‹ RussieChapitre 16 sur 31 · VI · texte numérisé non relu

VI

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frire da précédent Sann>mate* ; n'est peut-être qna le Va dn nom.

on n« nnrait fixer l'épo-

Ïue prérbe à laquelle an e cet sowreniM a auc> cédé a l'antre, dernier MorenJa eonna.

le voîr dans Démosthène et Isocrate.

A Spartacus II succéda un prince connu sous le nom honorifique de Satyrus. Il accorda aux Athéniens le privilège de faire le commerce des grains dans ses états , et périt au siège de Théodosie. Leueon , son fils , monta sur le trône Tan 392 avant J.-G.

Les Athéniens appelaient assez ro* lontiers tyrans les rois des contrées éloignées , mais Leueon fut exempt de cette qualification; il fut même honoré du titre de citoyen d'Athènes , et cependant l'histoire nous le montre environné d'espions et d'adulateurs. L'un d'eux lui ayant un jour dénoncé un homme évidemment innocent : « Misérable, lui dit Leueon, je te tuerais de mes propres mains, si les rois pouvaient se passer de tes semblables ! » Ce prince soumit Théodosie, j porta \ le grand entrepôt des grains ae la Crimée, régna glorieusement pendant quarante années, et mérita de donner son nom à sa dynastie. Strabon nous apprend qu'il envoya aux Athéniens 1,100,000 mèdimnes de blé ( 570,000 hectolitres). Spartacus III, fils atné de Leueon , gouverna pendant quatre années seulement. Après lui , ses trois frères, Pserisades r% Satyrus H et Gorgippus I*% régnèrent simultanément sur diverses parties du royaume (849 à 311). Ces monarques ayant envoyé du blé aux Athéniens en un temps de disette, ceux-ci , sur la proposition de Démosthène, leur érigèrent des statues d'airain ; Pœrisades même , après sa mort, fut mis au rang des dieux.

(311-309) — Satyrus III, Prytanis et Eumilus , tous trois fils de Psrisades I*', furent appelés à recueillir la succession de leur père et de leurs oncles; mais Eumilus, las de partager .

le trône , fit la guerre à ses frères , les ' tua , et conserva trois ans le pouvoir ' suprême. Il eut le sort du fils de Thésée : ses chevaux s'emportèrent et il fut écrasé sous les roues de son char. Son fils Spartacus, quatrième du nom, lui succéda (307-288). Ici, il existe dans Diodore une lacune que l'on peut combler en partie à Vmàk de la nu-

UUNIVËRS.

nûamatique et de quelques passages de Lucien et de PolycD, sans ^u^it soit possible de dissiper l*obscurité dironc^ique de cette période. De Tan 288 a 118, six monarques se succèdent sur le trône du Bospore, Leucanor, que Ton suppose fils de Sparta- ' eus IV9 Eubiotust frère satura du . précédent, Satyrus IV, Gorgipnus II, qui fonda une ville non loin ae Pha- - nagoria, et lui donna son nom , Spartacus V, dont les Scythes envahissent les états, et qui achète la paix par une concession de territoire, et enfin Pœrisades II qui, environné d*ennemis redoutables, et crai(;nant de tomber lui-même au pouvour des barbares, abdiqua la couronne en faveur du grand Mithra*dates, l'implacable ennemi des Homains , le roi du Pont , l'arbitre des destinées de TAsie-Hineure.

(118 à 61). — Mithra-dates , qu'il suifit de nommer pour réveiller le

Sorieux souvenir de ses victoires et \ ses vertus , de ses revers et de ses fautes, apporta. aux Bosporiens Tère pontique , dont la première année correspond à Fan 459 de Rome, 297 avant J.-C. De son temps, les Sarmates Jazices avaient envahi la Grimée, soumis les colonies grecques à leur payer tribut, et menaçaient même aune destruction prochaine la république de Clierson et le royaume du Bospore.

Mithradates les battit complètement, les refoula au-delà du Borysthène, et saisit cette occasion pour soumettre les Chersonites eux-mêmes à sa domination. Un de ses généraux fonda £upatoriumy que Ton croit être la moderne Koslow, sur la cote occidentale de la j)resqu*ile.

L'histoire de Mithra-dates se rattache , par la gloire , à celle de TAsie-Mineure , par les revers aux fastes romains , et par la mort aux annales du Bospore. Son fils Macharès , qu'il avait associé à sa couronne, lève Tétendard de la rébellion ; mais le succès ne justifia pas cette coupable entreprise ; poussé dans ses derniers retranchements et désespérant d'obtenir le pardon de son père , l^ladiarès ne vou-

lut pas attendre sa justice et se dosna la mort. Vers l'année 60 avant Jésus- Christ, dépossédé lui-même de ses états de l'Asie, vaincu et abandonné, Mithra-dates se retire à Panticapée, 01^, allié avec les Scythes, il rêve encore la destruction de l'empire romain. La trahison seule fit ce (|ue la force n'avait pu opérer; elle brisa le ^aive de ce héros. On vit,.à Phanagorie, un homme d'une naissance illustre. Castor , comblé des bienfaits de son mattre , suivre l'exemple de l'ingrat ^ladiarès, et diasser du Bospore asiatiqiie la famille du roi.

Cherson , qui ne supportait qu'en frémissant le joug de cette royauté étrangère; Inéodosieet r^vmpliaîon, épouvantées du voisinage d une armée romaine, et d'autres villes encore, répondirent à cet appel de la liberté. Cependant Mitlira-uates ne se laissait pomt abattre : il envoya ses filles, sous la garde de quelques eunuques et d'une &oupe de guerriers, cliercher des époux et des alfiés parmi les Scythes; mais, à peine cette caravane était-elle sortie de Panticapée, que les soldats se révoltèrent, mirent les eunuques à mort et livrèrent les jeunes princesses aux Romains. Enfin, le second fils de Mithra-dates , Phamace, se mit à la tête des révoltés pour assiéger son père dans son propre palais , espérant livrer cet illustre vieillard à ses ennemis et se rendre ainsi agréable au peuple romain. Le grand homme sut mourir comme il avait vécu, en héros ! Habiledans l'art de préparer les poisons et trop robuste pour ne pas résister long-temps à leur action, il ordonna au Gaulois Bituitus de l'aider du secours de son épée et de lui épargner ainsi la honte ae tomber vivant entre les mains de ses ennemis ; il Ait obéi , et dès ce moment Rome put respirer plus à l'aise. Alors on vit un spectacle digne d'une éternelle réprobation; l'odieux Phamace cnvova le corps de son père à Pompée lui demandant pour salaire de son crime , les royaumes de Pont et du Bos|iore. I>e général romain versa , dit-on, des larmes d'attendrissement

CRIUÉE.

et dPadroiratkHi en voyaDt to cadavre 4e aoB illustre adversaire.

Mitfara-dates fiit enseveli à Sinope dans le tombeau de ses ancêtres; ainsi c^est sans' fondement qu'une tradition kx»le ftît dire aux habitants actuels delà presou'tle Tradiée, que ce prince a sa sépulture aux environs de Kerteb.

Ces lieux, h la vérité, sont pleins de son souvenir : k promontoitt le plus voisin de Jenikalé se nomme phare de Mithra*dates ; c'est le phanar des Russes. Les vieilles colonnes, les ruines imposantes, les dâ>ris poudreux et jusqu'aux montagnes elles-mêmes, tout ici est paré du nom de cet illustre rival de la grandeur romaine.

Pompée, cependant, n'avait pas rougi d'acconler à Phamace le titre d'ami et allié du peuple romain. Il lui refusa l'Investiture du royaume de Pont; mais il lui confirma celle du Bospore, à l'exception de Plianagorie , qui fiit déclarée ville libre en récompense de ce qu'elle avait donné l'exemple de la révolte. Peu satisfait de ces concessions , Phamace ne vit nas plus tdt les Romains partis de ses états, qu'il vint mettre le si^e devant Phanagorie et la prit par famine. Il soumit ensuite la Colcnide, rentra dans l'Asie-Mineure, tenta de reconquérir leroyaume de Pont , et battit même les Romains en diverses rencontres. Toutefois , cet indigne fils de Tnn des plus grands rois qui aient jamais existé ne jouit m» long-temps du fruit de son forfait. Les querelles de César et de Pompée avaient seules retardé l'explosion de la vengeance. Libre désormais et vainqueur, César quitte l'Egypte, rentre dans le Pont , voit Phamace et le met dans une déroute complète : yeni^ vidiy vid (je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ), écrivit-il à cette occasion.

Phamace obtint la permission de s'embarquer pour le Bospore, où , à peine arrivé, il fut tué dans une bataille que hii livra Asander, son lieutenant et son gendre, qui , pendant son absence , s'était emparé de la couronne.

Cet Asander régna paisiblement, soumis à la domination de Rome; mais, parvenu à un âge avancé, on ne sait

quels motlfii le portèrent a se laisser mourir de faim, un aventurier, nommé Scribonius , monta sur le trône et fiit bientôt après mis à mort par le peuple, quand on sut que Polémon I*', roi de Pont, s'avançait à la tête d'une armée nombreuse, sur l'ordre que lui en avait donné Agrippa , proconsul de Syrie. Ce Polémon , reconnu roi du Bospore, fit la guerre aux Aspurgitains, peuple de la Sarmatie asiatique, et fut tué auprès d'une ville nommée Gésia. Comme il ne laissait que des enfEoits en bas âge , sous la tutelle de leur mère Pvthodoris , une révolution appela sur le trône l)osporien les rejetons de l'antique dyn^^tie des Leu- C(miens , et on voit, à cette époque ( premières années de rère chrétienne)^ figurer suoc^sivement quatre souverains de cette ûmille, Rheskouporis I*', Cotys I*', dit VJs]^qien , Sauromates r% contemporain de Tk< hère , et son fils Rheskouporis II, qui règne sous la tutelle de Gépépyris sa mère. Toutefois , les Romains ne souffrirent pas long-temps cette usui^ pation de la descendance des Leuco' fiiens; l'empereur Caligula rendit la couronne à Polémon II , fils du dernier roi pontique ( de 38 à 42 de l'ère chrétienne ). A jpartir de ce point nous aurons peu oe chose à dire a'une série de 22 souverains, dont les noms seuls à peu près nous ont été transmis par la numismatique et les lambeaux (l'histoire. Ces princes, qui s'intitulaient amis de César et du peuple romain ( ^iXoxaîaaptç et çtXop»fuuct ) , promptement châtiés par leurs suzerains chaque fois qu'ils tentaient d'en secouer le joug , ne brillèrent de quelque éclat que dans leurg contestations avec les Scythes ou leurs voisins les Chersonittô. Plus d'une fois même , battus par les pi^oteron ou magistrats de Cherson, ils virent leurs possessions resserrées dans les plus étroites limites. La vie de ces rois est d'autant moins susceptible de recevoir ici quelque développement que leurs mé* aailles contribuent elles-mêmes à y jeter la confiision, en démontrant que plusieurs souverains ont r^é simui

L'UNIVERS-

tanément dans cet empire si étroit.

On est porté à croire que lesT princes légitimes durent maintes fois associer à leur royauté des chefs barbares , tels que Ininthiméyus , Aréansès , Téîranès et Rhadaméadis , qui firent frapper des médailles d*or à leur effigie, en même temps que les Sauromates et les Rheskouporis ( voyez la table chronologique ). Sans doiite de nouveaux matériaux éclairciront un jour nos doutes à ce sujet, le gouvernement russe mettant un grand soin à conserver dans les musées d*Odessa, de Nikolaïeff , de Caffa et de Kertch, les précieuses antiquités dont chaque Jour amène la découverte.

Les querelles des Chersonites et des Bosponens amenèrent la chute du royaume dont nous venons de tracer une si rapide esquisse. Dans les premières années du V* siècle, un proteron de Chersonèse, nommé Pharnace , fait la guerre à Sauromates VIII, le tue en combat singulier, ravage tout le pays, ne prévoyant pas que c était favoriser rinvasion de ces nouvelles lésions de barbares qui , sorties des régions hyperboréennes, venaient à leur tour ravager le midi de l'Europe.

