières troupes de Hûlsen : en te te, des boulangers militaires sous l'escorte de deux bataillons et de quelques escadrons, commandés par Gordier ; puis l'avant-garde proprement dite, sous les ordres de Kleist, forte de 5 bataillons et 12 escadrons.
Le 7 octobre, Tchernychef reçut une dépêche de Panine : celui-ci, après une étape de 30 verstes, était arrivé à Fûrstenwalde ; le soir même, il serait sous Berlin. Tchernychef n'en résolut pas moins d'attaquer le prince de Wurtemberg, et, en cas de succès, d'assaillir ensuite les faubourgs de Test. Il ne réservait à Tottleben qu'une diversion par la rive gauche.
Tottleben, pour reprendre son indéx)endance, profitait de ce que la Sprée coulait entre lui et son supérieur immédiat, Tcherjiychef. Le môme jour, sans attendre l'imminente arrivée de Lascy, il reprit l'attaque contre les faubourgs de l'ouest. Il distribua de nouveau ses escadrons et ses bataillons en face des portes de Kottbus et de Halle ; mais il trouva que les hauteurs qui dominaient ces portes étaient déjà occupées par le prince de Wurtemberg. Après une canonnade de trois heures, il le contraignit à s'abriter derrière le mur d'enceinte.
A ce moment arrivaient de Potsdam les boulangers de Hûlsen, sous l'escorte des bataillons et des escadrons Gordier. Tottleben résolut de les assaillir. Laissant une partie de ses troupes en observation devant les deux portes, il se lança sur les arrivants avec de la cavalerie et un millier de grenadiers. Dans sa précipitation, il dépassa de beaucovip son infanterie, chargea simi^lement avec ses cavaliers, et fut repoussé. Il S3 disposait à reprendre l'attaque quand apj)arut l'avant-garde Kleist ] en môme temps on signalait l'arrivée du corps de
Lascy. Tottleben ne voulut pas attendre le renfort autrichien et se hâta de charger Kleîst. Il s'ensuivit un combat assez confus, certainement indécis, non loin de Tempelhof . Tottleben perdit d'abord 4 canons ; puis les fit reprendre par les kosaks, puis se trouva hors d'état de soutenir ces derniers. Ce fut l'entrée en ligne des escadrons autrichiens qui décida le sort de la journée et fit rétrograder Kleist, tandis que Gordier et ses boulangers profitaient du désordre pour se réfugier dans Berlin.
Tottleben était furieux de l'arrivée de Lascy : il n'avait donc réussi à se rendre presque indépendant de Tchernychef que pour retomber sous l'autorité du général autrichien ; car celuici, qui commandait à 14 000 hommes, prenait naturellement la suprématie sur ce chef de hussards et de kosaks. Ces intrus venaient lui arracher l'honneur de surprendre et réduire Berlin. Mécontent, il reprit ses positions devant les portes de Kottbus et de Halle, fit la sourde oreille aux premières injonctions de Lascy; c'est ce qui permit au corps entier de Hùlsen de faire dans la soirée son entrée dans la ville.
Pendant ce temps, Tchernychef avait agi sur la rive droite de la Sprée. De Biesdorf il avait marché sur les hauteurs de Lichtenberg, sa droite couverte par les hussards Moldavie. Ceux-ci chargèrent les cuirassiers prussiens; soutenus de la cavalerie Haugrevven, ils les culbutèrent. Alors Tchernychef enleva les hauteurs, les occupa, y dressa une batterie de 6 pièces, canonna l'infanterie de Zedmar. Au troisième coup de canon, des caissons commencèrent à sauter parmi les troupes prussiennes; menacées par la cavalerie victorieuse, elles n'osèrent attendre les baïonnettes et se retirèrent sur les faubourgs de l'est. Panine arriva dans la soirée avec 5 escadrons de cuirassiers et 6 compagnies de grenadiers. Il annonça que le gros de ses troupes ne pourrait rejoindre que dans la matinée du 9 .
Le 8 octobre au matin, à la suite des opérations de la journée précédente, Tchernychef occupait sur la rive droite les positions de Weissensee, Lichtenberg, Friedrichsfelde, avec
les hussards Moldavie et les kosaks Krasnochtcliokof dans les bois et marais qui avoisinent la Sprée. Sur la rive gauche, Tottleben restait en face des portes de Kottbus et de Halle. Les 14 000 Autrichiens campaient autour de Lichtenfelde.
