GOG
L'UNIVERS
fréeate anglaise arriva av«c des dépÂnies de Gonstantinople ; elle apportait ua nouveau protocole qui prescrivait au gouvernement un système d'accoi&modementetde fusion. A cette nouvelle , Augustin Capo-dlstria , redoutant peut-être le sort de son frère , 6*embarqua de nuit sur un brick russe, et se retira avec ses partisans les plus compromis dans 111e de Corfou.
Le protocole dont nous venons de parler avait été dressé en dehors des faits accomplis , c'est-à-dire , dans la supposition que les partis en Grèce se trouvaient dans la même situation respective : les résidents se virent donc dans Tobligation de suivre leurs instructions à la lettre , et de travail* 1er à empêcher le parti national qui triomphait à ne pouvoir profiter de ses avantages; c'était réorganiser le désordre. On confia donc au sénat la tâche d'instituer un nouveau gouvernement de cinq membres , dont quatre furent choisis dans le parti russe; cette combinaison ayant échoué, on essaya du nombre sept, mais sans plus de succès : alors les résidents consentirent à laisser prédominer le parti constitutionnel ; mais ce résultat fut de nouveau annihilé au moyen d'une disposition réclamée par la minorité russe, et qui rendait nécessaire, pour Ja validité de chaque décret, une majorité de cinq voix. Pendant ces tiraillements , rien ne s'achevait ; l'absence d'un gouvernement reconnu ouvrait un champ libre à toutes les intrigues ; le service public étaft en souffrance; on eût dit que les cours protectrices prenaient à tâche de démontrer, par le spectacle de ce qui se passait en Grèce , qu'il ne pouvait résulter d'une insurrection populaire que misère et anarchie.
Golocotroni mécontent quitta Nau-
eie, menaçant de revenir avec les lephtes, pour tirer vengeance du parti constitutionnel, et soutenant qu'il en avait le droit , puisque la conférence en avait mis hors la loi les membres les plus influents. Un de ses cousins , Zavellas , s'empara de la citadelle de Patras.
« Le gouvernement provisoire en appela au protocole de mars , et demanda aux résidents de faire occuper par les troupes de l'alliance les forteresses de Patras , Corinthe et Nauplie, jusqu'à l'arrivée du roi Othon, à la disposition duquel elles avaient déjà été placées par le traité du 7 mai. Jamais l'intervention de la diplomatie ne fut plus complètement dérisoire :
le général Guéhéneuc, commandant des troupes françaises, marcha, en conséquence, sur Patras, dont les habitants avaient invoqué la protection du ministre britannique.
« A l'arrivée du général français , il se trouva que les résidents avaient écrit à leurs consuls à Patras de sommer Zavellas d'évacuer la forteresse , mais de l'informer en même temps que, s'il s'y refusait, il n'y serait pas contraint de vive force. » ( Voyez Tbiersch, tome I, page 130.) Zavellas , sans s'inquiéter de la solution de cette exigence, commit toutes sortes de violences et d'exactions contre les habitants de Patras.
Cependant l'assemblée nationale allait se réunir; elle avait à délibérer : 1° sur la ratification du choix du prince Othon ; 2* sur la reconnaissance du gouvernement provisoire, formé par les résidents , et constitué par le sénat , mais dépourvu encore de sanction légale ; 3<> sur la garantie des emprunts faits en Angleterre avant que Vindépendance de la Grèce eût été reconnue ; 4' sur la proclamation d'un acte d'amnistie pour tous les délits politiques.
Les résidents entravèrent de tout leur pouvoir cette mesure : elle aurait frappé d'impuissance les partis qui se seraient trouvés opposés à la manifestation du voeu national. Cependant l'assemblée se réunit à Pronia ; elle reconnut par acclamation le prince Othon pour souverain , et désigna M. Thiersch pour Êorter la ratification de ce choix en iavière. Le prince de Maîna , oubliant tous ses griefs, proposa le premier une anmistie réelle qu'on adopta à l'unanimité. L'assemblée procéda ensuite à l'établissement d'une constitution définitive , selon le vœu de la con-
férence, et pour que les dlspoiitîoD$ da pays fusseot bien connues du nouveau souverain. La Russie » en ce qdi regardait la question financière, avait intérêt à ce que la Grèce ne s*engageât à aucune restitution envers la Grande- Bretagne; nous empruntons la cita* tioQ suivante au protesseur Thiersch , pour montrer auelle fut l'action de la politique du cabinet impérial dans ces conjonctures si délicates ; et si cette partie de notre récit paratt se rattacher plus particulièrement à Thistoire de la Grèce , elle n'en est pas moins ici à sa place, comme expliquant la prépondérance de la Russie dans un pays qu'elle avait préparé de longue main a une séparation violente d'avee la Turquie , et qu'elle s'efforce encore aujourd'hui de ramener sous son protectorat immédiat, en empêchant le développement de ses institutions, de ses alhances et de sa prospérité, sous toute espèce de gouvernement qui l'éloignerait d'une dépendance absolue.
« Parmi les opposants dans l'assemblée , on voyait au premier rang l'amiral étranger (Ricord). Il avait, au su de tout le monde , pris trop de part aux affaires d'Argos , et était trop lié avec le comte Augustin pour ne pas regarder, comme personnels les dangers qui menaçaient la réputation et les intérêts de son ami. En négociateur habile , il commença par cherdier des partisans dans les rangs de ses adversaires. Les Maînotes , et parmi eux la famille des Mauro-Micfaalis , furent fobjet de ses prévenances empressées.
L'amiral leur avait témoigné à différmites reprises, au temps de leur adversité , un intérêt et une bienveillance qui certes lui faisaient honneur. Comptant sur leur reconnaissance, il essaya de gagner Élie Mauro-Michalis, sans se laisser décourager par Tadmiration que manifestait ce jeune homme pour aon oncle Constantin et son cousin George, qui avaient tué le président.
Le trouvant peu accessible à ses avan* ces , il envoya son aide de camp vers le clief de la famille, Pierre, également vénéré par ses vertus et par ses souffirances , et qui , avec les députés
inainotes , résidait alors à Ârgos , prmt les autres membres de rassemblée nationide qui s'y rendaient en grand nombre de tous oStés. Le projet de l'amiral était de détacher les Mauro-Midialis du reste de l'assemblée, et de leur persuader de s'en retourner chez eur, ce qui aurait porté les représentants de leur province à les suivre. Si cela eât eu lieu, la confiance des antres députés se serait ébranlée ; et , en persuadant aux uns de s'en aller et aux autres de ne pas venir, on espérait pouvoir réduire l'assemblée aux deux tiers du nombre voulu par la loi pour qu'elle puisse se constituer. Depuis le tîemps de Catherine la Grande , dit le messager à Pierre Mauro-Michalis , nos souverains ont pris beaucoup d'intérêt à votre famille , en appréciant les services qu'elle a rendus à la cause qui nous est commune, et les vertus que vous n'avez cessé de déployer pour la défense et le gouvernement de votre pays. L'empereur actuel est prêt à témoiffner qu'il en garde le souvenir par des dons et des bienfaits proportionnés à vos besoins et à votre dignité, si vous consentez à suivre ses conseils.
Ni lui ni le père de votre roi ne sont d'avis que rassemblée se réunisse à présent. Ils considèrent cette démarche comme nuisible au bien de la Grèce et hostile envers son souverain , puis* qu'ils voient que l'assemblée est composée de brouillons, et qu'elle n'interviendra dans les affaires de la Grèce qae pour y fomenter l'esprit révolutionnaire et pour y rendre impossible l'établissement du principe monarchique. Les amis du bon ordre et de notre souverain sont décidés à ne pas tolérer cette réunion de démagogues et de brigands. Vous devez à votre dignité , à votre pays et à votre famille de seconder nos dfforts , et soyez assuré qu'en le faisant vous aurez bien mérité du gouvernement qui va s'établir en Grèce , et que vous y occuperez une des positions les plus élevées. Il pria ensuite le prince de se retirer dans son pays, et lui ofùrit. à eet ef«^ fet , un brick ou même la nréeate de l'amiral. Le vieux prince répouait qu'il
eos
L'UNIVERS
n'avait jamais clouté des sentiments de l'empereur envers sa farailte ; que si Sa Majesté avait récemment permis qu'on ta persécutât, la faute en était entièrement à ses agents en Grèce, qui, s'étant trompa eux-mêmes, avaient dû induire aussi en erreur leur souverain par rapport aux sentiments dMiommes nés et élevés dans l'attachement à son auguste famille. En ce moment même, ajouta-t-il, je suis disposé à me conformer aux vues et aux conseils de Sa Majesté impériale ; mais il faut d'abord que je les ap|)renn^ d'une manière positive. Certes , si telles sont 1^ intentions de l'empMereur et du roi de Bavière , ils les exprimeront directement et officiellement au gouvernement grec qu'ils ont reconnu. Mais, avant que cette communication ait lieu , nous devons croire à une communication qui nous vient d'autre part, et qui nous représente le roi de Bavière comme ne désirant aucunement de nous imposer son ffls , mais, au contraire, comme souhaitant que ce choix obtienne Tassentiment de notre pays.
Cet assentiment ne serait ni complet ni valable , s'il n'était donné dans les formes voulues par la loi ; et ces formes légales n'existent en Grèce mie dans l'assemblée qui va se réunir. Nous ne pouvons donc pas autrement reconnaître notre souverain , et nous nous sommes promis de faire de cette reconnaissance le premier objet de nos travaux législatifs... Le jour suivant, le messager ayant été introduit dans une de leurs réunions, ii y déclara ou'il avait été dans Terreur à leur égard , et qu'il ne pouvait plus douter que tant de citoyens recommandables ne fussent intéressés au maintien du bon ordre. On lui donna l'assurance que les lois et les institutions préparées seraient décidément monarchiques, et qu'elles ne contiendraient rien de révolutionnaire et de dangereux. »
Cette tentative de l'amiral russe ayant manqué, les résidents parvinrent à introQuire des dissensions entre les députés constitutionnels et les membres les plus influents du parti anglais. Cette scission ne fit qu'augmenter la
confusion et multiplier les embarras qu'on préparait à la régence. Il fut décidé oue la reconnaissance des sommes dues a l'Angleterre resterait en dehors des arrangements financiers de la conférence , et le résident britannique devint ainsi complice d'une mesure qui imposait à son pays un sacrifice d*environ soixante et quinze millions. L'assemblée nationale essaya en vain d'arrêter le sénat dans 1 exercice illégal d'un pouvoir reconnu par les cours protectrices ; elle fut dispersée violemment par la force armée , et Colocotroni , l'exécuteur du parti russe , s'avança à la tête de ses bandes. Le sénat , à la nouvelle de la prochaine arrivée du prince Othon , se hâta de nommer un jzouvernement militaire, composé de Colocotroni, Zavellas, et de cinq autres capitanis. C'est quelque temps après qu'un régiment de la brigade française , après avoir échappé aux embuscades qu on lui avait tendues lorsqu'il traversait la Morée pour occuper Argos, fut déloyalement attaqué dans cette ville.On peut dire que les intrigues des partis russe et anglais, en frappant la Grèce dans son existence intime, c'est-à-dire dans ses institutions, n'ont pas fait moins de mal à ce pays que ne lui en a causé rhostilit6décJarée des Turcs. C'est au milieu des violences exercées par les soldats de Colocotroni
Îue le prince Othon arriva en Grèce.
Jne flotte de cinquante-cinq bâtiments de transport, escortée par les vaisseaux de suerre des puissances alliées, amenait le jeune souverain, une régence d'hommes d'État hautement estimés en Allemagne , trois mille soldat bavarois, et des ressources pécuniaires suffisantes pour les premiers besoins.
Le spectacle sur le rivage présentait un contraste frappant avec cette pompe d'installation. Cétait une foule de paysans accourus sur le lieu du débarquement, héros obscurs de tant de luttes étrangères et intestines, dont l'extérieur misérable semblait annoncer à l'élu des cours protectrices toute rétendue de la tâche qu'il n'avait pn?
craint d'accepter (février 1833).
La régence, composée du comte
d'ArmanspeTg , du général Heydeck , et de MM. Maurer et d'Abel, devait entourer le prince Otbon de ses conseils , et gouverner en son nom jusqu^à sa majorité. On proclama une amnistie générale pour tous les délits j^litiques. La nation reconnut Tautorité de la régence et prêta serment de fidélité au roi Othon. Trois cours de justice furent instituées à Nauplie , à Missolonghi et à Thèbes. On restreignit Fusage des armes à feu ; on créa une administration , une armée et une marine; des comités furent institués pour examiner les affaires de TÉglise et les besoins de Tinstruction publique; et, pour appuyer les mesures de police, on créa un corps de gendarmerie. Les prétentions des anciens partis semblaient effacées; il n'était plus ouestion du sénat; et, pendant quelques mois , rétablissement de Tordre amena les plus heureux résultats. Mais cette harmonie ne fut pas de longue durée :
le désarmement des palicares et le refus inopportun d'avoir égard aux prétentions exagérées des capitanis, excitèrent parmi eux un vif mécontentement. Le général Church se fit l'avocat des réclamants; et, n'écoutant oue ses sympathies militaires, il ne cacha pas que ces mesures étaient désapprouvées par le comte d'Armansperg, qui avait dû céder sur ce point à la détermination de ses collèges. C'était publier qu'il y avait scission dans le conseil , et raviver les luttes intestines. Le système introduit dans la perception des impôts par Maurocordato, nommé ministre des finances , et quelques autres règlements sur l'exploitation par des particuliers des terres appartenant à la couronne, blessaient le droit local et entravaient sensiblement l'industrie et l'agriculture: cependant les bienfaits delà nouvelle administration compensaient largement ses fautes ; et , à tout prendre, la Grèce était dans un état prospère.
Ce développement de ressources, basé sur un gouvernement indépendant, ne pouvait que contrarier les vues de la Russie. L empereur Nicolas nomma pour son envoyé auprès du roi Othon
39* Livraison. ^'Russtb.^ t. ii.
M. Catacaxi. Cet agent eut ordre de se rendre d'abord à Munièh, afin de ne paraître sur le théâtre de sa mission qu'armé de la double influence de la Russie et de la Bavière. Il s'agissait d'alarmer le roi allemand sur la tendance révolutionnaire de la r^enoe, tâche qui n'était que trop facile. M. Catacazi, à son arrivée en Grèce, suscita tant d'embarras aux quatre conseillers bavarois, qu'ils écrivirent à Pétersbourg pour demander son rappel.
C'est sur ces entrefaites qu'eut lieu une mesure d'une grande portée politique. M. Maurer convoqua le oaut clergé à Nauplie , institua de son plein assentiment un synode indépendant, et plaça le roi Othon à la tête de TÉ-
Î^lise de son royaume (4 août) (38 juilet 1888).
Les Grecs approuvèrent formellement un acte d'autorité en vertu duquel# le pays devenait le seul en Europe (font l'Église portait le même nom que l'État. Ce n'était pas sans raison que M. Catacazi ne voulut point assister à la solennité qui accompagna l'acte d'indépendance de l'Église grecque. Nous rapporterons ici quelques-uns des articles de la déclaration, pour indiquer combien elle gênait les projets & la Russie à l'égard de la Grèce.
Othon , par la grâce de Dieu , roi de la Grèce;
D'après le vœu unanime des métro^ politams , archevêques et évêgues de notre royaume , de nous voir déclarer rindépendance de l'Église grecque , et instituer un synode permanent, nous avons décrété, de l'avis et avec l'approbation de nos ministres , et décrétons ce qui suit.:
Art. V. L'Église orientale, apostolique , orthodoxe , dans le royaume de urèce, en ne reconnaissant pour son chef spirituel que Notre-Seigneur et Sauveur Jésus -Christ, et en n'envisageant pour son supérieur, concernant la direction et l'administration de l'Église , que le roi de la Grèce , est libre et indépendante de tout autre pouvoir, sans préjudice de l'unité du dogme, tel qu'il a toujours été reconnu par toutes les Églises orthodoxes orientales.
L'UNIVERS
Art. 3. Le suprême pouvoir spirituel repose , sous ia supiématie du roi , entre les mains d'un saint synode permanent... (Suivent plusieurs articles purement i^lementaires.)
