‹ Russie & Japon. Les finances des belligérantsChapitre 11 sur 14 · DÉFENSES · texte numérisé non relu

DÉFENSES

Ordinaires 171,7 178,5 — 6,8

Extraordinaires 51,5 66,3 — 14,8

Total 223,2 244,8 —21,6

Excédent , 6,7 6,9 — 0,2

RUSSIE ET JAPON lU

Les moins-values prévues aux impôts sont dues à l'entrée en vigueur avec le budget de 1904-1905 d'un impôt foncier dégrevé, qui rapporte 10 millions de moins ; en outre, il a été prévu moins de rendement pour l'impôt du sucre et du saké, par suite d'une moindre consommation- Aux dépenses,les économies ont été obtenues surtout par l'ajournement de travaux publics.

Le budget de guerre, créé à côté du budget ordinaire, fut arrêté comme suit :

Tout d'abord, les dépenses de guerre de 156 millions de yens, ordonnées par le décret du 28 décembre 1903, furent approuvées, puis il fut voté pour les dépenses de l'année courante 1904-1905, 380 millions de yens, enfin, 40 millio'ns. de yens de dépenses imprévues furent Aotées sous la rubrique énigmatique : « Pour affaires diplomatiques et autres. » Ensemble jusqu'au 31 mars 1905, les besoins de la guerre furent estimés à 576 millions de yens.

A la fin de mars, 131 millions avaient été obtenus par la voie du crédit, 25 millions par le prélèvement sur des» fonds spéciaux. Quant aux 420 millions restants, on prévit les moyens de couverture que voici :

P Impôts de guerre. Le gouvernement proposa un relèvement de l'impôt foncier, de l'impôt sur le revenu, sur les patentes, des droits« de consommation sur le sucre, les boissons et de quelques droits de douane ; une extension du monopole du tabac, qui jusqu'ici avait été limité aux tabacs en feuille, au tabac coupé et aux cigarettes, enfin, des impôts nouveaux sur le sel, le pétrole, les tissus de laine. Toutes ces propositions, à l'exception des impôts sur le sel et la soie, furent votées ; les impôts de guerre furent mis en vigueur le 1*" avril 1904, et doivent rester en

vigueur un an après la fin de la guerre. Au mois de juillet 1904, le momopole a été étendu aux cigarettes, en avril 1905 il sera étendu au tabac coupé. Le produit des nouveaux impôts est estimé à 68 millions de yens ;

2° Des réductions de crédit ont été faites dans le budget de 1904-1905, ces économies avec les excédents d'exercices clos sont estimés à 47 millions ;

3** 25 millions de yens sont pris sur lc& fonds spéciaux ;

4** Le solde non couvert de 280 millions sera couvert par des opérations de crédit.

Les ressources réunies à la fin de mars 1904 ainsi que les crédits ouverts, donnent le tableau que voici :

Millions de yens

Nouveaux impôtsi, surtaxes 68

Excédents d'exercices clos, réduction de

dépenses 47

Fonds spéciaux '50

Emprunt publics 380

Autres emprunts ^ 31

11 est prématuré de juger déjà en quelle mesure le$ impôts de guerre et les réductions de dépenses, ensemble avec les excédents de recettes des budgets antérieurs, répondront aux prévisions, et comment l'économie nationale japonaise pourra supporter le relèvement considérable des charges fiscales (68 millions d'impôts de guerre superposes sur 144 millions de yens d'impôts du budget ordinaire, dans quelle mesure enfin les sommes prévues et les« recettes accordées suffisent réellement à couvrir les dépenses

de guerre jusqu'à la fin de mars 1905. Nous devons nous borner à constater par quelles voies et dans quelles conditions le Japon s'est procuré les sommes pour lesquelles des crédits d'emprunt avaient été ou verts, et qui représentent plus des trois quarts de 576 millions.

Le gouvernement japonais a fait usage de l'autorisation donnée par le décret du 28 décembre 1903, de contracter des emprunts en émettant, immédiatement après le <îébut des hostilités, 100 millions, de Bons du Trésor 5 0/0, sur le marché intérieur. Le cours d'émission a été fixé à 95 0/0. Il aurait été souscrit, dit-on, sur cet emprunt 450 millions. Le premier souscripteur aurait été S. M. le Mikado lui-même, et les domestiques et ouvriers auraient participé à la souscription.