Troisième époque. — Les invasions. Deux peuples qui jouent dans l'histoire un rôle fort important, rôle de sang et de larmes , vont d'abord se montrer à nous. Ce sont les Goths et les Huns. Mais à l'époque où nous sommes parvenus ( 400 à 420 de Jésus-Christ ), si nous n'avons pas mentionné encore le nom des premiers, c'est que nous avons craint de jeter quelque confusion dansle récit des événements relatifs aux rois du Bospore.

Les Gotlis, que plusieurs auteurs supposent originaires des pays que baigne la Baltique et qu'arrosent la Vistule et TOder , tandis que d'autres les font venir de l'Asie , commencèrent à déborder sur le midi de l'Kuijope, vers la fin du II' siècle de l'ère chrétienne. Plusieurs de leurs tribus s'étendirent durant les premières années du siècle suivant , jusqu'au Tanaïs où elles se confondirent avec les Sarmates et les Alains. Ces der-

niers avaient alors succédé aux Tainro- Scvthes dans la domination de la Cn»

mee, et ils ne cessaient d'inquiéter leurs voisins les rois du Bospore.

Vers 376, Tempereur Tacite rencontre dans la Cappadoce, une division de ces barbares , la pousse devant lui, et la refoule sur le Bospore Cîmmérien.

On est fondé à croire que les Goths ne sont pas un autre peuple que celui que l'on voit établi , au IV" siècle , entre le Danube et le Borysthène^^ sous le nom de Gétes. Nous partageons entièrement, à ce sujet, une opinion de M. de Saint-Martin , d'après laquelle ces |)euples seraient euxmêmes les anciens Scythes, dont le nom n'est qu'altéré par une prostbèse.

Cependant la troupe hideuse des Huns, d'origine finno-ouralienne, vient à son tour pousser devant elle les Goths et les Alains. Ceux-ci en fuyant, se jettent dans la Crimée, le Caucase et r Asie-Mineure. Quelquesuns passent le Danube , entrent dans la Pannonie , inondent les Gaules et l'empire romain , et dé|>lacent subitement des nations entières. C'est un curieux spectacle que de voir ces hommes qui , vaincus, abandonnent leur propre territoire et se présentent en vainqueurs sur celui des autres. Une de leurs plus puissantes tribus se fixe sur le littoral de la mer Noire , dans le royaume du Bospore même ; c'est celle des Goths Tétraxites.

Ammîen-Marcellin , Sidoine-Apollinaire, et plusieurs autres écrivains contemporains nous ont laissé un portrait des Huns , digne d'être conservé. Leurs traits étaient horribles à voir tant ils prenaient de soin d'ajouter, par des usages terribles et bi* zarres, a leur difformité naturelle. Ils étaient forts et trapus, avaient la tête grosse , les yeux petits et enfoncés ,1a bouche larçe et le teint livide. Par un raffinement de ce qu'on pourrait appeler la coquetterie de la laideur , ils aplatissaient le nez à leurs enfants, et leur couvraient le ih>nt et les joues de cicatrices tailladées symétriquement Vêtus de peaux ou d'i* toffes grossières, la tête enveloppée

CRIMEE

la

d'une calotte de cuir, et montés sur des chevaux de petite taille, mais d*une grande légèreté, ils combattaient avec l*arc et le sabre , et portaient, en outre, une sorte de filet dont ils se servaient liabilement pour envelopper leurs ennemis. Les femmes et les enfants les suivaient à la guerre ; mais les vieillards restaient en arrière, ou se donnaient la mort, car chez ce peuple, la vieillesse était un objet de mépris et de honte. Ils n'avaient pour demeures que des chariots traînés par des bœufs, et pour nourriture que les racines crues et la chair de clieval mortifiée sous la selle. Ils buvaient avec passion le koumiss, breuvage d'eau et de lait de jument aigri. Enfin la difformité et Tabrutissement des Huns étaient tels qu'on les regarda en Europe, dit Jornandès, comme des monstres issus du commerce des femmes scythes avec les démons.

Pïous ne suivrons pas ces farouches conquérants dans leurs expéditions:

les guerres que l'empire romain eut à soutenir contre les Goths et les Huns, les victoires et la mort d'Attila, le fléau de Dieu, appartiennent à une autre histoire, ^ous nous bornerons à dire que la Crimée partagea tous les désastres que ces barbares firent peser sur les nations qu'ils envahirent.

D'autres conquérants arrivèrent bientôt sur les traces des premiers.

Les OugreSf ou Igottrs, pénétrent en Crimée, où ils demeurent pendant deux siècles , en dépit de tous les ef* forts des Goths Tétraxites. La péninsule est bouleversée par les guerres intestines de ces nations, parmi les- , miellés la politique des empereurs grecs refforee a'entretenir la haine et la jalousie. Après elles , diverses tribus , venues de l'intérieur de TAsie, les Avares et les Géourgeny appartenant à la race turque, bien que de nos jours encore on s'obstine à les appeler Tatares , se heurtent tour à tour sur le sol de la Tauride , ne laissant aucun repos aux anciens peuples de cette contrée. Les Chersonites invoquent en vain le secours des empereurs de By-

zance ; ceux-ci ont assez de peine à M défendre eux-mêmes, et rarement ils peuvent satisfaire aux vœux de leurs vassaux.

Les Khazars entrent dans la Chersonèse-Taurique vers le milieu du septième siècle , y refoulent les Goths dans les montagnes, et fondent un empire puissant; la Crimée prend même le nom de Khazaria. Les villes

grecques, auoique relevant toujours e la cour ue Byzance, se soumettent à payer aux Khazars un tribut annuel* Partout, dans cette période, nous voyons régner, sur le sol de la près* qu lie , la désolation , l'anarchie et la nn'sère , résultat inévitable d'une suite non interrompue de conquêtes et d*u* surpations. L'état de Clierson était réputé , en jparticulier , un séjour si fâcheux , qu'il devint , comme aujourd'hui la Sibérie, un lieu d'exil pour plus d'un illustre proscrit; nous citerons , entre autres , le pape Martin 1" et Justinien II.

Martin était un pontife respectable et savant; U fut diéri et vénéré de ses ouailles , mais il eut le malheur de déplaire à l'empereur Constant II, petit-lils d'Uéraciius , qui le fit traiter avec une barbarie inouïe. L'infortuné pontife, chargé de chaînes, fut traîné, malade et pauvre, dans la Calabre, a Messine , a Constantinople , et enfin à Cherson, où il succomba à la fatigue et au chagrin , le 16 septembre 655. ( Voir IlaUe , pag. 43. )

Justinien II , monstre altéré de sang, surnommé le Rhynotmète de-

fut exilé également à Cherson, ou quelques railleries , que les habitauits se permirent sur sa mutilation , le jetèrent dans de violents accès de fureur. Préoccupé par des idées de vengeance , il se retire auprès du khan des Khazars, qui raccueillit d'abord avec bienveillance , et lui donna même sa sœur Théodora en mariage ; mais, plus tard, gagné par l'or des ennemis de ce prince , le khan allait le faire périr si Théodora ne s*y fût

L'UNIVERS

t>pposée. Le Rliynotmète s*6iifuit chez uii peuple puissant qui, fixé auprès du f'olga, ou Bolga, avait reçu le nom de Boulgare, Le clief de cette nation accorda au jfugitif une protection intéressée, et Faida même, sous de dures conditions, à reconquérir son trône. Justinien , rentré à Oonstantinopie , n'oublia pas d'envelopper les Chersonites dans sa vengeance (092 de rère chrétienne). Il voulait détruire leurs villes de fond en comble, mais le secours des Khazars déjoua cet odieux projet. En 731 , la puissance de ce dernier peuple avait acquis un tel lustre , que l'empereur Léon III, surnommé l'Isaurien, épousa la fille de leur khan. Cette princesse , convertie à la religion chrétienne , édifia ses sujets par ses vertus et sa piété. En 840 , 1 empereur Théophile visita la Crimée , et reçut , de la part des Khazars , des marques de respect et d'attachement. Il leur fournit, sur leur demande , des ouvriers ^ur construire , sur le Tanaîs , une ville nommée Sarkely ou la Station blanche.

Vers la fin du neuvième siècle , de nouvelles cohortes , éinigrées de l'Asie , les Patzinaces , appelés encore Petchénègues y de race turque, parviennent, âpres des succès variés, à s'emparer d une partie de la Crimée, ou Khazarie proprement dite.

Les Petchénègues étaient aussi un peuple sauvage et nomade, vêtu de peaux de bêtes fauves, vivant sous des tentes, se nourrissant de diair mortifiée sous la selle, de quelques racines et de lait de jument. Ils Ira* fiquaient cependant avec les Grecs, les Byzantins et même les Russes , fournissant à ces peuples du miel, des cuirs, des bestiaux et une sorte de cochenille. En retour , la cour de Byzance leur envoyait des bijoux, des couronnes d'or, et autres riches présents : elle adressait à leurs chefs des lettres tracées en caractères dorés , et leur donnait, on ne sait trop pour-

Stoi, le titre d'archonte. Leur hlsire ultérieure est toute contenue dans celle des Russes.

Aux Petchénègues succède un autre

peuple de même origine et parlant h peu près la même Tangue. Les Co' mansy ou Kiptckaky que les Russes appellent PotoutzeSy se font connaître en Europe vers Fan 1000 de J.-C.

Confondus bientôt avec les i>récédents, ils paraissent être les véritables ancêtres des Nogais. Ce fut sous leur domination que la Crimée devint entièrement indépendante des souverains de Byzance.

Depuis long-temps le zèle des missionnaires du christianisme et les relations avec les Grecs avaient intro* duit, dans la |)resqu'tle, la religion chrétienne, mais rmfluence des eoH pereurs d'Orient ^v avait propagé le schisme de Photfus. Cependant, les diverses nations que nous venons de nommer se soumirent maintes fois à la religion de Maliomet, conservant d'ailleurs , dans Tune et l'autre croyance, les pratioues superstitieuses et bar-> bores de leur premier culte.

La fin de cette f>ériode est caractérisée par le premier développement d'un empire qui devait embrasser un jour la moitié de l'Europe et le tiers de l'Asie. Les grands princes russes poussèrent leurs conquêtes jusqu'au pied du Caucase et dans les steppes de la Tauride. Vladimir-le-Grand , qui venait d'abjurer ses faux dieux et s était converti à la religion catholiquegrecque, marcha sur Cherson , et s*en empara en 988 , sous le prétexte qu'il y trouverait les prêtres et les reliques dont il avait besoin. On rapporte que, pendant le siège de cette ville , un espion , nonuné Anastase , lança dans le camp des assiégeants une flèche , à laquelle était attaché un billet conçu en ces termes : « Cherchez derrière vous, « vers l'Orient, vous y trouverez les « canaux qui fournissent l'eau à la « ville. » Ce fut par -là, ei\ effet, que Vladimir réduisit les Chersonites à se rendre à discrétion ; mats ce prince ayant , peu après , épousé la sœur de rempereur grec , rendit la ville à son premier maître. Son fils , Mtislav, passa dans l'île de Taman, où , depuis la chute de l'empire bosporien , s'était formé un étai distinct

CRIMI^.E.

iff

sous le nom de royaume de TmcU" tarakân, 11 y trouva un peuple alanique, les yassesj dont le cnef rappela en combat singulier. Mtisluv sortit vaiiu]ueur de ce duel, et entra dans la ville de Taman , capitale de ce nouvel apanage de Tempire des grands princes.

Enfin, nous toudions au terme de cette triste époque, où tant de peuples barlMures se sont rués les uns sur les autres , ne laissant d'autres traces de leur passage que la jdestruction et la mort. L'historien trouve peu à glaner sur ce champ d^olé, où les inondations n'ont dé|)Osé aucun germe de fécondité; mais il n'en sera pas de même de la période suivante , qui s'ouvre devant le 0*and nom de Tchinghis-Khan.