Tchernychef s'était proposé d'attaquer ce jour-là le prince de Wurtemberg et les faubourgs de Test. Mais l'arrivée du corps de Kleist avait porté les forces prussiennes à 14 000 hommes, dont 16 bataillons et 20 escadrons sur la rive droite, aux ordres du prince, 10 bataillons et 21 escadrons sur la rive gauche, avec Hûlsen. Les alliés leur opposaient 15 500 Russes sur la rive droite, 4 400 Russes et 14 000 Autrichiens et Saxons sur la rive gauche. Les Prussiens, maîtres de Berlin, pouvaient porter toutes leurs forces tantôt sur une rive tantôt sur l'autre ; au contraire les alliés, séparés en deux armées par le cours de la Sprée, se trouvaient sur chaque rive seulement égaux aux forces réunies de l'ennemi. Ils étaient plus affaiblis encore jjar la jalousie entre Russes et Autrichiens, par les rivalités de commandement entre Lascy et Tottleben, Tottleben et Tchernychef.
Celui-ci se montrait profondément découragé. Il réunit un conseil de guerre, auquel assistèrent seulement Panine, le baron d'Elm, quartier-maître de l'armée, et le marquis de Montalembert, attaché militaire de France, qui avait accompagné la colonne Tchernychef dans la marche sur Berlin. Nous empruntons à cet officier le compte rendu de ce qui se passa dans le conseil de guerre. Tchernychef, inquiet du renfort qu'avaient reçu les Prussiens, de la possibilité de se voir attaquer le lendemain par toutes leurs forces, de la difficulté de communiquer avec les Russes et les Autrichiens de la rive gauche, « se proi)Osait de se retirer le soir même à Kôpenik, pour avoir le temps de se concerter avec le comte de Lascy ; d'ailleurs il irait au-devant de son pain, dont il n'avait plus que pour un jour; et il fmit par me demander mon avis » . Voici l'avis que lui donna le marquis :
Je kii dis que rester plus longtemps dans sa position devant Berlin me paraissait avoir, en effet, beaucoup d'inconvénients depuis l'ar-
rivëe des généraux de Hulsen et de Kleist ; mais que de se retirer a Kopenik me paraissait en avoir de bien plus grands, outre la honte d'une telle manœuvre, puisque ce serait exposer M. le comte de Lascyàvoir venir se réunir sur lui toutes les forces de nos ennemis^ qui l'obligeraient infailliblement à se retirer pour éviter un combat trop inégal, et qu'on courrait alors de grands risques de manquer cette opération ; que je croyais enfin qu'il ne fallait point hésiter d'attaquer à la pointe du jour, en prévenant par un courrier M. le comte de Lascy de cette résolution... L'avis des deux assistants fat plutôt pour la retraite que pour le combat, sans cependant rien décider : ce qui m'obligea de revenir à la charge à plusieurs reparties. Enfin j'eus le bonheur de i^ersuader ; et M. le comte de Tchernj^chef s'étant décidé à l'attaque, sur-le-champ il écrivit sa résolution au comte de Lascy*...
Tchernychef disx^osa tout jjour l'assaut du lendemain. D'avance il distribua ses troupes de la rive droite en quatre colonnes : la l'^'' sous Palmenbach, la 2^ sous Lebel, la S"" sous le prince Dolgoroukof, la 4^ sous Nummers. En tête de chacune de ces colonnes, organisées comme celles que le feldmaréchal Munich avait lancées autrefois à l'assaut des ouvrages de Dantzig, devaient marcher les compagnies de grenadiers. D'abord on enlèverait les hauteurs voisines du mur d'enceinte , puis on se jetterait sur les faubourgs de l'est. La cavalerie couvrirait les colonnes contre une attaque des escadrons prussiens. L'artillerie de campagne entretiendrait un feu nourri sur toutes les positions ennemies ; les pièces régimentaires suivraient les régiments. Le gros bagage et les non-combattants s'abriteraient dans les bois de Friedrichsfelde, les chariots et fourgons tout attelés pour le cas où l'on ordonnerait la retraite. Le signal de l'attaque serait donné, à 7 heures du matin, par trois coups de canon à boulets rouges. Il fut recommandé à tous les chefs de corps de « conduire cette attaque avec toute la perfection possible, et d'y apporter, chacun en ce qui le concernait, le plus grand effort à bien penser et à bien agir... de mériter ainsi la faveur auguste de l'impératrice... de maintenir cet honneur et cette gloire que