REGION CAUCASIENNE
PAR M. CésAR FAMIN
GtOORAPHIE PHTSntVB.
^I Ton trouve jpartout, sur le globe ^ les traces indélébiles des accidents qui en ont changé la surface à des époques où toute chronologie devient impossible, nulle part elles ne portent un caractère de certitude' plus prononcé que dans la réçon caucasienne.
Probabilités géographiques.— Le Caucase, cette majestueuse forteresse qui sépare TEurope de TAsie , étend son double rempart des rives du Pont-Euxin à celles de la mer Caspienne. Vers la partie septentrionale, sa base repose sur des plaines sablonneuses jadis couvertes par les eaux de la mer. Le plus simple examen de la topographie suffirait pour attester ce
(*) La région caucasienne est plus communément appelée en Europe du nom de ses principales provinces : Géorgie et Cireatste. Nous avons dû adopter la dénomination générale qui les embrasse également toutes deux, en y comprenant leurs annexes, la Mîingrétiêp Vjtbasic, le Daghestam, etc.
fait quand il ne serait pas oonfirmë encore par la tradition , par les récits des historiens de l'antiquité , et enfin par les observations modernes des Pallas , des Saussure , des Dolomîeu , des Delisle de Salles et des Cuvier. C'est un fait que la philosophie et la physique s'accordent également à avouer , la mer Caspienne est un démembrement de la mer Noire. Les phénomènes qui ont bouleversé la terre ont fait surgir, certainement , des terrains qui , autrefois , étaient cachés dans I abîme des mers , et ont enseveli ceux qui s'élevaient au-dessus des eaux, couverts d'une forte végétation, et sans doute aussi habités par des générations qui ont disparu subitement dans la tempête. « On ne peut le nier , a dit « Cuvier; les eatix ont recouvert les « masses qui forment aujourd'hui nos « plus hautes montagnes. »
Il n'entre pas dans notre plan de disserter sur la grande catastrophe proclamée d'abord par im livre qui sa trouve en dehors de toute discussion , corroborée ensuite par le témoignage
1'* Uvraison. (Cibgassib et Géorgie.)
L'Univers.
de tous les peuples , et confirinée eafin par l'inspection géologique de notre planète ; mais il était du moins nécessaire pour nous de rappeler cet événement, parce qu'il se lie étroitement à la contrée oue nous entreprenons de déorire, soit qu'on l'appelle déluge de Noé dans l'histoire sacrée, de Xixutkrus chez les Chaldéens. de Peyrvn dans la Chine , de Deucauon et tTOgygés chez les Grecs, de Bœhàca parmi les Muyscas de la Colombie, etc.
Nous lyouterons que c'est encore un fait avéré que les eaux se retirent de certaines localités pour faire ailleurs -de nouvelles conquêtes : le golfe de PouzzoUes , à quelques milles de Na-
Eles, couvre des viUas qui furent haitées par des contemporains de Cicé* ron ; la mer baigne le pied d'un ancien temple de Diane aont les Marseillais ont fait leur cathédrale, et qui, jadis , était avancé dans l'intérieur de la ville. Par contre , les anciens ports de Brindes , de Ravennes et de Fréjus n'existent plus; Memphis, qui servait de retraite à des flottes nombreuses, est maintenant à vingt lieues du golfe de Suez ; les flots battaient % il y a peu d'ann^s, les murs de Cadix, qu'ils ont abandonnés aujourd'hui. £t, pour revenir à notre sujet, le triangle compris entre la chaîne du Caucase , le Don et le Volga, n'est qu'une vaste lande, ou steppe, de nature saline, entremêlée de sable et de terre glaise, de marais salants, de sel cristallisé, et de coquillages qui n'ont aucun rapport avec ceux des fleuves ; indices certains de l'ancienne unionde la mer Caspienne et du Pont-Euxin par la mer d'Azow. Le lac d'Aral lui-même n'est qu'une fraction de la première: ce que démontre incontestablement l'inspection du sol intermédiaire. Buflon a fait observer, comme preuve de cette jonction , que la Caspienne ne reçoit aucun fleuve du coté de l'orient, ni l'Aral du côté de l'occident. Il ne servirait à rien de demander ce que sont devenues les eaux ainsi déplacées, car nous pourrions répondre qu'elle ont vené leur trop ' in dans le sein du vaste Océan , soit
par des passages étroits semblables è ceux de Jénikalé , de Constantinople , des Dardanelles et de Gibraltar, soit par des canaux souterrains. En effet , des voyageurs assurent que tous les ans , à l'entrée de l'hiver, on voit surnai^, dans la partie supérieure du golfe Persique, des feuilles et des branchages appartenant à des vésétaux qui ne se trouvent que dans Tes provinces voisines de la mer Caspienne, et nous affirmons, sur le témoignage de M. Gamba, à qui on doit plusieurs travaux utiles sur cette contrée , et notamment une carte hydrographique , réduite sur celle de koutouzofr, que cette mer est sujette à des variations de profondeur, et qu'en 1822, par exemple, elle admettait des vaisseaux tirant dix -huit pieds d'eau , tandis qu'en 1826 elle n était plus navigable gue pour des navires tirant au plus quinze pieds. Cette baisse ne s'est point opérée sans laisser à découvert des édifices qui attestent qu'autrefois il y a eu des mouvements alternatifs de hausse et de décroissance. Qui nous dira ce que deviennent les eaux dans la période d'abaissement?
Maintenant, si nous réunissons par la pensée ce que le temps a séparé , nous verrons le Caucase, le Taurus, la Tauride, le Démavend et Quelques autres sommités former des îles baignées par les eaux de l'Océan. Vers le nora, la mer Baltique et la mer Blanche étaient unies à ces nappes d'eau que l'on a appelées depuis Pont- Euxin , mer Caspienne et mer d*Aral; et , en effet, on ne trouve entre Riga et Azow , entre Archangel et Astrakan , qu'un petit nombre d'élévations de formation récente.
