X AVANT-PROPOS
que de Russie. On est loin du temps où il fallait émettre des billets sans couverture métallique pour subvenir aux besoins de la guerre contre la Turquie, en 1877-78 ; on émit alors à découvert une somme égale à ce que la Banque de Russie peut aujourd'hui émettre légalement, contre une pleine garantie métallique, R. 440 millions.
Paris, le 15 octobre 1904-
LES
Considérations générales.
La vérité que, pour faire la guerre,il faut de Targent el encore de l'argent, est si vieille, que l'on a presque honte de répéter une banalité semblable ; mais, néanmoins, cette antique maxime n'en demeure pas moins une vérité ; bien au contraire, avec le développement de la technique de guerre sur terre et sur mer, elle est devenue de plus en plus une vérité. Ce n'est pas que l'homme et tout ce qui lui est intimement lié aient perdu toute influence pour le succès militaire du fait de l'équipement technique ; une semblable conception serait encore plus fausse que celle qui, dans la transformation de la petite industrie en grande industrie, ne veut voir que le déplacement de l'homme par la machine. Le matériel hommes, au point de vue numérique, sa force physique, son instruction, l'esprit qui l'anime, l'organisation et la discipline qui le
maintiennent, la personnalité du chef, tout cela sont des facteurs qu'aucun équipement technique ne peut remplacer, dans l'industrie par aucune machine,dans l'art de la guerre, par aucun navire de guerre et aucun canon. Ce n'est pas en éliminant ces facteurs, mais en augmentant la force et le rayon de leur efficacité que se trouve l'importance de chaque appareil technique.
L'importance de la technique et le capital marchent ensemble ; le capital est l'incorporation de la technique. Avec le développement de la technique de l'armement moderne, l'importance de la force économique et financière de la nation, au point de vue de sa capacité militaire, a grandi. Déjà, en temps de paix, l'entretien de l'armement et son accommodation à tous les progrès de la technique des armes, chez tous les peuples, exige des dépenses énormes et sans cesse progressives, lesquelles, à la longue, peuvent être supportées seulement par des Etats économiquement prospères et bien conduits financièrement. Dès que la guerre éclate, il surgit une aggravation aiguë des exigences au point de vue financier. La mobilisation, le transport d'immenses quantités de troupes avec leur équipement, l'entretien et le solde des troupes, l'énorme consommation de matériel de guerre de toute nature, qu'il faut remplacer de suite, tout cela exige la prompte réalisation de sommes gigantesques à un moment où la guerre, en retirant les occasions de travail, en troublant les conditions économiques, notamment celles du commerce étranger, paralyse une grande partie de la vie économique. L'examen de ces exigences financières d'une guerre moderne montre, qu'à côté de la nécessité
d*ôtre prêt militairement, il existe pour tout Etat soucieux de son avenir la nécessité d'être prêt financièrement. Les obligations qui incombent à l'administration financière pour la défense nationale ne se bornent pas à tenir prêtes, en temps de paix, les sommes nécessaires pour maintenir en état l'armement de guerre, mais encore elles embrassent les dispositions qui garantissent l'exacte rentrée des sommes nécessaires. Pendant la guerre elle-même, la force financière d'un peuple n'agit pas comme une masse morte, par sa seule présence, comme l'armée et la flotte ; bien plus, il faut, pour les finances, une conduite avisée, qui tire parti de toutes les forces existantes ainsi que de toutes les opportunités. Les opérations du général ont besoin d'être soutenues par les opérations du chef des finances publiques. De même que le perfectionnement continu de l'outillage de guerre et les modifications de la technique qui en résultent exigent l'attention ininterrompue de tous les Etats qui veulent assurer la complète efficacité de leur armée et de leur flotte, de même ni l'augmention des besoins d'argent, provoqués par la guerre, ni les modifications survenues dans l'organisation des marchés des capitaux et dans les procédés de se pro curer de l'argent, n'admettent une attitude purement passive. L'effroyable lutte que la Russie et le Japon mènent pour la suprématie de l'Asie orientale, avec tous les moyens de la techniquef moderne, mérite d'être suivie attentivement non seulement au point de vue militaire, mais encore au point de vue financier. Comme les événements sont en cours, il n'est pas possible d'arrêter des conclusions définitives sur les côtés financiers de la guerre russo-japonaise. Il faut se borner à constater et à enregistrer les faits, en
réservant pour un examen cntique ultérieur tes jagements définitifs. Il sera donc donné d'abord ime revue de Tétat budgétaire des deux belligérants avant la déclaration de guerre, en insistant sur les éléments qui entrent en ligne de compte pour leur mobilisation financière. IS[ous déterminerons ensuite les mesures qui ont été prises jusqu'ici pour couvrir les dépenses de guerre, le contrecoup de la guerre sur la puissance dès deux belligérants d'une part, sur le marché international de l'argent et des capitaux, que les deux belligérants ont dû déjà mettre à contribution.