Art. 8. Le serment suivant sera prêté par le président, les conseillers et les assesseurs du synode :
Je jure d'être fidèle au roi , d'obéir aux fois du royaume , de m'acquitter consciencieusement des fonctions qui me sont confiées; de maintenir reiisieusement les droits et les libertés de l'Église orthodoxe orientale, apostolique, du royaume de la Grèce ; de veiller à son indépendance de tout pouvoir étranger, à son bien-être et à sa prospérité, etc. , etc.
Apres une conspiration ourdiecontre la régence, ou plutôt contre MM. Maurer et d'Abel , par Golôcotroni et les "chefs les plus influents parmi les Klepbtes, on acquit la certitude que M. Gatacazi , soutenu par M. Dawkins , résident anglais , avait réussi à 0|^ser le comte d'Armansperg à ses collègues ; dès lors le président de la régence, compromis par son mauvais vouloir, ou, du moins, par une condescendance inqualifiable, se vit forcé de recherdier l'appui de la Russie. La découverte de toutes ces intrigues amena un changement de ministère dans le sens constitutionnel; mais, par an sentiment outré de délicatesse, on laissa des fonctions importantes entre les mains d'hommes connus par leur hostilité aux nouvelles institutions. On décida néanmoins, sans plus de délai, de procéder à la création régulière et systématique d'un code de lois et d'une organisation municipale. Cette détermination valut au nouveau ministère , de la part de M. Gatacazi et du résident anglais , la qualification de révolutionnaire et de républicain.
M. de Gasser avait été envoyé de Munich en Grèce avec l'ordre de s'entendre avec M. Gatacazi ; mais , qu&nA ' il eut vu l'état réel des choses , il informa son cabinet de toutes les intri- ^es de l'envoyé russe; il écrivit m^ne a sa cour que la comtessed'Armansperg ne négligeait rien pour faire du jeune
roi, ou du moins de son oncle, le prince de Saxe-Altenbourg, un de ses
tendres. Quel que tàt l'eloignement u roi de Bavière pour une mésalliance , ses craintes , devant tout ce qui*avait une couleur libérale, étaient encore plus vives, et il ne pouvait se résoudre a voir établir en Grèce un système large et approprié aux mœurs et aux habitudes nationales, sans se croire complice de jacobinisme. L'opposition du comte d'Arroanspers aux vues de ses collèges fut probablement ce qui le maintint; tandis que , tomme pour précipiter leur disçrice (nrépavée avec tant d'habileté parle parti russe , soutenu par le résident britannique, MM. de Maurer et d'Abel travaillaient k la rédaction de quatre codes basés sur la loi commune et survies anciennes Institutions municipales. Dans le même temps, on jugea le procès des eonspirateurs aont nous avons déjà parle , et parmi lesquels fixaient en première ligne Colocotroni et Goliopulo ; malgré les eiforts du parti russe , et la svmpathie non dissimulée du comte d'Armansperg, le sentence fut un arrêt de mort que commua le roi en vingt années de prison. Quelques troubles éclatèrent à Marna , où la révolte prit un caractère sérieux. En présence de toutes ces difficultés , le général Heideck et MM. de Maurer et d'Abel demandèrent leur démission; mais on la reAisa pour les congédier bientôt avec plus d éclat
M. de Kobell fut envoyé de Munich avec des lettres pour le comte d'Armansperg et M. Gatacazi , ce dernier ayant déjà reçu l'ordre de sa cour de placer des baïonnettes russes à la disposition de M. Kobell et du comte d'Armansperg, si MM. de Maurer et d'Abel voulaient s'en tenir aux stipulations du qnadruple traité, et par conséquent ne pas quitter leur poste. M. Kobell fut nommé à la place de M. de Maurer, et M. Greiner à celle de M. d'Abel, comme membre supplémentaire.
« On vit alors , dit M. de Maurer, le singulier spectacle que le successeur d'un homme dénoncé au gouvernement britannique comme un partisan trop
ardent de la Russie , arriva lui-même a rhôtel du ministre russe en Grèce , pour chasser, s'il était nécessaire , par rusage des armes russes , Thomme dénoncé comme partisan de la Russie. . . Les conséquences de notre rappel pouvaient être fBM^ilement entrevues, au moins par ceux qui connaissaient les relations, le pays, le peuple et nos successeurs.
« Si nous eussions été rappelés quelques mois plus tard , la ureoe aurait eu déjà alors ses tribunaux , ses écoles , son université , son académie des sciences, et, en général, des fondements plus solides pour son avenir. »
Quant au général Heideck , il attendit que son engagement fût expiré pour quitter la Grèce, où son zèle et son dévouement étaient désormais inutiles. La guerre civile éclata ; un neveu de Plapontas se déclara lieutenant général du royaume, et arbora les couleurs russes, prétendant que son parti n'avait d'autre but que d'assister le jeune roi dans l'oeuvre constitutionnelle* Tous ces moyens avaient été préparés pour désorganiser la r^enee ; mais il se trouva qu'ils éclatèrent contre le comte d'Armansperg luimême, à l'instant où il étlut débarrassé de ses collègues. Cependant les rebelles furent désarmés; et le eomte, ayant sans doute égard à l'intention primitive des coupables, se garda de sévir contre les chefs du complot , et se contenta de faire exécuter quelques malheureux paysans qui n'étaient coupables que d'ignorance. La veille de sa majorité, le roi G thon nomma le comte d' Armansperg vicen^ancelier du royaume : le but de la Russie était atteint ; et , ce qu'il y a de plus digne d*attentlon , c'est que le cabinet britannique donna lui-même les mains à toutes les mesures des agents russes, contrairement à l'esprit des protocoles, et dans la crainte puérile que l'établisp sèment d'un gouvernement populaire en Grèce ne pût être attribué au triomphe de la révolution de juillet.
Peu importait à la Russie que , plus tard , M. d'Armansperg fût rappelé -, il lui importait d'empêcher la Grèce
de s'organiser d'une manière stable, de faire triompher son influence à tout prix, et de pouvoir compter la Grèce comme une annexe de ses provinces maritimes quand l'heure de donstantinople aura sonné.
Pendant que hi Russie étudiait à fend toutes les difficultés qui entravaient l!action des gouvernements étrangers^ soit pour les forcer à adopter ses vues, soit du moins pour paralyser leurs intentions hostiles, l'opmioo des meilleurs publicistes de l'Europe prenait au sérieux un système qui s'établissait non plus sur des théories, mais sur des faits. Pendant longtemps , on s'était contenté de répondre à ceux oui signalaient les envahissements de, I empire du Nord , que son étendue démesurée était un indice de ûiblesse,.
3ue le dé&ut de oentralisation y ren* ait impossible l'exercice Intelligent du despotisme, que les embarras financiers ne permettaient pas d'entretenir une force armée suffisante pour assurer la sécurité des frontières, enfin que la réunion hétérogène de tant de populations dont les intérêts étaient évidemment différents, amènerait' sous peu une scission, et que l'unité souverne-.
mentale serait détruite. Si la Russie avançait vers TGrient, c'était pour remplir, dans un but humanitaire, une mission civilisatrice; si elle établissait des colonies militaires, die retardait par cette mesure l'émancipation des serfs, en changeant maladroitement l'esprit d'obéissance passive de ses ar<* mMS; elle n'avait pris les provinces baltiques que pour assurer un débou- 4ihé à son commerce; c'était pour un motif semblable qu'elle s'était menacé quelques points sur le littoral de la mer Noireet de la Caspienne : quant à la Pologne, on prouvait victorieusement que ce dernier boulevard devait tomber. C'est ainsi que, par l'erreur ou la négligence des cabinets, la Russie s'emparait successivement de toutes les positions qui la rendent aujourd'hui inattaquable ; et que , cessant désormais de nier ce qui est manifeste, elle marche à son but avec toute la force d'une oiiganisatlon politique longU^mpt
L'UNIVERS
mûrie, et dédaigne de jeter un voile sur ses projets ultérieurs. Quand la diplomatie ne fut plus en mesure de nier Tévidence, on essaya de sonder les résolutions de la Russie parades manifestations sans portée, dont le but se réduisit à faire voir que l'impuissance était à cété de la crainte : c'est ainsi qu'en France un ministre déclara à la tribune que la nationalité polonaise existait en droit. L'empereur Nicolas répondit à ce défi en pressant les travaux de la citadelle d'Alexandre à Varsovie, et le discours qu'il tint à la députation de cette ville, en octobre 1886 , annonce gue s'il n'est pas eneore en mesure d'agir direetement sur l'Europe comme il l'entend, il regarde du moins les traités comme chose modifiable, et ne reconnaît aucune espèce d'Intervention pour ce qui le regarde personnellement. Nous donnerons ici le texte de ce discours d'après la version de Varsovie.
« Je sais, messieurs, que vous avez voulu me parler; je eonnais même le contenu de votre discours , et c'est pour vous épargner on mensonge que je ne désire pas qu'il me soit prononcé. Oui . messieurs, c'est pour vous épargner un mensonge, car je sais que vos sentiments ne sont pas tête que vous voulez me le faire accroire.
« Et comment pourrai-je y ajouter foi, quand vous m'avez tenu ce même langue la veille de la révolution !
« rrest-ce pas vous-mêmes qui me
Sarliez , il j a cinq ans , il y a huit ans , e fidélité, de dévouement, et qui me faisiez les plus belles protestations d'attachement? Quelques jours après , vous avez brisé vos serments, vous avez commis des actions horribles.
« L'eânpereur Alexandre, qui avait fait pour vous plus qu'un emfMreur de Russie n'aurait dû foire, qui vous a comblés de bienfoits, qui vous a favorisés plus que ses propres sujets, et vous a rendus la nation la plus florissante et la plus heureuse, l'empereur Alexandre a été payé de la plus noire ingratitude.
« Vous n'avez jamais pu vous contenter de la position la plus avanta-
geuse, et vous avez fini par détruire vous-mêmes votre bonheur. Je vous dis ici la vérité pour éclairer notre position mutuelle, et pour que vous sachiez bien à (]uoi vous en tenir; car je vous vois et je vous parle pour la première fois depuis les troubles.
« Messieurs, il faut des actions et non des paroles; il faut que le repentir vienne au cœur. Je vous parle sans m'échauffer; vous voyez que je suis calme; je n'ai pas de rancune, et je vous ferai du bien malgré vous. Le maréchal que voici remplit mes intentions, me seconde dans mes vues, etpense aussi à votre bien-être (à ces mots, les membres de la députation saluent le maréchal). Eh bien, messieurs , que signifient ces saints? Avant tout il faut remplir vos devoirs , il faut se conduire en honnêtes gens. Vous avez, messieurs, à choisir entre deux partis : ou persister dans vos illusions d'une Pologne indépendante, ou vivre tranquillement et en sujets fidèles sous mon gouvernement.
« Si vous vous obstinez à conserver vos rêves de nationalité distincte, de Pologne indépendante, et de toutes ces chimères, vous ne pouvez qu'attirer sur vous de grands malheurs. J'ai fait élever ici la citadelle , et je vous déclare
3u'à la moindre émeute je ferai fouroyer la ville, je détruirai Varsovie, et certes ce ne sera pas moi qui la rebâtirai !
« Il m'est bien pénible de vous parler ainsi ; il est bien pénible à un souverain ae traiter ainsi ses sujets ; mais je vous le dis pour votre propre bien.
C'est à vous, messieurs, de songer à mériter l'oubli du passé : ce n'est que
rir votre conduite et votre dévouement mon gouvernement que vous pouvez y parvenir.
« Je sais qu'il y a des correspon* dances avec l'étranger, qu'on envoie ici de mauvais écrits, et qu'on tâche de pervertir les esprits; mais la meilleure police du monde, avec une frontière .conune vous en avez, ne peut empêcher les relations clandestines. C'est à vous-mêmes à faire la police, à ^rter le mal.
eu
« C'est en élevant bien vos enfiints, en leur incalquant des prineipes de re* ligion et de fidélité à leur souTenio,
Sue vous pouvez rester dans le bon liemln.
* « Et, au loilieu de tous ces troubles
fui a^tent l'Europe, et de toutes ces octrines qui ébranlent Tédifice social , H n'y a que la Russie qui reste forte et intacte. Croyez-moi, messi^Dirs, c'est un vrai bonheur d'appartenir à ce pays et de Jouir de sa protection. Si vous vous conduisez bien , si vous remplissez tous vos devoirs, ma sollicitude paternelle s'étendra sur vous tous , et, maigré tout ce qui s'est passé, mon gouvemcraènt pensera toujours à votre bien-être^
« Rappelez-vous bien ce que je vous ai dit. «
Ce discours, répété par le journal des Débats avec des commentaires d'une énergie insolite, produisit si pea d^effet sur le cabinet de Pétersbouig, que l'article de l'organe o£Sciel fran* éais fut textuellement inséré dans les feuilles russes.
Depuis le changement oui eut lieu dans les ambassades, et à fa suite duquel M. Pozzo-di-Borgo fut nommé ministre russe à Londres, le cabinet de Pétersbour^ sembla adopter une marche plus directement conforme à ses vues, c'est-à-dire, phis hostile aux intérêto bien compris de l'Europe constitutionnelle. Les rapports de cet habile diplomate sur les embarras de la Grande-Bretagne paraissent avoir décidé le gouvernement russe à mettre à répreuve les dispositions pacifiques de la puissance maritime la plus jalouse de ses droits commerciaux : nous voulons j^er de la confiscation du navire anglais le nten. Le manifeste suivant, publié dans le journal de Saint- Pétersbourg, au commencement de janvier 1886, explique et motive cette mesure.
• « Les journaux anglais ont annoncé le r' janvier que le brick ^ixen avait été expédié de Gonstantinople par quelques armateurs de Londres, dans le but hautement avoué de porter sur les côtes de Circassie une cargaison com-
posée en. m^jeore partie de poudrera canon. Ces mêmes feuilles ont ajouté que cetartideétant prohibé par le tarit russe, l'expédition au Fixe» avait été spécialement entreprise afin de braver la surveillance et <ren£raindre les mesures de répression que la croisière russe est chargée de diricer dans ces parafes contre tout trafic illicite et clanaestin..
« Au nw>ment même où le but de cette coupable tentative nous était ainsi ouvertement annoncé par la voie des feuilles publiques, un rapport de l'amirauté de la mer Noire a instruit le gouvernement impérial que le schooner f'ixen avait paru en efifet sur les côtes de la Circassie I qu'il avait été capturé par notre croisim, et conduit dans le port de Sâiastopol.
« Voici les circonstances qui ont accompagné cet incident :
« Le 34 novembre au soir^ le P^ixen a été signalé sur la côte de Circassie, en vue de Gélengik. Le brick de la marine impériale Vjéjcuc, capitainelieutenant Woolf, ayant reçu au commandant delà station L'ordre de suivre les mouvements de ce navire , l'a atteint dans la journée du 26. U l'a trouvé à l'ancre au fond de la baie de Soud|ouk- Kalé, sur un point de la côte où il n'y a ni douane ni quarantaine. Une partie de l'équipace se trouvait à terre, et clierdmit, a force de rames^ à regagner le navire au moment ou V^ax vint le surprendre et l'atteindre.
« Interrogés sur le but de leur destination, le capitaine du navire, Thomas Childs, et le propriétaire de la cargaison,^ George Bell, n'hésitèrent point à déclarer qu'ils étaient venus dans l'intention de trafiquer avec Xea habitants de la côte, le chargement se composant de sel, article dont notre commerce défend expressément l'importation dans tous les ports de la mer Moire et de la mer d'Azof.
« L'aveu était positif, le délit de contrebande avare, et l'infraction de nos règlements sanitaires flagrante.
« Sous le poids de cette double conviction , le rixen a été immédiatement arrêté, et conduit, le 37 novembre} à
eu
I/UNIVERS
Gétengik, où il est arrivé le lendemuin 38.
« Là , le contre-amiral Esmant , commandant notre station , a établi sur-lediarop une commission d'enquête, chargée de procéder formellement à rinterrogatoire de Té^aipage et à l'examen Je toutes les orconstanoes qui avaient amené la capture du bâtiment.