Vers le sud, les lacs d'Érivan, d'Ormiah et de Van ne sont que les restes des eaux qui couvraient autrefois la Perse, et se réunissaient au golfe Persique par le terrain qui forme aujourd'nui le Ncumbendan, ou grand, désert salé. Cette observation , oasée!
sur des preuves géologiques, explique la prince, dans la mer Caspienne et dans celle d'Aral , de certaines espèces de coquillages et de poissons analogues
GIRGASSIE ET GÉORGIE.
è celles de l'Océan. Mais qu*on ne 8*tma^ine pas que les seuls écrivains
Ïicofanes ont pu élever cette hypohèse. « Vesprit de Dieu était porte sur « les eaux , » dit la Genèse. — « La « postérité de Japhet se dispersa « dans les îles des nations. — Au « commencement du monde. Veau « couvrait toute la terre , » ajoutent « saint Jean-Damascène , saint Am- « broise , saint Augustin et saint Basile. Les peuples les plus anciens s'enorgueillissent d'une origine insulaire :
le récit de Platon sur l'Atlantide est assez connu sans que nous le rappelions ici. Un philosophe de notre siècle s'en est emparé pour une ingénieuse et savante dissertation sur l'origine des Atlantes , de ce peuple primitif qu'il place dans le Gaucase. Il lui paraît certain , par la concordance des plus vieilles traditions, que les ancêtres de ces générations qui couvrent le
trand plateau de la Tatarie , la vaste cythie des anciens, la Perse et l'Asie- Mmeure, étaient descendus des hauteurs caucasiennes ; Bussi doit-on peu s'étonner de voir que ce mont était un objet de culte pour les plus anciens
aies de rOrient. Et , en effet, une tion de l'Asie, rapportée dans la Bibliothèque orientale de d'Herbelot,
Sorte qu'a l'époque où la terre fut onnée à Adam , le peuple antérieur fut relégué dans les montagnes du Caucase.
Les ténèbres qui enveloppent le berceau de l'histoire commencent à P|eine à s'éclaircir, que nous voyons s'élever, sur cet horizon nébuleux, une ^ande figure, From-theut, qui, au dire de Peiloutier, l'historien des Celtes , signifie dans la langue des anciens Scvthes cUcinité bienfaisante; dans celle des Grecs, c'est le dieu prévoyant ( npcji.T.6iv; ) , Prométhée , qui, ayant ravi le feu du ciel pour animer les statues d'argile que ses mains avaient pétries , les organisa en société dans cette même contrée ; mais Jupiter, irrité de l'audace de cet homme, usurpateur de ses propres droits , le fit lier avec des chaînes de diamant sur un rocher que la tradition
dit être le Mqinwarl, ou Rasibeck, et il voulut, en outre, qu'un insatiable vautour lui déchirât les entrailles. Ce supplice épouvantable ne finit que lorsqu'un héros vint délivrer le père des hommes, et tuer le monstre à coups de flèches : mystérieux et res-
Sectable souvenir d'un grand homme , 'un bienfaiteur de l'humanité, qui anime des êtres stupides et abrutis du feu sacré de la pensée, mais que l'ingratitude et l'envie abreuvent de désespoir jusqu'au jour où le bras d'un vengeur se lève pour sa délivrance.
Les annales mytholo^^iques de l'Orient nous montrent les rochers du Caucase peuplés de dlves* sorte de géants qui régnent sur toute la partie habitable du globe. L'un d'eux , ^rgenky élève sur ce mont un palais où sont conservées les statues des rois de cette époque. Un étranger, nommé Huschenk, vient attaquer les dives , monté sur un cheval à douze pieds, ou plutôt sur un navire à douze rames ; un rocher, lancé par un de ses adversaires, l'écrase dans les montagnes du Damavend. Or, il est important de remarquer que dives ^ dans les anciennes langues de l'Asie, désigne une fie , et il est la racine des mots MakUoeSy LaauediveSySer€mdive{Cey' lan ), et de plusieurs autres.
Les mêmes traditions orientales rapportent que des colonies sortirent du Caucase pour se répandre sur les lies voisines; d'où il faudrait conclure que, de proche en. proche, elles peuplèrent les sommités du Taurus, du Liban, de l'Atlas , des Pvrénées , des Alpes , des monts Ourafs, de l'Altaï et du plateau de la Tatarie.
Nous pouvons ajouter enfin que les Tcherkesses, que nous nommons improprement CircassienSy se donnent à eux-mêmes le nom d^Adighé, dérivé de Ada, qui, dans le langage tatareturc, correspond à île. Mais il est temps de sortir aussi de cette .tle du Caucase , où l'enfance de l'histoire se trouve emprisonnée dans des langes étroits. L'épais rideau qui nous voile les temps primitifs est tombé pour de longs siècles , et quand il se lèvera de
L'UWIVEtts.
aoti«emi, l'aspect de la terre ne sera plas le même; les eaux se sont déplacées, et les îles ont formé des continents. Si le Caucase est encore baigné à Test et à l'ouest par une double mer, au nord il toudie à TEurope, et Ters le sud il étend ses ranûfications dans la plus vaste partie de l'ancien monde.
Histoire du Caucase. — Tradi- Uans. La chaîne caucasienne, située entre les 40** et 45** degrés de latitude N., et les 35*" et 47* de longitude orientale, a environ 250 lieues communes dans sa plus pande longueur, •depuis Anapa jusqu à Bakou. V£lbrouzy la plus élevée de ses sommités, a 16^700 piedSyleMqinwarif ou rocher *de Prométhée, en a 14,400, et le Chat- Jlbrouz sur les confins du Daghestan, environ 12,000. La steppe que la retraite des eaux a mise a découvert du côté de la Russie, est, ainsi que nous Pavons dit, une vaste plaine de sable et de sel cristallisé^ formant un trian-
ge scalène, compris entre le Don et mer d'Azow à Touest, le Volga et la mer Caspienne à Test. Vers le sud, plusieurs chaînons descendent en tous sens, et vont se réunir, les uns au mont Taurus dans la Turquie d'Asie, les autres au pic de Démavend et aux montagnes du Tabéristan, dans le royaume de Perse. Au centre se trouve l'Arménie, que domine le mont Araratj où, selon la tradition locale, s'arrêta l'arche de Noé.