Il y a des traits d'analogie entre la Russie et le Ja pon, dans le développement économique et financier de la seconde moitié du xix® siècle. Les deux empires ont traversé une évolution marquée par l'émancipation des paysans en Russie, par l'abolition du S/iogunaty de la féodalité, par l'introduction de procédés en usage dans l'Europe occidentale au Japon ; l'un et l'autre ont réorganisé leur monnaie sur la base dé l'étalon d'or, ce qui a donné à leur crédit public, aux relations du commerce, une base plus stable.
La superficie de la Russie d'Europe (y compris la Finlande, la Pologne) embrasse 5.740.000 kilomètre» carrés, les provinces asiatiques avec le Caucase, 16 millions ; les îles du Japon (non compris Formose) 382.000 kilomètres carrés» ; à la fin de 1897, la population de la Russie d'Europe a été estimée à 112 millions d'habitants, celles des possessions extraeuropéennes à 14 millions (1). Le Japon en 1900, avec une population 5 fois et demie plus dense, ne compte que 44 millions» Le commerce extérieur de la Russie en 1903 représente 4.175 millions de francs, celui du
(1) La population de la Finlande est de 2.527.000 en
Japon 1.587 millions. La différence des dimensions éclate surtout dans les chiffres du budget : les recettes de la Russie en 1904 s'élèvent à 5.887 millions de francs, celles du Japon à 650 millions de francs.
Les Finances russes pendant les années qui ont précédé la guerre
Le budget de prévision de la Russie, d'après le rapport du ministre des Finances à l'Empereur, qui est publié chaque année, le V janvier, vieux style, comprend :
Les recettes ordinaires estimées à 1.980,1 millions de roubles, les dépenses ordinaires à 1.966,5 millions, ce qui laisse un excédent de 13,6 millions de roubles.
Les recettes du budget extraordinaire sont estimées à 198,6 millions de roubles, les dépenses à 212,2 millions ; il y a donc ici une insuffisance qui est couverte exactement par l'excédent du budget ordinaire. Il faut relever que la plus grande partie des recettes extraordinaires, notamment 195,8 millions, provenaient d'un prélèvement sur les ressources disponibles du Trésor» (ces disponibilités sont formées du produit des emprunts, des recettes extraordinaires et notamment des excédents des budgets ordinaires). Le maintien de ces disponibilités à un minimum considérable a toujours constitué un principe impor-
tant de la politique financière de la Russie. Les disponibilités du Trésor sont calculées dans le rapport du ministre des Finances pour le 1" janvier 1904, à 312 millions R., elles pouvaient donc supporter aisément le prélèvement de 195,8 millions.
Ce qui frappe dans le budget russe, tout d'abord, c'est l'importance des chiffres : le budget se balance en recettes et dépenses, par 2.178,7 millions R. =4.706millions de marks,tandis que les dépenses de la France sont, pour 1904, de 2.880 millions M., celles de l'Empire d'Allemagne de 2.002 millions. En faisant des comparaisons, il faut tenir compte non seulement de la grandeur de la population russe, mais encore que plus de la moitié des recettes russes proviennent des domaines, droits régaliens, exploitation des chemins de fer, monopole de ralcoo»l, qui jouent en France un rôle bien moindre ; si l'on calculait les dépenses^ des Etats particuliers de l'Allemagne, qui possèdent un revenu de source industrielle (domaines, mines, chemins de fer), on arriverait pour l'Allemagne, à 6.450 millions M. (1).
Voici conmient se décompose le budget russe :
(1) Si Ton estime la population russe en 1904 à 130 millions d'habitants, le budget de 1904 représente par tète un fardeau de 45 francs environ, tandis qu'en France la charge est de 95 francs. Mais ces rapprochements ne tiennent pas compte d'éléments disparates.