« Il résulte de l'enquête :
« Que le scbooner f^ixmt, capitaine Thomas Childs, etc., etc., a été frété
Kar la maison Bell , etc. , etc. , à Boukarcst, |)eur être emplojé par elle à Const^ntinople, dans le Danube, dans les ports de la mer Noire, de la mer d'Azof ou de Marmara , et qu^en vertu de ce contrat, le f^ixen a été mis à la disposition de Bell , lequel a fait pren* dre au bâtiment, à Constantinople» un chargement de sel ;
« Que ce dernier a laissé entièrement ignorer au capitaine le bat de leur voyage , jusqu'au moment où le navire a qunté le Bosphore, le 19 novembre;
ff Que le sieur Bell, après avoir
pris un pilote turc à Samsoun , a donné au capitaine Tordre de cingler vers Toughé, Pschad ou Soudjouk-Kalé, ces trois points étant sans douane ni quarantaine;
« Que le navire est resté d&ns oe derniec endroit pendant trente- six heures à l'ancre, avant d'avoir été joint par VÀjctx;
« Que , durant cet intervalle , le sieur Bell s^est mis en rapport avec les habitants de la o6te, dans le but avoué de trafiquer avec eux;
« Qu'il existe un fait (jui, dans
la conjoncture actuelle, acquiert le caractère d'une présomption très-grave :
c'est que sur quatre canons dont l'armement du navire devait se composer, ainsi que ses documents l'attestent, il ne s'en est trouvé à bord que deux...
Ces considérations réunies ont été jugées décisives par la commission ; elle a reconnu que le yixen et la cargaison devaient être soumis à la confiscation.
« D'après cet arrêté, ledit bâtiment a été conduit à Sébastopol , où il est arrivé le îo novembre fil décembre).
« Toutes ces circonstances ayant été portées à la connaissance du gouvernement impânal, il vient de transmettre à l'amirauté de la mer Noire l'ordre de confisquer le scfaooner le yixen et sa cargaison, et de les déclarer de bonne prise.
« Quant à l'équipage de ce bâtiment , bien qu'il ait eneouru, d'après les lois sanitaires étabNes dans tous les pays de l'Europe , les peines les plus graves , Sa Majesté l'empereur a daigné prendre en considération les eiroonstanoes atténuantes qui tendent Mtablir que le capitaine Qiikla a été, dès rarigine, étranger à une entreprise dont la responsabilité et la honte ne doivent retomber que sur les armateurs qui l'ont tentée. En conséquence, l'empereur a donné ordre de suspendre toute poursuite ultérieure contre le capitaine Ghikis, et de le mettre en liberté, ainsi que les gens de l'équipage. De plus, ayant appris par les rapports de ramt> rauté que ces individus se trouvaient dans un complet dénûmeat , Sa Majesté a chargé le gouverneur général de la Nouvelle-Russie V comte voronzof , de leur fournir les moyens de retourner à Gonstantinople...
«Le gouvernement impérial croit devoir donner la plus grande publicité à cet acte de sévérité et de justice ,^ pour prévenir désormais le renouvellement d'une tentative que proscrit la législation de tous les pays.
« Afin d'éclairer complètement ropinion du public, il importe de rappeler encore ici les droonstances suivantes :
« Le littoral de la mer Noire , depuis Tembouebure du Keuban jusqu'au port Saint-Nicolas inclusivement, avant été placé sous la domination de l'empire russe, en vertu de l'artide 4 du traité d'Andrinople, une des premières mesures arrêtées par le gouvernement impérial a été de fonder des établissements de douane et de quarantaine dans les ports d'Anapa et de Redout- Katé. L'un et l'autre ont été ouverts dès lors au commerce régulier de toutes les nations, à Texclusion expresse des autres endroits, baies et navres du littoral, où il n'existe au»
«un étabKssement sanitaire et aueune douane.
« En portant eette disposition à la connaissance du gouvernement ottoman et des représentants de toutes les puissances résidant à Gonstantmople^ la l^ation impériale a eu ordre de leur annoncer que toute tentative des na^ vigateurs étrangers pour se mettre en communlcatioaaveeies cAtes cindessus mentionnées, à rexception dies ports.
d'Anapa et de Redout-É^lé , serait cour sidérée comme constituant un délit de oontrd)ande, et soumettrait les individus coupables d'un pareil acte à la lesponsabilité légale ^'entraîne tout trafic illicite et clandestin.
« (Test au mois d'octobre 1631 que la disposition qai vient d'être énoncée a été communiquée tant à la Porte ottomane qu'aux légations étrangères ; et c'est depuis cette époque que la cnhsière étid>iie par le eouvemement impérial sur le littoral de la mer Noire exerce dans ces parages la surveillance dont elle est légalement Investie.
« Malgré ces mesures formellement annoncées, des navires étrangers ont ess^é , dans le courant des années 1 884 et 1836 , d'entretenir avec les habitants de la côte des relations clandestines.
Elles ont mis le commandant de notre croisière dans la nécessité de redou-^ bler dès lors do surveilianee et de rigueur.
ff M. de Bouténief a été appelé de son côté à renouveler auprès des légations étrangères à €k>nstantinople les communications qu'il leur avait faites en 1831. En conséquenco, il leur a adressé la circulaire que nous venons, de rapporter.
« Par cette note, le ministre russe a invité tous les représentants étrangers à vouloir bien feire parvenir les avertissements nécessaires aux bâtiments naviguant sous le pavillon de leur gouvernement dans les parages précités de la mer Noire, afin de prévenir les conséquences qui pourraient résulter d'une contravention aux règlements établis contre le commerce de contrebande.
a Cette circulaire porte la date du
13 septembre 1836; et c'est en dé^ît des avertissements réitérés dont nous venons de rappeler la teneur, que le rixen , ainsi que le MortUng-Chrmick l'annonce, a été expédié de Constantinople dans le but avoué de braver et d'eiAreindre nos règlements.
« Le simple exposé des faits suflira pour placer dans son vrai jour la conduite des armateurs anglais, qui, méconnaissant le respect qu'ils devaient au pavillon national, n'ont point hésité à en abus» pour protéger un honteux trafic, ou pour couvrir de perfides desseins, que le Jugement impartial de tous les nommes bien pensants ne saurait manquer de condanmer et de flétrin
« La publicité que le gouvernement impérial a cru devoir donner aux détails de cette afiEsiro servira en même temj^ à faire oonnaitre la l^lité, aussi bien que la rigueur des mesures adoptées pur la Russie pour faire respecter ses r^lements, et ks metti^ désormais à ï'abri de toute nouvelle atteinte. » .
sont
admet le principe
c'est4-dire, la possession par la Russie
du littoral circassien, en vertu de l'ar-
tlde 4 du traité d'Andrinople. Dans
tous les cas, le gouvemeuant britan-
nioue a raanoué à sa dignité dans œ
différend i s'u reconnaissait le droft
exclusif des Russes sur ce^e côte, il
devait faire signifier à son commerce
gouvernement impérial un pays indépendant, et avec qui les Russes traitent iouniellement de puissance armée à ^fssanoe ennemie par l'échange des prisonniers, on ne peut que le blâmer d'avoir reculé devant la demande aussi Juste^ qu'énergique d'une satisfaction éclatante et complète. Il en est résulté que la prépondérance russe s'est affermie dans rOrient , an grand détriment de l'influence anglaise; et, lorsqu'on voudra recourir à des moyens sérieux , on aura laissé échapper ce point dop-
L'UNIVERS
les traces de leur ancienne indépen^
l^n^^^S^T^^^ du Jour où ils conférèrent rhetmanat
lust^ du déploiemedlt spontané de à des «ejgneurs r leurs moyens de coercitionV S«"^» V^^^^ '®
L'annâ 18S6 s*est ouverte par un changement dans l'administration des G04aques du Don. L'empereur Nicolas jugea convenable de leur imposer une nouvelle constitution , qui « en effaçant leursandenspriviléges , rattachâtd^ine manière plus intime cette population remuante et guerrière au mtème de dépendance aosolue qui régit toutes In parties de Tempire. Le jour de finâxHluction de ces nouveaux statuts, qui règlent d'une manière fixe les rapports mutuels des Cosaques de rangs différents, a été célébré avec une sorte de solennité. Les pêcheries, des secours en sel, et une somme annuelle de cinquante mille roubles, ont été accordés dans le but de soulager les malades, les blessés, les veuves et les orphelins, et pour subvenir à l'insufBsance des récoltes dans les mauvaises années.
On ne peut qu'admirer avec quelle habileté le gouvernement russe emploie les moyens les plus opposés pour amener à l'unité despotique les nombreuses peuplades qui entourent le noyau des provinces* slaves. Si la résistance se manifeste par des révoltes, il écrase du poids de sa puissance militaire ceux qui essayent de prouver qu'il existe une différence entre la protection do tsar et une soumission com- Slète. Quand la résistance n*est que ans les mœurs , c'est dans cette source même qu'on la combat : les faveurs ac-
E'\es aux plus dociles, le contact «nt, en temps de service, de ces ts irr^ujiers avec les autres trou- -pes, si^sent pour altérer en eux les traits distjncti» de leur caractère moral. Quand ce travail de modification se trouve suffisamment avancé , le pouvoir laisse alors tomber son dernier mot, et l'arrêt suprême est interprété comme une faveur. Ijes Cosaques du I>on, par leur situation plus rapprochée du centre de Tempire, devaient être aussi les premiers à voir s'effacer
russes. Bientôt , sans tour des autres tribus dé la race cosaque. L'agriculture et l'industrie les amèneront jgraduelle* ment à des idées d'ordre et de soumission; en attendant, ils portent assez impatiemment le joug , et l'on a vu les Tatars Nogaîs et ceux du Kouban exercer sur le sol russe des violences et des brigandages dignes des montagnards du Caucase. Néanmoins l'inaction où les retient la paix ne peut que réagir favorablement sur leurs mœurs, et l'mfluence de ce changement s'étendra graduellement vers l'Asie, surtout quand les Russes auront accompli la pacification des régions caucasiennes.
Pour bien foire comprendre l'intérêt qu'avait la Russie à imposer aux Cosa-
âuesdu Don une constitution nouvelle, suffira de rappeler que , bien qu'organisés par régiments, leurs officiers étaient élus par toute la communauté.
Le service achevé, les distinctions disparaissaient , et chacun ^rentrait dans l'égalite la plus parfaite, sous le rap-
Sort des devoirs et des droits. La vue e leurs steppes , leurs chants nationaux , où vivent leurs traditions d'indénendance, les éloignaient de toute idée d'esclavage; aussi ne trouvait-on chez eux ni serfs ni propriéteires de serfis. L'obligation du service militaire n'éteit pour Tes Cosaques que l'application de leur principe électif à tous les emplois. Déià leur organisation en troupes régulières et soldées les avait en quelque sorte assujettis au pouvoir; il s^agissait de détruire l'influence de la communauté et du foyer. La nouvelle mesura atteignait ce but, en faisant dépendre tous les grades de la faveur impériale. Il fallait que Toflicier une fois nommé conservât son grade.
On a donné des propriétés et des serfs aux officiers cosaques; et, comme la matière esclave manquait, on a envoyé dans le pays des paysans russes pour les distribuer entre les élus de cette nouvelle aristocratie. C'est ainsi que, par une espèce de fatalisme» ou plutôt
en raison de la force des choses, la Russie, au lieu d'utiliser les éléments de liberté épars çà et là sur le sol, tend à les assimiler aux institutions
Générales, comme si elle était jalouse e régler par oukases la marche de la civilisation , pour lui donner Tensemble et la précision d*nne évolution militaire.
Nous avons déjà remarqué , et particulièrement dans rintroduction de cet ouvrage, auelles sont les ressources actuelles au commerce russe, et comment la situation géographique de l'empire met à sa disposition un système complet de communications à l'intérieur, et des débouchés aussi commodes que nombreux pour ses relations avec les miatre parties du monde.
Dans l'hypothèse même où ses flottes rencontreraient des obstacles dans la Méditerranée , la Russie , par l'influence qu'elle exerce sur l'Allemagne, pourrait, au moyen du Danube, dont elle occupe les embouchures praticables en vertu du traité d'Andrinople, s'ouvrir les grands marchés européens pour ses produits et pour ceux de rAsie centrale. On peut dire que la question financière, c'est-à-dire, commerciale, est celle qui préoccupe le plus vivement le gouvernement de l'empire.
Celle de la domination russe en Orient s^y rattache par des conséquences nécessaires, et c'est ce qui inspire aux Anglais une inquiétude qui n'a jamais été mieux fondée.
Le tarif russe a été conçu dans un esprit presque exclusivement prohibitif : il tend évidemment à entraver l'industrie manufacturière des États de l'Europe et particulièrement de la Grande-Bretagne. Les importations tolérées ne sont que l'expression d'un besoin impérieux, comme celle du coton filé, ou les droits dont elles sont frappé» équivalent à peu de chose près à une prohibition. Ces prohibitions, la Russie les lèvera sans aoute en temps opportun, lorsqu'elle aura écarté les obstacles de la ligue prussienne, et
au'elle ouvrira aux Allemands l'accès e son vaste territoire, en leur permettant d'exporter leurs marchandises en
Turquie, en Perse, et jusqu'au centre de l'Asie, à l'exclusion des produits de l'industrie anglaise. Elle y gagnera d'être maltresse des conditions, et d'établir sur des motifs spécieux sa roardie envahissante en Asie.
Cependant la situation commerciale de la Russie vis-à-vis de l'Angleterre pourrait devenir précaire , si cette dernière puissance s'écartait du système pacifique et conservateur que lui imposent les nécessités présentes. Les considérations suivantes, que nous empruntons au Port-folio , sur le contrôle commercial que l'Angleterre possède à l'égard de la Russie, pourront, abstraction faite de ouelques exagérations, donner une idée assez exacte de l'influence des relations britanniques sur la prospérité de l'empire russe.
«Indépendamment de la barrière que l'Angleterre peut opposer aux envahissements ultérieurs de la Russie, par la réorganisation de l'empire ottoman; indépendamment de ses moyens de détruire les forces agressives dfe la Russie en faisant flotter son pavillon dans la mer Noire, l'Angleterre pos* sède encore un moyen de contrôler et d'arrêter les progrès de la politique russe sans choc, sans violence, mais par l'effet seul de son tarif.
. « C'est pour laisser les choses dans cet état dlncertitude, que la Russie a sans doute refusé de participer à des stipulations qui lui lieraient les mains relativement à son commerce avec la Grande-Bretagne. Il n'y a aucun traité de commerce entre les deux pays; l'Angleterre n'est donc engagée, visà-vis de la Russie, par aucun contrat, si ce n'est par la clause du traité de 1815, qui accorde à la Russie les privilèges de la nation la plus favorisée.
Le temps semble venu pour les deux parties contractantes de réexaminer la valeur et la tendance du texte de ce traité.
« La production territoriale de la Russie et sa circulation commerciale ont reçu leur première impulsion , et dépendent actuellement des demandes de produits bruts que lui fait l'Angleterre; ses ressources financières, son
Clg
UDNIVERS.
poti?oir politique, et jusqu'à sa cobésion intérieure, soot liés à son commerce avec la Grande-Bretagne, haussent quand ce commerce augmente, et souffrant dès qu^il décline.
«Certains produits étant presque exclusÎTement tirés de la Russie, il en est résulté partout la conviction que FAngleterre dépendait de cet empire sous ocartains rapports. La puissance russe s*est accrue en proportion du peu de sévérité que montrait TAngleterre à peser les projets d'un gouvememeiri; dmit elle croyait avoir à dépendra.
« Mais il n^ a que la l^islation cornmerdale de rAngleterre qui soit en grande partie la cause de ce qu^on s'apr provisionne de certains articles presque exdusivement en Russie : la dépendance de l'Angleterre à ce sujet n'est donc que la conséquence de son propra tarif pendant une série d'années.