Le Caucase forme deux rangées de montagnes parallèles, dont la plus élevée se trouve au sud, et la puis basse au nord. Cette dernière, connue sous le nom de Montagnes Noires y se yerd dans une vaste plaine qu'arrosent de grands courants d'eau. Elle justifie son nom par son aspect sauvage et l'obscurité habituelle qu'entretiennent dans ses vallées le rapprochement des grandes sommités, l'épaisseur des forêts, la fréquencedes pluies.
la froideur des vents, et la aensité des brouillards qui descendent des montagnes neigeuses; obscurité que rendent plus sensible encore la douceur «lu climat et la j)ureté de l'air dans
la steppe voisine. Chacune des hauteurs principales des montagnes Noires est désigna dans le pays par une dénomination caractéristiaue : tels sont la montagne Chauve ^ te mont des Voleurs, celui de la Forêt Ronde ^ le Bois Sombrcy le Poignarda le mont des Tempêtes.
Derrière cette première chaîne s'élèvent les montagnes Neigeuses où l'on remarque l'Elbrouz et le Mqinwarî , dont nous, avons déjà prié. La tradition affirme que nul nfa gravi la cime de l'Elbrouz, et qu'il faudrait pour cela une permission particulière de Dieu. Le Mqinwari est appelé par les Russes , Kasbecky parce que le vil* lage de Stéphan-Tzminda , situé au pied de ce mont, était autrefois la résidence du Kasi-beck , officier char^ de la garde du défilé. Ces sommités gigantesques sont flanquées .par d'au- &es pics, dont les têtes sont également couvertes de neiges éternelles, et dont la1)ase se cache sous des marais pestilentiels qu'y entretient la fonte des avalanches.
Ce rempart naturel , jeté à l'extrémité de l'Europe sur les confins de l'Asie, laisse pourtant deux passages par où les conquérants ont quelquefois pénétré de 1 une à l'autre partie alternativement; ce sont les défilés deDerbent et ceux du Térek. Mais aussi, de temps immémorial , les peuples voisins se sont attachés à défendre ces passages par des fortifications que la disposition des localités rendait formiaables à peu de frais. Ces débris de tours , de murs , de bastions , de fossés et de forteresses ont donné lieu à la fable si accréditée parmi les Caucasiens de la fameuse muraille ({ui bordait la crête du Caucase, depuis le Pont- Euxin jusqu'à la mer Caspienne. Entre les mille récits extraordinaires dus à l'imagination des peuples orientaux, il en est un qui a été adopté par quelques écrivains de l'Occident, c'est cenii qui attribue à Alexandre-le- Grand la construction de ce rempart, bien qu'il soit démontré que ce conquérant n'a jamais visité le Caucase. Mais ici la tradition fiadt honneur à Alexan-
CIRGASSIE ET GÉORGIE.
dre ûe tous les grands souvenirs , de même qu*en Égj^te elle les consacre déjà à Napoléon. Mahomet lui-même, dans ses mystiques allocutions, fait allusion au conquérant macédomien, en parlant de ce mur , car il en attribue la fondation à Zoid-CamOln ( le bicorne ), ayant probablement en vue^ les deux cornes d*Ammon, figurées sur les médailles d'Alexandre(^).
C'est au-delà de ce rempart que le prophète place les descendants maudits de Gog et de Magog, prédestinés à ravager la terre peu de temps avant la fin du monde. Ces peuples cruels ( les Yac(joueyes et les Macffau4/es ), sans doute les Scythes-Moeotes des Grecs, étaient, selon les écrivains orientaux, contenus dans les régions septentrionales par le rempart du Caucase. Voici ce qu'en dit le Koran :
« Zoul-Camaïn, arrivé au pied dedeux « montagnes , y trouva des peuples qui «■ ne comprenaient qu'à peme le lan- « sage oral. Ces hommes s'adressèrent « a lui : — O Zoul-Camaîn, les Yad- « gougs et les Madgougs ravagent la « «erre ; noqs te paierons un tribut si « tu veux élever un mur entre eux « et nous. Il répondit : — Les dons « de Dieu sont oréférables à vos tri- « buts , je satisferai à vos désirs. Ap- « portez-moi du fer, et entassez-le « jus^'à la hauteur de vos montagnes.
« Puis il leur dit : Soufflez pour « embraser le fer ; et il ajouta : An- « portez-moi de l'airain fondu, ann « que je l'y verse.
« Les lad^ougs et les Madgougs « ne purent ni franchir ce mur, ni le « percer.
« Cela a été fait par la grâce de « Dieu. Mais quand l'époque qu'il a « désignée sera venue, il renversera « ce mur , et Dieu n'annonce rien en « vain. »
Plusieurs historiens de l'Orient qui écrivaient dans les premiers siècles de l'hégire , sont entrés à ce sujet dans de curieux détails : les Yadioiyes et les Madgougs, sont, disent-ils, des
(«) M. a d'Ohsfon ( Moundja ). Dm penpktL dtt Caucase , cb. v;i et note 37.
géants , dont la taille s'élève à une hauteur prodigieuse ; ils ont des griffes et des dents incisives , comme les animaux carnassiers , dont ils partagent les goûts et les habitudes. Le mur élevé contre eux est construit en briques de fer et de cuivre , soudées ensemble et recouvertes d'une couche d'airain fondu; mais quelque solide que soit ce rempart, il tombera comme un pahnier que la cognée a frappé, quand le temps sera venu où les enfants de Magog devront se répandre sur la terre et y porter la destruction, rincendie et le mort^ jusqu'au jour solennel où la matière sera anéantie, et l'humanité tout entière jetée, tnunblante et désarmée , aux pieds de son Créateur. En attendant , les gardiens de ce mur viennent, de temps en temps, frapper à grands coups de marteau sur , ses portes d'airain , et ce retentissement sonore fait savoir aux Mmigougs que le pays est bien gardé.