Crédits de l'exercice 1904
Dépenses ordinaires : Roubles
Dette publique 289.299.183
Grands corps de FEtat 3.529.111
Saint-Synode et culte orthodoxe 29.331.890
Ministère de la maison de TEmpereur 16.127.920
— des Affaires étrangères 6.417.790
— de la Guerre 360.758.Ö92
— de la Marine 113.622.426
— des Finances 372.122.649
— de TAgriculture et domaines 49.829.102
— de l'Intérieur: 114.727.078
— de rinstruction publique 43.677.451
— des voies et communications 473.274.611
Direction générale de la marine marchande
et ports , 16.647.466
Ministère de la Justice 51.082.938
Contrôle de TEmpire 8.993.809
Direction générale des Haras 2.116.735
Prévision du renchérissement des vivres et
fourrages en 1904 3.000.000
Dépenses imprévues pouvant résulter de besoins extraordinaires 12.000.000
Total des dépenses ordinaires 1.966.458.251
Excédent des recettes ordinaires sur les dépenses de même nature..., 13.636.2^2 Dépenses extraordinaires :
Construction du chemin de fer sibérien. . . 17.160.965
Mesures auxiliaires se rattachant au dit
chemin de fer 4.412.114
Construction d'autres voies ferrées 126.636.725
Prêts de capitaux aux compagnies de chemins de fer pour travaux de construction 62.980.000
Indemnités aux particuliers et aux établissements publics pour les dédommager de
la perte du privilège de propriétaires... 2.000.000
Total des dépenses extraordinaires 212.178.804
Total général des dépenses "27178.637.055
Recettes ordinaires :
P révisions
de
Roubles
Impôts directs 136.138-477
— iadirects 421.167.lfi0
Droifes et taxes 103.681.238
Stoiis régaliwis 689.861.300
]>Qmame de l'Etat 560.963.841
Aliénation d'immeubles du Domaine.. 536.573
Annuités de rachat ....... 86.164.300
Recouvrement de déboors effiBctu«» par le
Trésor 76.231.206
Recettes diverses ^ 6.481.464
Total des recettes ordinaires 1.980.094.499
Recettes extraordinaires :
Bépats perpétuels à la Banque de Russie. 2.750.000
A prélever sur les diapiMuibilités d!u Trésor. . 195.799.662
Total général 2.178.637.05Ö
Les ressources importantes que fournissent les chapitres des droits régaliens et du domaine de FEtat proviennent, en première ligne, des chemins de fer d'Etat et du monopole de la vente des» spiritueux,, des postes, télégraphes et téléphones, de la monnaie, des terres et des usines domaniales et de la Banque de Russie. Les 86 millions de roubles que fournit le chapitre des annuités de rachat se composent des annuités payées par les ex-serfs domaniaux pour le rstchatt de l'impôt qu'ils étaient forcés de payer du temps du servage pour la jouissance des terres ains»i que des
aanuÂtés,. que paient lies aat^erf» des parfietrliers, ccHUixie intérêts efc amattisetment âes^ sommes p^éea pair l!£tat, aus prop^iëfisâre» ao moment: de Fabolition diii servage. Lea 76 milifeaas d«s recouvrements de débooTâ effedués par le Trésor représentant la rentrée dß& s<9fiQmefi pvêiées piar FEtat' awsr compagnies de chemins de fer, aux institutions locales et au:x Ktats étrangers. Les resaoarees f<3«imieg* par les impôts diiie«ts sont peu importaiïtes ; fe pttis grande partie de» rentréesi du chiapitre des- impôts iTïdirectB est four- Bie par les droitrs de do«ean«.
En. ce qui oonceime le» éépaises, il fau! indiquer avant töiit, qu'om n'inseritt ctens le budget extraordi- QÄire^. d€aaè le« recettes peuvent, le ca« échéant, pro venin des emprunts^ que les= dépenses pour l'es entreprises productives, tandis que les autres dépenses, y Gompriff- les -dépenses pouT la guerre et la marine, sont inscrites (feins le budget ordinaire et d'après Ifes prévisioflfts, sont cntièremeiït eöwvertes par les recettes Oüdinairesv Les dépensfs potir l'armée et la marine äcaat très considérables. Elles se immtent pour le chapitire de la guerre (évaluées- en francs^), à 974 millions da fraaacs,. contre 808 millions de francs dépensés daa* le même but par FEm^ire allemand, et pour la marina à 306 milliions de fran<w crnitre^ 270 miliit^nsde francs en Allemagne. Les- dépenses pour la défense iKïtiiGMraAle constituent environ un quart du total des dépeHses ordinaires. Un« antre quart est employé pour les eniireprises de transport et de communicalîion, qui nécessitent encore des dépenses- du chef duj paiement dös garanties. Environ un sixième des dépenses es-t employé pour le paiement et ramortisgemfent de la dette pxi'blrqme. Au chapitre du mi^iistôre d«e9 Finançai fi^wreiat, à. côté des dépenses pour l'administrai
tion financière proprement dite, d'autres dépenses considérables, telles que les dépenses pour les pensions civiles, les dépenses occasionnées par le mono pole de la vente des spiritueux et celles du chef du paiement de garantie aux sociétés de chemins de fer. Les dépenses pour Tinstruction publique semblent insuffisantes.