« La Turquie pourrait, avec ses articles d'exportation, rivaliser avantageusement avec la Russie; de là, une nouvelle nécessité i)our la Russie de s'approprier en définitive l'empira ottoman, et de le désorganiser en attendant. Depuis bien longtemps, ce sont les traités', les guerres, et surtout les conseils de la Russie , qui ont poursuivi avec système et intelligence l'introduction ou le maintien de tous les abus, et de toutes les mesures qui non-seul^nent ont empêdié jusqu'ici la Turquie de jamais entrer enconcurrenceavec les Russes, mais qui ont même caché à ses yeux , comme aux nôtres , que cela pouvait avoir lieu.
« L'Angleterre peut, au moyen de la modification de son tarif, priver la Russie d'une partie oonsidérablade ses ressources actuelles, et, par la seule menace de ce cdiangement, elle peut alarmer les intérêts agricoles, ou, en d'autres termes, raristocratie, seul corps qui exerce de l'influence sur le gouvernement russe.
« L'Angleterre, en accordant à la Turquie des fodlités qui étendront beaucoup la production sur son territoire, obtiendrait en compensation 1 abrogation totale de toutes les restrictions qu'il a tant coûté à la Russie
d'y établir, et qui forment aujourd'hui les ressources de production de ces mêmes objets, au moyen desquels la Turquie rivaliserait avantageusement avec la puissance dont elle subit le joug. Or, il est à remarquer que les.
principaux objets d'exportation de la Russie, à savoir: le chanvre, le blé, le fer, le cuivre, ladre, le suif et le bois de construction, sont prohibés en Turquie.
« Les deux mesures dont nous venons de parler, adoptées simultanément comme parties inséparables d'un système génml, amènaraient un grand dhangement dans l'état relatif de la.
Turquie et de la Russie, étendraient notre marebé pour les produits bruts, les feraient passer d'un pays qui prohibe nos marchandises à un pajrs qui ne leur fait subir aucune restnction, d'un pays où s'élève une marine rivale à un autre où tout le commerce se fait sur des nOivires anglais, d'un pays enfin contre l'influence duquel il nous faut lutter, à une contrée que nous devons défendre.
c La richesse des nobles russes provient presque exclusivement de la vente de leurs produits bruts aux Anglais.
Il suffit de dire, pour entraîner lea convictions, que 1 Angleterre, en diminuant son marché , en y appelant les produits rivaux, ou même en dépouillant les Russes de leuvs privilèges, accordés inconsidérémeol et contre les princips d'une saine politique, possède les moyens d'exercer une puissante influence sur le corps ae la noblesse russe, de la ranger aux intérêts anglais, en dépit de l'hostilité du gouvernement , et de la faire agir contre ce gouvernement . s'il persévérait dans son hostilité. L^Angfeterre, méconnaissant son pouvoir, a jusqu'id resserré doublenaent les liens de l'asistocratie russe avec la couronne; d'un côté, par les continuelles concessions faites au commerce pendant que la Russie suivait une marche opposée, et de l'autre, par Tindifférence avec laquelle on laissa cette dernière puissance avancer dans l'accomplissement de ses vues pour l'occupation du Bosphore.
« Et pourtant rexpéricuce du passé
êépcse dé ce poaroir de rAngleterre dans deux mémorables occasioDS.
« On sait que rhostilHé de Paal à regard de rAngleterre lui coûta la vie. Alexandre fut forcé d'abandonner le système oontînental dirigé contre l'An* cleterre. Les mêmes infiréts, qui ont été blessés alors par le fait du gouver« nemcnt russe, forceraient aujourd'hui encore Nicolas à abandonner ses projets sur la Turquie et l'Orient, si FAn* gleterre, pendant au'il en est temps, partait, pour résouure la question , des mêmes bases qui la soutenaient autrefois, et qui renrersèrent non-seulement les projets russeSt mais les deux oombinaisons européennes qu'elle aTait à combattre.
« Depuis la dernière des époques dont nous venons de parier, la Russie est devenue plus vulnérable encore, et l'Angleterre peutJ'atteindreavecmoins d'inconvénients que jamais. Les ex-
Krtations de la Russie se sont acernes, ; exportations de rAngleterre ont diminué, et de nouvelles sources sont ouvertes au commerce anglais ikhut compenser les pertes qui résulteraient de ce nouveau système.
a Ces suggestions, quoique proposées comme moyen d'atteindre un grand but politique, n'ont pas même besoin d'êtresoutenues par des considérations politiques : les intérêts du commerce anglais suffiraient pour les justifier.
« Tandis que le commerce britannique augmentait plus ou moins rapide* ment avec les autres États européens , celui fait avec la Russie demeurait stationnaire ou diminuait d'importance; il a subi d'ailleurs un changement fort désavantageux.
« n y a vingt-cinq ans, l'importation en Russie, par le ait de l'Angleterre, consistait entièrement en étoffes anglaises de laine et de coton , et en ouincaîllerie; aujourd'hui, la demande de oes articles a diminué, et , à leur place, la Russie ne prend plus que des matières colorantes et autres produits bruts, ou bien des denrées coloniales, qu'on ne fait venir d'Angleterre que par suite du bas iirix des frais de trans-
port sur les navires qui arrivent de ce pays.
« La Russie consommait à l'époque antérieure dont il s'agit pour a ou 8 millions sterling de imirenandises aur glaises. En 1881, elle n'importa que pour 1,906,099 livres Sterling, dont 1,351,887 livres en coton filé pour la fabrication des étoffes, employées en partie à supplanter les Anglais sur les mardiés asiatiques; de façon que leurs produits manufiictttrés n'entrent plus en Russie que pour un cinquième de leur ancienne Quantité, et cependant la population de r empire s'est accrue pendant cette période de plus de dix millions d'âmes.
«L'extension toujours croissante des domaines de la Russie commence donc à ne plus être d'aucun profit pour la Grande-Bretagne. La Russie a commMicé par lui retirer ses privil^es exclusifs; ensuite elle a augmenté les restrictions, introduit des prohibitions, et soumis le commerce et la navigation à des mesures sévères, avec le but avoué de nuire aux exportations des An^is et d'établir des manuiaetures rivales; tandis que l'Angleterre continuait à réduire les droits sur les produits de la Russie, non pas, à la vérité, Donr augmenter les Bénéfices de cet Etat, mais aussi sans opérer cette réduction de manière à lui susciter des marchés nouveaux. Le résultat fut donc le même que si les in* tentions de l'Angleterre eussent été constamment amicales pour la Russie, tandis que celles de l'empire auraient été constamment hostiles à la Grande- Bretagne.
« Irailleurs oes résultats, tout importants qu'ils sont, paraissent encore plus avantageux à la Russie comme moyens d'arriver à un autre Imt. La création d'intérêts industriels en Russie peut devenir, selon les vues actuelles de ce gouvernement, d'une très-grande importance pour contrebalancer la prépondérance des intérto territoriaux, qui se trouvent de fait sous la dépendance de FAngleterre*
«Si l'Angleterre tarde plus longtemps à faire usage du pouvoir qu'citt
L'UNIVERS
possède pour arrêter tous ces projets avant qu'ils mûrissent, elle perdra ceique la Russie se propose de gagner, et sacrifiera tous les jours, en attendant, des avantages minimes, comparativement aux objets que la Russie a en vue, mais importants si Ton ne prend plus ce terme de comparaison.
« La Russie a exclu presque tons les produits anglais par ses tarifs les plus récents; elle a étendu ce système à la Pologne, vers laouelle s'&oulait une partie considérable des importations britanniques faites en Allemagne et dans les villes anséatiques^ La Ressarabie se trouve réunie aux domaines russes, et échappe ainsi aux marchés anglais; les principautés de la Moldavie et de la Vaiachie sont entourées de cordons sanitaires russes, qui neutralisent considérablement leur ancienne liberté de commerce; les côtes de la Circassie recevaient autrefois, à travers 1* Allemagne , des envois de marchandises anglaises, aujourd'hui elles subissent un blocus permanent. La Géorgie était le grand chemin de la Perse et de l'Asie centrale pour les produits anglais venant des marchés d Allemagne; la Russie a coupé cette communication; seulement elle n'a pu empêcher l'Angleterre de s'ouvrir une route détournée à travers la Turquie d'Asie. La mer Caspienne, qui appartenait anciennement à un État dont le commerce était libre, est désormais perdue pour les produits des manufac* tures anglaises depuis qu'elle a passé sous la £>mination russe. Cette puissance vient d'arracher encore à la Turqfàer un territoire situé à quelques lieues de distance de notre route de communication avec la Perse, et son influence* en Turquie a été et est diri-
gée avec'suocès, dans le but de rendre » ressources de ce pays presque inutiles, et de l'empêcher de nous fournir tontes sofies de produits bruts à meilleur compte que la Russie, plus près des Huuroiés européens, et avec plus de facilités pour les échangea du commerce.
«Tels sont les actes récents de la Russie , au mépris des forces que T An-
?leterre possède sans les utiliser.. * .'Angleterre est-elle suffisamment pé* néftrée de la nécessité d'avoir recours même à la guerre pour écarter dea dangers plus grands que tous ceux qu'elle aurait a redouter de la force ouverte? Si c'est là le cas, elle possède un moyen prompt, pacifique A à bon marché, de prévenir à la fols et la
guerre et ce que la guerre serait hors 'état de prévenir.
«L'Angleterre n'a qu'à déci^ter une augmoitation saoement proportionnée des droits sur le suif, le chanvre, le lin et les autres ex|X)rtation8 de la Russie, et la noblesse de ce pays arrangera bien vite les affaires <fe ce pays avec l'empereur. » .
Ces récriminations indiquent mieux que ne pourraient le fanre des volumes d'argumentations politiques à quelles faibles attaches tient encore la paix entre la Russie et l'Angleterre, c'està-dire la paix de l'Europe. L'Angleterre se trouve dans l'alternative ou de voir s'efifacer entièrement son influence, ou de risquer une guerre ruineuse. Au milieu même de ses menaces, il est aisé de voir qu'elle craint de s'avancer trop loin; quoi qu'elle en dise, une modification dans son tarif d'importation, à l'égard de la Russie, ne la mettrait pas afans une sifoiation commerciale et politique moins précaire. Les produits indispensables a sa marine militaire et marcnande ne peuvent lui être fournis que par la Russie et la Turquie; or nous avons vu que la traité dlJakiar-Skelessi met cette seconde puissance entièrement à la discrétion de la première; de sorte qu'un tarif prohibitif à l'égard de la Russie laisserait les intérêts britanniques en souffrance, sans que la Turquie leur pût venir en aide. Quant à la classe des grands propriétaires en Russie ou des nobles, leurs vues se sont bien modifiées depuis le règne de Paul.
L'issue de la grande lutte qui a commencé en 1812, à l'insti^ion de l'Andeterre, a beaucoup agrandi la sphère de leur ambition ; ils comprennent par^ faitement que la question de prépondérance russe se dénouera à Constaiv
tînopi«. Ils savent que les doléances et le» menaces de T Angleterre, tant que cette puissance restera liée à la politique étroite qu'elle a adoptée , ne seront qu'au£ant de cris de détresse. Ils s'imposeraient au besoin tous les sacrifices pour se soustraire une fois pour toutes aux exigences de la politiq^ue anglaise, et Us aspirent à la possession de Gonstantinople autant par esprit national que par des considérations d'intérêt privé. Certes, il n'est pas difficile de comprendre que. les accusations portées par l'Europe contre l'ambition du cabinet impérial retentissent en Russie comme des hymnes en l'honneur du tsar ; tout ce que les Russes lui demandent c'est de réussir; et la profonde habileté des hommes d'État qui dirigent la politique de la Russie ^ la constance ae leurs vues, au miheu de la confusion qui règne en Europe, sont bien de nature à se concilier la conr fiance nationale,en même temps qu'elles jettent l'alarme dans les intérêts rivaux. D'un autre côté, si la Russie ne s'empare pas encore des Dardanelles, ce n'est point par modération; l'histoire témoigne que la modération des Russes n'est qu'une affaire d'opportunité.
L'Allemagne a encore des scrupules; elle hésite entre le protectorat déclaré de la Russie et l'invasion du libéralisme «appliqué à une réforme administrative.
<2uand ces scrupules seront levés, ou par l'acquiescement unanime de la grande famille allemande, ou en neutralisant par une opposition habile les forces centrales de l'Europe, alors les temiKS seront venus , et la politique des cabinets constitutionnels n'aura plus que la ressource de proclamer inévitable ce qu'elle n'aura pas su prévenir.
Ce qui démontre que, dans l'état actuel des choses, le système pacifique n'est qu'un prétexte spécieux dont se couvrent des iiftéréts mesquins ou des rivalités mal déguisées, c'est que la Çierre est au fond de toutes les questions : qu'elle ressemble à une royale partie d'échecs, comme à Anvers; qu'elle se déduise sous le nom d'intervention particulière, comme dans la péninsule ibérique; qu'elle éclate en
dissensions et en émeutes à main armée, au mot d'ordre des hautes puissances intéressées, comme en Grèce, ce n'en est pas moins la guerre : et oe fléau, pour ne frapper que quelques points isolés , existe comme une protestation irrécusable contre les mensonges dorés de la diplomatie. Les guerres franches qui sont comme un duel entre des intérêts irréconciliables, quelques malheurs qu'elles entraînent, ont du moins l'avantage de tranclier les questions que la divergence de ces intérêts rendrait insolubles de toute autre manière; elles éclatent et finiss^t; mais un danger toujours imminent, et dont la cause subsiste et grandit sans cesse, est un çoids au-dessus des forces de l'humanité; à la longue, l'énergie, qui ne demande qu'à entrer en lutte, se <^n8umeousetournecontreelle-même, et les bases de l'édifice social sont ébranlées.
Si nous jetons un coup d'oeil sur FEurope, nous déduirons aussitôt la conclusion que tous les intérêts sravitent autour de quelques centres a'aotion oi^ dominent des buts, des principes ou des intérêts rarementanalogues, souvent différents et même contraires.
La Prusse s'occupe à établir son influence sur les États secondaires et sur les petites seigneuries de l'Allemagne; elle aspire à régner sur la conféoeration |>ar la représentation intelligente du principe protestant, par un certain libéralisme opposé au système stationnaire de l'Autriche, par l'enlacement de sa ligne commerciale, enfin par un système bien réglé d'administration; mais si l'élément démocratique se retrouve dans ses institutions, l'ori^in^ de sa puissance condamne sa politique au despotisme le plus rigoureux ; elle s'est agrandie à l'ombre de la Russie, et elle n'agit sur l'Allemagne que sous le patronage et dans l'intérêt de sa protectrice. Ainsi, par un bizarre effet des combinaisons qu'elle a subies, la population la plus éclairée de l'Allemagne appuie l'absolutisme dans les grandes phases de son action. Il est impossible que la Prusse s'abuse sur le rôle qu'elle joue en Europe, qui
L'UNIVERS
se réduit à léffitimer en Allemagne les prétentions ultérieures de la Russie, et à préparer doucemeut la confédération à Tidée d'une dépendance plus directe.
L'Autriche est entièrement sous la main de la Russie; son influence sur l'Allemagne est neutralisée par la Prusse; et, si elle y jouit de quelque considération, c'est moins par les avantages qu'elle pourrait accorder par elle-mone, que parce que la grande Camille allemande voit en elle un ennemi naturel de la puissance russe. L'Autriche a plutôt recouvré qu'elle n'a gagné au partage du congrès de Vienne; elle est encore plus que la Prusse un gouvernement et non un État : elle offre le spectacle singulier d'une agglomération de peuples slaves , germains et italiens, dont la cohésion a besoin d'un lien despotique, et que plus de liberté politique grouperait immédiatement en nationalités distinctes , pour aller se confondre bientôt avec les grandes nations d'une origine commune. La marche de l'Autrioie.
aussi bien que celle de la Prusse, est donc complexe; et, tandis que son hostilité contre la Russie la rapproche de l'Angleterre, elle se voit contrainte d'appuyer les intérêts les plus vitaux de sa puissante rivale dans la question hollando-belge et dans la question espagnole. L'Autriche, depuis la chute de Napoléon , n'a fait que changer de mattre; vainement elle a essaj^é d'entraver les desseins de la Russie à l'époque de l'insurrection grecque et pendant la guerre de Turquie ; elfe a trouvé la France et l'Angleterre si insouciantes de leur propre conservation, qu'elle s'est vue obligée de désavouer ses velléités d'indépendance, et le cabinet Mettemich a pris le parti d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait exciter prématurément le mécontentement de la Russie; cependant, en cas d'une combinaison sérieusement agressive contre la Russie, l'Autriche ne pourrait qu'appuyer cette coalition , à moins qu^elle ne sacrifiât son existence à ses principes. Elle gagnerait à l'abaissement de la Russie de s'assurer ses
possessions d'Italie par le fait de son alliance avec la France , et de reprendre à la diète germanique le rôle que lui dispute aujourd'hui la Prusse, aont la fortune suivrait celle de la Russie.