Le Japooi fit suivre en mai cet emprunt intérieur d'un emprunt étranger. Il avait intérêt, pour les mêmes raisons que la Russie, qui plaçait à la même époque un emprunt à Paris, à recourir au crédit à l'extérieur. En dehors de la considération qu'il devait avoir pour son marché intérieur, il y avait le fait que la guerre imposait à l'Etat japonais de gros paiements en Europe et en Amérique pour la fourniture de navires et de matériel de guerre. Des sorties considérables, d'or, dont nous parlerons plus loin, s'étaient faites d'une façon menaçante avant le commencement de la guerre, et la conclusion d'un emprunt étranger parut le seul moyen pour arrêter la fuite de l'or. Des pourparlers avec des maisons anglaises et américaines aboutirent à l'émission de Bons du Trésor 6 0/0, pour un montant de 10 millions £, environ 100 millions de yens. La moitié de l'emprunt fut émise à Londres par un syndicat dont firent partie la Hong-

114 LES FINANCES iDES '.BELLIGÉRANTS

Kong et Shanghaï Eankèng Corpcnration, 'la Yokohama Speoie Sank, et la iParr'is Bank ; Uairtre mcwtîé fut pcise par ;ud syndicart ;aiméEicain «composé de te maifion .Kuhn Loeb, la DicaiîmttbCiiy Batik Bi ila Beintk o{ Commerce, Les Bongs du Tarésor 'S<Mrit à recmfbcyirrser au plus tard le 5 avril 1911, cependannît le gouvenneiment japonais s'est réser\fé le «droit de les remibouraer à dater »du 5 avril it907, apffès »un préaviB-de flix jmois. Les titres aont en .-appoint de 100 öt 200 Jiv.res :steriiBg^ .et poiKrvMB de cowponfts semestriels au 5 avril.et au 5 octobre. Les douanes japoBaises ont été données cûû nantissement (1). Le cours d'émisaian fut fixé à 93 1/2 pour le public ; le gouvernement japonais coneéda 2 0/0 de commission aux banquiers, si bien que le produit Jiet ressort à 91 1/2. Si :1e remboursement a lieu le 5 avril 1911, l'opération donne aux -giouscripteurs un intérêt de 7 0/0, s'il a lieu en 1907, l'intérêt est d'enkviron .'8 0/0.(2).

(1) lie succès d'émission fut prodigieux à liondres, plus modeste aux Etat-s-Unis. On a trouvé que c'était bien vrte mettre au Mont-de-Piété le nLeîlleur de son aotif , après trois mois de victoires. Il est vrai qu'on n'avait pas ^oulli prêter dans d'autres conditions et refusé les chemins de fer comme garantie. Le revenu moyen des douanes de 1898 à 190â a été de 1.484.000 livres. Parmi les incidents burlesques qui ont marqué démission, on peut classer la promenade triomphale que l'on a fait faire à l'agent financier japonais à travers le Stock Exchange, l'avant-veille de l'émission. (Le traditcteur.)

(2) Au moment de la souscription, il fallut verser o 0/0, 15 0/0 à la Tépartition, '25 0/0 le 13 juin et le 11 juillet, 23 1/2 0/0 le 15 août. La répartition de l'empreunt 6 0/0 à Londres fut accompagnée de grincements de dents et de Técriniinations. On a dit que la commission a été de 3 0/0, ce qui fait ressortir le produit net à 90 1/2. Les conditrons onéreuses oict provoque nn T^f .nuéecntêntement au Japon.

RUSBIE ET JAPON 11^

TEtant Öonne gue 'l'emprunt est libellé en monnaies anglaises, xe qui écarte tout risque de dhange pour ie porteur, étant donne que le produit des douaires est tr'ès considérablement 'supérieur au service de l'emprunt, il faut considérer les conditionB commB extraordin^irement dures. Quelques -nfbis avant la guerre, le seul empruiît japonais en livres sterling, le 4 0/0 de 1899, cotait encore §5, soit un rendemerft de 4,7 0/0, tandis qu'actue'Ilemerit, le gouvernement japonais doit payer 7 1/2 0/0 d'intérêt. Un meilleur résultat n'était pas à obtenir, bien que l'abondance de capitaux qui à ce moment existait à Londres comme à Paris, ait beaucoup facilité le placement de l'emprunt. L'escompte hors banque, à 'Londres, était en moyenne en mai de 2,07 0/0 contre '3,44 en mai 1903, 2;80 en mai 1902 ; le 19 mai, on fit même 1 5/16 '0/0. Le 'taux élevé d'intérêt de l'emprunt japonais, par ce temps d'abondance monétaire, n'a pas manqué son influence sur la spéciilation ; lorsque l'emprunt firt mîs en souscription le 12 mai, il fut souscrit trente fois. Les grands souscripteurs reçurent un soixantième du montant souscrit. D'après VEconomist, la -Bourse de; Londres aurait regretté vivement que le Japon n'eût pas placé tout l'emprunt sur la place de Londres, qui fera difficilement une seconde foisi un accueil aussi enthousiaste à une émission du Japon (1),