La dette publique russe, dont le service absorbe une partie si importante des dépenses, se chiffrait au commencement de Tannée 1904 par 6.636 millions de roubles = 17,7 milliards de francs. Elle est, par conséquent, à peu près égale à la dette de TEmpire allemand et celle des Etats particuliers réunis (environ 14 1/2 millions de marks = 18 1/6 millions de francs). Les différentes parties de la dette publique russe paient — conformément aux époques où elles ont été contractées — un taux d'intérêt différent. Environ la moitié de la dette (3.034 millions! de roubles), est libellée en même temps en yaluta russe et en Valuta allemande, française, anglaise ou hollandaise, et les intérêts et le capital sont payables au choix du créditeur en valu ta russe ou étrangère. Tandis qu'autrefois on émettait ordinairement des emprunts avec un plan d'avance arrêté d'amortissement, on a émis pendant la période plus récente un nombre considé rable de « rentes perpétuelles ». En outre, l'Etat en rachetant les chemins de fer s'est substitué comme débiteur du chef des obligations émises par les sociétés rachetées ; de même, les lettres de gage des banques agraires de la noblesse et des paysans, qui sont des institutions d'Etat, représentent aussi une dette d'Etat russe.
Une partie importante de cette dette est placée à l'étranger, surtout en France ; ce dernier pays a repris les valeurs russes qui, dès l'année 1887, ont été
écartées du marché allemand, et a depuis absorbé des quantités très grandes de titres russes provenant de nouveaux emprunts. A la cote officielle de la Bourse de Parisi sont inscrites quatorze catégories des emprunts d'Etat russes et, en outre, dix catégories des obligations des chemins de fer. Les titres d'Etat russes placés en France sùtit évalués de 7 à 9 milliards de francs. En Allemagne, en Angleterre et aux Pays- Bas, se trouvent environ pour 3 milliards de francs de valeurs d'Etat russes. La somme que la Russie doit payer à ces pays comme intérêt et amortissement est évaluée à 450-500 millions de francs par an. C'est surtout pour le service des emprunts placés à l'étranger que le ministère des Finances russe possède toujours à Londres, à Paris et à Berlin, des sommes disponibles et dont le montant oscille bien entendu considérablement ; pendant les premiers mois de l'année courante, elles se chiffraient par environ 500 millions de francs.
A côté de la dette importante contractée par l'Etat russe à l'étranger, il faut mentionner qu'une grande partie de l'industrie russe nouvellement créée a été appelée à la vie par les capitaux étrangers et fonc lionne, au moins en partie, au moyen de ces capitaux. Les actions et les obligations d'un nombre considérable d'entreprises, surtout dans le domaine des mines et de l'industrie métallurgique, ainsi que du transport, etc., etc., sont placées à l'étranger et notamment en France, en Allemagne, en Belgique, et les dividendes et les intérêts que la Russie paie de ce chef à l'étranger constituent, à côté du service de la dette publique, un nouvel élément à la charge du bilan international d'échanges de la Russie avec l'étranger (1).
(1) Ij Economist de Londres dans une lettre de Paris
22 LES FimxQm ôes ©eijugerants
Pourtant .UB tahleam mseiûci d^ Tétai aetoel éa imdgat rus&a al de la ^ckUte inifise a'^ssit |»as -sRE^sttixt pour donner iuoe idée 4e ila .pviasyaixwîe fkiancièpe ée la Russie. Pour ^Gonyaléior ce tabieau, il faudrait y ajouter ujqi .tableau duidéA^ek)^pp«menl<des£nances russes pendant les demiènes ai)y:iéefi.