L'Angleterre est dénuée de grands moyens militaires; die est absorbée par les soins d'un vaste système commercial; ses alliances se traduisent en chiffres; eoton, suif, soie, fer, sont des mots qui résonnent plus haut à I^ndres que ceux de dignité nationale et progrès humanitaire. L'Angleterre est donc peu propre à une erande action d'initiative; mais l'influence de son commerce, de ses flottes est universelle; si elle figurait dans une lutte européenne sans arrière -pensée, et nniç|uement dans le grand intérêt de l'alliance, nul doute que son intervention ne flk décisive.
La situation politique de la France est si compliquée, et les influences qui s'y trouvent en lutte ont un caractère si saillant, que cet État représente à lui seul, quoique sur une echdie réduite, tous les prindpes, tous les intérêts qui réunissent ou gui divisent le monde. Riche des produits de son soi , forte de l'homogénéité de ses populations, adossée aux Pyrénées et aux Alpes, et baignée par les deux mers, la France a pu vivre d'elle-même, et, sans inquiétude sur ses besoins, elle a traversé toutes les phases de la vie des peuples, expérimenté toutes les institutions. Elle a eu ses luttes d'établissement; elle a grandi sous la double influence des prindpes religieux et féodaux , pour se constituer définitivement en monarchie ; en peu de siècles, elle a usé la forme monarchique, elle s'est débarrassée de Taristocratie ; mais chez elle l'élément démocratique a grandi trop rite; il en est résulté une monarchie sans racines, une liberté qui est dans les mœurs sans être dans les institutions , des alliances équivoques comme Tessence elle-même du gouvernement. Mais ce caractère entreprenant des Français, ce besoin d'appliquer les théories gouvernementales pour y chercher de suite ce qu'il y a au fond , est justement ce qui fait
l'espéranee des peupitt quisouflïrent, et rappréhension des rois qui oppri* mentales peuples. La sympathie des masses pour respritfiran^is n'estautre chose que désespoir ; elle est raisonnée et {Hiissante, et tleat à la fois au nerfectionnement moral et aux întOTéts matériels. Cependant la France, avec son passé monarchique et ses réformes incomplètes, ne peut, dans l'état actuel de son organisation, offrir un point d'appui solide ni à l'Angleterre,
âuî est à la ?eille d'une révolution ra* Icale, ni à l'Autriche légitimiste. Le l^ouvemement de juillet restera donc isolé jusqu'à ce qu^if ait pris une attitude moins équivoque; de là les efforts des cabinets absolutistes pour Tentraîner dans une marche rétrograde.
Dans la question d'Orient, les intérêts actuels de la France viennent se confondre avec ceux de la Russie; car l'établissement d'une colonie en Afrique est un non sens, s'il reste réduit aux proportions mesquines d'un pied-àterre dispendieux ; si la pensée du pouvoir va au éeïkj elle conspire le démembrement de l'empire ottoman et rapproche l'époque de la conquête de Constantinople. On voit donc que l'influence de la France , nous voulons dire celle de son gouvernement , est neutralisée par l'Autriche, et 01^ la Prusse n'est qu une annexe de la Russie. Il ne reste plus que deux puissances indéigsndantes et entraînant les autres Etats dans leur sphère d'action : ces deux puissances sont la Russie et l'An-
Sleterre. Or il est visible que, de ces eux fbrces rivales, la première a toutes les chances en sa faveur : prépondérance numérique, organisation militaire, unité de volonté sans contrôle possible dans l'exécution , alliances non /douteuses: tons ces avantages se trouvent du côté du nord.
La Russie trouve dans la simplicité de son gouvernement une larg;e com- P|ensation au vice de son administration intérieure; tm secret profond rouvre ses fautes; elle sait agir en temps opportun, mais elle sait attendre. Quand l'Europe a le loisir de s'occuper sérieusement du danger présent ,
la Russie ne paraît plus poursuivre que des plans d'amélioration i ntérieure, mais ce repos n'est qu'une préparation à d'autres conquêtes; et, grâce au peu d'accord qui règne entre les cabinets
rivaux, il surgit bientôt quelque m tion nouvelle où se dépense l'activité de la diplomatie rivale ; alors la Russie fait
Suelques pas en avant, mais de ces pas e géant qui écrasent des empires, et dont l'empreinte est comme une prise de possession. Chacun de ses succès ajoute à ses ressources en diminuant drautant les ressources des puissances rivales. Cendant, eu dépit de cette marche constamment envanissante , la position de la Russie devient plus difficile que par le passé, à mesure que son but capital , roccupation des Dardanelles, est plus clairement défini; et c'est un spôstacle plein d'enseignements politiques que celui de tous les ressorts qu'elle fait jouer pour amener ce grand aénoûment. Tantôt elle eowm la Turquie de sa protection; à l'entendre, c'est l'Angleterre et la Ftance qui méditent la ruine de l'empire ottoman ; ne voit-on pas ces puissances encourager la révolte de l'Egypte? la France ne convoite- t-elle pas toute la côte septentrionale de l'Afrique? mais, grfloe au traité aUnkiar-Skelessi, la Turquie, si die est fidèle aux stipulations que la prévoyance moscovite lui a imposées, n'aura rien à craindre d'une agression étrangère.... En attendant, la Russie habitue le fatalisme des Turcs à la vuede sonparillon etde ses livrées militaires; le zèle de son alliance va si loin , qu'elle fait distribuer ses décorations aux soldats de Mahmoud; et le sultan, plaoé entre la résistance des Musulmans et l'impérieuse bienveillance du tsar, n'a d'autre ressource que d'ensevelir dans les vagues du Bosphore quelques Turcs assez amis de son trône pour rejeter des distinctions humiliantes. Cest toujours le même système de corruption dissolvante d'une part et d'intimidation de l'autre; e'est l'histoire de laPolo-
Sne, de la Géoreie, de la Finlande, es provinces baraques , de la Crimée, de la Moldavie, de la Valachie, de la Grèce, de la Perse; et la Russie, da
L'UNIVERS
milieu de tous ces États conauis, démembrés ou à la veille de létre, la Russie déclare à T Europe qu'elle n*a que des vues d'ordre , de justice et de modération ; l'Europe n'en croit rien , maisi'Europe est dépendante, égoïste et divisée, et elle répète à son tour, dans les discours officiels des princes, que la paix générale n'est pas menacée , tandis que cette paix si précieuse n'est que le résultat d'une coupable condes* oendance.
La Russie met à proflt tous ces éléments de faiblesse et de division ; elle poursuit habilement et résolument son œuvre; organisée pour la conquête, elle ne s'arrêtera que lorsque le principe d'activité, qui est la condition de son existence, réagira, faute d'aliments, sur elle-même, c'est-à-dire, lorsque l'Europe et l'Asie seront russes de fait.
M. de Talleyrand , qui avait profondément étudié les ressources et l'esprit de la politique russe dans les grandes phases de TalKance et de l'hostilité de cet État avec la France impériale, M. de Talleyrand, disons-nous, avait réduit le problème de la lutte contre l'influence moscovite à sa plus simple expression , en concluant le traité de la quadruple alliance. Dans les vues de ce diplomate, la question espagnole n'était qu'un thème qui renfermait le principe fécond de ralliance anglofrançaise. Le péril était gcaud |)our la Russie; elle se hâta, au premier cri d'alarme de ses diplomates, de raviver des susceptibilités nationales de pays à pays, et d'opposer partis à partis au sem même des deux États rivaux : intérêts dynastiques, opposition constitutionnelle, principes radicaux et légitimistes , elle employa tous ces leviers , épuisa toutes les combinaisons du calcul et de la politique, et arriva en6n au résultat qu'elle se proposait : la France et l'Angleterre, au lieu de terminer promptement le conflit espa- Snol, ce qui aurait entraîné la solution e la question hollando-belge, pour tourner ensuite toute leur attention vers rOrient, avouèrent qu'elles n'osaient intervenir en Espagne dans la
crainte de la Russie ; et ces deux couronnes les plus riches, les plus puissantes du globe, dont les populations réunies s'élèvent au chiffre de soixante millions d'âmes, ces deux couronnes qui peuvent disposer, l'une des forces militaires qui ont asservi l'Europe, l'autre d'une marine sans rivale dans le monde, ont accepté l'affront et la responsabilité d*une condescendance plus périlleuse que la guerre elle-m ême. De bonne foi , peut-on faire un crime à la Russie de son habileté à profiter et des chances que lui ouvre la fortune et des fautes des cabinets rivaux?
che2 elle, l'ambition ne se confondelle pas avec la loi suprême de sa pro- Kre conservation? Sans l'empire oe la [éditerranée, qui la rend maîtresse des trésors de l'Asie et des principaux marchés de l'Europe, il faut qu'elle renonce à entretenir une armée de huit cent mille hommes: et une fois désarmée, une fois le prestige de. son omnipotence détruit , ses alliances forcées lui échapperont, et en peu d'années elle aura rétrogradé de deux siècles.
Mais si la Russie obéit à la nécessité, en accomplissant sa marche envahissante et progressive, l'Angleterre et la France, qui possèdent les moy-ens d'arrêter la puissance russe, ont un tort encore plus évident, celui de courir sciemment à leur déconsidération et finalement à leur ruine.
C'est une tâche sérieuse et triste que de tirer de l'examen des faits des conséquences contraires aux intérêts de l'humanité; c'en est une non moins difficile de réveiller de leur sommeil les sociétés amoHies et égoïstes; elles consentiraient presque à l'abandon de tous les droits que leur a faits l'énei^gie de nos pères, pourvu que le travail de leur transformation ne fût pas trop pénible. C'est surtout dans les maladies de langueur que l'on s'éteint sans convulsions.
Sans doute, il est plus facile d'indiquer le mal que de montrer le remède ; mais si l'étude du passé n'a pas pour but unique de satisfaire une curiosité stérile, il est du devoir de l'historien de porter quelquefois ses regards sur
Faveur, de pvéparer les esprits à une appréciation consciencieuse des chances probables, ppur que les dévouements édairés ne'fassent pas défaut au jour du danger. Sepnblables à ces chefs qui ont vieilli dans les fatieues, les peuples de l'Europe aspirent a jouir de leurs travaux, et cependant Theure de la sécurité n'est pas venue. A Tintérieur, les (questions les plus vitales de Tordre social sont à peine ébauchées; le travail, Timpôt, Téducation populaire, les droits des citoyens, les lois enfin, tout est à refaire ou à modifier; il V a donc lutte et péril dans la paix même; toutefois le bon sens public est «sur la voie des améliorations; les privilèges et les abus de toute espèce, ju^â par Topinion , vont tomber avec les institutions qui les consacrent ; mais de quoi serviraient Texpérience des siècles et le long travail des civilisations, si une force agressive menace à chaque instant de détruire Tœuvre du temps et du génie, et de jeter un nouveau joug de fer sur TEurope régénérée. Il y a donc aussi péril au dehors. Et c'est au milieu de tant de graves questions indécises que Ton s'occuperait à dorer les bases chancelantes de la société, ou'on oserait proclamer que le résultat de tant de révolutions sanglantes est définitivement acquis! Un gage de salut s'ofire au monde, c'est Tailiance franche, intelligente, c'està-dire, efficace de la France et de l'Angleterre ; tous les intérêts de dynasties, de frontières, de développement moral et industriel, sont précaires sans elle. Si cette alliance est favorable aux droits des nations, si elle n'use de sa force que pour protéger et non pour soumettre, pour creuser un lit profond au torrent qui grossit tous les jours au nord et à Torient, et non pour changer brutalement des nationalités rebelles, alors, et peut-être même sans effusion de sanç , tous ceux qui ont pouvoir et génie devront se livrer à la tâche désormais possible de rendre les hommes plus heureux et plus dignes de Têtre.
On a pu voir clans l'action constante de la Russie sur la politique étrangère, et dans Tespritdeses traités, que toute
40* livraison. (Russie.) t. ii.
son organisation vépond k on (rin immense de développements et de cou»
quêtes ; il nous reste à montrer que ses prévisions jiour l'avenir, dans le système ûfi l'instruction publique, dé* cèlent la même tendance ; que tout s'y enchaîne, en un mot que le gouvernement ne considère le progrès inteUeotuel que comme un moyen, tandis qu'il trace au progrès moral des limites
au'il renferme dans les exij^enoes du espotisme. L'ouvrage publié récemment par M. Krusenstern, nous servira de guide pour les détails et les chiffres , mais nous tirerons quelque^ fois des mêmes éléments des conclusions contraires , non parce que l'auteur ne les a pas sainement appréciés^ mais parce que son but était évidemment apologétique tandis que le nôtres se renferme dans Tétude impartiale de la vérité.
La même cause qui a dû faire fiiire des progrès rapides aux connaissances élémentaires dans l'empire nis»
se , s'est opposée à leur développement transcendant, et cette cause c est l'action gouvernementale agissant comme principe unique sur Tinstruction de le jeunesse russe. Nous avouerons que le s^^stème adopté ne manque ni d'harmonie ni de grandeur , mais il pèche par la cause même qui le constitue. 11 impose une barrière à l'intelligence, il lui prépare des matériaux incomplets et rejette tous ceux qui ne pourraient entrer dans Tédifice du despotisme.
L'expérience des siècles et des civilisations n'est présentée aux élèves qu'avec les restrictions timides d'une censure ombrageuse ; en un mot, si le vœu goi»> vernemental est rempli, Tinstruction est tronquée et au-dessous des lumières du siècle; si elle s'élève, malgré les entraves qu'elle rencontre à chaque pas, elle se trouve comme déplacée dans le cadre qu'on lui destine.
L'invasion des Mongols détruisit le germe des connaissances que les relations avec le Bas-Empire avaient portées en Russie : après l'expulsion des hordes asiatiques, le long travail de la réorganisation des apanages sous un même sceptre, et les lut-
iO
LTJNIVERS.
tes incessantes arec la Pologne , la Crioiée et la Suède , empêchèrent que 1« arts et les sciences ne fissent des progrès sensibles en Mosoovie. Lahaine contre les étrangers , motivée par tant d'invasions sanglantes, se reporta jusque sur leurs mœurs et leurs institutions : aussi les effors de quelques tsars pour introduire dans leurs vastes États les connaissances européennes , restèrent longtemps vains et infructueux.
La discipline militaire elle-même fut repoussée par les Russes comme entachée d*un caractère anti national. On a vu avec quelle peine Pierre le Grand parvint à introduire ses réformes. Avant lui Tacadémie ecclésiastique de Moscou , fondée en 1679 par le tsar Féodor Alexéiévitch , et élevée au rang d'académie en 1682 , fut le premier établisiement destiné à régulariser Tinstruction en Russie. Une de ses attributions était d'examiner les étrangers qui se vouaient à renseignement dans les maisons particulières : on pense bien
3u'à cette époque ce contrôle était auessus de sa portée. Pierre le Grand , avec lequel tout commence en Russie, suivit une marche plus rationnelle , il envoya un ^rand nombre de jeunes Russes étudier à l'étranger, et fit venir d'Allemagne, de France, d'Angleterre et de Hollande , des hommes capables de le seconder dans la tâche immense
2 u'il s'était créée.L'établissementd'éco- » élémentaires et gratuites dans ]pluaieurs villes, et la nouvelle organisation du clergé, suivirent ces mesures.
La vingtième partie des revenus des couvents , et la trentième de celui des églises , furent affectées à l'entretien de ces écoles.