Les peuples caucasiens accueillent avidement ces récits prodigieux, et il ne faut pas s'en étonner , leur génie offrant un mélange de l'imagination féconde des poètes de l'Orient et des rêveries ossianiques des montagnards écossais.
Déjà, dans une haute antiquité, les Grecs, frappés de l'aspect à la fois imposant et bizarre de ces montagnes , y avaient laissé tomber les germes de plusieurs traditions mythologiques recueillies avec enthousiasme par les peuples de l'Asie. Rien de si fant^or tique, en effet, que cette chaîne caucasienne, lorsque au jour tombant, le vovageur émerveille peut voir la Çgantesque silhouette d^une crête hérissée de dents et déchiji^ par les convulsions volcaniques. Les rayons du soleil , réfléchis par les prismes de la glace, prennent tes plus brillantes couleurs ae l'arc-en-ciei. Les monta-
Snes Noires, tapissées de bois de pins, e cenévriers, de bouleaux, de sapins et ae chênes, jettent dans les interstices de ces sombres forêts leurs antiques roches calcaires que recouvrent les cristaux de feld-spath vitreux, It quartz et l'amphibole. Des torrents ,.
L'UNIVERS
deweodus de ces hauteurs colossales, bondissent avec fracas et roulent dans le fond des vallées, tandis que le silence du tombeau règne plus loin, au* tour des sommités ba^ltiques. Pendant la nuit , ce silence des neiges éternelles est interrompu par les cris du diacal. On dirait un signal du départ que se donnent les démons pour les régions élevées , où de temps immémorial la crédulité populaire a établi leurs assemblées nocturnes. Souvent un montagnard téméraire, méprisant les avis de la vieillesse , ose franchir le seuil de sa cabane pour jeter un regard profane sur la nature qui l'environne; et quand arrive l'heure solennelle, ou la lune balance ses rayons bleuâtres sur les pics neigeux du Caucase , Fenfant du désert voit une file de gigantesques fantômes qui secouent dans les airs leur chevelure blanche ; au milieu d'eux, quelquefois, est une jeune ûlle, en longs habits de lin : c'est la victime dont le sang va servir aux esprits infernaux pour la consommation de leurs maléfices.
Là , Zoroastre plaçait le mauvais ténié j4rUman : il s'éiance, disait-il , au sommet de l'Elbrouz , et son corps étendu sur l'abîme semble un pont jeté entre les mondes.
Plus bas , vers une région cultivée, se trouve la caverne du prophète Élie.
Un rocher, en forme d autel , y supporte un gobelet d'argent, rempli de bière. Chaque année , quand la moisson doit être abondante, la liqueur déborde et va fertiliser les champs voisins. Jadis un montagnard , fidèle adorateur d'Élie, ayant été fait prisonnier, parvint à s'échapper; mais il ignorait son chemin et se trouvait en danger de retomber entre les mains de ses ennemis , lorsqu'un aigle l'enleva dans les airs et le déposa, sain et sauf, sur les bords de la caverne; chaque année , ses descendants viennent processionnellement remercier le prophète et lui offrir de la bière et des bestiaux.
Sur l'un de ces pics neigeux , habite encore le Djin-padichahy le prince des démons, et sur un autre
l'oiseau ^nAa, que toute l'antiquité orientale a célébré. Plus loin, c'est le rocher où le père des hommes fut exposé à la voracité d'un vautour. Enfin, il n'est conte si extraordinaire qui ne trouve créance parmi les superstitieux habitants du Caucase. Le christianisme lui-même y a laissé , comme titàces de son passage , des souvenirs empreints d*une crâiulité remarquable : au pied du Mqinwari, se trouvent quelques grottes taillées dans le roc , peut-être par des brigands à qui anciennement elles servaient de refmires.
Plus tard , de pieux cénobites vinrent s'y retirer; aujourd'hui elles sont appelées, en langue géorgienne. Grottes de Bethléem. Les montagnards disent que dans l'une de ces profondes retraites on voit voltiger une colombe d'or; dans une autre, est suspendue une chaîne de fer , à l'aide de lagueUe on peut grimper par un soupirail jusqu'au tombeau de Jésus-Christ, el se promener sous les [)alais de cristal , qui, élevés sur la cime des montagnes, absorbent les rayons de la lumière, et ne reflètent que les couleurs de l'arc-en-ciel.
Laissons de coté maintenant les récits fabuleux, au risque de perdre la trace de quelques rares vériiés ensevelies sous les ruines de l'histoire, et voyons ce que nous offrent de plus certain les traditions locales.
Élevé entre des peuples qui différaient essentiellement ae mœurs et de langage , le Caucase était une barrière naturelle que l'on songea à fortifier, dès la plus haute antiquité. La tradition a conservé le nom de Marpésie à un rocher du défilé de Dariel, où l'évéque Jomandès assure que cette reine des Amazones fit construire des fortifications. Virgile a chanté ce mont Marpésien.
Qu'on ne s'étonne pas de nous entendre parler des Amazones après avoir annoncé que nous allions quitter le domaine de la Fable. Les récits que le vénérable Hérodote, ce père de l'histoire, nous a transmis sur ces femmes guerrières ; ceux que nous en ont faits Diodore de Sicile, Etienne de
CIRGASSIE ET GÉORGIE.