QuATAiEMB BPOQUB.— Les kkans de Crimée, La première invasion de Tchinçhis-Kfaan date de Tan 1221 de notre ère. Ce serait sortir des limites d'une notice particulière à la Crimée, et envahir le domaine de l'histoire universelle. Que d'entrer dans de trop longs détails sur l'origine de son peuple et sur les succès ou les revers de ses courses en Europe. Cependant il est certains points généraux sur lesquels notre attention doit se pjorter spécialement pour la complète intellif^ence de cette époque, bien qu'ils soient peut-être plus directement nécessaires ailleurs.

Tchinçhis-Khan commandait à des nations o'origine mongole , les Tatares et les Mongols proprement dits, pasteurs nomjâes et barbares , dont les tribus couvraient le vaste plateau gui, des confins de la Sibérie , s'étend jusqu'aux frontières de la Chine. La cuerre seule pouvait tenir ces hordes farouches réunies sous l'obéissance d'un chef ; aussi , lorsque la voix puissante de Tchinghîs-Knan les eût convoquées.dans les solitudes de l'Asie, ce grand capitaine ne leur laissa plus de repos; il leur fit entrevoir, aans le loUitain, les richesses de Byzance et de Kiew, mit à profit l'enthousîasne d'on instant, et les entraîna à des combats qui ne devaient avoir un tenne que pour quelques chefs

privilégiés. Les lieutenants de Tchinffhis seuls pénétrèrent en Russie et dans la Crimée. En 1237, TouchI»

Khan, son fils, acheva la conquête des possessions russes en Europe , et Bathou-Khan, son petit-fils, fonda peu après, au nord de la mer Caspienne, l'empire du Kapichaky qui s'étendait jusqu*au Dnieper. Les princes du Kaptchak s'intitulaient khans de la horde dorée. Ce pays était alors occupé par des nations turques , qui se soumirent aux chefs tatares. Or, l'armée de ceux-ci ne tarda pas à se retirer ; elle se disoersa même si complètement, qu'au Dout de Quelques années leur langue était ouoKée dans le Kaptchak ; et lorsque eut lieu le démembrement de cet empire et sa répartition entre plusieurs princes d'origine mongole , on continua à donner mal à propos à leurs sujets le nom de Tatares, que , de nos jours encore, on applique aux descendants des Cbmans ou des Petchénégues qui habitent la Crimée, Kazan ou Astrakan.

Ces prétendus Tatares sont positivement de race tu^que , différant essentiellement par le langage et les traits physiques des Tatares-Mongols', auxquels ils furent soumis jadis. Ce point une fois bien établi, nous pouvons continuer à parler des prétendus Tatares de la Qrimée , sans craindre aucune méprise.

Le chef de la horde dorée divisa ses conquêtes en plusieurs gouvernements, à la tête desquels il mit les plus braves de ses lieutenants, ou les j)lus chéris de ses parents. Ajouter ainsi à l'autorité de ces ambitieux était introduire , dans les constitutions du nouvel empire, un germe de dissolution que nous allons voir , avec le temps , mûrir et se développer. En 1240, Batou-Khan soumit ta Crimée entière, l'incorpora à l'empire du Kaptcliak • et choisit pour sa résidence une ville connue aujourd'hui sous le nom de Eski-Krittij l'ancienne Crimée. Lors-

au'on y a vu se succéder avec tant 'acharnement les invasions des Barbares, et tous les désastresqui devaient en être In conséquence, on conçoit la

L'UNIVERS

dîfBcuItéde reconnaître l'emplacement de quelques-unes des villes les pins ce» lèbres de la presqu'île. Théodosie eUeroéme, emportée dans ce tourbillon des guerres intestines, avait disparu entièrement, ou laissant si peu de vestiges de son existence, que, des Tannée 1270, lorsque les Génois eurent fondésurson emplacement une nouvelle ville, nommée Caffày leurs historiens prétendirent qu'ils avaient choisi pour cela un Heu désert.

Les Génois et les Vénitiens avaient commencé, dès la fin du XI* siècle de l'ère chrétienne , à tenter quelques opérations commerciales avec les [peuples de la mer Noire; les premiers s'étaient particulièrement dingés vers la Tauride. D'abord ils y échangeaient les marchandises manufactuiées de l'Europe contre les blés que cette

Séninsuie produisait en si grande abonance; mais, à la suite des invasions, la décadence de l'agriculture , tout en diminuant les exportations des céréales , ne fît qu'inspirer aux Génois un plus vif désir de prendre un pied à terre sur le littoral de la Crimée , afin de mieux étendre leurs relations dans l'intérieur et de connaître les ressources au'ils pouvaient en espérer soit en pelleteries , soit en sel, en vins et autres denrées. L'arriTée des Tatares-Mongols leur sembla favorable pour l'exécution de ce projet. Une colonie génoise, sous la conduite de d'Auria (ou peut-être d'un Doria), vint débarquer sur remplacement de l'ancienne Théodosie , et obtint du khan des Tatares , moj^ennant un riche présent, la permission d'y élever qudques magasins pour servir d'enti^pôt aux marchandises ( 1270 après J.-C.).

Cela fait, les colons s'étendirent un peu au-delà du terrain qui leur avait été concédé ; puis ils firent entendre au khan que la prudence voulait qu'on ne laissât pas ainsi de riches dépôts exposés à un coup de main dans un pays encore infesté par des vagabonds et des pillards. Ils creusèrent donc un fossé; devant ce fossé ils jetèrent quelques pierres, qui finirent par se transformer en bastions ; enfin , ils

étevèrent, à la grande mortifieation du khan, une redoutable ceinture de remparts, et, dans le centre, ils bâtùreot Ca£fa. Le Tatare s'aperçut ^rop tard de son imprudence ; il se plaigmt fortement, mais , du haut de leurs remparts, les Génois se prirent à rire en voyant passer cette colère impuissante.

Calfa devint bientôt une ville riche et florissante; vingt annéM lui sofiBrent ( 12S9) pour s'élever à un tel degré de puissance , qu'eUeput envoyer des galâres au secours de Tripoli de Syrie, alors serrée de près par les ennemis de la chrétienté. Non contents de cela, les Génois formèrent des étaUissements, plus ou moins iinportants, sur tout le littoral de la urimée. C'est ainsi qu'on vit paraître Soldajay près de Soudak , à 45 verstes au sud-ouest de Caffa. £n cet endroit, la forteresse génoise s'élevait sur une tour carrée

Î|ui , de nos jours encore , domine les ortifications que les Russes y ont ajoutées au commencement du dernier siècle. Du haut de cette tour, les sentinelles génoises découvraient une vaste étendue de pays , et observaient, sans les redouter, les mouvements de l'ennemi. La hauteur de ce colosse semble prodigieuse par la disposition des §arois qui forment, avec le rocher , es lignes perpendiculaires. De tout côté se prâente un abîme dont un œil exerœ peut seul sonder la profondeur sans redouter ni éUouissement , ni vertige.

On voit éffalement des ruines de fort<»*esses godoises auprès de Sébastopol, de Balaclava, de Panticapée et dans rîle Taman.

Jjà Crimée, depuis sa réunion dans les mains d'un pouvoir homogène conunencait à reprendre cette importance politique qui lui avait été enlevée par son démembrement intérieur à l'époque des invasions. Dès 1266, Mangou-Khan l'avait cédée à son neveu, Oran, à titre de fief relevant de la suzeraineté du Kaptchak et lui payant tribut Cette intempestiveémandpation ne fut pas le premier coup porté à la puissance du nouvel empire.

Les lieutenants de Tchingbîs n'enten

GRIMÉE

daai phis la voû redoutable da maître, chen^ient à se rendre indépendants.

Nogai, le plus cél^re d'entre eux^ y réussit, erace à la protection de renipereur Michel Paléoiogue , et fut le premier chef de ces fameux Tatares* Nogaïs qui passèrent dans la steppe du ILouban et dans la Tauride au commencement du XVII" siècle.

Gênes, heureuse et fière d*ayoir acquis une colonie aussi importante , pourvut à son gouvernement par des lois qui témoignaient tout fe prix qu'elle y attachait. Chaque année elle y envoyait un consul choisi dans l'une des familles génoises les plus considérées. Ce haut fonctionnaire emmenait avec lui un proconsul chargé de le remplacer en cas de décès. Le consul s'entourait de magistrats et d'emplovés qui tous devaient être Génois. Enfin, la métropole institua l'ofGce de Kha- %aria et celui de Campagna. Le premier résidait à Gênes : c'était un véritable ministère des colonies, dont le nom seul rappelait la plus impor-^ tante des possessions de la république^ Le second était établi à Cana : il jugeait les contestations survenues entre fes Génois et les Tatares; souvent même ces derniers , pleins de confiance dans son équité, en appelaient à ses décisions pour les différends qui s'élevaient enfre eux.

Cependant les Vénitiens n'avaient pas vu d'un oeil d'indifférence le développement de la nouvelle colonie génoise. Le moment vint où leur jalousie dut éclater, ne pouvant endurer une plus longue épreuve. Ils envoyèrent donc, en l'année 1296, vingtcinq galères qui mirent la colonie à sac , et détruisirent en quelques jours l'ouvrage de plusieurs années. C'en était fait de cet établissement si les éléments ne fussent venus au secours des vaincus. L'hiver, cette année-là ^ fut d'une rigueur excessive ; une horrible famine désola la presqu'île en* tière, à tel point que les vénitiens, oui avaient cru prendre possession d'un paradis terrestre, se virent contraints d'abandonner leur nouvelle conquête, après y avoir perdu le tiers

T lÀvraisom. (Cbihee.^

de leurs soldats. Ils avaient Jeté leâ bases de plusieurs établissements sur la côte septentrionale de la presqu'île Tradiée, dans la mer d'Azow; on croit y reconnaître , de nos jours , les ruines d'une ville qu'ils y avaient fondée.

Les Génois , rentrés chez eux , s'appliquèrent si bien à réparer les désastres de cette année fatale, que la ville de Caffa se vit, en peu de temps , plus florissante que jamais. Elle avait acquis, en 1318, une telle importance, que le pape Jean XXII la choisit pour résidence d'un évêque métropolitain, dont la juridiction s'étendait du Pont-Eunin jusqu'au pays des Russes.

Depuis un siècle le royaume du Bospore n'existait plus. La république de Cherson , abandonnée à elle-mêipe par l'impuissance des empereurs by^ zantins, avait également subi le joug des Tatares. Ceux-ci et les Génois dominaient seuls alors dans la Crimée.

Mais les fiers Liguriens traitaient les descendants des compagnons de Tchinghis avec le mépris que les peuples civilisés témoignent aux barbares , et ces derniers , a leur tour, ne supportaient qu'avec impatience le voismage de ce peuple marchand qui s'était introduit chez eux à l'aide d'un vil strata^me. La paix , on le voit , ne pou* vaitêtrede longue durée; la guerre éclata, en 1842, a la suite d'un meurtre commis pr un Génois sur un Tatare. Le khan qui régnait alors dans la presqu'île résolut de tirer une vengeance éclatante de cet assassinat , mais il eut l'orgueil de croire que sa volonté suffirait pour chasser des voisins aussi incommodes; il leur signifia donc d'avoir à évacuer immédiatement tous leurs établissements sur une terre qui n'était point a eux. On devine la réponse des Génois ; elle fut telle que le Khan ne crut pas devoir user d'une

S lus grande longanimité. Il s'avança la âte d'une puissante armée, et vint mettre le siège devant Caffa. Son espoir de s'empara de cette ville fut déçu complètement ; il ne put ni l'enlever de vive force , ni la prendre par

rUHIVERS.

ùmiue ; Inen plus , la lonfiuear du siège réduisît ses propres soldats à un état de dénûment tel , qui! vit le moment où lui-même serait forcé de se livrer à discrétion aux assiégés. Alors, il accepta la médiation que Gênes lui offrait en faveur de sa colonie. Une paix hypocrite fut jurée entre les parties belligérantes : les Tatares reconnurent l'existence de droit des colonies liguriennes ; les colons , à leur tour , permirent à un préfet tatare de résider à Gaffa , pour y régler les affaires de police et de commerce qui concernaient uniquement les hommes de cette nation ; ce magistrat devait être choisi par le khan et confirnié par les Génois. Ces conditions furent exécutées durant plusieurs années, quoique souvent altérées par des contestations frivoles en apparence, cruelles par les résultats.