(1) Au mois d'octobre, on a écrit de Berlin que du côté japonais, par le canal, des maisons allemandes établies à New-York, il a été fait à Berlin des tentatives réitérées pour s'y procurer des capitaux. Mais, jusqu'ici, personne n'a voulu toucher, à Berlin, à des émissions japonaises, par une méfiance générale du caractère du débiteur. On y considère, dans les cercles compétents, que le moment actuel serait très mal choisi pour se départir de ces principes de sage abstention. D'ailleurs, si les banquiers germano-

Au Japon même, on semble n'avoir pas été très heureux des conditions dures que Ton avait dû se laisser dicter à Londres et à New-York ; la dureté de ces conditions a, en tout cas, contribué à ce que l'administration financière du Japon a cherché à éviter le plus longtemps possible un recours» nouveau au marché monétaire international. D'autre part, il était évident que l'emprunt anglo-américain ne suffisait pas à couvrir les besoins d'argent pour la guerre; car bientôt après l'émission de l'emprunt en livres Sterlings, on annonça quele Japon allait contracter de nouveau un emprunt intérieur 5 0/0 de 100 millions de yens. Au mois de juin, en effet, eut lieu à Tokio l'émission de Bons du Trésor 5 0/0 remboursables en 7 ans. Le cours d*émission en fut fixé à 92, c'està-dire guère au-dessous du cours d'émission des Bons du Trésor 6 0/0 à Londres. Si l'on considère que dans un emprunt en livres Sterlings le risque du change que comporte un emprunt intérieur est exclu, il ressort dans le rendement effectif de deux emprunts si rapprochés, une si grande différence que toute participation du capital étranger a dû être absente. Néanmoins, cet emprunt intérieur aussi a été couvert trois fois.

Depuis lors, jusqu'au mois d'octobre, le Japon n'a plus eu recours à un emprunt public. Les bruits qui

américains se sont intéressés aux opérations financières du Japon, ils se sont bien gardés de conserver en portefeuille les titres qu'ils ont pris avec une forte commission ; ils les ont revendus à Londres, dans la mesure où cette place a pu les absorber. C'est pour cela qu'ils ont tâté le continent, et ils ont échoué en Allemagne. Le même insuccès leur a été réservé à Paris, où ils avaient cependant espéré trouver des concours en dehors de la haute banque et des grands établissements de crédit. (Le traducteur.)

ont couru en juillet, que le Japon voulait s'adresser de nouveau au marché international, et, notamment avec un emprunt dont le service serait garanti par le monopole du camphre. En tout, le Japon aurait émis pour 300 millions de yens en Bons du Trésor, si bien qu'il ne restait que 80 millions non utilisés sur les crédits d'emprunt votés en mars (1)*

Le Japon s'est servi jusqu'ici pour se procurer de Pargent, des mêmes moyens que la Ruseie avait employés pour ses emprunts intérieurs et extérieurs : l'émission de Bons du Trésor, qui, par leur intérêt élevé, tiennent compte de la situation actuelle, sans lier l'Etat pour une longue série d'années après la guerre au surcroît d'intérêt. Le Japon a dû accepter des conditions plus dures sensiblement que la Russie. On ne peut cependant pas équitablement comparer les Bons du Trésor (séries), émis au pair par la Russie à 3.60 0/0 sur le marché intérieur, avec les emprunts intérieurs du Japon 5 0/0, émis à 92 et 95, et cela à cause du caractère spécial des séries russes. Quant aux emprunts étrangers, la Russie a pu se procurer 800 millions de francs à un taux inférieur à 6 0/0 pour cinq ans, tandis que, pour placer 250 millions de francs, le Japon a dû accepter le taux de 7 1/2 0/0.