Byzance, Pline et vinst autres, sont corrobores par des traaitioDS trop imposantes, des monuments trop irrécusables , pour que nous bésitions à adopter eomme vrai le foiKi de cette histoire que l'imagination des poètes jurées a enveloppée d'ornements , et, disons le mot, de mensonges. Il serait] absurde de supposer que les Amazones aient vécu en république sans hommes; il Test sans doute aussi de croire qu'elles se mutilaient le sein pour être plus propres à manier les armes. Ces fables, résultat inévitable d'une époque où l'ignorance des procédés typographiques laissait toute latitude aux exagérations du récit orvly comme à l'essor d'une imagination poétique, ont été signalées avec affectation par des esprits paresseux qui ont trouvé plus tacile de nier que d'approfondir. Pour d'autres il irest pas difficile d'y démêler te vérité sur l'existence de cette colonie de Scythes belliqueux , qui émigra du pays des Mœotes , traversa le Caucase, et s'établit dans les plaines de Thémiscyre. Les principaux guerriers de cette armée furent taill& en Sièces par les peuples voisins . ou réuits à l'esclavage, et leurs femmes, conservant dans le malheur le souvenir des mœurs natales, prirent les armes pour défendre leurs epfants et teurs propriétés ; car toute l'antiquité s'accorde , dans ses écrits et dans ses monuments, à nous représenter les femmes des Scythes comme habituées à combattre journellement à côté de leurs époux, et aussi habiles qu'eux à manier l'arc, la hache et la lance. Elles n'entreprirent pas les guerres lointaines au'on a mises sur leur compte; mais, aiaées par des hommes de basse condition, ou des esclaves , et alliées à des étrangers, elles firent quelques expéditions dans l'une desqueUes Marpésie éleva sur le Caucase des fortifications qui rappelèrent long-temps son nom à la postérité.
Les deux passages dont nous avons fait mention plus haut, les seuls indiqués par la nature, sont ceux qui, depuis une haute antiquité , sont connus sous le nom de Portes Caucasiennes , Sar-
matiqueêj Caspktmei^ PcrU des Partes, et autres dénominations.
Le premier, appelé communémeni aujourd'hui défilé de Dariel {Pylœ Caucasiœ de Pline) , se trouve sur la route de Mosdok à Tiflis, et divise l'isthme caucasien en deux parties à
8 eu près égales. L'encaissement' d'une ouble chaîne de montagnes escarpées qui court du sud au nord forme une gorge étroite, sillonnée par le fleuve Térek et par ses afïluen&. Cette ekv sitîon est naturellement si redoutable, oue les plus sim{>les fortifications sufuraient a une poignée de combattants pour y arrêter une armée formidable.
La distance qui sépare Mosdok de Tiflis est d'environ 240 werstes ( 60 lieues ). A moitié chemin , et à 90 werstes du Mqinwari , on voit sur les bords du TéreK les ruines de l'ancien château de Dariéla. On ne sait rien de bien positif sur l'étymologie de ce mot. Selon une tradition montagnarde, une princesse du nom de Daf ia fit élever cette forteresse, à une époque absolument inconnue. Elley fixa sa résidence pour y détrousser les passants; et lorsqu un voyageur avait le malheur de lui plaire, elle te gardait auprès d'elle, le comblait de dons et de caresses , s'abandonnait à lui . et le faisait ensuite précipiter dans lés eaux du Térek . Mais M. Klaproth, qui s'est livré avec tant de succès à d'importantes redierches sur l'histoire du Caucase, pense que Dariéla doit se lire Darioly et aue ce mot vient du tatare, et signifie défilé (de dar^ étroit, et ^ol, route). Le fort aurait été construit par un rot de Géorgie, du nom de Mirwan, qui régna de l'an 167 à 123 avant notre ère. Là était aussi la forteresse CWmarda des anciens.
Plusieurs historiens d'Alexandre ont écrit que ce conquérant avait fait fermer ce passage par une porte de fer.
I^ous avons oeja dit qu'if ne visita jamais le Caucase , et il ne paraît pas que , de son vivant du moins , ' ses lieutenants aient fortifié la porte caucasienne.
Dans le moyen âge, lorsoue le pays était occupé par les Huns, tes monar«
L'UNIVERS
ques byzantins payaient a ces barbares un fort tribut pour la garde de cette porte. L'histoire géorgienne dit aussi que CabadeSy roi de Perse, contemporain de Fempereur Justinien, s'empara du passage , et qu'il y fit élever un mur a refiet d'y arrêter les incursions des Scythes dans les domaines de la Perse et de l'empire romain. On ? voit, en effet, des débris de murailles et des fortifications ruinées qui attestent les précautions prises anciennement contre les populations turbulentes qui habitaient vers le nord de la contrée. Aujourd'hui les Russes ont élevé une forteresse à peu de distance de l'ancien Dariéla. Eue est encaissée entre des rochers granitiques , tellement élevés et rapprochés les uns des autres, qu'on s'y croirait dans un puits. De Laars à Dariel , la vallée , dont la longueur est de 7 werstes, est si étroite que le soleil y pénètre à peine quelques heures pendant les plus longs jours de l'été. Vers les mois de juillet et d'août , la chute des avalanches y cause souvent de grands dégâts par la rupture des ponts du Térek et le dé^ bordement du fleuve. A aueîqueswerstes du Térek, on trouve F Aragwi, qui coule en sens inverse dans ce même passage.