Le temps arriva où Tempire du Kaptchak , déjà affaibli par la défection de Nogaî , allait tomber sou? les cou|)s d'un ennemi formidable. Toktamisch régnait en 1406, lorsque Ta* merlan vint le renverser du trône. La défection éclaircit aussitôt les rangs des vaincus , et Ton vit surgir de ce démembrement du Kaptchak trois nouveaux états indépendants : le khanat de Kasan , celui d'Astrakan et celui de Crimée. Les troubles qui furent la conséquence immédiate de cette dissolution , se manifestèrent avec une erande violence parmi les Tatares de Ta péninsule. L'anarchie était à son comble; plusieurs prétendants à la souveraineté s'étaient présentés simultanément , et chacun avait ses créatures. Le sang allait couler, tandis que le peuple flottait encore indécis et consterné. En ce moment critique, un berger, nommé Ghéraî, vient trouver les chefs assemblés , conduisant avec lui un jeune homme de dixhuit ans, Hadjy, qu'il leur présente comme le descendant de Botou-khan et de Toktamisch. Persécuté par ses parents, ce jeune rejeton d'une race illustre avait dû sa conservation à la pitié de Ghéraî. Les chefe hésitaient sur le parti qu'ils avaient à prendre^

lorsque le peuple s'écria qn'il ne Totrlait pas d'autre souverain que le jeune Hadjy. Celui-ci, par reconnaissance

Sour son bienfaiteur , prit alors le nom e Ghércdy et fut le chef d'une dynastie souveraine qui , depuis l'ann^ 1440 jusqu'en 1783 , donna des khans à la Crimée. La famille des Ghéraî, ouoique déchue du trône , n'est point éteinte; c'est elle qui fournirait des sultans à Constantmople, si la race de ces derniers venait à manquer.

Sfuant au berger, il fut anobli , et sa escendance est connue dans l'histoire sous le nom de Tschaban-Ghéraî.

I. Hadjy -Ghéraî réffna glorieusement iusqu'en 1467. Il eut plusieurs démêles sérieux avec les colons; il s'en tira toujours heureusement. Son fils aîné , JNour-Eddaubih , deyait lui succéder , mais il fut chassé par son frère Menghely.

IL Menghely -Ghéraî V est le plus illustre des khans de Crimée. Il partage avec Mithra-dates l'honneur d'attacher à cette contrée de glorieux souvenirs historiques. Apprenant que son frère s'était réfugié auprès de Casimir IV , roi de Pologne, et qu'il en avait été accueilli favorablement, il craignit que ce monarque , dont il connaissait les liaisons avec le khan du Kaptchak , ne tentât de replacer sur le trône le légitime successeur de Hadjy. Il cnit, en conséquence, devoir rechercher l'assistance des Russes , qui obéissaient alors au grand prince Iwan III. Pendant qu'il négociait pour se ménager ce puissant auxiliaire, il éprouva de la part de son plus jeune frère , Hayder, le traitement qu'il avait lui-même fait subir à Nour-Eddaulah. Renversé du trône et ne voyant de salut que dans la protection des Génois , il s^enfuit a Csmfa, dont le consul l'accueillit avec bienveillance, et lui assigna Mankouppour résidence. C'était une forteresse située à douze verstes de Balaclava. Peutêtre Menghély-Ghéraï eût-il terminé dans cet exil son obscure existence sans un événement qui , portant à la fois un coup terrible à ses protecteurs comme à ses ennemis , lui rendit k

CRIMÉE

sceptre échappé de ses mains. Nous avons dit que les Tatares avaient le privilège de nommer à Caffa un préfet que Tautorité génoise refusait ou confirmait : mais en 1474, le préfet Mamak étant mort, le khan choisit, ponr le remplacer, un de ses lieutenants nommé Eminek. Celui-ci arrive à Caffa, et, selon Tusage, demande rinvestiture au consul génois ; il en éprouve un refus , car la veuve de Mamak avait obtenu , à l'aide d'une forte somme d'argent, que les dépositaires du pouvoir refuseraient de reconnaître pour préfet tout autre que le fils atné du défiint. Eminek revint auprès du khan; et celui-ci, choqué avec raison de cette conduite des Génois, le renvoya une seconde fois. Nouveau refus de la part des colons , et , de là , une discussion qui allait amener des hostilités, lorsque les deux partis adoptèrent un terme moyen pour prévenir Teâusion du sang : ce fut de rejeter à la fois les deux candidats et de choisir un autre

Eréfet. Eminek, indigné de la fai* lesse de son roattre , autant gue de rinjustice des Génois , se rendit aussitôt à Constantinople , certain d'y trouver un vengeur. Ce poste avancé de la chrétienté était tombé , depuis plus de vingt années (1451), au pouvoir des Othomans. Mohammed II ap- {prenant les querelles qui divisaient es Tatares et les Génois, conçut le projet de les faire servir à la gloire do croissant.

Le 1*' juin, une. flotte de quatre cents galères turques se présenta devant Cafia , pendant qu'Eminek s'approchait du côté de terre à la tête d'une armée de Tatares et de Turcs.

Les Génois jusque-là n'avaient répondu que par le mépris et les railleries aux ennemis qui avaient eu l'insolence de se montrer au pied de teurs remparts, mais cette fois ils oommenc^ent à éprouver des craintes sérieuses, que l'événement justifia bientôt. Après cinq jours d'un feu également bien nourri de part et d'autre , 1^ assiégés perdirent tout espoir de résister long-temps. Une députation

des notables génois se rendit auprès d'Achmet , le chef de l'armée othomane, et lui présenta humblement les clefs de la ville, se recommandant à sa générosité. Le pacha refusa d'abord de les recevoir ; mais enfin , touché par les larmes et les supplications des vaincus, il envoya un de ses lieutenants

{>rendre possession du palais consuaire. Lui-même fit, le lendemain, une entrée solennelle à Caffa, où son premier soin fut de dresser une liste exacte des biens et des en&nts des habitants. Quinze mille colons furent envoyés à Constantinople pour y être incorporés à la milice des janissaires.

Le reste des habitants fut dirigé vers la même capitale , pour être colonisé aux environs de Péra.

Les autres établissements génois tombèrent successivement au pouvoir du vainqueur, et entre autres la forteresse de Mankoup, où se trouvait Menghély-Ghéraî. Ce prince, envoyé à Constantinople, d'abord comme esclave, y fut reçu comme roi. Il fit avec Mobammedf un traité par lequel il admettait, pour lui et ses successeurs, la suzeraineté du Grand -Seigneur, et le droit de celui-ci de nommer et de déposer les khans de Crimée.

Il jurait de lui être fidèle, et de lui fournir, en cas de guerre, des subsides en hommes et en argent. De son côté, l'empereur othoman reconnut Men^hély-Ghéra! pour légitime souverain de la Crimée , s'engageait à le replacer sur son trône, lui accordait le droit d'arborer cinq queues pour étendard, et d'être nommé après lui dans les prières publiques. Depuis cette époque, les Grands-Seigneurs déclarent , à leur avènement au trône, que si leur race vient à s'éteindre, celle des Ghéra! doit être appelée à la remplacer.

Le règne de Menghély-Ghéraî ne dura pas moins de S6 ans. Il fut une suite continuelle de guerres glorieuses contre le roi de Poloçne, et son allié le khan du KaptchaH, qu'il parvint même à renverser du trône.

Fidèle à ses traités avec Iwan-le- Grand, on le vit devenir le principal

L'UNIVERS

instrument de la puissance des Russes et dfe la décadence des Tatares-Mongols. Quand la force des armes ne suflisait pas à Taccomplissement de ses projets, il appelait à son aide la ruse et la politique ; c'est ainsi que , plus d'une tois, il parvint à soulever les Kbgaîs du Kaptchak contre leur souverain, et dut à cette puissante diversion d'éclatants succès. Deux fois il ravaga la Volhinie et la Podolie; maître de Kiew , il fît éprouver aux Polonais les plus grands désastres, et leur enleva jusqu'à cent mille captifs. Ce fut dans l'une de ces expéditions qu'il fonda Otchakcw , au confluent du Bog et du Dnieper, sur les ruines d'Alktros, petite ville qui avait appartenu à une reine des Sauromates, et que les G êtes détruisirent en même temps ^u'Olbia, un siècle avant Jésus-Christ. Menghély écrivit à ce sujet à Iwan III : « Je suis toujours le « même lK>mme pour mon frère le « grand prince, et je construis à pré- « sent, a la bouche du Dnieper , sur « la vieille ville , une nouveUe forte- « resse , afin de nuire aux Polonais. »

La guerre ne fut pas, toutefois, l'unique occupation de cet illustre monarque. Il protégea les arts, encouragea l'apiculture, et ne né^lieea rien de ce qui pouvait hâter la civilisation de ses peuples. Sous son règne , on vit les Tatares pratiquer, pour la première fois, l'usage des sUosj ou fosses destinées à la conservation des grains.

Elles étaient creusées dans une terre argileuse et soumises préalablement à l'action du feu.

Menghély releva les ruines d'Eski- Krim et de quelques autres villes que la i^uerre n'avait pas épargnées. Il fit bâtir plusieurs forteresses , des mosquées sans nombre et des palais d'une grande magnificence. BaJthtchiSérai devint en particulier l'objet de ses soins, et acquit une telle splendeur que depuis ce moment elle ne cessa pas d'être la résidence des khans de la Crimée , jusqu'à la chute de leur domination. On y voit encore leurs mausolées et les restes de ce ridie palais dû à la munificence du fonda-

teur d'Otchakow. Deux inscriptions lapidaires attestent les titres de ce

S rince à la reconnaissance des amis e la belle architecture. Le palais des khans à Bakhtchi-Séra!, successivement embelli par les successeurs de Menghély , paraît encore une de ces fantastiques conceptions dont les poètes de l'Orient embellissent leurs contes. Là, on voyait de larges rosaces découpées à jour, comme une précieuse dentelle . des dômes et des ai- Suilles de la plus élégante léj^reté , es portes en ogives, de petites colonnes réunies en faisceau , de riches inscrustations , des murs tapissés de mosaïques, couverts d'or ou d'éclatantes couleurs , de larges péristyles pavés en marbre, des bosquets de m3a*tes et de roses, et mille fontaines oui versaient, en murmurant, une eau fraîche et limpide. Tout, dans cette résidence des anciens khans, rappelle l'Alhambra de Grenade. Ce palais de féerie fait à juste titre l'orgueil des habitants de Bakbtchi-Séraï. Couché sous un feuillage sombre, auprès d'une limpide cascade , le Tatare se rappelle ces générations de guerriers qui, dans les loisirs de la paix, venaient ici prodiguer les trésors enlevés aux vaincus. Il contemple ces marbres, ces tables de porphyre, ces arabesques en stuc, ces peintures , ces hiéroglyphes , ces dorures^ et ces inscriptions sacrées, et se demande ce que sont devenus les maîtres de cette somptueuse demeure; il voudrait savoir où sont allés leurs sémillantes odalisques et leurs troupeaux d'esclaves. Les ruines répondent : Ils ont disparu avec l'onde du ruisseau qui coulait à leurs pieds, avec la fumée du parfum dont ils aimaient à s'enivrer.

Dans les dernières années de sa vie, Menghély eut la faiblesse de céder aux sollicitations de Sigismond I'',roi de Pologne : il rompit ses vieux traités avecles Russes , et déclara la guerre à leur grand prince Vassili V. Les hostilités durèrent même plusieurs années avec des succès variés. Enfin, la paix fut renouvelée , et , deux an-

cmiMËE.

nées après C 1514 de Jésus-Christ ), Menghely termina une vie glorieuse, pendant laquelle il avait montré les vertus qui font les bons rois , et les

Qualités qui constituent les grands ommes. Son fils aîné, Mohammed- Ghéraî, lui succéda.

III. Mohammed-Ghéraï I", prince d*humeur belliqueuse, employa les huit années de son rèsne à lutter contre les Moscovites et les Circassiens. On croit qu*il périt dans une expédition contre les DacUans ou princes de la Mingrélie (1522-8).