L'impontance .des proMemeg q^ie la Russie avait à résoudre depuis le ^Mew du JsxKf isiècle^ dams le domaine éeonoDaigue, miliUir e et peditique, et, en particulier^ l'abalitioû ;du serva^e^ la construction dW grand réseau i ei*r^, les depeßßes /occaeionnées par la guerre de Cricobée et la cgueme rmsso-turque — ont exigé des dépenses éaôrnaies, «t les finances rasées n'étaient pas encore, par des raiscms différeoites, .asgex mûres en <ie momeRt peur satisfaire à ces besoinB.. D'abord, jbl.a maa^tqué dans la constiitutioA étoomonai^pie de la Ru5sie^ au«ôi ku^emps qae les paysans en étaient encore au sjstèiaae de la production piinaitive, avec une quantité de numéraire réduite au minitmim, les conditions nécessaires pour fournir les sommes très considérables dont l'Etat avait besoin ; et, ensuite, le mécanisme de^ finances russes devait être lui-même reconstruit conformément aux nouveaux besoins. Tant que ces conditions n'étaient pas néalisée6, Le& budgets russes doanaient de« déficits importants, et puisque les reeeites ne suffisaient pas pour couvrir les dépenses, on recourait aux emprunts et aux émissions des roubles crédit, sujets à une très
(du 13 février 1904), évaluô la totalité des titres russes (y compris les titres iadu«triels) placés en France 9k 7 à 8 milliards de francs, Baphaël-Georges luévy évnhis dans un »xticle de la Bévue des Devix-Mondes (1^ juillet 1904), la somme des valeurs d'Etat russes à de plus la moitié de la dette totale, soit à environ 9 milliards de francs. Ce sont des conjectures.
RUSSIE ET lAPON 23
grafide dépréciation. An coBMnencement des aimées 1880-1885, le mii^stre des Finances, Bunge, a entrepris une réforme décisive afia de consolider la dette publique, rétablir k crédit public et remplacer la moniîiaie de papier sujette à osciDations par un étalon d'or solidement établi. Cette réforme a commencé ä porter des fruits déjà depuis Tannée 1888. La réform« de Bunge qui, en partie, a été déjà préparée par l'introduction en 1875 d'un impôt foncier générai, comprenait aussi la suppression de la «capîtation et de l'impôt sur le sel, qui pesaient lourdement sur les classes les plus pauvres et dont on ne pouvait pas escompter un accroissement des rentrées, ainsi que la diminution des annuités de rachat payées par les ex-serfs ; par contre, l'imposition indirecte des objets qui ne sont pas de première nécessité et avant tout de l'alcool, du tabac, du sucre, des huiles minérales et des allumettes, ainsi que les droits de douane ont été remaniés de manière à fournir un rendement plus élevé ; l'imposition des classes industrielles, du commerce et de la circulation n'a été que peu élevée, afin de ne pas gêner le développement de l'in dusirie et du commerce ; par contre, on se servait dans une large mesure pour les besoins des finances d'Etat, des énormes propriétés domaniales, des chemins de fer et d'autres entreprises d'Etat. On a aussi strictement appliqué le principe d'après lequel toutes les dépenses ordinaires devaient être couvertes par les recettes de même ordre, et même une partie des dépenses extraordinaires devait être couverte, au lieu de nouveaux emprunts, par des excédents des budgets ordinaires. Le budget extraordinaire a été sensiblement déchargé par la loi du 4 juin 1894, qui a transporté toutes les dépenses pour l'entretien des chemins
de fer et le renouvellement du matériel roulant, pour les travaux de port, pour le renouvellement de l'armement, etc., au budget ordinaire. Les dépenses pour la construction de nouvelles lignes et pour Tachât de nouveau matériel roulant ont seules été laissées au budget extraordinaire.
Comme conséquence de cette politique financière, le déficit a réellement disparu des budgets russes, depuis l'année 1888, et a été peu à peu remplacé par des excédents notables des recettes sur les dépenses et cela bien que les problèmes qu'avait à résoudre l'Etat exigeaient un accroissement énorme des dépenses.
Elles se montaient en millions de roubles :
Recettes Dépenses Bicé-
ordmaires ordinaires Déficit dents
Si dans les prévisions pour l'année 1904 les recettes sont inscrites pour 1.980,1 millions de roubles, et les dépenses pour 1.966,5 millions de roubles, ce qui ne donne qu'un excédent de 13,6 millions de roubles, il faut avoir en vue que les propositions des receltes et des dépenses sont élaborées ces dernières années, en Russie, avec une telle circonspection, que le résultat final accuse des plus-values considérables des recettes et des moins-values considérables des dépenses, comme cela résulte, par exemple, des données
suivantes, pour les années 1902 et 1903 (en millions de roubles) :