Le second défilé est celui qui doit son nom à la ville de Derbent , sur les bords de la mer Caspienne, dans le Daghestan. La fondation de cette ville est encore attribuée à Alexandre-le- Grand ; supposition que rien ne justifie , mais que peut expliquer une vanité commune à tant de villes. Une forte muraille qui s'étendait de la cité à la mer, défendait la Perse contre les agressions des Scythes. Des portes de fer de quinze pieds de largeur donnaient passage aux voyageurs înoffensife; on prétend qu'elfes ont été déposées au monastère de Gelaeth, près Khoutaîssi (*). Des vestiges de Tanti-
(*) Le ii« X de la planche première est un dessin du monastère de Gelaeth , situé k deux lieues de Khoutaîssi, sur la déclivité d'une montagne couverte d'arbres. Cette maison, habitée par des moines iméréthiens du rite grec, est placée sous Tinvocalion de
oue rempart se voient encore auprèt de la ville, et même sur la crête oe la montagne voisine, n était construit en grandes pierres coquillières superposées à la manière des Romains, sans ciment et sans fer. S'il faut en croire une version fort accréditée, cette muraille se prolongeait sur toute la chaîne des monts du Thabasseran, et elle était due à Kosroës-Nourchivan , gui avait voulu par-là se préserver des mcursions des Khazars^
Le pa&sage de Derbent est sans contredit le plus important pour la sûreté de la Perse, car il offre, dans toute sa longueur, une steppe (*} sans aucune élévation, et pressée d'un côté §ar les eaux de la mer Caspienne , et e l'autre par des montagnes élevées et des rochers coupés à pic. Une partie de l'ancien mur se trouve aujour-> d^ui plongée dans la mer. Le gfognh phe Abd-our-Raschid écrivait, au commencement du XV' siècle, que Bakou, sa ville natale , était déjà en partie submergée par les eaux qui menaçaient d'atteindre la grande mosquée.
Derbend signifie , en persan , barrière ; et cette ville est aussi appeléei par figure, la Porte des portes , ou la Forte de fer.
Là étaient véritablement les portes caspiennes j ainsi nommées du voisinage de cette mer ; mais l'erreur de Strabon, qui les place dans le défilé de Dariéla, n'est pas aussi grave gu'on a voulu le supposer , s'il est vrai, ainsi
Î[ue plusieurs critiques l'ont pensé, que es aeux dénominations de la monta-
saint Grégoire; son architecture est à la fois remarquable par sa simplicité et sa
Sûreté. On croit que ce monument date u XI* siècle de l'ère chrétienne. Le n* 3 est la représentation d'un aotiaue battant de porte ayant quatorze pieds de naHteuv sur sept à peu* près de largeur, et tout bavdé de fer. Selon k tradition , ce seraient là les restes de la porte caucasienne i l'autre bett tant ayant été enlevé jpar les Turcs ; on y voit les vestiges d'une mscription arabe, gravée sans doute par les conquérants à um époque d'invasion.
(*) On peut dire aussi un siep.
CIRCÀSSIE ET GÉORGIE.
gna 0t de la mer ont une étymologie commune.
Le mot Caucase ou Kaukas est peu usité parmi les habitants de cette région; il y est même à peine connu du Yulgaire. Selon une tradition géorgienne, rantique nom de Cavcas est celui de l'un aes huit fils du patriarche ThargamoSj à qui les Arméniens, et généralement tous les peuples de la même contrée, attribuent leur origine. Les Arabes donnent à cette chaîne de montagnes, le nom de Cabokh; les anciens Perses disaient Onthrcàff et les Persans de notre époque Koh'kàf. ou mont Kâf , ce qui paraît équivaloir à mont des monts, montagne par excellence. Dans une haute antiquité, les hommes croyaient que le Caucase faisait le tour du monde; aussi appelaient - ils ainsi toutes les grandes chaînes de montages. Il est resté à Tisthme seul qui fait Tobjet de cette notice. IVous allons maintenant entrer dans quelques détails d'histoire naturelle, dont nous croyons devoir faire précéder la partie politique.
HiSTOIRB NATURELLE. — La clmC
des montagnes de neige est formée de porphyre basaltique, de granit et de sfénite. Parmi les porphyres on en custinffue de belles espèces , bleu tacheté ae jaune, ou de rouge et de blanc, rouge oriental et vert. Dans les granits, on trouve le rose, le gris, le noir et le bleu.
Les montagnes Pfoires sont entremêlées de calcaire , de erès marneux, et de schiste tabulaire sillonné par des veines de spath et de quartz.
On disait autrefois que le Caucase, Bt notamment la Colchide, renfermaient des mines d'or. Cependant, la conquête de la toison d'or, ou, en d'autres termes, une spéculation mercantile, ne fut pas le seul but de l'expédition de Jason; nous verrons plus tard que ce vovage eut encore un but politique. Strabon parle avec complaisance des mines de ce pays , et il ajoute que dans la partie occupée ^ les âouanes (Minerélie), les ruisseaux charriaient de l'or et de l'argent que ces barbares recueillaient dans des al-
véoles et sur des peaux garnies de poils; ce qui donna lieu à la fable de la fameuse toison.
Ces mines ont-elles existé? Cest ce qu'il serait peut-être téméraire de nier positivement; mais il est du moins certain que les traces en ont été perdues, et que toutes les tentatives qu'on a pu faire jusou'ici pour les découvrir n'ont amené aucun résultat.
Ce n'est pas que les métaux manquent dans la région caucasienne; mais il ne paraît pas que leur abondance puisse offrir un large dédommagement aux frais de l'exploitation. Une inscription en langue géorgienne qu'on lit encore sur l'église de NouzcUa^ dans TOsséthi , parle de métaux précieux abondants comme la poussière dans cette région (*)
Le haut territoire du bassin de rOurouk et toute l'Abasie sont fort riches en mines. On dit qu'il en existe une d'or et plusieurs d'argent près du village de Soouksou, à peu de aistanoe de Soukoum-kalé , sur les bords de la mer Ivoire. Ce qui est plus authenti-
3ue, c'est que les Mingréliens prétenent oue le Phase et la Tzmén/iS' fo^oâ charriaient encore, il y a à peine un demi-siècle, des paillettes et même des morceaux d'or, dont le lavage formait un des principaux revenus des rois de Mingrelie.
L'ignorance des Iméréthiens est , à cet égard , un double obstacle à la connaissance de la vérité; ils prennent les substances brillantes pour des métaux précieux, et sans doute aussi les métaux précieux pour de viles productions, car il est fort à présumer que leurs montagnes possèdent une partie des richesses que la tradition leur attribue. Il est positif du moins qu'on y trouve en diverses localités des mines de fer, de plomb, de cuivre, d'aimant, de sel gemme et d'alun.
