sh. 1/16 d
16 — 2sh. 1/16 d.
23 — 2sh. 1/16 d.
30 — 2sL.^0 1/16 d.
6 avril 1904 âsh.O 1/16 d.
13 — 2sh. 1/8 d.
20 — 2sh. 1/8 d.
27 — 2sh.'0 3A6a.
4 mai 1904 2 oh. '0 a/16 d.
11 mai 1904 et la cote ul-térieure
sans changements 2 sh. 1/4 d.
Cote des billets de crédit (roubles) russes à Berlin (Marks j^ur 100 roubles)
Fkis kamt Pins baa Mejwn
Année 1903 216,45 216 216,15
Janvkr 1904 216,10 216 216,03
Février — 216,50 216 216,07
Mars - 216,60 216,05 216,21
Avril - 216,15 216 216,06
Mai - : . . . 216,20 216 216,05
Juin - 216,10 216 216,02
Juület - 216,05 216 216,01
Août — 216,80 216 216,18
Aussi longtemps que l'étalon d*or est effectivement conservé dans les deux pays, c'est-à-dire aussi longtemps que les Caisse© publiques ou la Banque centrale échangent les billets de crédit contre leur valeur nominale en or, les oscillations aurdessus et audessous de la parité, ne peuvent avoir lieu que dans les limites tracées par les frais d envoi de la monnaie d'or à l'étranger. C'est seulement du moment où l'échange contre les espèces n'est plus effectué, que peut se produire la dépréciation de la monnaie de papier ou de traites payables en monnaie de papier en regard de la monnaie d'or ou des traites sur l'étranger, payables en or. Dans les deux pays belligérants, l'échange contre espèces a été maintenu. Dans aucun des deux pays, ne s'est produit non plus un mouvement vers les guichets des banques, poiïr l'échange des billets contre des espèces. Pourtant, la cote des changes, dont les Quctuations ne peuvent sie produire par suite du maintien de l'échange contre espèces, que dans des limites étroites, présente un certain intérêt. Les cours russes et japonais ont
baissé, par comparaison, avec Tétat des choses avant la guerre. Le cours moyen du rouble, en 1903, n'a été atteint, en 1904, qu'aux mois de mars et d'août ; le rouble russe n'a pas baissé au-dessous de sa parité en monnaie allemande, qui est de 216 marks = 100 roubles, et le cours le plus bas de l'année 1904, n'est que de 0,2 0/0 au-dessous du cours le plus élevé de l'année 1903. Le cours du yen japonais mesuré par la cote du papier Yokohama-Londres, est tombé de 2 sh. 11/16 d., au commencement du mois de décembre 1903, à 2 sh. 1/16 d., immédiatment après le commencement de la guerre (de 2 1/2 0/0), et s'est lentement relevé seulement à partir de la moi Hé du mois d'avril, à 2 sh. 1/4 d. La parité est 1 yen = 2 sh. 9/16 d., dont pourtant il faut réduire, comme intérêt pour le papier de quatre mois, 1/4 d. La baisse du cours de l'unité monétaire des deux pays, s'explique par l'augmentation de la demande des moyens de paiement sur l'étranger et, dans une certaine mesure par les doutes que la guerre a provoqués sur la possibilité de maintenir l'étalon d'or dans les pays belligérants. En Russie, à côté des paiements à l'étranger, pour le matériel de la guerre, etc., il faut encore mentionner la rentrée vers le paysi des valeurs mobilières, placées à l'étranger. Ensuite, il est compréhensible, qu'à pareille .époque, les créanciers étrangers essaient de réaliser au plus vite leurs créances, et qu'il se produit un retrait de capitaux prêtés à courte échéance. D'une part, la Russie dont les relations envers les capi taux du marché européen sont plus étroites et plus étendues, a été atteinte beaucoup plus que le Japon par le retrait des valeurs russes et des capitaux, mais, d'autre part, la balance de commerce de la