Dans la dernière année de son règne , Pierre le Grand traça le plan de son académie des sciences de Saint- Pétersbourg. Une nouvelle imprimerie fut établie à Moscou, et en 1716 la premi(>re gazette russe parut dans cette ville; néanmoins telle étiit la répugnance des parents à envoyer leurs enfants aux écoles, qu'il fallut user de rigueur pour les v contraindre. L'impératrice Anne établit des écoles de garnison pour les enfants des mili-
taires de tout grade. Elle créa en 17SI , le premier corps des cadets à Saint- Pétersbourg. Sa sollicitude s'étendit jusque sur les peuplades les plus éloignées, et elle comprit qu'elle les attacherait à l'empire par les bienfaits de l'instruction bien plus que par la con* trainte*
« Tous les enfants appartenant à la classe du clergé , et qui vivaient sans état et dans l'oisiveté, ayant été assujettis au service militaire, l'impératrice Anne en libéra ceux qui avaient fréquenté les écoles, et les admit au service dvil lorsqu'ils ne se sentaient pas de vocation pour l'église. Cette souveraine fut la première qui soumit au contrôle du gouvernement le nombre des élèves , en ordonnant de lui rendre tous les ans un compte exact des jeunes gens qui fréquentaient les écoles et de ceux qui les avaient quît^ tées, avec l'indication de l'emploi qu'ils pouvaient avoir obtenu. »
L'impératrice Elisabeth fixa à dix roubles pour la noblesse et à deux roubles pour les autres classes, les amendes auxquelles étaient soumis les pères de famille qui ne donnaient pas une éducation convenable à leurs enfants.
Elle fonda, en 1744, l'université de Moscou ,' ainsi que deux gymnases ; on lui doit aussi la fondation d'une académie des beaux-arts à Pétersbourg, et quelques écoles inférieures.
Depuiscette époque jusqu'à l'impératrice Catherine, les mœurs russes semblent avoir repris le dessus, et l'instruction publique fait un pas rétrograde.
Cette grande souveraine fonda la maison des enfants trouvés : la première fut établie à Moscou en 1763; un an après elle ordonna d'établir dans tous les gouvernements des écoles à demeure pour les deux sexes; telle fiit l'origine de rinstiiut des demoiselles nobles au couvent de la Résurrection à Saint- Pétersbourg. «En 1775, parut l'organisation des gouvernements , par laquelle les bureaux de curatelle reçurent l'ordre de veiller à ce que des écoles élémentaires fussent établies dans toutes les villes et dans tous les bourgs populeux Quelques années
plus tard (1782) , une commission spé* ciaie fut chargée de la fondation d^écoles qui furent placées sous leur direction* Le nombre des universités fut ûxé provisoirement à trois, savoir : à Pskof» a Tchemigof et à Penza. En 1786, toutes les écoles publiques furent divisées en supérieures et en subalternes; les premières devaient se trouver dans les dicfs-lîeux des provinces, et les secondes dans ceux des districts , et dans cbacpe paroisse des grandes villes. On ne nt pas sans étonnement que dans les unes comme dans les autres on enseigoDait les devoirs de Thomme et du citoyen. Tous ces établissements faisaient vivement sentir le besoin de maîtres; on créa à cet effet à Saint- Pétersbourg un gymnase normal qui devint plus tard l'institut pédagogi* que.
« Catherine perfectionna et étendit réducation militaire, imprima un nouvel élan à Tacadémie des beaux-arts , et créa pour les fils des employés subalternes de la marine, des ecoies destinées à former des chefs d'ateliers pour les travaux de Tamirauté. Des écoles pour la marine marchande, pour les mines et pour le commerce s'organisèrent à Saint-Pétersbourg. A cette époque la famille Démidof consacra un capital de deux cent cinq mille roubles à Tentretien de cent élèves à récole de commerce. »
Paul V introduisit aussi quelques améliorations dans le système de nnstruction publiuue : elles regardaient principalement réducation des enfants et des orphelins des militaires. On peut dire que, jusqu'au règne d'Alexandre, l'instruction publique en Russie ne fut qu'un tâtonnement, et que les écoles publiques n'étaient pas moinsr défectueuses sous le rapport de l'administration que sous celui des études.
L'esprit éclairé de ce monarque, le vif Jésir qu'il manifesta, surtout dans les premières années de son règne, d'améliorer l'état moral et intellectuel de ses peuples, contribuèrent puissamment à répandre dans toutes les classes autant de lumières que le comportait l'état peu avancé de la civilisation russe.
Il créa le ministère de l'instniction publique et la direction supérieure des écoles ( 1802 ) ; dès lors toutes les écoles de l'empire furent divisées en quatre catégories , savoir : 1* écoles paroissiales; 2** écoles de district; 8* gymnases; 4" universités. Le nombre des universités fut fixé provisoirement à six, à Dorpat, à Yilna, i Saint-Pétersbourg, à Kasan et à Kharkof ; celle de Moscou était conservée, mais elle fut réorganisée en 1804 sur le plan général; les universités de Yilna et de Dorpat , centres de popu* lations plus avancées, eurent leurs statuts à part ; c'est à cette époque que le gymnase de Saint-Pétersnourg fut transformé en institut pédagogique. Le discrédit où était tombié le papier-monnaie obligea le gouvernement à augmenter le traitement des professeurs.
En 1804 l'entretien de quatre univer- 8ités,quarante-denx gymnases etquatre cent cmq écoles de district, coûtait environ un million trois cent mille roubles. Dans un pays comme la Russie, où la population libre est divisée en classes, il était nécessairede donner aux personnes qui se vouaient à l'enseignement, des grades en raison de leurs services, et qui les assimilaientpour le rang aux autres employés de 1 État. Une amélioration réelle eut lieu sous le mtoe règne: le rang d'assesseur de collège et celui de conseiller d'État ne furent accordés qu'à la suite d'un examen. Les élèves eux-mêmes avaient droit à un grade à leur entrée au service lorsqu'ils avaient achevé leurs cours dans les établissements de l'État. Les écoles militaires suivirent ce mouvement ; le corps des pages, et les écoles de l'artillerie, du génie et des porte -enseignes de la garde, furent institués à Saint-Pétersbourg.
« Les écoles ecclésiastiques, jusque-là composées de quatre académies et de trente-sept séminaires, reçurent en 1808 une plus grande extension, et obtinrent diverses prérogatives; elles furent divisées, comme les écoles civiles, en quatre catégories, et organisées d'après un plan uniforme qui leur sert encore de règlement M814). «
Un çrand nombre d'écoles spéciales ont été fondées sous le règne de Tempereur Alexandre. A ces dernières appartiennent riitsti tut des voies de communication , les écoles de pilotes et de constructeurs de vaisseaux, les écoles de commerce à Odessa et îaganrok , deux écoles forestières et une pour l'agronomie; des instituts de médecine furent attachés à chacune des universités, et ceux qui existaient déjà à Saiut-Pétersbourg et à Moscou prirent un accroissement considérable. Le patriotisme dont la nation russe donna sous ce règne des témoignages si éclatants, se manifesta de la manière la plus honorable par des fondations particulières en faveur des écoles publiques. Le conseiller d'État Paul Déniidof leur consacra environ un million et demi de roubles dont les deux tiers pour rétablissement d'une école supérieure à JarosiavI; le prince Besborodko suivit cet exemple, ainsi que plusieurs autres seigneurs et riches négociants.
I^ noblesse de quelques gouvernements se montra également empressée à doter, soit des universités, soit des écoles. Malheureusement ni les oukases d'un prince bienveillant, ni les sacriOces des particuliers ne peuvent changer Fesprit des masses ; les institutions qui ne sont pas encore clans les mœurs peuvent bien imposer par un certain éclat extérieur, mais le résultat en est loin de répondre a l'intention créatrice. Dans les deux capitales la surveillance immédiate de Tautorité compétente, le mérite des professeurs, et le contrôle d'une population plus avancée, offrent des garanties à peu près sufûsantes; mais à mesure que tes chefs d'établissement s'éloignent de ces centres de pouvoir et d'activité , ils exécutent les règlements avec moins de ponctualité, et ne songent pour la plupart qu'à tirer le parti le plus avantageux de leurs places. La preuve la plus incontestable de Tinaptitude du corps enseignant en Russie, c'est l'absence de productions remarquables : à 1 exception de quelques nationaux, les professeurs les plus instruits sont des étrangers , et si un concours euro-
péen était ouvert aux étudiants des classes supérieures, soit pour la philosophie , soit pour les sciences ou pour les langues savantes , le pays le plus vaste de l'Europe aurait sans doute la moindre part aux récompenses. On se tromperait toutefois en concluant de ces remarques, que les Russes ont peu d'aptitude aux sciences et aux lettres, ils sont sous ce rapport heureusement organisés, et s'il réussissent moins bien que dans d'autres pays, la faute en est aux institutions qui pèsent sur tout ce qu'elles touchent. Le règne de l'empereur actuel a été fécond en changements plus ou moins judicieux; toutefois on ne saurait nier qu'il a systématisé avec ensemble toutes les parties^ de l'instruction publique : il a pour ainsi dire obtenu le mieux possible dans le médiocre , et comme rien ne gène autant le despotisme que tout ce
aui est transcendant^ il peut se flatter 'avoir atteint son but. Sous les règnes précédents, la direction de l'instruction publique, tout imparfaite gu'elle était, laissait au moins entrevoir l'intention de s'élever, dans un avenir plus ou moins rapproché, aux connaissances qui conviennent à des hommes libres. L'empereur Nicolas , menacé dès son avènement au trône par une conspiration libérale , a cru tarir la source de ce danger en disciplinant jusqu'à la science^ la littérature et la philosophie. Il a décrété que l'éducation serait nationale, c'est-à-dire, qu'elle n'irait que jusqu'où le despotisme n'aurait
f)oint à s'en alarmer, (^ette marche est clique, mais la Russie a reculé d'un siècle dans la voie de la liberté, et l'Europe qui suit d'un œil inquiet les envahissements de cet empire , sait désormais que c'est à un pays organisé pour l'esclavage qu'elle est menacée de se voir soumise.
« Puissent les pères de famille , a dit l'empereur dans un manifeste (juillet 1826), porter toute leur attention sur l'éducation morale de leurs enfants.
Ce n'est , certes , point aux progrès de la civilisation , mais à la vanité qui ne produit que le désœuvrement et le vide de l'esprit . mais au défaut d'une
instruction réelle* qu*il faut attribuer cette licence de la pensée , cette fougue des passions, ces demi-connaissances si oonfuses et si funestes, ce penchant aux théories extrêmes et aux visions politiques qui commencent par démo* raliser et finissent par perdre.
« Que la crainte de Dieu et une solide et patriotique instruction soient la base de toutes les espérances d'amélioration , le premier aevoir de toutes les classes. » M. de Krusenstern conclut de cet avertissement impérial que Téducation de la jeunesse russe serait à la fois religieuse, monarchique et nationale. Pour qui connaît la Russie , ces paroles signifient seulement que désormais Pinstruction publique, en Russie, ne sera plus considérée par le gouvernement oue comme un moyen de perfectionner les ressorts de l'autocratie; quant à la religion et à la morale, elles peuvent adoucir les moeurs des propriétaires d'âmes et la condition des serfs, mais il est contraire à leur essence de consacrer la durée illimitée d*un tel état de choses.
L'instruction publique , en Russie , peut être divisée comme il suit : 1* les écoles publiques de toutes les classes , qui constituent le ministère de l'instruotion publique proprement dit; T les écoles militaires; 3<» les écoles ecclésiastiques ; 4"* les écoles spéciales et diverses relevant des autres branches de l'administration.
Le ministère de l'instruction publique se compose : 1<* de la chancellerie ministérielle; 2* du département ^de Tinstruction publique ; S"" de la direction supérieure des écoles.
Le département de l'instruction publique dirige , sous les ordres du ministre, les établissements scientiOques et les écoles de l'empire, exception faite de ceux qui relèvent immédiatement des autres branches de l'administration. La compétence du département s'étend ainsi sur les objets suivants : 1* sur l'établissement, l'organisation et l'administration de toutes les écoles publiques entretenues par le gouvernement ; 2» sur le personnel de ces écoles ; 3** sur le mode d*enseigne-
ment; 4* sur les institutions privée»; 6"* sur les sociétés savantes et particu* lières ; 6* sur les bibliothèques , mu« sées, etc.; T enûn, sur la rédaction du journal du ministère de l'instruction publique.
La direction supérieure forme le conseil du ministre. Elle s'occupe:
l» des modiâcations ou changements nécessaires «oit dans l'organisation, soit dans les règlements ; 2« de la formation de nouvelles écoles particulières; 3<* des affaires pécuniaires et contentieuses; 4** de l'examen des rap-
{)orts des fonctionnaires envoyés pour 'inspection des écoles; 6*" du cnoix des livres d'enseignement. La distribution des arrondissements a subi des modiûeations judicieuses^ et qui répondent d'une manière plus satisfaisante aux exigences des localités. Désormais la surveillance des écoles dans les provinces éloignées de l'empire par les curateurs ou inspecteurs, offrira moins de difûculté.
Les attributions du ministère de Tinstruction publique embrassent, outre les objets ci-dessus indiqués , tout ce qui concerne la censure. Des modifications nécessitées par la situation particulière des provinces, ont été introduites sur le rapport d'un comité dont le règlement fut confirmé en 1828. Les dispositions en étaient applicables aux arrondissements de Saint- Pétersbourg, de Moscou, de Kharkof et de Casan. Ce règlement diffère de celui de 1804 en ce que la liaison qui existait entre les écoles des différents degrés fut rompue. Alexandre avait voulu que rélève d'une école primaire ou paroissiale pOt continuer ses études à l'école du district, puis suocessi veinent au gymnase et à l'université : c'était le moyen d'ouvrir à l'aptitude et au génie , dans quelque rang que la nature les eût cachés, toutes les ressources créées par le gouvernement. Cette disposition qui honore la philanthropie de ce prince, était, il faut le dire, en contradiction flagrante avec les institu* tions du pays. Quelle utilité pouvait tirer d'une éducation élégante des jeunes gens que le privilège repoussait
L'UNIVERS
dans les classes obscures de la société? Un assez grand nombre d'entre eux, maudissant des connaissances qui servaient seulement à leur faire détester leur position sociale, se suicidèrent ou s'abandonnèrent à l'ivresse. Les écoles de district furent donc rendues indépendantes des gymnases, et les études n'y furent plus qu'élémentaires.
Les gymnases, au contraire, devinrent des écoles supérieures où les Jeunes gens, appartenant aux familles riches et nobles , se préparent soit aux études académiques, soit au service dvil de l'État. Ainsi le privilège atteint k jeune Russe dès sa sortie de l'école ; et il reçoit un grade différent, selon qu'il soft d'une école de district, d'un gymnase ou d'une université. La capacité doit être sans doute la règle de l'avancement, mais le droit, en renfermant dans des limites particulières les élèves des diverses catégories , prive rÉtat des services que pourraient lui rendre un jour les nommes sortis de la classe la plus nombreuse. Au reste, cette mesure est prudente dès que le
gouvernement n'a point l'intention 'allier par degrés la chaîne de l'esclavage.
Les écoles paroissiales sont gratuites et ouvertes aux enfants des deux sexes de toutes les classes. « Les maîtres attachés aux écoles paroissiales, s'ils sont de condition libre , jouissent , du- . rant l'exercice de leurs fonctions , des > prérogatives attachées à la quatorzième dasse ; ils obtiennent ce grade à leur ! retraite, après vingt ans d'un service ^ irréprochable. Les écoles paroissiales' dans les villes et dans les villages appartenant à la couronne ou à des laboureurs libres , sont entretenues aux • frais des paroisses ; celles qui sont entretenues dans les biens seigneuriaux le sont aux frais du propriétaire. »
Les écoles de district tiennent le milieu entre les écoles primaires et les gvmnases; elles correspondent à nos écoles de commerce, si ce n'est que les langues étrangères y sont proscrites: renseignement y est gra-
^s gymnases sont destinés parti-
culièrement à l'éducation des gentilshommes; les objets d'enseignement sont : la religion et Thistoire sainte ; la grammaire et la littérature russe; la ïosique, les langues latine, allemande et française; les mathématiques et la physiaue ; l'histoire et la statistique; le oessin; et enfin la langue grecque dans les gymnases des viîles universitaires. Ceux des élèves qui s'y distinguent sont admis aux cours des universités, où ils sont entretenus aux frais du gouvernement, à la charge de servir ensuite pendant dix ans dans le ministère de l'mstructlon publique, lilalgré les avantages accordés par le gouvernement aux élèves sortis des gymnases , la noblesse était peu disposée à y envoyer ses enfants ; elle préférait soit l'éducation domestigue, soit celle des pensionnats particuliers, non pas , comme l'avance M. de Rrusenstem, parce gue la composition des gymnases était trop mêlée , mais parce qu'elle désirait que ces jeunes gens fussent instruits par des étrangers; cette prédilection n'était pas toujours motivée; cependant, et surtout depuis IVmigration , il était de« venu de mode, d'avoir chez soi un précepteur français, ou du moins étranger.