Apr& les minéraux , il nous reste à parler de la substance bitumineuse connue sous le nom de naphte ; et comme elle se rattache à l'histoire des Guébre$
(*)' Journal Asiatique, octobre i83o, pag. 3xo.
L'UNIVERS
ou Parsis^ nous lui consacrerons quelques détails.
La naphte est une huile de pierre (pétrole) y légère, transparente et inflammable. On peut s'en servir pour réclairage , pour le chauffage même , la cuisson des aliments, et divers autres objets d'économie domestique, où elle remplace l'huile et le bois. Cette combustion ne se fait pps , à la vérité, sans répandre une odeur fort désagréable et une fumée épaisse , ce qui ne rend son usage vraiment utile que pour les peuples qui n'ont jamais connu les ressources que se procure notre civilisation. On s'en sert encore pour graisser les roues des chariots , pour enduire les outres qui servent à transporter le vin, et, enûn, elle entre dans la préparation d'un ciment fort estimé dans le pays. On croit qu'elle avait été employa dans la construction de Babylone et de Ninive.
Cette substance parait être le résultat de la décomposition des bitumes solides, opérée par les feux souterrains dans le sein de la terre. Elle se récolte sur plusieurs points du globe; mais l'espèce la plus pure abonde sur la côte ouest de la mer Caspienne , depuis Derbent jusqu'à Bakou , dans le Daghestan et le Qiirvan , provinces qui appartiennent à l'isthme caucasien.
A peu de distance de la mer , aiix environs de Bakou , on a creusé des puits dont la profondeur varie de dix a soixante pieds, sur un terrain de marne argileuse imbibée de naphte.
On en compte plus de cent pour la naphte noire , et auinze seulement pour la blanche. Celle-ct n'est qu'une purification de la première , opérée par l'infiltration naturelle au travers d'une couche de grès. Ce bitume se rassemble peu à peu dans les puits, qu'on vide au tiir et a mesure des besoins. Il s'en exporte annuellement, de Bakou, de soixante à quatre-vingt mille quintaux métriques , la plus grande partie pour la Perse , le reste pour Astrakan. Le produit en est d'environ deux cent cinquante mille francs.
C est auprès de Bakou que se trouve le sanctuaire du feu, Artechrgahy
l'un des plus célèbres sectateurs de
Zoroastre.
Artech-^ah est situé dans un pays aride et infecté par l'odeur de la naphte. Un édifice carré, où sont com- Srises une vingtaine de cellules, sert ' e monastère aux adeptes du Zend- Avesta. Dans la cour du milieu s'é- •' lève un autel flanqué de quatee cheminées quadrangulairas; au centre est un foyer que la piété des Parsis alimente perpétuellement au moyen de la naphte. En vain les années ont succédé aux années ; en vain les conquérants ont porté la persécution au sein de la patrie des Mages; le culte de Mithra , sanctionné par Zoroastre , a résisté à toutes les attaques, et les descendants des Guéores ont entretenu le feu sacré dans la longue série des siècles. Fuyant devant leurs persécuteurs, ils l'ont emporté dans l'exil , et se sont établis à Surate, à Bombay, sur les bords du Gange , dans le midi de la Perse et sur les rives de la mer Caspienne.
Un de leurs principaux articles de foi , est de croire que le feu qu'ils conservent avec tant de soin est le même que celui qui brûlait du temps de Zoroastre. Les mœurs douces et honnêtes des Parsis^ auxquels se sont réunis quelques Hindous, les rendent dignes de la tolérance qu'on leur accorde aujourd'hui. Ceux d'Arfech-gah paraissent satisfaits de leur sort. Dans chacune des cellules de leur monastère , les reclus ont pratiqué plusieurs tuyaux d'où s'exhale le gaz inflammable ; à certaines heures du jour et de la nuit ils en approchent une lumière, et la flamme se manifeste aussitôt.
Le matin , ils épient le lever du soleil avec un sentiment d'impatience mêlé d'anxiété, et à peine aperçoivent-ils, sur les bornes ae l'horizon, ce noint lumineux qui, le premier, s'élance dans l'espace, qu'ils le saluent par des cris ; ils s'embrassent en se félicitant mutuellement sur le retour du dieu.
Le soir, ils s'affligent en le voyant disparaître, et rien ne peut les consoler de son absence que l'espoir de le re-^ voir bientôt.
CIRGASSIE ET GÉORGIE.
La direction des chaînes de montagnes et leur étendue , le nombre et la profondeur des vallées , l'élévation des plateaux et la nature des bas-fonds, sont autant de circonstances qui font varier ici les climats physic|ues, excepté sur le sommet des grandes montagnes où règne un éternel hiver.
A Tiflis , le ciel est constamment serein; à peine y pleut-il trente ou quarante jours de I année. L'hiver, qui ne commence qu'en décembre, y finit en février , et les étrangers peuvent s'y préserver aisément, avec de la sobriété, des fièvres intermittentes qui se manifestent à l'époque des fortes chaleurs. Le thermomètre s'y soutient habituellement , en été , entre 24 et 28 degrés , et, sur les hauteurs environnantes , où les riches vont se retirer dans leurs maisons de campagne , il ne varie qu'entre 18 et 22 degrés.
A Ananour et dans le pays occupé par les Lesehis, l'air est extrêmement sain ; mais dans les autres localités , et notamment dans l'ancienne Colchide et lepaysdesAbasessur la merI*(oire, le climat est chaud et pluvieux outre mesure. Les pluies forment des lacs où viennent pourrir les végétaux que leur âge ou les accidents ont renver^.
Devenues alors des marais pestilentiels, ces nappes d'eau répandent au loin leurs miasmes morbifiques. Les fièvres y régnent ordinairement du 15 juillet au 15 octobre, et on y voit un grand nombre d'hydropiques.
Le voisinage de l'empire ottoman ajoute souvent aussi le fléau de la peste à celui du climat, et pour que rien ne manque à ces graves causes de dépopulation , le choléra-morbus y est arrivé plusieurs fois de l'Inde par la Perse.