Le montant total de la dette japonaise a été accru par les emprunts contractés depuis la guerre de 54 0/0 environ, progressant de 560 à 860 millions (et même

(1) Après la publication de l'étude de M. Helfferich, le Japon a émis un nouvel emprunt intérieur de 80 millions de yens ; il a épuisé ainsi les crédits accordés en mars 1904 pour aller iusqu'en mars 1905. Simultanément le gouvernement a représenté l'impôt sur le sel écarté en mars dernier par le Parlement.

y compris le dernier emprunt d'octobre à 9.40 millions) . Les emprunts de guerre ont presque triplé la dette de 1895. Les intérjêts des nom^eaux emprunts s'élevant, sans le dernier emprunt,, à. lô millions de yens, représentent 7 0/0 du budget ordinaire 1904r05. La surcharge parait lourde, si Ton. compare la situai tion de l'adversaire. La Russie, a emprunté, jusqu'ici 450 millions R., una îms. et demie autant que le. Japon, ce qui équivaut seulement à un accroissement de 7 0/0 du capital de la» dette, et. un accroissement de moins d'un pour cent.de toute la. dette.

La Guerre et la Banque du Japon.

Avec la surcharge considérable que le Japon se voit obligé d'imposer à sa population par les impôts de guerre, à ses finances par les nouveaux emprunts la tentation de mettre la main sur l'encaisse-or et sur le droit d'émission de la Banqiie du Japon, a dû être forte dès le début. D'autre part, la situation peu brillante de la Banque du Japon et la prédominance du papier dans la circulation par rapport à l'or, ont dû imposer à l'administration financière japonaise une prudence toute spéciale dans ses relations avec la Banque.

Un examen des bilans hebdomadaires de la Banque du Japon montre que celle-ci, dans le coursi de la guerre, a été de temps à autre misie fortement à contribution pour couvrir lës>besoin&' financiers de l'Etat, Ce fait ressort' peu dti* mouvement des- comptes du Trésor à la Banque (dépôts gouvernementaux), mais

RUSfiSR BT JAEPON VW

d'autaai plus; fdrt^cnenti dana; la* chapitre <v Ass^amae» à L'Etat ».

Ler total des comptes dmllrëfioc aété en^ moyenne »en 1903, dd lô^â' miÜLons de yena ; le premier- bilan* de l'9(M, le 9 janvier,indique 15;5 millions. Les semaines qui suivent apportent jusqu'à- la guerre une légène au^nenlaiion, puis un. al)aisâemenU ài 9,6 millions, lel-ô avril. Aut Gommenoemfint de mais, il. y eut un; fort relèvement, puis, le 11 juin.,, on atteint le' maximum ssvec; 34,3) millions ;. le 13 août, le soldé des comptes du Tnésor est uedeseendu à 19' milliana., Le- relèwement de la. courbe à partir, de maii est en: rappoptia^crec l'empountà Londres.

En. ce qui touclie l'avanae de la Banque à- l'Etat,, son augmentation est entrée.' dan& Ls aadre^ dui décret du 28^ décjembre L9Ô8, que le Parlfement a appnouvé eiLmars- 1904. Les 31 milliona que Ton devait se pror curer par d'autres dettes flottantes' visaient la Banque. En réalité, les sonmies que- L'Etat a empruntées à. la Banque ont été par moments:^ beaucoup pins- considbérables. La moyenne dea avances en. 1903 a été de 36^9 millions ; le premier bilsaa d:e 1904 porte. 4é millions' ;: les- semaines et les mois qui suivent apport tent une progression contimie,. jusqu'à 96- millions le 4 juin, puisr en relation, avec l'emprunt anglo-américain, ime réduetioni jusqulà 81 millions., le; 2 juillet, puis un. relèvement à 104i millions le 23- juillet ; le bilan du 13 août indique seulement 49 millions. En comparaison de la moyenne de 1903, l'avance de la Banque a été supérieure par moment de 70 millions, c'est-à-dire un somme égale aux deux tiers du stock-or moyen de la Banque du, Japon, en 1903*

Le portefeuille et les avancea de la Banque- sur nantissement, se meuvent dans les limites étroites ;

