A. Rambaud, Instructions, elc, t. II, p. 17S et suiv
Carte N.
OPÉRATIONS EN POMÉRANIE , Cartel.
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La première conséquence de cet état d'esprit parmi les alliés fut le rescrit très secret que la tsarine fit adresser, le 2 février, au généralissime Boutourline : « Maintenant ont changé ou peuvent changer les circonstances qui nous ont amenés à faire tous nos efforts pour maintenir la Prusse- Orientale en bon état. D'autres circonstances se sont jjroduites, exigeant qu'on s'occupe avant tout à bien fournir notre armée de toutes les choses nécessaires et à faire ijeur au roi de Prusse. » En conséquence, Boutourline devait faire sentir plus lourdement à la province les charges de l'état de guerre. 11 devait remplacer tous les sujets russes, voituriers, gens de corvée et gens de service, par des paysans levés en Prusse, avec leurs chariots et bêtes de somme ou d'attelage. On leur ferait seulement la promesse de leur rendre la liberté à la fin de la guerre .
Une autre conséquence, ce fut une conférence tenue à Paris, le 25 mars 1761, entre les représentants des cours d'Autriche, Russie, Suède, Saxe-Pologne. Elle eut lieu dans la maison même du duc de Ghoiseul. Il en sortit une déclaration des cinq cours, en date du 26, à l'adresse des rois d'Angleterre et de Prusse. On leur offrait de désigner une ville, Augsbourg ou toute autre, où se réuniraient les plénipotentiaires pour traiter de la paix. Des négociations parallèles seraient poursuivies à Paris et à Londres. On offrait en même temps une suspension d'armes « dans toutes les parties du monde où le feu de la guerre est allumé ». Le 8 avril, Pitt répondit que la guerre ne pouvait cesser dans les pays d'outre-mer qu'après la conclusion de la paix définitive. 11 se réservait donc d'achever la conquête des colonies françaises. Le congrès d'Augsbourg aussi bien que les conférences à Paris et à Londres échouèrent également. Marie-Thérèse voulait la Silésie ; quant à Frédéric, plutôt que de renoncer à cette province, il était résolu à continuer la guerre : « Dussé-je être à la tête de 6 marmitons, pour soutenir l'indivisibilité de mes possessions ^ . »
1. De Meisson au conseiller Knipliausen (chargé de ses affaires à Londres), 12 avril 17G1. — T. XX, p. 330.
La guerre reprit partout, mais principalement dans les pays d'outre-mer, avec une nouvelle fureur. Élisabeth essaya de profiter de la déception éprouvée par Louis XV pour lui faire de nouveau proposer une alliance directe et formelle avec la Russie. Les insinuations de l'ambassadeur Dmitri Galitsyne auprès de la cour de Versailles, celles que le chancelier Vorontsof essaya auprès du baron de Breteuil, échouèrent également devant le parti pris du roi de France. Ghoiseul eût accepté avec joie cette alliance. Louis XV la repoussa obstinément. Il enferma M. de Breteuil dans les instructions les plus rigom^euses : quand on lui parlerait de traité d'alliance, il devait se dérober et parler uniquement traité de commerce. L'Angleterre se rendait bien comjjte de ces répugnances de Louis XV. Sentant qu'elle n'avait rien à craindre d'une alliance franco-russe, elle redoubla d'exigences et d'âpreté contre la France isolée. C'est ce qui amena l'échec de toutes les tentatives de négociation et la furieuse reprise de la guerre maritime et coloniale.
Ghoiseul, que Louis XV empêchait de tendre la main à la Russie, se tourna du côté de l'Espagne. Il réussit à vaincre ses hésitations et l'entraîna, par le traité de Paris du 15 août 1761, dans ce Pacte de famille y où entrèrent également les Bourbons d'Italie. Gette alliance ne fit qu'offrir un nouvel objet aux convoitises de l'Angleterre : après avoir achevé la ruine des colonies françaises, elle put s'attaquer à celles de l'Espagne. La guerre maritime se continua, pour nous et nos alliés, par de nouveaux désastres.
Sur le continent, les prévisions pessimistes de Louis XV se réalisèrent. Frédéric II, réduit à la défensive par l'épuisement de ses ressources, semblait avoir trouvé moyen d'imposer cette môme attitude à ses ennemis. Il n'avait pas plus de 190 000 hommes contre 385 000. Il réussit à ne pas livrer une seule grande bataille et à ne pas laisser faire aux Russes ni aux Autrichiens une grande conquête. La campagne de 1760 cessa d'être « la plus pitoyable des campagnes » ; elle dut laisser cet honneur à celle de 1761.
Du côté des Autrichiens, il n'y eut qu'un seul succès de
quelque importance : la prise de Sclivveidnitz. Du côté des Français, la défaite de Willigliausen (15 juillet). Le bilan des Russes se résume en une nouvelle campagne de maîxhesmanœuvres en Silésie et dans la prise de Kolberg.
Nous connaissons déjà le généralissime Boutourline. L'éloge que fait de lui à Timpératrice la Conférence, à l'issue de la campagne de 1760 \ est très caractéristique ; la note est signée de tous les membres de la Conférence :
Il faut rendre à ses bons services cette justice que toutes les dispositions qu'il a prises jusqu'à présent sont fondées sur le zèle le plus noble aussi bien que sur la sagesse la plus prudente. Son labeur et sa sollicitude s'étendent à toutes les parties du service sans exception. Habituellement, l'armée, dans sa marche de retour vers ses quartiers d'hiver, achevait de s'épuiser et de perdre ses chevaux; tout au contraire, grâce aux efforts du feld-maréchal , l'armée s'est reconstituée dans cette marche : elle a pu échanger les mauvais chevaux pour de bons. En un mot, si le zèle des généraux qui lui sont subordonnés correspond à son zèle, il est permis d'espérer de bons résultats et de la gloire pour la prochaine campagne.
De ce certificat il apparaîtrait que Boutourline fut bon administrateur, qu'il sut ménager les hommes et les chevaux. On n'y dit rien de ses talents stratégiques. Sur ce point, nous verrons que Thistoire a le droit d'être muette comme la Conférence.
Au dire de Bolotof, le généralissime aurait été affecté d'un grave défaut. Peut-être cet officier, qui, sans doute, est ici Técho des médisances qui couraient Tarmée, se laisse-t-il aller à quelque exagération \ toutefois, pour le fond, son témoignage concorde avec celui de Frédéric II. Il assure que, dans les moments les plus critiques, Boutourline se livrait à des orgies fréquentes et presque ininterrompues :
Il nous en parvenait des récits tantôt comiques et tantôt humiliants au plus haut point. Dans ces orgies, le général faisait des sottises sans nombre ; il passait des nuits entières en compagnie de grena-