‹ Russes et Prussiens, guerre de Sept ansChapitre 94 sur 122 · A. Rambaud, Instructions, t. H, p. lOi · texte numérisé non relu

A. Rambaud, Instructions, t. H, p. lOi

2. Politische Correspondenz, de Leipsig, 29 janvier 17gi, l. XX, p. 205.

Cependant, 1^ plan de campagne pour 1761 se négociait entre les cours de Pétersbourg et de Vienne. Daun voulait agir en Saxe ; il désignait Laudon pour agir en Silésie -, il souhaitait que celui-ci fût renforcé du corps de Tcliernyclief ; quant à Tarmée de Boatourline, il ne lui trouvait pas d'emploi déterminé : il l'envoyait « n'importe où ». De son côté, la Conférence adressait au généralissime russe les instructions les plus décousues : entrer en Silésie et faire le siège de Kosel ; ou bien agir contre Kûstrin, qu'un simple bombardement devait réduire. M. Masslovsivi nous dit : « Au j)oint de vue stratégique, on ne pouvait imaginer un plan de campagne plus malheureux. On n'assignait aucun but précis au généralissime ; la dissertation abondante de la Conférence sur les avantages et les inconvénients des diverses lignes d'opérations ne pouvait qu'embrouiller un général novice comme était Boutourline. »

Le premier général qui se mit en action, ce fut Ferdinand de Brunswick : il refoula le duc de Broglie sur Hanau ; mais celui-ci, ayant reçu des renforts, reprit sa position à Cassel. Puis Soubise vint faire sa jonction avec Broglie sur la Ruhr. Les premières oijérations de Ferdinand de Brunswick eurent pour résultat de délier un peu les mains de Frédéric II. Le 14 mai, il fit sa jonction à Schweidnitz avec le corps de Goltz. Par là, il se plaçait sur la ligne par laquelle Russes et Autrichiens auraient pu se réunir.

Boutourline, lié par les trêves qu'avait faites Tottleben et qui devaient durer jusqu'au 27 mai, n'avait encore fait aucun mouvement. Mais le 14 mai il reçut, à son quartier général de Marienwerder, l'ordre d'entrer en Silésie et d'y faire sa jonction avec Laudon, qui était désormais chef autonome de l'armée autrichienne de Silésie, tandis que Daun commandait celle de Saxe.

L'armée russe, à cette date, était ainsi distribuée : au 1^^ corps (Fermor), 9 régiments d'infanterie et 6 de cuirassiers ; au 2^ (prince Galitsyne), 8 régiments d'infanterie, les grenadiers à cheval Narva et les dragons Tver ^ au 3® (prince Dolgoroukof), 8 régiments d'infanterie et les dragons Nijni-

Nowgorod; au corps de Tchernyclief , 7 régiments d'infanterie et les grenadiers à cheval Pétershourg, Riga et Riazan ; au corps de Tottleben, les régiments d'infanterie Kief et Monrom, les grenadiers à cheval Kargopol, les hussards Serbie^ Hongrie, Moldavie, Slavo-Serbes, Nouvelle-Servie, hussards jaunes, et 8 polks de kosaks; au corps d'artillerie (général Gliébof), le régiment des bombardiers, le 1^'* canonniers, les grenadiers, les mousquetaires-fusiliers et 5 000 hommes du train. Le général Vassili Souvorof, chargé de l'intendance, avait sous ses ordres 45 bataillons et les hussards Macédoine. Nous verrons la composition du corps de Roumiantsof, destiné à faire le siège de Kolberg.

Les négociations que Boutourline avait entamées avec Lautingshausen, le généralissime suédois, pour s'assurer le concours de ses 10 000 hommes, n'eurent aucun résultat pratique.

Dans les conseils de guerre tenus les 17 et 19 juin, Boutourline avait fait décider qu'on laisserait à Roumiantsof toute liberté pour agir en Poméranie et contre Kolberg, et que l'armée principale marcherait sur Breslau pour se réunir à Laudon. Avis en avait été donné au général autrichien Caramelli. La cavalerie de Tottleben, rappelée de Poméranie, devait éclairer et couvrir la marche de l'armée.

Le 3 juillet, les avant-gardes russes occupaient Rawitz, Zduni, Krotoschin. Le 13 août, Boutourline franchissait l'Oder à Leubus ; le 25, il était à Jauer; le 27, à Striegau, où la jonction s'opéra par les avant-postes russes avec ceux de Laudon.

A Striegau, Boutourline séjourna du 27 août au 9 septembre. Puis il prit une marche rétrograde et revint sur l'Oder, près de Leubus.