Russie est fortement active, tandis que, depuis longtemps, d'une année à l'autre, les importations au Japon donnent des excédeuts notables sur les exportations. Pour juger de l'état du régime monétaire d'un pays, il ne suffît pas, pourtant, dans des» cas pareils d'examiner les fluctuations des cours, mais il faut aussi tenir compte des circonstances dans lesquelles ces fluctuations se produisent ; à ce point de vue, il existe une très grande différence entre la Russie et le Japon. Nous avons déjà observé que le Japon s'est vu obligé, afin d'assurer ses paiements à l'étranger^ d'exporter des quantités d'or très considérables, par comparaison à sa circulation monétaire, notamment environ un quart de stock d'or du pays, ce qui, a même pendant un certain moment, fait empirer d'une manière inquiétante, la situation de la Banque du Japon. Par contre, la Russie a, d'après toute évidence, pu satisfaire à ses engagements à l'étranger sans exporter la moindre quantité d'or. La Banque de Russie et la Trésorerie se sont servies pour les paiements qu'elles ont eu à effectuer à l'étranger, de l'or qu'elles possèdent à l'étranger, et, en outre, au moyen du même or, elles ont pu mettre à la disposition du marché monétaire russe, des quantités considérables de traites sur l'étranger à des prix normaux. La Banque a même fait un pas de plus. Quand^ après le* commencement de la guerre, il s'est produit une demande de traites et de chèques sur l'étranger, à échéances éloignées, par lesquels le monde du commerce en relations avec l'étranger a voulu s'assurer contre les fluctuations possibles du change russe, la Banque de Russie s'est déclarée prête h vendre du papier de cette espèce. A partir du milieu du mois de février, elle vendait des chèques sur
Berlin, à livrer, au cours de 46,30 roubles ^ 100 marks (soit 215,98 marks = 100 roubles), plus un par mille par mois (1). Le fait que le gouvernement russe a pu retenir les fluctuations de sa valuta dans des limites très étroites et que le Japon a dû, dans ce but, maisi avec moins de succès, sacrifier une partie considérable de ses réserves d'or, présente un trait caractéristique pour la puissance financière des deux belligérants.
Entre temps, le Japon s'est aussi procuré,au moyen de son emprunt, de Tor à l'étranger, et à consolidé pour un certain temps les bases de sa valuta ; de même, la Russie a aussi augmenté, par son emprunt émis à Paris, ses réserves d'or à l'étranger. Pour l'avenir du régime monétaire de la Russie et surtout du Japon, à côté des emprunts qui peuvent encore être émis, la situation de la balance du commerce a une certaine importance, plus grande pour le Japon que pour la Russie, parce ce que le Japon possède moins d'or à l'étranger que la Russie et parce qu'il lui sera plus difficile qu'à la Russie d'augmenter ses réserves d'or au moyen des emprunts.
On a déjà indiqué que la guerre a une tendance à augmenter les importations et à diminuer les exportations des pays qui se trouvent en lutte. Cette influence s'est en réalité fait sentir en Russie où pendant les cinq premiers mois de l'année courante par comparaison avec la période correspondante de l'année 1903, l'importation a augmenté de 23,2 millions de roubles, tandis que l'exportation a diminué de 23,3 millions de roubles. Par conséquent, la balance
(1) Voyez Frankfurter Zeitung du 23 février 1904.
russe a empiré de 46,5 millions de roöM'es, mais étant donné que pendant les 5 premiers mois de Tannée 1903, les exportations russes ont dépassé les importations de 111,7 millions de roubles, la période correspondante de Tannée courante a laissé encore un solde de Tactif de 62,2 millions de roubles. Au Japon, aussi bien les importations que les exportations ont augmenté pendant la première moitié de Tannée courante, par comparaison avec la première moitié de 1903 ; mais tandis que les importations ont augmenté de 17,1 millions de yens, les exportations ne se sont accrues que de 11,5 millions de yen ; par conséquent, la balance du commerce a empiré aussi au qu'en Russie. Mais, tandis qu'en Russie la balance du commerce est constamment, et pendant une série d'années active, la balance japonaise a déjà, pendant le premier semestre 1903, accusé, un déficit de 40,1 millions de yens, qui a passé pendant le premier semestre 1904, à 45,7 millions.