le portefeuille d'effets sur Tintérieur a varié de 19,8 millions de yens le 9 janvier, à 13,9 millions le 21 mai, pour remonter à 29,8 millions de yens le 13 août ; mais, étant donné Texiguité du portefeuille, ces modifications« ne peuvent pas peser trop sur l'ensemble de la situation. Par conséquent, l'elTet de l'accrois sèment des avances à l'Etat doit se faire sentir sur tout sur l'encais&e métallique, les effets sur l'étranger et la circulation des billets. Les mouvements de celleci ressiortent des chiffres suivants : le 9 janvier, il avait été émis 209 millions de yens, l'émission monte lentement à 228,6 millions de yens, le 13 février, descend ensuite mi-mai à 189,4 millions, remonte le 23 juillet à 233,6 millions ; le 13 août, elle est de 221,9 millions. Dans les moments où l'avance à l'Etat était le plus considérable, l'émiseion a plutôt reculé. Il en résulte que les grands paiements à l'Etat ont dû être faits surtout en or effectif ou en traites sur l'étranger. Et, en réalité, le stock d'or de la Banque a subi par moment un grand affaiblissement. L'eneaisse-métallique (or et argent), est descendu de 119,9 millions de yens, le 9 janvier presque sans interrup tion, à 72,5 millions le 11 juin, le stock or s«eul est descendu de 115,7 millions au *début de janvier, à 64,1 millions (1), dans la seconde semaine de juin. Simultanément, les effets sur l'étranger, se trouvant dans le portefeuille de la Banque, ont diminué de 12,7 à 6,2 millions. La diminution de l'or et des

(1) L'encaisse or et l'encaisse argent sont indiquées séparément dans les bilans de la Banque du Japon, seulement pour la moyenne hebdomadaire; pour le jour même du bilan, on indique l'encaisse globale.

effets sur l'étranger, a été de janvier à juin, de 45 0/0 environ, de 128 millions à 58 millions. La couverture des billets qui, au début de Tannée était de 54 0/0, est tombée en juin, au-dessous de 33 1/3 0/0. Le danger qui en résultait pour la Banque et le système monétaire du Japon était d'autant plusi grand que le gou vernement avait besoin d'or principalement pour les paiements à l'étranger. Effectivement, dans les trois premiers mois de l'année, 43,8 millions de yens d'or ont été expédiés aux Etats-Unis, dont 19 millions au mois de mai seul. Vu la disparition rapide du stock or de la Banque, une proclamation en février de manda aux détenteurs de monnaie d'or et d'objets en or, de les porter à la Banque. D'après M. Raphaël Georges-Lévy, la famille impériale aurait donné le bon exemple. Cependant, les chiffres du bilan de la Banque montrent que le résultat atteint a été peu considérable. Par une ironie du destin, le& Américains qui avaient à faire de gros paiements en France pour le rachat du canal de Panama, ont dirigé sur Paris l'or japonais, qui arrivait à San Francisco, et cet or a pu servir aux versements sur l'emprunt russe.

Dans l'intervalle, grâce à l'emprunt anglo-améri cain, la situation de la Banque et du système monétaire du Japon s'est améliorée. Le Japon est en mesure d'exécuter sur les sommes à son crédit, les paiements qu'il a à faire à l'étranger, et il peut mettre des trai tes sur l'étranger à la disposition du commerce. Il semble même que l'importation de l'or ait recom mencé. Dans ces conditions, l'encaisse-or est remon téc, du 7 au 13 août à 106,6 millions, le portefeuille des effets sur l'étranger à 8,6 millions. La circulation fiduciaire s'es-t élevée à 224,6 millions, si bien que

la CQUvertuire ea or est supérieure à aô O/ô (JL)^

Par conséquent, le Japon s'est servi, jusqu!à pcé. sent, dans une; très largs mesure de sa Baïupji« centvale pour satiefaive. ses basoins d'argent et. pendant un. certaiiL tmnpsv mêmn jusqu'aux dernièirefl limites possibles. L'emprunt extérieur a amené à partir du mois> de juin un allégement sensible. Mais^ quand l'or que le Japon, possède à l'étranger sera épuisé, la situation de la Banque du Japon va de nouveau fortement empirer. Et le Japon se trouvera alors djevant le dilemne soit de recourir à ua nouvel emprunt étranger, soit d'épuiser le stock d'or de sa Banque centrale, c'est-à-dire de sacrifier son régime monétaire. La; comparaison salivante* avec la Russie,, indique l'importance de la dernière réserve financière, que le Jiapon possède dans le stock d'or de la Banque : le stock d'or de la Banque dû. Japon nlest que de. 240 miLlions de marks (300 millions de francs), tandis que le stock d'or de la Banque de Russie est de plus de 2 milliards dé marks (2 milliards 500 millions de francs), et tandis que le stock d'or de la. Banque de Russie est huit fois plus grand que celui de la Banque du Japon, sa circulation de billets de. crédit n'est

(1) Moyenne 1903 Ojanv. 1904 11 juin 1004 23aoûtl904

Encaisse or 112,5 115,7 64,1 106,6

Effets sur l'étranger 4,6 12,7 6,2 8,6.