L'Autriche i>oussa les hauts cris ; la Conférence demanda des explications à son généralissime; elle ne savait quoi répondre aux récriminations, aux questions de l'Autriche : « Pourquoi les Russes avaient-ils obligé la cour de Vienne à retirer le commandement à Daun pour le confier à Laudon ? Pourquoi avaient-ils forcé l'Autriche à faire de si grandes dépenses, à créer des magasins pour leur armée, etc. »

La vérité, c'est que Boutourline avait pris peur. Frédéric II s'était lui-même porté eu Silésie, chai'geaut son frère Henri de la guerre de Saxe. Le 4 mai, il avait passé TElbe à Hirschstein ; le 10 il était à Lœwenberg, sans avoir rencontré d'ennemis; le 13 il était sous Schweidnitz. Jusqu'au 7 juillet, il eut son quartier général à Kunzendorf, avec son armée en position de Schweidnitz à Freiburg. 11 avait détaché Goltz, avec 12 000 hommes, sur Glogau pour observer les Russes : Goltz s'était établi en un camp fortiflé, sous Glogau et sur la rive droite de l'Oder. Goltz ayant succombé à une fièvre fut remplacé par Zietlien. Frédéric II porta en outre le corps do cavalerie Bùlow à Nimptsch, afin de maintenir ses communications avec la place de Neisse. De Schweidnitz à l'Oder, Frédéric II avait 70 000 hommes, n'ayant à compter ni avec une Conférence ni avec un Hof-Kriegsrathy n'ayant d'autre conseil et d'autre chef que lui-même, terrifiant ses adversaires par sa promptitude à passer de la résolution à l'action, prêt à tomber, à son choix, sur les Autrichiens ou siu* les Russes. Cependant il faisait entre eux une différence. Comme il nous le dit dans ses Mémoires, « il prit la résolution de S3 battre contre les Autrichiens, s'il s'en présentait une occasion favorable, mais de se tenir scrupuleusement sur la défensive à l'égard des Russes, par la raison que, s'il remportait une victoire contre les Autrichiens, les Russes se retireraient d'eux-mêmes, et que s'il avait le même avantage sur les Russes, cela n'empêcherait pas M. de Laudon de continuer les opérations de sa cam^jagne ».

Les Russes, qui avaient tant fait pour joindre Laudon, dont le généralissime avait reçu le 13 août la visite du général autrichien, ne voyaient se réaliser aucun des plans projetés, ne recevaient de leurs alliés aucun renfort. Le roi de Prusse manœuvrait avec une dextérité et mie audace étonnantes. De son quartier général de Kunzendorf il s'était porté, le 8 juillet, sur Pulzen, où il forma un camp ; le 23, sur Giesmannsdorf, i3rès Neisse ; le 27 sur Nimptsch, puis Mûnsterberg. Non pas qu'il ne fût lui-même contraint à la prudence et très embarrassé pour s'éclairer : le 1^' août, il se plaignait de « ne rien

voir, à cause de Thorrible multitude de la vermine cosaque^ ». Il n'en avait pas moins, grâce à d'habiles manœuvres, rompu les communications entre Russes et Autrichiens et forcé les I)remiers à repasser TOder.

Le 17 août, le roi de Prusse avait de nouveau divisé ses forces, occupant lui-même Wahlstatt avec 40 000 hommes, opjjosant à Laudon le margrave Charles de Prusse avec 30 000. Au quartier général russe, on trouvait que Frédéric II était bien aventuré, placé en quelque sorte entre deux feux. On résolut d'aller l'assaillir dans ses positions. Laissant une force suffisante pour garder leur camp, les Russes se dirigèrent en une marche de nuit sur Jauer : ils y arrivèj-ent le 19 au matin, sans avoir rencontré l'ennemi. Les éclaire urs signalaient sa présence à Jarischau. Gomme Laudon avait promis de bien surveiller Frédéric et de tomber sur ses derrières s'il livrait bataille aux Russes, on se dirigea sur Jarischau, où l'on ne trouva point les Prussiens, puis sur Hochkirch, où l'on apprit qu'ils s'étaient repliés sur Schweidnitz. Quant à Laudon, craignant d'être tourné par Frédéric II, il s'était retiré, lui aussi sur Freiburg. Ainsi les Russes se trouvaient comme en l'air dans ce pays inconnu, ne rencontraient devant eux ni ennemis ni alliés. Ainsi le roi de Prusse, avec 70 000 hommes sous la main, manœuvrait à sa convenance entre deux armées, chacune de forces presque égales à la sienne, puisque Laudon avait 75 000 hommes et Boutourline 50 000^. Moins excusables étaient les Autrichiens, puisqu'ils étaient les plus nombreux.

Les Russes étaient irrités et las d'une guerre sans gloire. Boutourline reprenait à son compte le mot de Soltykof : « Les Autrichiens ne cherchaient qu'à faire tirer par autrui les marrons du feu. » Peut-être le témoignage de Frédéric II, quoique un peu suspect, est-il bon à citer : « Pour ne point donner de prise sur lui, M. Laudon n'avait jamais quitté le pied

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