Pendant plus de deux siècles, l'histoire des khans de la famille de Ghéraî offre une triste monotonie de guerres sans éclat comme sans résultat définitif avec les Polonais, les Russes ou les Tatares du Kaptchak.

A chaaue avènement , le nouveau khan allait à Constantinople recevoir rmvestiture de ses fonctions. Quelquefois le Grand-Seigneur déposait le prince régnant et lui substituait un autre souverain, pris également dans la dynastie des Ghéraî. Il [)araît, d'ailleurs, que le droit de primogéniture était fort mal observé parmi ces princes, car on vit souvent plusieurs frères se disputer le pouvoir, et, en ces occasions, le sultan choisissait selon ses convenances, et non selon le droit d'atnesse. A cette même époque figurent les princes de Mangoup, sorte de sei-

Sneurs suzerains, tributaires à la fois es Tatares et de la Porte-Othomane; mais ce qui caractérise plus particulièrement cette pério'de, c'est l'importance que commence à acquérir l'histoire d^un nouveau peuple, formé de la lie de diverses nations errantes et barbares ; nous voulons parler des Cosaques. Leurs traits rappellent ceux des Mongols , et leurs mœurs se rap-

Srochent incontestablement de celles es anciens Scythes.

IV. Sadet-Ghéraî I"* régna douze ans. En montant sur le trône il avait envoyé son frère Sahed à Constantinoj>lé pour lui servir d'otage. Battu lu^méme aux environs d'Azow par un autre de ses frères , du nom d7slam , il déposa la couronne, que le

Grand-Seigneur donna à Sahed (1583).

y. Sahed-Ghéra! 1*"% s'il faut en croire les écrivains orientaux , fut un prince cruel et sanguinaire. Il fut dé* posé en 1551, et assassiné huit ans après, par Dewlet, son cousin et son compétiteur.

VI. Dewlet-Ghéraï T'. On sait peu de chose de ce monarque , bien qu'il ait régné vingt-six ans (1551-1577).

Sous le règne précédent, il avait, conformément à Tusage, résidé à Constan* tinople, pour v servir d'otage.

Vil et YIIi: Mohammed-Ghéraî II qui lui succéda, ayant refusé de marcher contre les Persans, fut déposé en 1584, après six années de règne.

Il se retira chez les Cosaques , qui embrassèrent sa cause et lui fournirent une armée pour l'aider à reconquérir la couronne. Monammed fut vaincu et tué par les Turcs; mais son successeur, Islam-Ghéraî P', périt dans cette même rencontre (1587).

IX et X. Ghazy-Ghéraï V% fils de Dewlet, montra de grandes qualités et une plus grande cruauté. Le sultan l'exila en 1596; mais au lieu d'obéir, ce prince courageux se rendit h Constantinople même, où il plaida sa cause et obtint son pardon. Pendant son absence, son frère, Fétah-G lierai I*', s'était arrogé le pouvoir suprême; en expiation de cette audace, Ghazy le fit périr. 11 mourut luimême Tan 1608-9.

XL Son frère , Sélamet-Ghéra! I*', qui lui succéda, était hydropique. Il succomba l'an 1610.

XII. On ne connaît pas les motifs qui portèrent le sultan à déposer Djan-Beye-Ghéraï, frère et successeur des précédents. Ce prince avait régné gicnrieusement de 1610 à 1623, et avait fait preuve d'une rare bravoure et de beaucoup de talent dans la

? lierre qu'il avait soutenue coi^re les ersans , au sein même de leur empire.

XIII. Mohammed-Ghéraî III, cinquième fils de Dewlet, portait la plus tendre amitié à son frère Chahyn. Mais celui-ci, abusant des bontés de son souverain, leva l'étencîard de la rébeilioiif

et marcha, à la téted'ane troupe nombretise de Tatares , eootre son bienfaiteur et son firère. Mohammed succomba les armes à la main ; mais le Êratricide n'osa pas ceindre son front de cette couronne qu'il venait d'ensan^anter. Redoutant avec raison la colère du sultan , il chercha un refuge à la cour de Perse, auprès d'Abbas-le-Grand (1627). Djan-Beyg fut alors rétabli sur le trône de Crimée , qu'il occupa jusqu'en 1633. A cette époque il nit déposé de nouveau.

XIY. La facilité avec laquelle la cour de Constantinople accueillait les dénonciations dirigées contre les khans , et la promptitiKle qu'elle mettait à déposer ces fentômes de rois, sont des témoignages irrécusables de la vénalité de cette cour , autant que de l'esprit d'intrigue qui animait les membres de la famille de Ghéraî. Énaîet , qui succéda à Djan-Beyg, fut déposé après d^ ans seulement de r^ne.

XV. Il eut pour successeur Bâiader , protecteur de la science et de la poésie, savant et poète lui-même, qui mourut en 1640.

XVI. Son jeune frère , Mohammed- Ghéraî, quatrième du nom, monta sur le trône. Inhabile à tenir les rênes du gouvernement , ce prince fiit exilé apr& trois ans de règne ; il reviendra sur la scène politimie.

XVII. Islam-Gheraî II , qui ceignit la couronne pendant 13 ans ( 1643 à 1656 ) , a laissé de lui une mémoire glorieuse. Ses succès contre les Moscovites, sa bravoure, sa générosité et sa justice font encore l'objet d'une vénération traditionnelle parmi les Tatares.

Après lui , Mohammed-Ghéraî IV, son prédécesseur , revînt au pouvoir.

En l'année 1647, Vladislas VII , roi de Pologne , ayant refusé de payer au khan de Crimée le même tribut de pièces d'or et de peaux de moutons que son prédécesseur, Sigismond III, lui avait accordé , le khan joignit ses armes à celles du célèbre Kmielnitski , bettman des Cosaques - Zaporogues , alors en guerre avec la Pologne. Les r^ultats de cette glorieuse campagne

valurent aux Tatares de riches dé* pouilles et des monceaux d'or enlevés aux vaincus. Leur puissance parait , à cette époque , avoir atteint sa plus brillante phase. En effet , les bostilités ayant recommencé, en 1649, ea> tre le roi de Polocne, Jean Casimir , et Kmielnitski, le khan de Crimée conduisit à ce dernier un secours de 100,000 Tatares. L'hettman, de soa côté , avait réuni 200,000 combattants.

Cette armée formidable , oui rappelait les anciennes incursions des Scrthes, d'Attila et de Tchin^is-Khan, inonda les provinces polonaises, semblable à ces flots de sable poussés par le funeste sémoum , qui dévastent et renversent tout, les villes et les campagnes; qui comblent les vallées, ensevelissent les ruisseaux, et ne laissent derrière eux que le désert et la mort.

La bravoure et la prudence de Jean Casimir furent insurasantes pour arrêter ce torrent dévastateur; il conclut forcément à Zborow (17 août 1649) un traité onéreux, par lequel il s'engagea notamment à payer au khan de Crimée la pension annuelle que lui avait accordée Sigismond m.

Ses conditions avec l'hettman ne sont pas du domaine de cette histoire.

Quelques intrigues, auxquelles les seigneurs polonais ne furent pas étrangers, ayant amené, dès l'année suivante, une rupture entre Jean Casimir et Kmielnitski, le khan, avide de gk>ire et de butin, accourut à la première invitation de son ancien allié; mais la victoire, infidèle cette fois , passa du côté des Polonais (bataille de Béresteko, 39 juin 1661 ) :

on dit même que les Tatares , saisis d'une terreur panique, causèrent la dérouie complète de Varmée des alliés.

Le khan perait ses équipages, sa tente* son étendard, ainsi que le petit tambour d'argent doré , au moyen duquel il an^lait les personnes de sa suite La retraite des Tatares fut si précipitée , qu'au mépris des précepte religieux lis abandonnèrent aux chrétiens leurs morts et leurs blessés. L'année suivante, le khan fil la paix avec Jean Casimir : il s engagea à entrer sur les

crimi!:e.

terres des Cosaques , ses anciens alliés, à dévaster leurs colonies, et à lui remettre tous les prisonniers qui tomberaient en son pouvoir. A son tour, le roi de Pologne promit de ne point quitter les armes quil n'eût mis son allié en possession du khanat d'Astrakan. De leur côté , les Cosaques se mirent sous la protection de la Russie ; et on peut dire que , de ce moment, datent véritablement les prétentions des Russes sur la Crimée.

Instruit à Técole du malheur , MolianiiiiH régna glorieusement pendant huit années. Il soutint des guerres heureuses contre les chrétiens et les Cosaques; ce qui ne rempNêcha pas d'être déposé une seconde fois (1663).

L'usage était alors, pour les khans disgraciés , de se rendre à Constantinople; mais Mohammed jugea plus prudent de se réfugier chez les KaK xDoucks.

XVIII. Adil-Ghéraï, dix-huitième khan, était (ils d'un prince que des malheurs domestiques avaient forcé à se faire gardien (le troupeaux, et qui avait, à cause de cela, reçu le nom de tchaban ( berger. )

Loin d'apporter sur le trône la simplicité et fa droiture de la vie des champs , Ad il se montra féroce , astucieux et débauché; son règne ne fut ou'une série de crimes. Ce monstre fut oléposé en 1672.

XIX. Sélym-Ghéraî r% qui lui succéda, aurait pu se faire, à peu de frais, une réputation de honte et de sagesse, tant le souvenir du règne précédent rendait les Tatares faciles à contenter; mais ayant voulu soumettre ses sujets à de nouveaux impôts, il souleva de vives réclamations, et fournit ainsi un prétexte à la Porte pour le déposer (1678). Nous le verrons reparaître plusieurs fois.

XX. L'histoire ne dit rien de son Sttocesseur Mourad , si ce n'est qu'il pâ*it en 1683—3.

. XXI. HacUy-Ghéraî, vingt-et-unième khan, montra, en diverses circonstances , une rare intrépidité; il paraît même que la Porte s'effraya de ses qualités guerrières , puisqu'elle le déposa

après huit mois seulement de règne, donnant pour motif la prétendue avarice de ce prince.

Sélym fut alors rappelé à la iJ^it du gouvernement. Pendant sa courte ab* sence, ses sujets avaient appris à le regretter; aussi le virent-ils reparaître avec une grande |oie, et il justifia leurs espérances en régnant avec douceur, avec bonté , et surtout avec justice.

En 1689, le bonheur dont les Tatares jouissaient sous le gouvernement de Sélym fut troublé par une invasion des Moscovites. Le czar parut subitement au cœur de la Crimée, traînant à sa suite une formidable artillerie, oii Gguraient quelques obusiers, que les habitants du pays envahi voyaient alors pour la première fois. L'éclat des bombes porta l'effroi et le désordre dans les rangs des Tatares : c'en était fait de ce peuple si le sang-froid de Sélym n'eût pas été plus grand que le péril. Sa bravoure ranima l'ardeui de ses soldats; ils revinrent à la charge , forcèrent leurs ennemis à lâcher le pied , les poursuivirent sans relâche lépée dans les reins, et les forcèrent enQn à sortir de la péninsule. Sélym ne recueillit pas les fruits de sa victoire : la jalousie de la Porte, et les intrigues de quelques ambitieux, le contraignirent à céder une seconde fois un pouvoir qu'il exerçait si bien.

XXII et XXIII. Deux successeurs passèrent rapidement sur le trône vacant, Sadet-Gliéraî II et Safah- Gbéraî.

£n 1692, Sélym fut rappelé de nouveau ; faveur qu'il dut a la gravité des circonstances. Di guerre avait éclaté entre les Turcs et les Impériaux , et ceux-ci , à la suite d'une campagne heureuse , s'étaient emparés de quelques places importantes. Sélym se mit à la tête de^ armées othomanes , battit les Russes en plusieurs rencontres , leur reprit les villes conquises, et rentra aans ses états pour y jouir en paix de sa gloire, de la reconnaissance de la Porte , et de l'amour de ses sujets. Enfin , en 1698 , il demanda et obtint la permission de remettre la couronne à son tils aîné.