Total 117,1 128,4 70,3. 115,2.

Ciraulation fiduciaire 202,5 209,0 201,8 221,9 Excédent des billets

sur l'or et les effets

étrangers 85,4 80,6 131,5 106,7

Comptes du Trésor. . 19,9 15,5 34,3 19,0

Avances de l'Etat.. 36,9 54,3 104,9 49,0

qjua trois fois et demie plus grande que celle de la Banque du Japon..

Cette situation de la Banque centrale, indique d'une manière presque encore plus- frappante que les augmentations sensibles des impôts et l'énorme accroissement de la dette publique par comparaison avec le montant du budget, qu© le Japon aura, non seulement au point de vue purement militaire, mais aussi aM point de vue finanûiec, à lutter contre un advarsaii^e plue- fart jusqu»'à Uépuisement de toutes les réser\'es.

La giurre et les marchés financiers.

Nous avons décrit la situation financière des deux belligérants. Ce tableau doit être maintenant complété par un examen des influences^ que la guerre a eues jusqu'à présent aussi bien sur le marché des capitaux que sur le marché, monétaire international.

Ces influences qui se- sont* maiiifi3Stée& pendant la première période de la guerre, ont une importance immédiate pour les questions financières qui surçipant pendant la continuation de la. guerre ; en ce qui concerne les influences sur le marché international, ce sont des faits qui présentent un grand intérêt général, au point de vue de l'économie politique, et qui, en même temps, sont pour nouo en ce moment d'une importance considérable, à cause de leur signification pour les opérations financières des beffi-

gérants. Bien entendu que dans celte étude, il est

impossible d'épuiser la question et nous ne pouvons

que donner un tableau sommaire de la situation (1).

En examinant les influences de la guerre sur le

(1) La vérité commence à se faire jour. On est loin de l'optimisme effréné des Japonais, en matière financière^ qui a marqué le début des hostilités.

Le comte Ohuma, ancien premier ministre, dans une allocution adressée aux banquiers du Japon, en octobre 1904, a évalué le coût d'une guerre qui durerait deux ans entre 3 milliards et 3 milliards 250 millions de francs; en y comprenait les dépenses post hélium, y le total atteindrait même cinq milliards de francs. Le Times rappelle qu'après la guerre sino- japonaise, les dépenses extraordinaires ont été de

18 millions de yens en 1895-1896

et qu'elles ont atteint leur maximum avec 143 millions en 1900-1901. Si cela a été le résultat de la guerre courte et facile contre la Chine, quel effort ne faudra-t-il pas pour refaire le matériel de guerre après la lutte contre la Russie. La majeure partie des dépenses extraordinaires du Japon a servi à préparer la guerre contre la Russie.

En admettant que la guerre dure encore douze mois, dit le Times, à partir du 31 décembre 1904, le coût ne dépassera pas le montant autorisé pour l'année courante: 576 millions de yens, y compris 156 millions utilisés pour les préparatifs de la campagne contre la Russie. En tablant sur un maximum de 600 millions pour 1905, cela donnerait pour deux ans 1.176 millions de yens, ou 2.940 millions de francs (tout près de trois milliards de francs). 11 faudrait emprunter J^SO à 500 millions de yens. Les Japonais espèrent se procurer 150 millions de yens à l'étranger. Les douanes produisent bien 15 millions de yens en moyenne par an.qui vont être augmentés par les surtaxes de guerre. Il y a une première hypothèque en faveur des porteurs de l'emprunt 6 0/0 1904 (bons du Trésor). Il faut maintenant un autre gage. (Note du traducteur.)

crédit et le marché financier, nous devons distinguer entre le crédit public et le marché financier privé. En examinant l'influence de la guerre sur le crédit public, nous devons nous arrêter sur les cours des valeurs d'Etat et sur la situation de la valuta.

Le tableau suivant indique le mouvement des cours des emprunts des deux belligérants, sous l'influence de la guerre :

Cours de l'emprunt consolidé russe 4 0/0 à Berlin

15 décembre 1903.