Il est beaucoup plus; difficile de déterminer Tinfllience de la guerre sur Tétat du marché monétaire et du crédit, en ce qui concerne les relations des particuliers entre eux. Il manque dans ce domaine des données précises et des critériums objectifs.
La situation du marché des capitaux dépend beaucoup de la situation générale des affaires. Dans les époques de dépression économique, la demande de crédit diminue en général ; par contre, elle augmente dans les époques d'animation et d'élargissement des entreprises productives ; mais elle peut aussi quelquefois augmenter dans les époques transitoires de crise quand les entreprises, ne pouvant pas vendre leurs stocks, se procurent, au moyen du crédit, les ressources nécessaires pour continuer la production.
En même temps», le capitaliste devient plus prudent dans les moments d'insécurité économique et politique. Dans les pays où le crédit est largement développé, il faut s'attendre qu'en cas d'une guerre le marché monétaire accuse une forte tension et que des demandes de crédit affluent en masse dans les grandes Banques centrales — les dernières sources de capitaux du pays — et que ces Banques augmen tent leurs opérations d'escompte de papiers commerciaux et d'avances sur les valeurs mobilières et les marchandises ; ensuite, les affaires se resserrant, la tension du marché peut diminuer peu à peu. Aussi bien en Russie qu'au Japon, la guerre a dû amener une stagnation des affaires dans certaines branches de l'industrie. L'Etat joue dans les deux pays, un rôle trop considérable de distributeur de commandes pour rindustrie entière, pour que de nombreuses entreprises ne soient pas atteintes par l'arrêt des travaux publics les moins indispensables et la diminution des commandes qui en résulte. En outre, une partie des ouvriers étant appelée sous les drapeaux, la consommation se rétrécit et les capitalistes s'abstiennent. Il est vrai que, d'autre part, la guerre provoque pour certaines entreprises isolées des commandes impor tantes et avantageuses, mais cette circonstance peut seulement diminuer et non pas annuler son influence pernicieuse sur la vie économique. Par conséquent, il ne faut pas s'étonner si on entend des plaintes venant de la Russie — en ce qui concerne le Japon, les renseignements font presque défaut — sur la stagnation des affaires, le resserrement du crédit et les banqueroutes. En Russie, cet état de choses a trouvé son expressioi^ dans l'élévation sensible du taux d'intérêt. La Bancjue de Russie a élevé, le 13 février, le
taux de l'escompte officiel, qui restait, depuis le milieu du mois de février 1902, à 4 1/2-5 1/2 0/0, à 5 1/2-6 1/2, et l'escompte privé à Saint-Pétersbourg a monté, depuis le 23 février, à 6-7 1/2 (1). En ce qui concerne la Sibérie et les possessions, en Asie, il a fallu édicter un moratorium. Ensuite, la Banque de Russie, étant données les conditions difficiles du crédit privé, a décidé d'accorder des facilités exceptionnelles. Pour permettre aux Banques privées, qui ont vu leurs ressources diminuées par suite du retrait des dépôts, d'augmenter leurs opérations actives, la Banque de Russie a augmenté, pour ces institutions, les crédits ouverts sur garanties suffisantes; elle a permis, en outre, à ses succursales d'escompter des billets de change à échéance de trois à six mois, présentés par les Banques dont le portefeuille ne contient pas assez de papier à courte échéance pour leur procurer des ressources disponibles suffisantes (2).
L'observateur européen doit, par conséquent, être frappé par ce fait que, malgré ces circonstances, le montant des effets escomptés et des prêts consentis de la Banque de Russie, non seulement n'a pas augmenté depuis le commencement de l'année, mais a, gru contraire, diminué, comme cela résulte du tableau suivant (en millions de roubles) :
(1) Le taux différent pour le papier de différentes échéances.
(2) Voyez Volkswirtschaftliche Chronikj juin 1904 p. 450 et 451.