L'UNIVERS

XSIV. Dewlet-Gliéraî II ne fut occupé qu'à faire la guerre aux chrétiens ; il leur enleva de riches dépouilles, dont il enrichit ses sujets. On i^ore les motifs , si toutefois il en existe ,

3ul portèrent le Grand-Seigneur à le époser vers l'année 1702. Ce prince remonta sur le trône.

A cette époque , Sélvm reparaît une quatrième rois à la tête des aflfaires; mais alors il était Tieux et accablé d'infirmités : aussi les deux années de son nouveau règne sont-elles dépourvues de tout &iat.

Sélym, digne contemporain de ' LouisXIV et d'Abbas-le-Grand, mourut en 1704.

XXY. Ghazy-Ghéraî II, second fils de ce prince , fit jouir ses peuples de tout le bonheur que peuvent procurer la paix et la confiance sous un gouvernement paternel. Il mourut en 1707.

XXVI. Kaplan-GhéraT, troisième fils de Sélym, ne fîit pas heureux dans les guerres au'il entreprit; et la Porte crut devoir le déposer après un an de règne. Rhodes fut le lieu désigné à son exil.

Dewiet-Ghéraî n est rappelé. A l'exemple de son frère , il attaque les Moscovites; mais, plus heureux que lui , il les bat en diverses rencontres, ravage leur territoire , enlève du butin et des prisonniers, et force Pierrele-Grand, qui régnait alors, à venir lui-méme défendre ses domaines à la tête d'une puissante armée. De leur coté, les Turcs se joignent aux soldats de Dewlet, et leurs forces réunies vont affronter le czar sur les bords du Pruth. La bataille dura un jour et demi : le succès en fut douteux; mais les Russes manquant de vivres, et réduits à l'extrémité , étaient peut-être perdus sans ressource, si Catherine,

?[]i n'était encore que la maîtresse de îerre I", ne se fût dévouée pour eux. Elle tenta de négocier elle-même directement avec les Turcs, et le succès couronna son entreprise. La Russie abandonna la ville d'Azow , et la paix fut siemée immédiatement (1711).

Ce fut, dit-on, le souvenir de cet événement qui, plusieurs années après,

engagea Picrre^c-Grand a faire couronner sa maîtresse. .

La Porte reconnut mal les service»

éminents que Dewlet lui avait r*™"* dans cette glorieuse campagne ; elle le déposa, en 1713, pour rappela K»plan-Ghéraï. Dans cette seconde pej riode de son r^e, Kaplan fut «n^J^ du commandement d*une année otbomane destinée à agir contre les Polonais. Il entrait sur leur territoire au mois de décembre 1716, lorsqu'il reçut la nouvelle de sa déposition ; il fut relégué à Brousse, d'où nous le rer-rons revenir au pouvoir une troisième fois.

XXVII. Kara-Dewlet, fil» d'Adîl- Ghéraî , fut choisi pour le remplacer.

Ce prince, âgé alors de 60 ans^ n'était nullement agréable aux Tatares , qui refusèrent de le reoonnattre pour souverain. Ils envoyèrent même, a cet effet, des ambassadeurs à Constant!* nople.

XXVm. Sadet-Ghéraî, trœsièOÈe du nom, était, disent les écrivains orientaux, un prince lasdf et avare.

Il iîit déposé aprte sept années de règne ( 1724—5. )

XXIX. Men^ly-Ghéraî II , son successeur, était un bon prince, q^ renoïKa aux conquêtes pour s'oooaper des afifatres intérieures de son peuple. La Crimée était alors infestée par des bandes de voleurs et d'assassins qui se présentaient audacieusement aux portes mêmes des villes. A ces mallaiteurs se joignaient souvent les mécontents et les rebelles. Menghély prît, à l'é^rd de ces bandes , des mesures si vigoureuses, qu'en peu d'années elles furent détruites et le pavs entièrement pacifié. Le sultan Alimed , satisfait de cette conduite, de Menghély , l'appela à Constantinople , où il lui fit faire une entrée triomphale. La faveur du khan était à son apogée lorsqu'une révolution éclata soudainement dans la capitale de l'empire des Othomans. Ahmed, précipité du trône, entraîna son favori dans sa cbute.

Kaplan-Ghéraï fut rappelé de mmveau. Ce monarque accomplit Vceuvre commencée par son prédécesseur » ^^

CRIMÉE

achcTant d'exterminer les voleurs et les rebelles. Il n'eut pas le même suooès dans sa campagne de 1736 contre les Russes : ceux-ci ayaient violé les conditions de leur dernier traité avec les Turcs , et repris notamment la ville d'Azow. Elisabeth, alors czarine, envoya ses troupes en Crimée. L'irruption des Moscovites fat si instantanée que les Tatares, à peine revenus de KUT malheureuse expédition , se trouvèrent hors d'état d'opposer une résistance sérieuse ; Bagntchi-Sérai fut pris et incendié par les vainqueurs, qui demeurèrent maîtres absolus de la presqu'île pendant trois mois. Kaplan descendit ou trône, la paix fut négociée , et les Russes se retirèrent ; mais il fut aisé de prévoir d^ lors que la Tauride finirait, tôt ou tard, par devenir une de leurs provinces. A partir de cette époque , la politique des czars épia ixmiés les occasions de fomenter les troubles intérieurs de la péninsule; elle s'attacha surtout à brouiller les khans avec le Grand-Seigneur; elle accueillit, à bras ouverts, les méc<mtents , les transfuges , les rebelles de toute espèce, et ne cessa de leur fournir des secours, soit ouvertement, soit en sous main, jusqu'au moment où elle put enfin réaliser ses ambitieux projets.

XXX. Sods le règne de Fétah- Ghéra! II ( 1737— 8), les Russes font une nouvelle irruption en Crimée ; ils brûlent Kara-sou-Bazar y et emmènent avec eux un erand nombre de prisonniers. Fétah nit déposé l'année même de son avènement au trdne.

Menghély-GhéraT II reparaît sur le trône : tous ses efforts se tournent vers les Russes, dont 11 envahit le territoire , portant de tous côtés le fer et la flamme , sans pitié pour l'â^e ni le Sexe des habitants. Mais l'hiver, ce formidable auxiliaire de la puissance russe , vint au secours des vaincus , et les Tatares , décimés par le froid , soneèrent bientôt à rentrer chez eux, ne s apercevant pas, dans cette retraite précipitée, que leurs ennemis les suivaient de près. Ceux-ci, en effet, entrèrent avec eux sur le sol de la

Crimée; mais vaincus dans une rencontre (1738—9) , l'une des plus longues et des plus sanglantes dont fiissent mention leurs annales , ils abandonnèrent, pour cette fois, l'étemel olijet de leur convoitise. Menghély mourut peu de mois après cet événement.

XXXI. Sélamet-Ghéraî II , prinoe pacifique et ami des arts, régna quatre années (1739—1743) , qu'il employa à relever BaglUchi-Sérca ; il y fit construire de nouvelles mosquées, des bains, des fontaines et divers édifices d'utilité publique. Une intrigue de cour amena sa déposition.

XXXII. Sélym-Ghéra! II, fils de Kaplan, appelé à régner, eut d'abord à combattre la rébeluon de son lieutenant, (]ui, battu dans plusieurs affaires, se retira en Pologne. Peu après , Sélym eut occasion de rendre à son sei^eur suzerain un service signalé. La disette la plus complète désolait Constantinople : Sélym y envoya spontanément plusieurs navires chargés de blé , sauvant ainsi cette ville d'une perte oer^ taine.

On rapporte de ce iNrince un trait bizarre qui peint assez bien les moeurs de cette époque dans la Tauride. La Circassie mit alors soumise aux khans; mais son vasselage se limitait à un tribut de 800 jeunes esclaves des deux sexes offert à chaque nouveau règne, tribut aussi honteux pour le peuple qui le recevait que pour celui qui le présentait. Sélvm résolut de se faire payer 700 esclaves au lieu de 300; aussi , lorsque les députés tcherkesses vinrent , à son avènement au trône , lui offrir leurs hommages, il les reçut avec une extrême bienveillance, les traita splendidement, et ne les renvoya pas sans leur avoir fait agréer quelques légers présents, que ces monta^ards recurent avec une grande joie. Mais, Vannée suivante, Sélym feignant d'avoir à débattre , dans son conseil , une question d'une haute îm-

Eortance, convoqua les nobles tcheresses; et ceux-ci, se souvenant de ses bons procédés , accoururent en foule à sa cour. Sélym, jetant alors le —

ae

L'UNIVERS

que, les retint prisonniers, et ne les relâcha qu'après avoir reçu les 700 esdaves qu'il désirait. Cette insigne mauvaise foi servit, plus tard, de prétexte à la Porte pour le déposer.

XXXIII. Arslan , fils de Dewiet- Obérai , fîit tiré de l'exil pour monter sur le trône en 1 748. La Crimée compte peu d'aussi bons souverains. Son gouremement peut être cité comme un modèle de sagesse et de fermeté. Au dehors il repoussa les ennemis, au dedans il contint les factieux ; il aida le sultan, son seigneur suzerain, de ses trésors et denses soldats; mais ayant voulu y joindre quelques salutaires avis sur (a conduite de la Porte à l'égard de ses amis et de ses ennemis, cette liberté fut prise en mauvaise

J)art, et sa déposition ne se fît pas ong-temps attendre ( 12 août 17â5)«

XXXIV. Alym-Ghéraï. cousin et lieutenant du précédent, rut appelé à lui succéder. Son passage au pouvoir est signalé par une révolte oes JXogais. Ces latares belhqueux et nomades étaient ordinairement commandés par un prince de la maison de Ghéraï, élu par eux et confirmé par le khan. Les rébellions n'étaient pas rares parmi eux; mais, cette fois, leur levée de boucliers avait un caractère plus sérieux , puisqu'elle avait lieu à l'instigation de leur général , Crym* Ghéraï, ambitieux qui convoitait le trône.

XXXV. Alym ayant été déposé le 21 octobre 17S8, la Forte rappela, pour lui succéder , Arslan , qui languissait dans l'exil à Chios; mais, dans Tintervalle qui s'écoula entre son rappel et son arrivée aux Dardanelles, les Tatares élurent Crym- Ghéraï. Arslan partit aussitôt pour la Homélie. Crym était un politique habile, un brave

guerrier, un bon tacticien; il avait, it le baron de Tott, des connaissances en géographie, en astronomie, en musique et en chimie. Doué de toutes les qualités qui peuvent faire aimer un souverain , il ne sut que se faire haïr; mais les circonstances, il faut en convenir, eurent une fâcheuse influence sur les relations de ce prince

avec ses sujets. Son règne fut trouble par deux grands fléaux qui fondirent

{presque simultanément sur ses états , es Cosaques et la peste. Enfin , après six années de guerres, de travaux , de desastres de toute nature, il fut déposé (6 octobre 1764). Le motif allégué en cette circonstance fut qu'il s'était allié aux Prussiens sans l'aveu de la Porte.

XXXVI. La politique d'Azyniei Ghéraï, son successeur, le rapprocha des Russes , qui étaient devenus alors trop redoutables pour ne pas être ménagés. Il fut déposé au mois de mars 17G7. Arslan, rappelé pour la troisième fols, mourut peu de mois après.

XXXVII. Maksoud-Gbéraï ne connut que les dégoûts de la royauté. Trois puissances qu'il lui fallait épargner , la Russie, la Pologne et la Turqu ie, avaient alors entre elles de vives discussions.

Enfin, en 1768, la Porte ayant définitivement déclaré la guerre à la Russie, le Grand-Seigneitf sacrifia JMaksouda la politique; ii le déposa pour rappeler Crym-Ghéraï , qui recul en même temps le commandement' d'une armée formidable, composée de cent vingt mille Turcs et de cinquante mille Tatares. Crym ne justifia pas

I espoir que la Porte avait mis en lui • il fut battu complètement. Au niois de février 1770, ce monarque fut empoisonné par un médecin crée.

XXXVIl/. Sélym-Ghéraï III eut ma règne aussi court que malheureux.