Janvier 1904

Février —

Mars —

Avril —

Mai —

Juin —

Juillet —

Août —

Plus haut

Plus bas

Moyen

Cours de l'emprunt japonais 4 0/0 1899 à Londres

Plus haut Plus bas

15 décembre 1903 —

Janvier 1904 78 3/4

Février — 76

Mars — 65 3/4

Avril — 661/2

Mai — 74

Juin — 77 5/8

Juillet — 76

Août — 75 1/4

Moyen

126 I-ES FINANCES DES «EtUGÉRANTS

Ce tableau 'êématitjse que ^le <ci>édit d^fitat TtbasÊ et le créeHt d'Etat jlrpeiHiisi, «e soBt«öinpoi*eB»d'juiÄ manière tout à fait différente. Le peu de ocatfiancedans la puissance milîtatre etUBaiioièîFedti Japon a'traiivé d'abord son expressicon avant que ia guerne ait éclatée, dans le cours 'sensiblement jjIus -bas des valeurs d'Etat japonaises — l'emprunt 4 0/0 japonaki était coté en 1903 à environ 85, tandis que les empruifts russes, portant le même intérêt, étaient cotés presqu'au pair; — ensoiite, dans ce fait que le danger seul, de la guerre a très fortement réagi sur les emprunts japonais, tandis que le cours des emprunts russes n'a subi de changement qu'une semaine avant le commencement de la guerre. Du 15 décembre 19^ au 31 janvier 1904, l'emprunt russe 4 0/0 n'a baissé que de 99,50 à 98, tandis que l'emprunt japonais 4 0/0 a baissé de 84 à 74 1/2, et il est même tombé à 73, le 7 janvier, pour se relever ensuite à 77 1/4 le 19 jcmvier. Le commencement de la guerre a fortement secoué le cours des valeurs de deux états : le russe est tombé, le 9 février à 91, et le japonais à 66 ; les valeurs japonaises ont, par conséquent, perdu par comparaison avec le cours du 15 décembre 1903, plus d'un cinquième et les valeurs russes — malgré l'issue malheureuse du premier engagement devant Port Arthur — seulement environ un douzième. Ouand le premier moment de l'effroi fut passé, le cours des valeurs des deux catégories a subi une certaine amélioration, mais tandis que cotte amélioration s'est maintenue pour les russes jusqu'au mois d'avril, le cours des valeurs japonaises a commencé de nouveau à fléchir, à partir du milieu du mois de février ; l'emprunt russe cotait le 31 mars, 93,40, et l'emprunt japonais, seulement 62. Ensuite, certes, un change-

RUSSIE IST 7APON 127

meiït est survenu. Les Buocès «des ;a;nnes jaq^icmdfses ont commencé à produire sur le onarché financier un ei^et x^lus favorable pour le Ja^xon, de H;e]le mtamese qu-au mois de mai la souscription à Tenaprurit japonais a eu un succès brillant, dont nous avons dér^à parlé, et n-a pas empêché une amélioration notable du cours de se produire (jusqu'à 74, fin mai), tandis que Temprunt russe, émis en même temps, et dornt le montant, il est vrai, a été trois fois plus considérable, a produit une forte dépression momentanée du cours des valeurs russes ; le 11 mai, l'emprunt russe 4 0/0 n'a été qu'à 87,50. Les mois suivants, une certaine amélioration du cours des valeurs russes s'est produite, à partir du mois de juin et, jusqu'à ce jour, les cours de l'emprunt 4 0/0, oscillaient entre 90,20 et 92,10. Les valeurs japonaises, en s'améliorant, ont atteint, au milieu du mois de juin, les cours de 77 5/8, mais n'ont pas pu se maintenir à ce niveau et oscillaient, les mois suivants, entre 72 7/8 et 67. Aujourd'hui, après la bataille de Lyao-Yang, les russes sont à 91,40 et les japonais à 72 (cours du 13 septembre).

Les Jalponais doivent exclusivemeoit aux succès militaires, le fait que le cours de leurs valeurs est aujourd'hui à peu près le même qu'à la fin du mois de janvier, tandis que les valeurs d'Etat russes ont fléchi depuis ce temps d'environ 6 1/2 0/0. Mais, si on compare le cours actuel avec celui de la période qui a précédé l'époque où a apparu le danger imminent de la guerre, on voit que, malgré les succès des armes japonaises, les valeurs d'Etat de ce pays ont perdu environ un septième (de 84 à 72), tandis que les valeurs d'Etat russes, n'ont perdu qu'un douzième environ (de 99,50 à 91,40).