La répugnance des Russes avait longtemps râisté à subir toutes les réformes que la volonté impériale leur imposait à cet égard ; aujourd'hui cette même volonté leur prescrit de se passer des étrangers , à moins que ceux-d ne consentent à se faire Russes ; ce sera la cause d'un recul rapide dans la marche de l'instruction en Russie. Le concours des étrangers présentait , il est vrai , d'assez graves inconvénients; ils ne pouvaient qu'enseigner à leurs élèves ce qu'ils avaient appris eux-mêmes, et à 1 aide des idées qui ont cours ailleurs, et qui sont peu en harmonie avec le système des institutions russes ; mais , au moins , l'élite de la nation ne se trouvait pas en dehors de la sphère des connaissances européennes. Les relations de la haute noblesse avec les classes intermédiaires réagissaient de proche en proche sur tout Te corps des seigneurs et des employés ; le travail ci*
vilisateur s'opérait lentement , et, par conséouent, sans danger. Par suite des nouvelles mesures, un résultat tout contraire doit avoir lieu. £n effet , il ne faut pas perdre de vue que les mœurs et réducation des seigneurs russes ont été calquées sur des modèles étrangers ; l'absence de ces modèles les rattachera nécessairement aux institutions du
Srand nombre, qui sont encore, à peu e chose près , eelles que les réjforniateurs ont rois tant de persévérance à modifier. L'orgueil national des Russes, ébloui par de grands succès militaires , a cru pouvoir se passer de Tassistance de ceux oui leur ont appris à vaincre : en consultant leurs forces , ils ont jugé qu'ils pourraient désormais marcher tput seuls; c'est une erreur dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir. La fortune des armes est
Ëirnalière : un ignorant peut être un n soldat ; mais , en dépit de toute l'obéissance passive, il ne dépend pas d*un souveram de bâter l'œuvre de la civilisation qui veut être mûrie par les siècles.
Pour remplacer en quelque sorte les éducations particulières , et celles qu'on recevait dans les établissements tenus par des étrangers , on a fondé, près de chaque gymnase , un pensionnat noble dont les élèves suivent les cours gymnastiques sous la tutelle de gouverneurs chargés de les surveiller; ces institutions n'ont ni les avantages de l'éducation publique, ni ceux des études suivies sous l'œil des parents.
Le travail sur les universités a obtenu , en 1835, la sanction de l'empereur ; nous empruntons encore à M. de Krusenstern quelques-unes des dispositions principales qu'il rapporte.
CSiaprtre V. Les universités sont composées : l** du nombre fixé des facultes ; 3® d*un conseil ; 3^ d'une direction administrative. Une université complète compte trois facultés : philosophie, jurisprudence, et médecine.
Qiaque faculté a son doyen ; celle de philosophie en a deux. Elles sont toutes placées sous l'autorité, du recteur qui préside le conseil universitaire. La direotion administrative est présidée par
le même dignitaire. Chaque université est placée sous la direction spéciale d'un curateur. Les articles de ce règlement s'appliquent à toutes les universités , sauf les exceptions pour celles de Dorpat et celle de Saint-Vladimir , à Kief. chap. 2. La faculté de philosophie comprend les cours suivants : première section, la philosophie, la littérature et les antiquités grecques; la littérature et les antiquités romaines ; la langue russe et l'histoire de sa littérature ; l'histoire et la littérature des idiomes slaves ; l'histoire universelle , rhistoire de Russie, l'économie politique et la statistique; la littérature orientale, savoir: les langues arabe, turque et persane; enfin les langues mongole et tatare ; 2' section : les mathématiques pures et appliquées, l'astronomie, la physique et la géographie physique ; la mméralogie et la géognosie ; la botanique , la zoologie , la technologie , Téconomie rurale , les sciences forestières et l'architecture.
La faculté de jurisprudence est incontestablement celle dont les résultats sont les plus nuls ; l'étude des lois russes est capable à elle seule de bouleverser les idées les plus saines en matière de jurisprudence.
La faculté de médecine, quoique loin d'être à la hauteur de celles d'Allemagne, de France et d'Angleterre, a rendu d'importants services.
Il y a, dans chaque université, des lecteurs pour les languesétranuxères vivantes , amsi que des maîtres d'agrément.
Chap. 7. Les universités ont leur propre censure ; elles ont le droit d'avoir une imprimerie et une librairie. Les grades universitaires sont assimilés à ceux du service civil ou militaire. Les
{)rofesseurs qui obtiennent, lors de eur démission, le titre d'émérite, jouissent , après un service de vingtcinq ans, d'une pension viagère égale à leur traitement annuel. Chap. 6.
Les établissements spéciaux attachés aux universités sont : les instituts pédagogiques, ceux de médecine, et les sociétés savantes.
Chap. 9. L'état du personnel et des dépenses annuelles est fixé , pour l'uni-'
L'UNIVERS
Tersité de Saint-Pétersbourg, à la somme de 372,250 roubles ; pour celle de Moscou , à 454,200 roubles ; pour oelIesdeKharkofetdeCasan,à370,000 roubles chacune.
En 1835, Tuniversité de Saînt-Pétersbourg comptait 285 étudiants.
L'arronoissement qui en dépend renfermait à la même époque 580 écoles ^ ayant 11,911 élèves.
L'université de Moscou comptait 419 élèves : l'arrondissement avait 925 écoles, renfermant 16,259 élèves.
A l'université de Kharkof , on comptait 342 élèves, et dans Tarrondisseroent, 11,446 étudiants, répartis dans 2t7 écoles,
A l'université de Kasan, 252 étudiants; dans l'arrondissement, 198 écoles , et 8,459 élèves.
Il ne pouvait échapper à l'attention du gouvernement , que le svstème de l'instruction publique , dans l'arrondissement de Kasan , doit nécessairement être adapté aux intérêts des tribus asiatiques oui rbahitent en partie , et de veiller a ce que l'université de cette ville devînt le chaînon qui rattachât ces dernières à la population russe; c'est dans ce but que des soins particuliers ont été voués à l'enseignement de Tarabe , du persan , du tatare et du mogole.
Cette dernière langue n'avait point jusqu'à présent de grammaire ni de lexique ; l'académicien Schmidt a rempli cette lacune.
L'université de Dorpat, dont la destination spéciale est oe répondre aux besoins intellectuels des trois provinces hal tiques, jouit de privilèges assez étendus ; le culte des habitants n'étant pas celui du reste de l'empire , elle a une faculté de théologie. A cette université sont attachés un séminaire normal , et un séminaire théologique destiné à fournir des prédicateurs pour les paroisses protestantes dans toutes les parties de rempire. En 1835, Vuniversité de Dorpat comptait 567 étudiants ; et les 253 écoles de son éta- Wissement offraient un total de 8,826 élères.
L'arrondissement de la Bussie blan*
die, sur 289 écoles, a 11,580 élevés.
L'université de Samt- Vladimir à Rief ne paraît pas être dans un état florissant , ce qu'il faut sans doute attribuer aux mesures répressives prises par le gouvernement a la suite de la dernière insurrection de Pologne. D'après les chiffres de M. de Krusenstem , 61 professeurs et maîtres n'occupent
2ue 120 élèves; l'arrondissement a 90 coles et 6,790 élèves.
L'université de Vilna , jadis si célèbre, est disloçiuée. Dans cette ville, à Grodno, à Bialystok, à Vitepsk, à Minsk et à Mohilef , le gouvernement impérial paraît moins occupé d'étendre la sphère de l'instruction qu'à ramener à un système uniforme les idées patriotiques des populations.
Le lycée d'Odessa , fondé par le duc de Richelieu , diffère peu aujourd'hui des autres écoles supérieures de l'empire. On remaraue aans cet arrondissement une école destinée aux jeunes Tatars , et une classe de langue moldave près du gymnase de Kichénef.
L'arrondissement d'Odessa compte 4,647 élèves.
Les écoles des provinces transcaucasiennes ont subi différents changements en rapport avec l'état politique de ces contrées. Dès l'année 1819, et sur la demande du général lermolof , l'enseignement du latin et de l'allemand y fut remplacé par celui du tatar dans les gymnases, et l'on ajouta au cours d études p'usieurs branches des sciences militaires, la jeunesse du pays étant destinée au ser- , vice du corps d'armée du Caucase.
En 1829, un nouveau règlement vint compléter ces dispositions que rer* daient insufOsantes les acquisitions de l'empire après la campagne de Perse.
Des modifications récentes ont été faites depuis dans ces établissements.
En général , les fils des fonctionnaires russes doivent apprendre soit le tatar soit un des idiomes usités dans ces provinces. Des écoles de district ont été fondées à Tiflis , Gori , Elisabeth pol , Koutars , Nakhitchévan , Akhalt zykh, Bakou, Derbent, Érivan, e( dans plusieurs autres villes. Ces écoles
ont trois classes; dans les deux premières , rinstruction se donne dans la lanf ue du pays , et en russe seulement dans la dernière. Le nombre des élèves qui fréquentent les écoles transcaucasiennes est déjà de 1285: celui de toutes les écoles de la Sibérie ne s*élève point au - dessus de 2,000.
Malgré tous les soins et les sacrifices du gouvernement pour créer des .^les nationales, les Russes, principalement les seigneurs de la première distinction , préféraient, comme nous l'avons dit, les écoles particulières , presoue toutes dirigées par des étrangers; le nombre de ces écoles était, en 1834, de 99 dans les deux capitales ; d*un autre côté, c'était presque exclusivement à des étrangers que 1 on conGait l'éducation particulière.
L'amour -propre national, ou plutdt celui du pouvoir, soumit à toutes sortes de restnctions l'état de précepteur et d'instituteur. Sous le prétexte d'une garantie morale, que n'offre pas d'ailleurs à un degré éminent la majorité des nationaux , on a exigé des instituteurs étrangers de renoncer à leur pays et de se (aire Russes; c'est-à-aire, qu'on leur a imposé un acte immoral, en les plaçant entre leurs intérêts et leur devoir. Au reste, ces mesures auront une haute portée politique ; mais nous doutons que ce soit en mveur de l'empire russe.
Il suffit de jeter les veux sur le recueil des actes de l'académie des sciences de Sain^Pétersbourg . pour s'assurer que les Russes n'y sont pas en majorité , et que la gloire de ce corps illustre appartient presque exclusivement à PAllemagne. Le statut qui détermine toutes les attributions de l'académie , porte le budget annuel de cet établissement à 239,400 roubles.
Le défaut d'espace ne nous permet pas d'énumérer tous les établissements spéciaux qui se trouvent sous la direction et le contrôle éclairé de l'académie ; mais nous emprunterons à M. de Krusenstem le passage suivant , qui honore la munincence de l'empereur actuel.
« Par son ordre , ui> nouvel obser-
vatoire a été fondé k Hdsingfors ; la position de cet établissement en fait un des plus importants de l'Europe.
D'autres ont été élevés à Moscou , à Kief et à Casan ; enfin Sa Majesté a ordonné qu'un observatoire central fût élevé à Saint-Pétersbourg sous la direction de l'académie des sciences.
« Cet établissement va devenir le plus vaste de TËurope ; il se trouve sur la montagne de Pulkovo, près de Saint-Pétersbourg. La première pierre en a été posée au printemps de 1834... Une somme de 231,428 roubles a été assignée pour la seule acquisition des instruments qui tous ont été commandés dans les ateliers les plus célèbres de l'Europe. Le devis général de construction s'élève à près d*uu million huit cent mille roubles. »
Le nombre des journaux et autres publications périodiques dans tout l'empire, en russe, allemand, français , etc. , est de 68.
Il est superflu de dire que la censure surveille avec le plus grand soin toutes ces publications , de même que les ouvraees imprimés dans le pays ou venus de l'étranger. Au reste ,, les règlements relatifs à la censure sont remaniés à chaque règne, et plutôt deux fois qu'une. C'est que dans un pays oik le pouvoir suprême fait les lois , rien n'est défini , rien n'est stable; et les décrets rendus dans des circonstances exceptionnelles n'y sont abrogés que lorsqu'ils ont produit un mal irréparable.
En 1835, le nombre des volumes importés de l'étranger était de 300,000; celui des ouvrages imprimés en Russie de 708.
En examinant la marche proi^ressive des écoles dépendantes du ministère de l'instruction publique, on trouve qu'elle a été plus rapide sous le règne d'Alexandre, avec moins de moyens et une population moindre; en effet, en 1804, le nombre des élèves était de 33,481; et, en 1824, il s'élevait à 69,629. En 1835, il était de 85,707.
Les écoles militaires en Russie peu« vent être rangées en trois catégories distinctes : 1* les écoles militaires.
L'UNIVERS
sous la direction du grand-duc Michel ; 2® le coriis des cadets , et les écoles relevant ae Tétat- major de la marine ; 3* les écoles militaires qui dépendent du ministère de la guerre, et qui sont réservées spécialement aux entants de soldats.
Le nombre des écoles militaires placées sous la direction du grand -duc Hlichel, tant dans les deux capitales que dans plusieurs chefs-lieux de gouvernement , est de 27 , en y comprenant plusieurs corps de cadets, dont Forganisation n'était pas achevée en 1837 , mais qui Test probablement aujourd'hui ; elles renferment 8,733 élèves, dont renseignement est gradué selon les destinations spéciales, de sorte qu*en entrant au service, les jeunes gens ont toutes les connnaissanoes de leur arme et de leur grade.
L'entretien de ces écoles coûte annuellement 6,255,000 roubles. En général, rétude des langues et celle du dessin y est faible; mais celle des sciences mathématiques y est portée à un- degré satisfaisant.
Les écoles qui relèvent de Tétatmajor de la marine ont 2,224 élères , dont le budget annuel est de 682,194 roubles.
En 1824, les écoles désignées sous le nom de section d'orphelins militaires, et qui renfermaient un grand nombre d'élèves, furent placées sous la direction de l'état-major de l'empereur pour les colonies militaires. Deux ans plus tard, elles furent organisées en bataillons , demi bataillons et compagnies de cantônistes, formant ensemble sept brigades, et quatre régiments de carabiniers d'instruction.
Le directeur du département des colonies militaires est le cfa^ de tous les cantônistes ; les différentes brigades sont distribuéei dans vingt-stx gouver* netnents qui forment pour ainsi dire la ceinture de l'empire. Les brigades des cantônistes militaires se compo^nt principalement d'enfants de soldats.
On y reçoit cependant aussi les orphelins de toutes les conditions, des fils
fQ règle, ou d'employés qui n'ont pas
le grade requis pour être admis au corps des cadets. L'âge d'admission dans les brigades est depuis six ans jusqu'à dix-huit; mais la plus grande partie des élèves en bas âge restent jusqu'à leur majorité auprès des parents.
L'enseignement dans tous les bataiU Ions, demi-bataillons et compagnies des cantônistes, le bataillon de Saint- Pétersbourg excepté,. se compose de connaissances élémentaires, de l'exercice militaire, et d'un travail mécanique qui forme les élèves à un métier utile. Ainsi chaque classe est divisée en deux sections, qui se trouvent alternativement en classe, à l'exercice et dans les ateliers. Un certain nombre de cantônistes dans chaque bataillon apprennent en outre la musique militaire et le chant d'église.
Lorsque les cantônistes ont achevé leurs études , les plus capables deviennent mattres, écrivains de bureaux ou musiciens; les autres sont incorporés dans les régiments d'instruction de carabiniers, et dans ceux de la ligne.