II n arriva au trône que pour voir les Russes s'emparer de la presque totalité de la Crimée. Il fut déposé Tannée même de son avènement au trône et courut cliercher un refuge sur le territoire de ses ennemis. CeuxHîi, ne jugeant pas que le moment filt venu de réaliser leurs desseins ambitieux voulurent cependant faire un pas de plus vers la domination de cettecontree en s arrogeant la prérogative d'v nommer les khans. On vit? en conséquence, pour la première fois ri77n la Russie, usant àe son droit de conquête , apj^ler au trône de Crimée un prince de la famille Ghéraï; dte jeta les yeux, à cet effet, sur le jr4rDe

CRIMë£.

Sahd». après s'être assurée prudemment ae rassentiment des Tatares.

XXXIX. Cette élection ne uouvait manquer d'être contestée par fa Turquie. Cette puissance refusa Tinvestiture à Salieb. Backty, fils de Crym, et Maksoud, ravant-dernier khan, briguèrent alors le trône vacant. Chacun d'eux avait des droits à faire valoir, des intrigues à mettre en jeu, des partisans à pousser en avant.

Maksoud l'emporta sur son compétiteur ; mais les Russes , maîtres de la majeure partie de la Crimée et de toute l'île de Taman , influencèrent si bien les Tatares, que ceux-ci refusèrent même de le recevoir. Ils confirmèrent Téiection de Salied , lui donnant pour lieutenant (kcUgah) sop frère Chanyn.

C'est ce dernier qui aura la triste célébrité d'être le dernier khan, et qui livra son pays à la Russie.

La Porte ne se contentait pasdu droit d'investiture que lui concédait sa rivale; elle voulait conserver celui de Domination , et , s'obstinant à repousser le protégé des Russes , elle nomma un nouveau khan, Dewlet-Ghéraî.

Mais les événements de la guerre déconcertèrent son opiniâtreté. Un traité de paix fut signé à KtdciUk'Kénar^, au mois d'août 1774. Par ce traite, la Porte cède à la Russie Kertch, Jenikalé et KUbomou; elle lui abandonne le droit de navi^çuer dans toutes k» eaux de la domination othomane ; accorde aux Tatares leur indépendance nationale et la liberté de se oioisir un khan parmi les descendants de Tchin-

giis , le Grand-Seigneur se réservant utefois la suprématie spirituelle et le droit d'investiture ; enfin , elle consent à reconnaître l'élection de Saheb.

Lorsqu'elle envoya à ce prince les attributs de l'investiture, elle en excepta le sabre, ce qui indiquait, dans le langage symbolique de l'Orient , une réserve , une sorte de protestation contre l'ind^ndance absolue du nouveau khan.

Au commencement de l'année 1775, ime révolution subite éclate dans Baghtchi-Séraî; Saheb s'enfuit précipitamment et se jette dans les bras de la Turquie. Le Grand-Seigneur lui

assigne une pension de trois mille

Siastres , et l'envoie résider à Rodosto, ans la Romélie.

XL. Dewlet-Ghéraî III fut nommé en remplacement de Saheb ; mais l'ambitieux Chahyn, frère et lieutenant de ce dernier, soulève les Nogaîs du Kouban et s'avance à la tête d'une armée de quarante mille Tatares, Pilogaïs et Circassiens , dans l'intention de revendiquer le trône pour son propre compte. Dewlet rassemble ses forces , passe dans l'Ile Taman et vient présenter la bataille à ce rebelle. Ici, il est curieux d'observer l'attitude de la Porte et celle de la Russie : ces deux puissances , alors ennemies irréconciliables, désiraient également un prétexte pour violer le traité de Kénardjyj mais , par un reste de pudeur politique, aucune ne voulait prendre 1 initiative. La Russie , en conséquence, fit passer , en sous main , des secours de toute nature à Chahyn, tandis que la Turquie en faisait autant à 1 é;îard de Dev^let. Ce dernier venait d'être abandonné par les myrza, ou nobles . qui s'étaient déclarés ouvertement en faveur de son rival. La victoire seule pouvait le tirer de ce mauvais pas , mais le sort des armes lui fut contraire. Vaincu au mois de novembre 1776 , dans une affaire générale , il rentra précipitamment dans ses états , suivi des débris de sou armée. Les Russes , à cette nouvelle , jugèrent inutile de dissimuler plus long-temps , et , se déclarant ouvertement les protecteurs de Chahyn , ils s'emparent de Pérécop et envahissent de nouveau la péninsule. De son côté, Chahyn passe le détroit , marche sur Caffa , d où il se dirige sur Baghtchi- Séraî. £n vain Dewlet veut lutter .

contre cette double invasion; l'orage ' l'enveloppe de tous côtés, et le force i bientôt a céder. Il se retire alors à ' Constantinople , abandonnant à son rival ce trône diancelant, qui ne subsiste plus que sous le bon plaishr des Russes (11 mai 1777).

XLI. Chahyn, dernier khan. A peine installé, ce prince entra dans la voie périlleuse des réformes, et tenta

L'UNIVERS

de civiliser son peuple. Il soumit les troupes à une nouvelle organisation , leur assigna une solde régulière, leur donna des mi(rza (nobles) pourofificiers; il organisa un corps d*artillerie, et songea même à établir une manufacture d'armes ; il diminua les redevances ^e les myrza percevaient sur les cultivateurs , et prit d'autres mesures portant également l'empreinte de la sagesse et du génie; mais, malheureusement , il s'adressait à un peuple que sa religion et ses habitudes rendaient ennemi de toute innovation.

Au mécontentement des Tatares, premier obstacle que rencontra Chahyn , se joignit bientôt le mangue d'argent.

Il n'y avait plus moyen a'en emprunter à la Turquie ; la Russie n'offrait que des soldats, et la Crimée était épuisée. Chahyn fit battre monnaie à un titre dont la gravité des circonstances pouvait seule excuser l'imposture, mais cette ressource précaire ne |Hit le tirer d'embarras. La Porte întriffuait sourdement pour exciter les latares à la révolte , et ceux-ci ne tardèrent pas à répondre à son appel.

Chahyn ne put que se jeter entièrement dans les bras de la Russie. Cette puissance , heureuse de trouver sitôt une occasion qu'elle n'avait pas osé espérer encore , fit entrer des troupes en Crimée , sous prétexte de secourir le khan. La Turquie, à cette nouvelle»

s'écria qu'il y avait violation des traités, et elle envoya dans la péninsule un corps d'arrnée qui se cantonna aux environs de Gusievé. petit bourg tatare , situé non loin ae l'antique Cherson. On en vint bientôt aux mains ; les Russes éprouvèrent d'abord quelques échecs ; Qiahyn reçut deux ^ves blessures et fut forcé de se retirer au quartier-général de ses protecteurs, tandis qu'un nommé Sélym , son compétiteur, s'avançait vers Âcknietched.

Les Russes prirent bientôt leur revanche : huit mille d'entre eux , sous le commandement de Ciiahvn, battirent complètement l'armée turcotatare et contraignirent Sélym à s'embarquer en toute hâte. Chaliyn n'était plus, à cette époque, qu'un fantôme

de souverain ; la Russie gouvernait de fait dans les plaines de la Tauride , comme dans celles de Kazan. La politique de cette puissance lui suggéra , vers ce temps-la , une mesure atroce , qu'elle a quelquefois renouvela de*

{mis, mue par le désir de peupler es solitudes de ses vastes possessions.

Les Nogaïs venaient d'abandonner un canton dans le voisinage d'Azow ; les Russes y transportèrent de force les familles grecques et arméniennes qui »

depuis plusieurs années, s'étaient établies en Crimée. Le nombre des émigrés s'éleva, dit un grave historien anglais, à 75,000 individus de tout âge et de tout sexe. Tous ces malheureux périrent de froid , de faim et de nostalgie (*). La Crimée, qui jadis avait pu mettre sur pied des armées de quarante mille combattants, ne possâaît plus qu'une population de cinquante mille âmes; mais on y transporta plusieurs familles russes en remplacement des émigrés d'Azow. L^ revenus du khan peuvent être évalués, ^ur cette époque, à environ trois millions de francs.

Enfin , le cabinet de Versailles intervint entre les parties belligérantes, et grâce à son intervention , une nouvelle paix fut signée à Aînahly-Gavack , près Constantinople, le 31 mai 1779. Les Russes s'engagèrent à évacuer la Crimée et abanaonnèrent au Grand-Seigneur le droit illusoire d'investiture et de suzeraineté spirituelle sur les khans de Crimée.

Un an s'était à peine écoulé de|Niî8 les ratifications de ce dernier traité, que les Turcs cherchèrent de nouveau a soulever les Nof^aîs, et trouvèrent de puissants auxiliaires dans la famille même du khan , dont les deux frères, Béliader-Ghéraî et Arsian-Backty, se mirent à la tête des révoltés. Cette levée de boucliers fut comprimée, il est vrai , mais elle le fut par Fintervention des baïonnettes russes. Alors « le malheureux Chahyn , triste jouet de la politique et du ranatisme , abreuvé de dégoûts de toute nature , n'ayant

(*) Eton's sttrver of tke tttrkish empire.

CRIMÉE

que du mépris pour les Turcs , de la haine pour les Russes, de la pitié pour ses compatriotes, trop éclairé pour ne pas voir sa véritable position^ assez sage pour en connaître les remèdes, mais inhabile à les appliquer, se résigna aux décrets de la Providence. Trois fois il prosterna son front dans la poussière, trois fois il se meurtrit le sein; puis ayant ainsi payé à l'humanité le tribut qu'elle réclamait, il prit noblement son parti et abdiqua franchement et sans restriction pour lui et sa postérité.

La Crimée depuis sa réunion A l'empire russe. — La population de la presqu'île se compose, amsi que nous l'avons dit^ d'éléments hétérogènes ; mais la nation des prétendus Tatares prend seule ici une physionomie locale.

La religion des Tatares est un mahométisme mêlé de pratiques superstitieuses et souvent même d'idolâtrie.

II y a parmi eux des nobles et des sens. Ces derniers n'ont h donner à leur maître que deux jours de la semaine; les montagnards sont traités, pour la plupart, comme les paysans le la couronne. Ils placent de préf . rence leurs cabanes dans la partie ^a

Elus sombre et la plus touffue des ois ; c'est là qu'ils aiment à accueillir un étranger et à lui prodiguer les soins de l'hospitalité, avec une franchise et une cordialité que Ton chercherait vainement chez les Grecs du même pays. Dans les maisons des riches on présente au nouveau venu une longue pipe à tube de cerisier, terminée par un morceau d'ambre ou d^ivoire ; puis, on lui offre le miel ^ si exquis dans toute la Crimée, les fruits de la saison et le lait caillé.

Les Tatares mangent avec leurs doigts ; mais ils n'omettent jamais de se laver les mains avant et après le repas. Les murs de leurs salles a manger sont garnis de serviettes d'une erande propreté, ornées même de dentelles. Les femmes ont un appartement, et quelquefois une maison à part. L'ameublement de ces demeures est d'une grande simplicité : un sopha

pour les dieux pénates, un tapis ou des nattes pour les maîtres de la maison , une petite table à peine élevée d'un pied et quelques vases en bois.

L'Iiabillement de ce peuple offre un mélange du costume des Arméniens et de celui des Turcs ( voy. pL 8).

C'est assez généralement auprès de Baghtchi-Séraî qu'on rencontre des troupes de Bohémiens, malheureux cosmopolites qui , aux extrémités de l'Asie, comme à celles de l'Europe, ne vivent que du tribut précaire que leur paie la crédulité du peuple.

Les Grecs et les Tatares avaient bâti ou agrandi plusieurs villes , mais les Russes recommencèrent l'œuvre de destruction des Huns et des Mongols. Ils achevèrent de renverser les ruines de Cherson pour y chercher les matériaux nécessaires à la construction de Sébastopol, qu'ils élevèrent auprès d'un ancien village tatare, nomme Aktiar, dans la péninsule héracléotique.