L'explication de cette situation des crédits d'Etat des deux belligérants«, si peu conforme à la marche des événements sur le théâtre de la guerre, se trouve dans ce fait, que, malgré les victoires de l'armée et de la flotte japonaises, l'opinion est très répandue que la Russie finira par sortir victorieuse des difficultés militairesi. Une confiance plus grande dans la puissance financière de la Russie que dans celle du Japon, est pourtant la raison principale de cet état de choses. On sait que la Russie a commencé la guerre avec des finances bien ordonnées et qu elle possède encore actuellement des réserves financières considérables, tandis que le Japon a dû déjà employer toutes ses forces pendant les années de la préparation à la guerre ; on croit, par conséquent, que la Russie, même si la guerre avait pour elle une issue malheureuse, pourrait supporter ses conséquences financières, tandis que, pour le Japon, une issue défavorable de la campagne, équivaudrait à une ruine financière complète. Cela apparaît d'une manière caractéristique dans l'influence que les événements militaires produisent sur le cours des valeurs des deux pays. La bataille de Lyao-Yang, et son résultat ont laissé le cours des valeurs russes sans changement, et il est même survenu, du 27 août au 13 septembre, une hausse de 91 à 91,40 ; par contre, l'emprunt japonais 4 0/0 a monté d'abord, du 27 août au 2 et 3 septembre, do 74 3/8 à 75 5/8, mais, ensuite, quand la nouvelle est parvenue que l'armée japonaise n'était pas arrivée à couper la retraite des Russes, l'emprunt a baissé, le 13 septembre, à 72. Un succès militaire, très important, a produit une baisse des valeurs japonaises, évidemment, par suite de ce fait qu'il n'a pas amené l'anéantissement de l'armée russe et qu'il a

de nouveau éloigné la fin de la guerre, ce qui augmente les doutes sur la possibilité pour le Japon de supporter longtemps l'effort financier. Et, involontairement, on se demande quelle influence aurait sur le crédit d*Etat du Japon, la défaite de ses armées.

Dans quelle mesure le gouvernement russe esl^il intervenu pour soutenir le cours de ses fonds à l'étranger, en y employant les sommes considérables à son crédit ? Les journaux allemands et anglais se sont plu à affirmer le fait : notamment lorsi de la première panique de février, ils ont vu la justification de leur théorie, en ce que les emprunts d'Etat non engagés dans la guerre, ont beaucoup plus baissé que les fonds russes. Or, les fonds turcs et espagnols, ont subi une sorte d'effondrement parce qu'ils étaient dans les mais d'une spéculation exagérée. La relative fermeté des fonds russes s'explique par le peu de vente du portefeuille, par les rachats du dé- <îouvert. En supposant que le gouvernement rusée soit inter\^enu avec succès, ces interventions sont toujours limitées et ne suffisent pas à expliquer la bonne tenue du crédit russe depuis huit mois que dure déjà la guerre. Dans quelle mesure le raffermissement intérieur du crédit russe tel qu'il résulte des réformes effectuées depuis 1881, a été avantageux pour la Russie, on le voit en comparant les fluctuations actuelles, avec celles des guerres antérieures. Avant la guerre russo-turque, les emprunts russes ù 0/0 étaient cotés à environ 104 ; immédiatement après la déclaration de la guerre, le 1" juillet 187Ç, le cours a baissé à 86 et au mois de mai 1877, il a même descendu à 73 3/8 : par conséquent, la perte du cours a été d'un tiers contre un douzième, pendant la période écoulée de la guerre actuelle.

Tandis que rinfluence de la guerre s'est manifestée très nettement dans lesi fluctuations des cours des valeurs russes et japonaises, cette influence s'est fait très peu sentir sur le régime monétaire des deux pays autant qu'elle apparaît dans les cours internationaux des changes des deux pays. Les tableaux ci-dessous indiquent les fluctuations des cours de billets de crédit russes, à Berün, et des traités sur Londres à Yokohama.

Cote hebdomadaire det traites 9mr Londres (4 mois)

à Yokohama.

Sh. et d. poivyeB

2 décembre 1903 2 sL. 11/16 d.

9 — 2 sh. 11/16 d.

16 — 2sh, Ö/8 d.

23 — 2ah.O 5/8 d.

30 — 2 sh. 9/16 d.

6 janvier 1904 2 sh. 1/2 d.

13 — 2sh. 7/16 d.

20 — 2sh. 6/16 d.

27 — 2gh. 5116 d.

3 février 1904 , 2 sh. 5/16 d.

10 — 2sh. 1/16 d.

17 — 2sh. 1/16 d.

24 — 2sh.O l/16d.

2 mars 1904 2 ah. 1/16 d.

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