Effets Frets
atcvœptés codmbÜs ToUl
Moyenne de Tannée 1903. . . . 216,1 199,9 416,0
1/14 janvier 1904 247,8 224,4 472,2
23 Wvrier/7 mars Î904 267,0 217,3 484,3
1/14 juillet 1904 190,7 194,4 390,1
1/14 saptembro 1904 182,6 206,1 388,6
Après une certaine augmentation qui a duré jusqu'au mois de mars, il est survenu un assez fort res»serrement des opérations productives qui dure au moins en ce qui concerne Tescompte jusqu'à ces jours-ci. Certes, en examinant ces données, il ne faut pas perdre de vue qu'à la Banque de Russie, conune dans toutes les Banques centrales de l'Europe Occidentale, la fîn de l'année est l'époque de la plus grande tension, après laquelle survient un mouvement de retour de l'argent dans les Caisses de la Banque, et, en même temps, un resserrement des opérations d'escomptes et de prêts. Si ce resserrement n'a pas commencé en 1904 à partir du mois de janvier, et si même une augmentation a eu lieu qui a duré jusqu'au mois de mars, cela est dû exclusivement à la guerre. Et Le resserrement qui a eu lieu à partir du mois de mars est moins fort que celui qu'on constate pour l'époque correspondante de l'année 1903. Du 1/14 janvier au 1/14 septembre, la diminution du montant des opérations d'escompte et de prêts, a été, en 1904, de 83,7 millions de roubles contre 85 et 122 millions de roubles pendant les deux années précédentes. Le montant des opérations d'escompte et de prêts a été au 1/14 septembre 1904, de 388,6, c'est-à-dire à quelques millions près, le même qu'à l'époque correspondante des années! précédentes, quand il a été de 394,1 et de 390,7 millions de roubles. La différence
est si insignifiante qu'on peut dire que la guerre n'a, quant à présent, eu aucune influence sur l'importance des crédits ouverts par la Banque de Russie. Cet état de choses doit être expliqué, non pas par un resserrement voulu du crédit que la Banque nie catégoriquement et que démentent aussi les facilités déjà mentionnées, mais plutôt par le fait que la circulation des effets de commerce qui peuvent être escomptés est encore peu considérable en Russie.
A la Banque du Japon, le montant des effets sur l'intérieur est tombé de 10,8 millions de yens, au commencement de l'année, après une augmentation insignifiante et momentanée, à 13,9 millions, le 21 mai, il a ensuite monté jusqu'à 29,3 millions, le le 25 juin, et, après une forte diminution nouvelle, à 29,8 millions de yens. Le montant des prêts a, certes, augmenté de 30,9 à 41,2 millions de yens du commencement de l'année au 13 août, mais il reste très au-dessous du montant de l'année antérieure, quand il se chiffrait en moyenne par 54,5 millions de yens. L'esoompte et les prêts réunis ont été le 7 mai de 51 millions de yens, tandis qu'aux mêmes époques de trois années précédentes, le même total se chiffrait par 76,2, 64,1 et 103,1 millions de yens. Au milieu du mois d'août, le montant des mêmes opérations a été de 70,9 en 1904, de 70,0 en 1903, de 76,2 inillions de yens en 1902. Malgré le retrait de l'or qui a pris à un certain moment une importance considérable, la Banque, étant donné le peu d'importance de ses opérations productives, a procédé relativement tard à l'élévation du taux d'escompte. Du milieu du mois de mars 1902 jusqu'au milieu du mois de mars 1903, la Banque a abaissé par des étapes successives le taux de l'escompte officiel, de 8 3/4 0/0
à 5,84 0/0, pour le maintenir à ce niveau, jusqu'à la fin du mois de juin où il a été élevé à 6,57 0/0. Par conséquent, l'influence de la guerre sur l'ouverture des crédits est encore moins perceptible en ce qui concerne la Banque du Japon qu'en ce qui concerne la Banque de Russie. Ici, il faudrait aussi chercher la raison principale de cet état de choses plutôt dans le peu de développement du crédit et de la circulation monétaire, que dans» une augmentation par la guerre do la demande de crédit sous une forme qui pouvait être satisfaite par la Banque d'émission.