Sébastopol est une petite ville bâtie en amphithéâtre, sur la déclivité d'une colline. Ses murs de pierres et de briques, entremêlés de trônons de colonnes , de chapiteaux et d'mscriptîons lapidaires, nobles débris de l'antique Cnerson , se réfléchissent dans les eaux d'une baie que Ton considère à juste titre comme l'une des plus belles du monde; c'est la station ordinaire de la flotte impériale de la mer Noire. Douze ou quinze vaisseaux de ligne et un nombre proportionné de bâtiments légers assurent à la Russie la domination du Pont-Euxin (vov. pL 2).

Il existe à Sébastopol des chantiers de radoub, mais il n'y en a aucun pour la construction ; l'entrée du port est interdite aux navires du commerce. La population étrangère à la marine n'excâle pas 2000 habitants ; ce sont pour la plupart des Grecs marchands. Leurs femmes sont d'une beauté remarquable.

La baie de Sébastopol est infestée par des myriades de vers de mer phosphorescents ( teredo naoaUs ou calamitasnaviwnàe'Lmné), qui s'at-

do

L'UNIVERS

tachent aux navires et les mettent en peu d'années hors d'état de servir.

On ne peut préserver un bâtiment des ravages de ces dangereux animaux qu'en le renversant sur le flanc pour lui faire subir l'opération du feu, tous les deux ou trois ans. Cette rade est le Cténos deStrabon.il l'a décrite avec une admirable précision : on retrouve aisément dans les trois baies qui touchent à celle de la quarantaine, les trois ports qu'il a mentionnés.

En suivant le littoral on aperçoit le cap PartJienium ^ qui se termine par un précipice d'une grande hauteur; au-delà^ un golfe entouré de rochers escarpes et sauvages , au milieu desquels s'élève le monastère Saint- Georçe, jadis opulent, aujourd'hui habité seulement par quelques j)auvres moîne-s désœuvrés , qui méditent sur les tempêtes de la vie , en voyant les flots écumer et bondir au pied de ce tranquille séjour. Le promontoire sacré, Àjabourofuny se trouve entre le monastère Saint-George et l'ancien port des S)rniboles , aujourd'hui Balaclava , ville remarquable par ses rues pavées en marbres rouge et blanc.

A trente verstes à Test de SébastopNol , et à Tembouchure de la petite rivière Ouzen , on découvre Inkerman, la ville des Cavernes. C'est une montagne dont la déclivité est toute percée de grottes que l'on suppose avoir été creusées dans le IV* sMe de notre ère par les Ariens. Une colonie de ces sdiisinatîques , fuyant la persécution des empereurs byzantins, vint demander Thospitalité aux habitants de Cherson. Ceux-ci lui permirent de s'établir dans les environs, sans toutefois l'autoriser à y bâtir une ville; les Ariens creusèrent alors les cavernes dont il est ici question. On a retrouvé dans quelques-unes de ces grottes des vestiges d'autel et de Ogures peintes représentant des saints et des apôtres (voy. pL 6).

Non loin de la, en se dirigeant vers le sud, on voit le chuteau des Tcherkesses, 7'cherkeskermaii , qui rappelle Toriginc des princes circ«nssiens

de la Kabardah; la forteresse Mangoup, ancienne propriété des Génois, et la belle vallée de Baidar. Au-dessus de Sébastopol , en remontant vers Koslow, on trouve successivement cinq petites rivières , dont deux , la Çatcha et le Belbeky entourent une plaine connue sous le nom de KaboT" dah et de plaine des Tcherkesses.

Jk-Metchedf la mosqu^ blanche, d'origine tatare, sur les bords du Salghir, est la capitale actuelle de la Tauride; les Russes lui ont donné le nom bizarre de Symphéropol, dérivé de XujAçiûw, je suis utile. Cette ville n'a rien de curieux qu'un gymnase et une belle éslise.

Baghtchi'Sérca y l'ancienne résidence des khans, située à 24 verstes d'Ak-Metched , sur la route de Sébastopol, est la ville la plus considérable de la Crimée. Sa population , comme celle de la précédente , se compose de Tatares, de Juifs, d'Arméniens et de Russes. Saccagée et incendiée maintes fois, elle est encore remarquable par ses mosquées aux élégants minarets , ses nombreuses fontaines , ses canaux, ses jardins , ses bains , quelques belles maisons, le palais des ktuins, et, enfin, par une position des plus pittoresques.

On y voit de nombreuses manufactures de maroquins, de tapis de feutre et d'articles de coutellerie.

A queloues verstes seulement de Baghtchi-îSéraj se trouve l'intéressante colonie de Caraïtesde Tchwrf^cmt-Kalé.

Les Caraïtes sont des Juifs dissidents qui rejettent les superstitions et les inepties du Talmud. On en rencontre en Egypte, en Syrie, dans le Caucase, et, enfin, depuis plusieurs siècles, à Caffa, et surtout à Tchoufout-Kalé. Ce village est situé sur le sommet d'une montagne en apparence inaccessible ; les maisons y sont bâties sur les flancs des sommités les plus escarpées.

Les Caraïtes se font remarquer par leurs mœurs patriarcales, leur douceur et leur probité : Tchoufout est pourtant un terme injurieux qui leur fut donné par les Génois; les Tatares le conservèrent sans le comprendre , et y joignirent In terminaison kaieh ,

GRIMÉE

qui correspond à forteresse. C'est auprès de Tchoufout-Kalé , à une distance aenriron seize verstes, que s'élève le mont Trapèze de Strabon , auNNir« d'hui Tchatyr-daeb, ou mont de lal ente.

Les environs de Baghtchi-Séraî sont célèbres par le séjour de Pailas. Aussi doux et timide qu'il était savant , Pallas était venu en Tauride à la fin du XVIir siècle, avec les préventions que les Russes de cette époque nour* rissatent contre un pays mal connu , et habité par leurs anciens ennemis ; mais ayant trouvé le contraire de ce qu'il avait supposé, ses préventions se convertirent en une admiration exagérée, si bien que Catherine II ne cnit pouvoir mieux payer ses travaux qu'en lui donnant une terre dans la presqu'île, avec une assignation annuelle de deux mille roubles. Pailas, qui tremblait au seul nom de sa souveraine, prit cette faveur pour une disgrâce. Il vint s'établir en Crimée comme en un lieu d'exil , y vécut plusieurs années , souffrant d^esprit et de' corps , et n'osant exhaler ses plaintes, dans ses écrits, que sous un double voile de réticences et d'allusions. La mort de cet liomme de bien fut un sujet de deuil pour tous ceux qui l'a* valent connu.

La mémoire de Pailas n'est pas la seule qui réveille ici une vieille sym-

Eathie. Le duc de Richelieu, ce ienfaiteur d'Odessa, qui devint,. depuis, premier ministre en France, sous Louis XVIII , fut quelque temps gouverneur de la Tauride. Ilavait fixé sa résidence auprès de Goursouf (voy.

pi. 3).Voici ce qu'écrivait, à ce sujet, en 1820 , le comte MourawiefT Apostol , dans son voyagede la Tauride : « Je ne « connais personne qui ait laissé une « mémoire plus vénérée hors de sa pa- « trie. Les Tatares prononcent toujours « son nom avec émotion et tendresse.

« — ^'ous le regrettons sans cesse, A me dit le podestat de Goursouf.— Je « lui répondis que je connaissais beau- « coup le duc de Richelieu ; et cela « seul fut pour moi , auprès des habi- « tants, une meilleure recommanda- « lion que n'aurait pu l'être un fir-

« man. Je ne saurais vous exprimer € avec quelle curiosité ils m'écoute- « reat quand je leur dis : — Il est le « premier après le roi ; il jouit de l'a- « mour et de la confiance bien mérî- « tée de ses compatriotes ; et cepen* « dant il se rappelle toujours avec « plaisir ces lieux, qu'il reviendra « peut-être visiter un jour. — A ce»

« mots, mes auditeurs versèrent des « larmes de joie et s'écrièrent : Que « Dieu le fasse ! »

Koslow , l'ancienne Eupatoria , est une ville importante par son port franc et le voisinage des grands lacs salés qui fournissent annuellement, à l'exportation^ quarante à soixante mille pouds de sel ( 660 à 980,000 kilog. ), Les autres extractions de cette sub* stance ont lieu aux environs de Pérécop, de Caffa, de Kertch, et dans le lac Sivasch. L'exportation totale s'est élevée, dans les bonnes années, à 2,600,p00pot«if (41 millions de kiL).

Karasau-BazaTy^hce commerçante, ainsi appelée parce qu'dle est située entre deux bras de la rivière aux eaux noires, Kara-sou, est une ville mal bâtie, insalubre et triste.

Sur la cote sud-est , depuis Mercben, ou les Degrés, passage romantique par lequel on descend sur le bord de la mer^ jusqu'à Théodosie, on rencontre des villages d'origine grecque ou génoise, dont les environs sont aujourd'hui peuplés , en grande partie , par des colons allemancË qui se livrent avec ardeur à la culture de la vigne.

Nous citerons Ahupka y Macharatch, NikUa^ GaursQfuf^ LampaSy ÀUmsta y et particulièrement Soudak, où le gouvernement a établi une école de viticulture et un jardin botanique. Les principaux vignobles appartiennent au comte Woronzoff , à l'amiral Mordwinoff , aux princes Galitzin , Borozdine, Myryschkine et plusieurs autres. On y trouve les ceps de vigne les plus choisis du Rhin, de la Bourgogne, de la France méridionale , de l' Rspagne, de Chypre et de Madère. Cette culture est dans un état de prospérité auquel chaque année ajoute un nouveau développement.

» L'DNIVEES.

m.li5^"*?^* !î.**WC depuis Ak- Tuteaire croit ttre Se tombe» àt

MeCdMd joaqu à Perérâp , on De Toit MiSmt^Us. Jemlkaié tst mtt Unit-

qoe qndqoes relais de poste tatans, rase qai oommande le détroit et hi

2^«np«ar,8itiié a Irois ventes seu- doDoe son nom.

lemrat de cette deniière place, fré- Les nmuH, lesroinesde Myrwue-

3Î??*.JP^^«»»*« Arméniens, i:iMet celles de Aya^Aaem, le iob-

taJinfret des Rosses. Pérécty». la venir de TÎnct tîUcs grecques on poo-

def de la presqa^tte, n*est pour ainsi tiques disparues à jainaU, ie naos-

dire qu one mnde route bordée de ment de Satma, les vases anfiqiia,

ïfS^^L™^? à une certaine époque les bijoux et les médailles qœ Foo

!îf i?"izS2 cest un lieu plein de vie trouve disséminés sur le soi, tout donoe

et d-mtéret pmr le passage continuel un grand intérêt historîqae à cette

des caravanes de chameaux , des trou- partie de la Crimée. La si^erstitioi

peaux de moutons, des chevaux, des populaire ne pouvait manquer de s'ea^

ditfiote de poste et des patrouilles parer d*un sujet si fertile en contes

de la douane (voy. pL 7). ^tastiques. • Chaque soir, ait ooe

U nous rote a mentionner quel* légende locale, une vierge éiJorée,

qua villes de Tanden Bospore dm- une blanche sylphide, vient s^sseoir

ménen. Cqffa, bâtie par les Génois sur VAUyn^ahoy et là eile pousse de

rar remplacement, ou du moins dans longs gémissements que le vent de ta

le voisinage de l'ancienne Théodosie, nuit emporte à travets la bnnrère. >

pooede un musée, une bibUotbèque Cette heureuse crédulité, qui peafile

puUifue et un jardin botanique. Son les déserts, qui anime les ruines et

port jowt de la franchise comme celui couvre la froide vérité da naanteande

J^^\' . la poésie, est préférable peut-^rc à h

/reytc»,ranciennePanticapée(;rf.&), sdenoe qui ne trouve ici que des sos-

"2^ 'Tïï?"^* que par son musée, venirs confus, ailleurs que des —

riche àéM, des antiquités grecques ments blanchis ou des pierres brisées,

trouvées dans la Tauride. Cest aux plus loin qu'une vaine poussière, et

Mvirons de cette ville ^u'on voit partout qu'un silence de mort qui op-

1 AttyiÊroùo, grande élévation que le presse le cœur et glace rimaginatioB.

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