Après leur incorporation dans les ré-
giments d'instruction de carabiniers, » cantônistes , tout en s'oocupant plus spécialement des exercices militaires, continuent à se perfectionner dans les sciences et dans les métiers qui leur ont été enseignés. Les plus avancés
{lassent ensuite comme sous-officiers, es autres comme simples soldats, dans les régiments de ligne. Le bataillon des cantônistes de Saint-Pétersbourg a une organisation à part : il est composé de quatre compagnies, dont la première est divisée en deux sections; l'une est une école normale, l'autre une école de topographie.
La deuxième compagnie est une école élémentaire d'artillerie. Les élèves de cette école passent dans la brigade d'instruction de l'artillerie.
La troisième compagnie est une école élémentaire du génie; elle fournit des conducteurs à l'administration de cette arme.
La quatrième compagnie ou celle de Kgne est réservée spécialement pour compléter les régiments d'instruction de carabiniers. Elle fournit aussi des
lith(»raph68 pour I*état-nAajor, des employes pour le service des télégraphes, des maîtres de gymnastique , des musiciens et des écrivains de biireaux.
L'école des auditeurs appartient aussi à cette compagnie : elle est composée de cent élèves, dont soixante caotooistes et quarante ûls d'ofGciers.
On les admet au service avec le rang de sous-ofOciers dans les départements de Tauditoriat des ministères de la guerre et de la marine. Plus tard, ils sont envoyés comme auditeurs à Tarmée. Le nombre des cantonistes actuels est de 28,445 présents, et de 127,701 près de leurs parents. Cet établissement important, qui sufGrait pour révéler la tendance militaire du gouvernement russe, possède un capital qui s'accroît journellement , et que M. de Krusenstern porte à 8,000,000 roubles. En récapitulant en une somme totale les chiffres que nous venons d'énoncer, on trouvera que les éa>les militaires de toutes les classes renferment 180,000 élèves, dont le budget annuel est de 8,687,194 rou* blés.
Il existe en Russie deux espèces d'écoles ecclésiastiques ; les premières sont celles du rit grec orthodoxe, soumises au saint synode et dirigées par une coinmission spéciale; les secondes sont les écoles ecclésiastiques des cultes étrangers relevant du département de . ces cultes, lequel fait ^rtie lui-même du ministère de Tintéricur.
L'empereur Alexandre, après avoir réorganisé les écoles séculières, voua la même attention à celles du clei^é.
En 1808, Il fut créé une commission spéciale chargée de la direction supéneure des écoles ecclésiastiques; et, en 1814, ces écoles reçurent un règlement qui , sauf quelques modifications , sert encore de teise a leur organisation. En vertu de ce règlement, toutes les écoles ecclésiastiques sont divisées en trois arrondissements : ceux de Saint- Pétersbourg, de Moscou et de Kief.
Chaque arrondissement est composé d'écoles supérieures, d'écoles moyennes et d'écoles inférieures. Les écoles supérieures sont les académies ; on en
compte trois : à Saînt-Pétershours , à Moscou et à Kief. Les séminaires forment les écoles moyennes; elles se trouvent pour la plupart dans les chefslieux des gouvernements. Dans les écoles inférieures sont comprises celles de districts et de |)aroisses , qui se trouvent dans les petites villes et dans les bourgs. Les écoles paroissiales sont subordonnées à celles de district, et celles-ci aux séminaires, qui euxmêmes relèvent des académies.
L'administration locale des écoles de chaque arrondissement appartient à l'archevêque diocésain. Bien que chacune de ces quatre catégories d'écoles ait un règlement spécial, tous les établissements d'éducation du clergé sont diriges d'après des principes uniformes, sous le rapport de l'éducation morale et de Téducation scientifique des élèves , aussi bien que sous celui de l'administration économique.
Le but spécial des écoles paroissiales est de fournir des élèves sullisamment préparés aux écoles de districts.
Tous les enfants âgés de sept à huit ans, appartenant au clergé d'un certain nombre de paroisses, sont tenus de fréquenter les écoles paroissiales , à l'exception de ceux dont les parents s'engagent à leur faire acquérir, chez eux ou ailleurs, les connaissances nécessaires pour leur admission à une école de district. Chaque école paroissiale est dirigée par un inspecteur qui , selon le nombre des élèves , a sous ses ordres un ou deux maîtres. Les fonctions d'inspecteur sont ordinairement confiées au curé du lieu , ou à des per^ sonnes graduées en théologie. Les élèves des écoles paroissiales, et de préférence ceux dont les parents sont pauvres, sont logés soit dans l'école même, soit dans un des couvents voisins. Ceux que les localités ne permettent point de placer de cette manière doivent pourvoir eux-mêmes à leur logement, et ne viennent à l'école que pour assister aux leçons.
La destination des écoles de district est de diriger les écoles paroissiales qui leur sont soumises, et de fournir des élèves aux séminaires. Elles sont diri«
LUNIVERS
gées par un recteur assisté de plusieurs inattres. Le recteur, qui est ordinairement {^archimandrite ou le supérieur du couvent le plus voisin , doit joindre h cette qualité un grade Ihéologique.
Les élèves .des séminaires , suivant leurs progrès, passent les uns aux académies, les autres comme curés dans les paroisses de second ordre, comme maîtres dans des écoles inférieures, comme étudiants dans les académies de médecine , ou enfin comme employés au service civil. Ces établissements ont six classes où Ton enseigne la théologie, la rhétorique, la philosophie, PhistoirederËglise, l'histoire universelle, et celle de la Russie en particulier, rhébrcu, le grec, le latin et Tallemand.
Les académies ecclésiastiques ont une triple destination : 1* celle de former des jeunes gens pous les fonctions supérieures de l'Ëgiise; 2° celle d'étendre les limites des connaissances théologiques, comme corps scientiûque, et 3* celle enGn d'administrer les écoles qui leur sont soumises.
Le cours d'études se compose de deux classes, Tune de théologie et l'autre de philosophie.
L'étude des sciences oui forment le cours d'études des académies est ou obligatoire pour tous les élèves ou facultative. Aux premières appartiennent : 1" un cours complet de théologie , 2* un cours de philosophie théorétique et de morale, 3* un cours de littérature, 4" l'histoire sainte et l'histoire de rÉglise, 5* le latin, le grec et Thébreu.
Les objets dont l'étude est abandonnée au choix des élèves sont la physique, les hautes mathématiques, les langues française et allemande, les antiquités greaiues et romaines, etc. Le nombre des élèves des écoles ecclésiastiques était , en 1 836 , de 58,680 , celui des établissements pour les cultes étrangers de 8,803. Cette différence ré^ pond a celle qu'exprime le chiffre des populations russes qui ne professent pas la religion de l'État.
Parmi les écoles spéciales on distingue celles des mines, qui sont divisées
en subalternes, moyennes et supérieures. Les premières ont 4,034 élèves. Les principales sont établies à Nertchinsk et à Rarnaoul. Les écoles supérieures sont : 1<* l'institut des ingénieurs des mines à Saint-Pétersbourg.
Cet établissement , fondé en 1 773 par Catherine, sur la demande du Baclikir Ismaîl Nasimof , a reçu en 1834 son organisation actuelle. 'U se divise en deux sections, l'une préparatoire, où le cours d'études est le même que celui des gymnases , l'autre spécial , qui répond à la destination aes élèves. Le cours complet des études est fixé à neuf années.
Ce qui rend l'institut des ingénieurs des mines un des établissements les
f)lus remarquables de l'Europe, c'est a richesse des musées et des collections qu'il renferme.
2o L'école technique des mines.
3* La section des médailles à l'hôtel de la monnaie de Saint-Pétersbourg.
4* La section pratique des mines et celle des usines de l'école de Rarnaoul.
Le nombre des élèves qui suivent ces écoles, en y comprenant quelques établissements fondés par des particuliers, est d'environ 5,000. Nous citerons encore l'institut pratique de technologie, l'école de marine marchande à Saint-Pétersbourg et àKhersou, l'institut forestier, l'école des gardes forestiers , etc. , etc. Les écoles de médecine , les écoles rurales, celles destinées aux iils des employés subalternes de bureaux, sont des institutions dont les règlements méritent d'être étudiés dans l'ouvrage de M. Krusenstern.
Les hospices d'orphelins et les écoles de pauvres renferment environ 10,500 élèves.
L'académie des beaux-arts, or^nisée par Catherine II, a subi plusieurs mociifications; elle a formé plusieurs sujets distingués, mais, il faut le dire, ce sont d'assez rares exceptions.
Un des établissements qui honorent le plus la mémoire d'Alexandre, c'est l'institut des voies de communication; on y compte 265 jeunes gens; il a été fondé en 1810, sous la direction de
plusieurs élèves sortis de l'école polytechnique. Nous citerons encore Técole des ingénieurs civils, et celle des conducteurs des voies de communication, organisées sous le règne de renipereur actuel : la première renferme 100 élèves, et la seconde 300.
L'école de jurisprudence mérite aussi une -mention particulière.
L'institut oriental du ministère des affaires étrangères forme une section du département asiatique de ce ministère; il doit son origine «nu vice-chancelier comte de ISesselrode, (jiii le fonda en 1823, dans le but d'établir une école At jeunes de langues y propres à servir l'État comme interprètes diplomatiques dans les missions russes à Constantinopic , en Perse , et dans les échelles de TOrient.
Parmi les institutions de bienfaisance, il faut citer en première ligne les maisons des enfants trouvés ^e Moscou et de Saint-Pétersboupg. Elles furent placées sous la direction de rimpératrice Mnrie, qui ne négligea rien pour les faire prospérer. Aujourd'hui rimpératrice Alexandra s'en occupe avec une tendre sollicitude. Piul n'est refusé; tout enfant déposé ou né dans la maison est inscrit sous un numéro qui lui reste, et qui peut servir à constater son identité; il est baptisé suivant le rit grec, et remis à une nourrice , à sa mère , de préférence , si elle veut le garder jusqu'à l'âge de sept ans , moyennant une pension mensuelle. Tous les élèves des maisons des enfants trouvés sont divisés en trois catégories principales : ceux qui se trouvent dans les hospices mêmes; ceux que l'on met en nourrice dans des villages, enfin ceux dont l'éducation
Sremière est confiée à des habitants es villes. La destination des premiers se règle d'après les dispositions naturelles des enfants. Les élèves de la seconde catégorie restent dans la condition à laquelle appartiennent les familles qui ont pris soin d'eux; ceux de la troisième entrent , après avoir atteint l'âge de sept ans , soit aux hospices mêmes, soit aux établissements qui en dépendent.
Le gouTernement ne se borne j»a8 ï
f>rocurer à ces enfants les bienfaits de 'éducation ; Î1 veille a leur avenir ; et ceux qui montrent l'aptitude nécessaire peuvent terminer leurs études soit dans les écoles supérieures , soit dans les académies.
Le défaut d'espace ne nous permet pas d'entrer dans les détails de ces fondations intéressantes, où le bienfait enrichit sans cesse et féconde sa source; nous nous bornerons à dire que les deux maisons des enfants trouvés, à Saint-Pétersbourg et à Moscou , renferment environ cinquante mille élèves de l'un et l'autre sexe.
Saint-Pétersbourg a en outre une école de commerce, un institut des sourds-muets. L'hospice des aveugles est situé à Gatchina. Moscou a aussi une école de commerce, fondée par les habitants de cette ville, et une maison de bienfaisance, qui porte le nom d'institut des orphelins d'Alexandre.
L'impératrice Marie a voué une sollicitude particulière à l'éducation des filles ; les établissements fondés antérieurement ont été améliorés pr ses soins, et un grand nombre a'autres lui doivent leur existence : il nous suffira de nommer l'institut des demoiselles nobles à Pétersbourg ; eeluf de Sainte-Catherine dans la même ville»
également destiné à la noblesse; la section pour les demoiselles près le corps de Paul , ouverte aux orphelines de militaires ; l'institut de Sainte-Catherine à Moscou , pour la petite noblesse ; et les écoles pour les filles de soldats et de matelots. Ces établissements et plusieurs autres sont aujourd'hui placés sous la protection de l'impératrice régnante, à laquelle la bienfaisante Marie les a légués en mourant.
Parmi les écoles allemandes, les principales sont cdles de Saint-Pierre a Saint-Pétersbourg, celles de Sainte- Anne et de Sainte-Catherine, et l'école près l'Église réformée à Saint-Pétersbourg.
Il existe en outre un grand nombre d'écoles dans les colonies allemandes qui se trouvent particulièrement dant
es8
LUWIVERS.
les gouvernements de Khcrson, de lékatérinoslaf , deTchernî^of , de Saint- Pétersbourg , en Bessarabie et en Géorgie. Ces écoles, qui sont entretenues par les communes, répondent aux écoles de villages (Dorf-schuien) de rAllemagne.
Les colonies étrangères en Russie 8ont.au nombre de 410, y comi>ris les colonies grecques, bulgares et juives , et renferment ensemble une population de 350,000 âmes, dont les quatre cinquièmes d'Allemands: or, comme le nombre d*élèves qui fréquentent les écoles des Allemands colonisés est de plus de 85,000, on verra, d'après le chiffre total des élèves de tout l'empire, que si l'on représente par l'unité la civilisation des Allemands colonisés , celle des Russes ne sera exprimée que par uti vingtième. Mais les Allemands fixés en Russie sont moins avancés
Sue leurs compatriotes nationaux ; c'est onc une mesure au moins intempestive que d'avoir mis obstacle h l'enseignement par des étrangers , au lieu de se contenter de prendre à leur égard de légitimes mesures de précaution.
Les Tatars, à l'exception de ceux qui existent encore à létat nomade, savent presque tous lire et écrire. Il y a orainairement une école près de chaque mosquée. Le mollah exerce en même temps les fonctions de maître d^écoîe. Du reste , ces établissements ne ressemblent en rien aux autres écoles élémentaires. La maison est ordinairement achetée par un riche Tatar ; un autre se charge de l'entretien soit pour un an , soit pour plus longtemps, selon sa fortune ou sa dévotion. La maison se compose d'un petit vestibule et d'une grande salie dont le plancher est disposé en pente. Sur cette élévation, chaaue élevé occupe un espace d'environ aeux pas de long, où il place son matelas , ses effets , et même ses ustensiles de' cuisine que chacun doit apporter avec soi. Cette galle sert en même temps de classe , de dortoir et de réfectoire pour les
élèves, et de logement pour le maître.
Les enfants tatars sont envoyés à l'école à l'âge de sept à huit ans , et ils y restent pendant cmq années , à l'exception de ceux qui se vouent h l'état ecclésiastique, et dont les études durent beaucoup plus longtemps. Les objets d'enseignement sont: les dogmes de la religion mabométane, la leoture et l'écriture arabes , et quelquefois , selon les besoins locaux , le persan et le boukhare. Les Tatars n'apprennent point aux écoles leur langue maternelle, attendu , disent-ils , qu'il serait superflu de faire des dépenses pour un enseignement qu'on peut recevoir chez ses parents. Le maître n'est point rétribué en argent , mais en nature, c'est-à-dire , en vêtements ou en denrées qu'on lui envoie en forme de présents.
La population professant l'islamisme s'élève, dans la Russie d'Europe, à 1,287,407 âmes, et habite particulier rement les gouvernements d'Orenbourg, Kasan, Viatka, Nijni-Novgorod , Astrakhan , Saratof , Penza , Perm et la Tauride.
Il existe dans ces divers gouvernements 561 écoles mahométanes , renfermant environ 14,000 élèves.
La population iuive, groupée dans les provmces polonaises suecessivement incorporées à l'empire , dépasse un million d'âmes. Les écoles israélites sont au nombre de 3,523 , toutes indépendantes de l'action du gouvernement; cependant plusieurs écoles qu'on pourrait appeler mixtes ont été fondées dans le but de perfectionner l'éducation scientiGque de quelques jeunes Israélites; le règlement de 1835 ne peut manquer d'exercer une heureuse mfluence sur Pétat moral et la civilisation de cette classe industrieuse , si longtemps et si injustement opprimée.
Le total des écoles spéciales et diverses dans tout l'empire est de 162S»
renfermant 127,864 élèves.
Le tableau suivant présente l'état de l'instruction publique eu Russie.