Les influences financières de la guerre russo-japonaise n'ont pas pu se borner aux p^ys belligérants. L'argent est le plus mobile des biens matériels, et il sert de moyen d'échanges d'un pays à l'autre, de même que d'un individu à l'autre, dans les limites du même pays. Par conséquent, tout ce qui dépend de l'argent et de la circulation monétaire est le plus facilemejnt influencé par les événements dans les pays étrangers. Dans le cas qui nous intéresse en ce moment, il y a encore à considérer que les capitaux des pays de l'Europe Occidentale sont intéressés, pour plusieurs milliards de francs, dans le sort d'une des nations engagées dans la guerre, avant tout, sous forme de placements dans les valeurs d'Etat russes, mais aussi sous forme de la participation aux entreprises industrielles et de l'ouverture de crédit à ces entreprises. Il n'y avait, certes, sur le marché de l'Europe Occidentale, que très peu de valeurs mobilières japonaises, et cela, presque exclusivement sur le marché anglais, mais il n'y a pas de doute que
le Japon aussi bien que la Russie auront encore, à cause de la guerre, recours aux capitaux européens.
La situation du marché monétaire et du marché des capitaux européens a été relativement bonne au moment où la guerre a éclaté. On pouvait considérer comme achevée la période aiguë de la crise qui a éclaté en 1900, après une période des plus brillante de prospérité, et qui a été compliquée dans une certaine mesure par les événements politiques, et, notamment, par la guerre dans l'Afrique Australe, et par les troubles d'Extrême-Orient. Durant Tannée 1903, on constatait partout les signes d'une nouvelle animation dans rindustrie et le commerce ; les capitalistes sont devenus de nouveau plus confiants, ce qui a trouvé son expression dans une élévation notable des cours des valeurs industrielles. Une certaine influence, certes, a aussi été exercée sur le taux de Te&compte qui, après avoir atteint un niveau exceptionnellement élevé en 1899 et 1900, est descendu d'une manière très sensible. Au mois d'avril, l'escompte privé a été, pendant un certain moment, à 1 1/2 0/0. Le taux moyen de l'escompte du papier à courte échéance a été de nouveau, en 1903, sur les marchés principaux de l'Europe, un peu plus élevé qu'en 1902, et un nouveau renchérissement de l'escompte du papier à longue échéance a provoqué un certain fléchissement du cours des principales valeurs mobilières de l'Etat. Pourtant, l'élévation de l'escompte a été si insignifiante, qu'on pouvait considérer la situation du marché monétaire au commencement de 1904 comme tout à fait favorable.
Si nous voulons maintenant considérer les changements que la guerre a apportés à cet état de choses, nous devons distinguer, d'une part, le marché des
capitaux de valeurs de placement qu'on appelle bourse de fonds, et, d'autre part, le marché monétaire ou le marché pour le crédit à courte échéance.
Le commencement de la guerre a dû, avant tout, in< fluencer le marché des capitaux. La guerre a pu faire naître chez les porteurs d'une série de valeurs de placement la crainte de pertes considérables, et cela non pas seulement en ce qui concerne les valeurs russes d'Etat et les valeurs russes industrielles ; la guerre a réveillé des appréhensions politiques beaucoup plus étendues ; elle a suscité la crainte de toutes sortes de complications et a fait douter le public de presque toutes les valeurs. La crainte des pertes, à elle seule, quand il s'agit des valeurs de placements, est capable de provoquer en réalité ces pertes. Elle force les porteurs les plus peureux, qui préfèrent subir une perte sensible, mais déterminée, au lieu de se trouver exposés à la possibilité des pertes impossibles à calculer d'avance, à jeter sur le marché leurs valeurs.
Dans le cas qui nous intéresse, le danger d'un pareil circulas vitiosus a été d'autant plus grand pour les bourses continentales — on a été, par contre, mieux préparé et renseigné à Londres — que la guerre a éclaté d'une manière tout à fait inattendue. La nouvelle de la rupture des relations diplomatiques et de l'attaque de la flotte japonaise contre la flotte russe, à Port-Arthur, a provoqué un désarroi complet aux bourses de Berlin, de Vienne et de Paris. La première tempête, éclatée le 8 et le 9 février, a provoqué une baisse sensible de presque toutes les valeurs mobilières. La force de résistance des bourses allemandes a été particulièrement faible, bien qu'elles aient été, avant le commencement de la
BUSSIE ET JAPON • 143
guerre, dans une situation meilleure que la bourse de Paris, chargée des engagements de spéculation et notamment en ce qui concerne les valeurs espagnoles. On a souvent expliqué ce manque de résistance dies bourses allemandes par la législation allemande sur les bourses.
La baisse générale des cours qui menaçait de se transformer en une vraie débâcle, a été pourtant arrêtée déjà au milieu de la deuxième huitaine du mois de février, par les achats de grandes Banques. Relativement vite, une accalmie est survenue jusqu'à ce que, le 20 février, une nouvelle crise — éclatant à Paris — ait survenu. Le château de cartes s'est écroulé cette fois-ci à Paris ; il parait que les raisons immédiates en ont été la cessation de pai^ ment de certaines maisons espagnoles et les bruits d'une mobilisation partielle en Espagne. Etant donné les engagements élevés de la bourse de Paris, en valeurs espagnoles, ce ch<3C a été suffisant pour ébranler le marché entier. La panique a été augmentée par des bruits les plus invraisemblables qui ne trouvent créance que dans des moments de désarroi semblables. On voyait déjà, en dehors de l'Espagne, l'Angleterre, l'Amérique, la Turcjuie et les autres Etats de la péninsule balkanique, engagés dans la guerre russo-japonaise. C'est seulement peu à peu qu'on est arrivé à calmer le marché. Il est naturel que ces événements, à la Bourse de Paris, ont aussi atteint les autres marchés européens ; en parli-culier, une nouvelle baisse s'est produite à la Bourse de Berlin, bien que ce second choc ait été supporté par ce marché avec plus die calme que le pcexaiier.
Le tableau qwe news reproduisons plus loin, indi* que les ruines provoquées par les crises du mois de
février sur le marché allemand. A côté des actions des entreprises minières, industrielles, de crédit et de transport, les. valeurs d'Etat allemandes ont aussi subi une baisse considérable. L'emprunt 3 0/0 de l'Empire d'Allemagne est tombé de 91,40 au commencement de l'année, à 89, au 20 février. La rente française 3 0/0 a subi une baisse encore plus considérable, ayant tombé de 97,30 à 94,50 et étant cotée seulement le 20 février à 93,15.
Au marché de Paris, à côté des valeurs espagnoles et turques, les valeurs industrielles russesi ont été aussi fortement atteintes. Très remarquable est la force de résistance des valeurs d'Etat rusçes après le premier choc du 8 et du 9 février; à partir du milieu du mois de février, et, malgré la panique du 20 février, leur cours a été mieux soutenu que celui des valeurs des Etats neutres :
Les crises du mois de février ont, quant à présent, épuisé l'influence de la guerre sur le marché des capitaux de l'Europe Occidentale. Le calme s'est fait dans les esprits en ce qui concerne la participation des puissances étrangères au conflit, et on s'est habitué à compter avec une longue durée de la guerre. Le contre-coup violent a été remplacé par une certaine dépression chronique, pas suffisamment puissante pourtant pour empêcher l'influencej d'autres circonstances de se manifester (1). A partir du com-
(1) La Frankfurter Zeitung a déclaré le 27 mars, 2« édition du matin, dans sa chronique hebdomadaire de la bourse de Berlin : « On ne parle presque pas de la guerre en Extrême-Orient et pour le moment on est passé à Tordre du jour. » De même le 18 avril dans l'édition du soir : (( Les succès japonais en Extrême-Orient et certains bruits qu'on a répandus à ce sujet et qui sont allés même jusqu'à l'affirmation de la prise de Port-Arthur par les Ja-
O kA