En résumé y la température des provinces occidentales et de la majeure partie de l'isthme caucasien est quelquefois glaciale, souvent très-chaude , toujours excessivement humide.
Les neiges et les glaciers incessamment entretenus sur les sommités de cette région montagneuse donnent naissance à une innombrable quantité de courants d'eau qui descendent en
minces filets , se grossissent par leui réunion, deviennent torrents sur les parois de la montagne, ruisseaux dans la vallée, et fleuves dans la plaine. Il serait également difQciie et superflu de les énumérer tous : beaucoup n'ont qu'une faible importance locsue, ei quelques-uns même disparaissent momentanément dans la saison des chaleurs; aussi nous b(»rnerons-nous à citer ici le petit nombre de ceux qui ofifrent quelque intérêt historique.
Le Kouban et le Térek forment la limite septentrionale de l'isthme caucasien. Au sud , le Cyrus et ÏAraxe remplissent le même objet.
Le Kouban prend sa source sur k versant de l'Emrouz , traverse la petite Abasie , embrasse toute la Circassie, et se jette dans la mer Noire audessous de l'île de Taman. Hérodote et Strabon font mention de ce fleuve et lui donnent le nom d'Hypanis ; Ptolémée l'appelle yardarmsy d'autres
géographes l'ont désigné sous le nom e MseotUy et en font la limite de l'Asie et de l'Europe. Les Tatares , qui , dans le treizième siècle de notre ere,-envahirent la Scytbie, l'appelèrent Kaubanl ou Kownan, et les Russes ont adopté cette dénomination dont l'étyinologie est encore un problème.
Le Térek sort d'une étroite vallée , au [)ied du mont Khokhi et du Mqinwari ; il coule dans le fameux défilé de Dariel, traverse le pays dès Tcherkesses, baigne successivement Vladikaukas , Mosdok et Kislar , et se jette dans la mer Caspienne. De tous les courants d'eau de l'isthme, il n'en est point de plus rapide que le Térek, et il en est peu d'aussi turbulent. Pendant l'hiver, il charrie des glaces, obstrue son passage , brise les ponts et bouleverse la route; pendant l'été, il se grossit de la fonte des neiges, inonde la vallée jusqu'à une hauteur quelquefois considéraole , entasse dans son ancien lit le sable, les pierres et les arbres , et va porter ailleurs ses flots capricieux. Au nord du Térek, la Kouma traverse la steppe du Caucase, baigne Georgiewsk , et se rend également dans la Caspienne.
L'UNIVERS
En suivant le littoral de la mer Noire, du .nord au sud-est, depuis Fembouchure du Kouban , on trouve un pa^s bien boisé et montagneux, où mille ruisseaux, descendus du versant occidental de la grande chaîne du Caucase, portent à la mer l'humble tribut de flots qui n'ont pas de noms. Enfin, on en rencontre quelaues-uns qui ont échappé à l'obscurité; 'de ce nombre sont la Khoffiy Cyanus des anciens, et le Phase y devenu si célèbre par l'expédition des Argonautes.
La Khcpi serpente dans un pays fertile , se cache derrière des collines boisées, reparaît au fond d'une vallée pittoresque, et offre partout, sur ses rives , les plus riants paysages. Des caymiquesj chargées de oriques , et des trains ne bois de charpente, la sillonnent à de lonffs intervalles. Le passage de ces emnarcations, en décelant la présence de Quelques hommes industrieux et sociables, est un événement heureux pour l'Européen , au milieu de ces solitudes où se cache une rare population adonnée au brigandage et ennemie de toute civilisation.
Le Phase y aujourd'hui Rion, descend du mont Elbrouz, traverse KLhoutaîssi, l'ancienne Ayto, où naauit la magicienne Médée , et se jette dans la mer Noire à peu de distance de Poti. Là viennent se presser en foule les souvenirs de la Grèce , et nous aurons bientôt à les rappeler avec
Quelques détiils. Les pnncipaux afuents du Phase sont la Qwirila et la TzkhéfUS'tsqaU. Cette dernière rivière était appelée Hippus par les anciens , tant les barres qui l'obstruent , et sa rapidité, lui donnent l'allure d'un cheval qui court et bondit dans la plaine (*).
Le Cyrus, connu de nos jours sous le nom de Kour {Mtcwari) , prend sa source dans les montagnes de l'Arménie, passe à Tiflis, reçoit VÂragwi^ VYoA^ ou Cambysus des anciens, et l'Alazan, et verse ses eaux dans la mer Caspienne. VAras , qui sert, sur
(*) La planche ii«> 3 représente une vue du I4iase , prise dans la Mingrclie.
plusieurs points, de ligne de démarcation à l'empire russe et au royaume de Perse , est , sans contredit, le plus grand afQuent du Cyrus, puisqu'il le surpasse par le volume de ses eaux.
D'autres rivières, que nous croyons inutile de désigner particulièrement , prennent, pour la plupart, leur nom do la contrée qu'elles arrosent , en y joif^ant la particule don. Cette temu* naison était, dans les anciennes langues du Nord, le nom générique d'eau ou de rivière. On reconnakra ses composés Dan et Tan y si on anal]^se les mots Danube y Dana^ter ou Dniester, Danaper, ou Dnieper, TanaïSy aujourd'hui le Don ; la même racine se rencontre dans la langue géorgienne, et dans celle des Ossètes.
Les eaux minérales ne manquent pas dans cette région. Celles du JSechtaw ( les cinq montagnes ) sont les plus, renommées. On y a élevé une maison de bains, assez grossièrement construite en bois , sur une hauteur formée par le dépôt calcaire des eaux. Les sources minérales du Bech-taw répandent une forte odeur de soufre, et leur température ordinaire s'élève au-dessus d»
60 degrés de Réaumur.
La flore caucasienne est l'une des moins connues du globe. La difflculté de parcourir des montagnes infestées de brigands, les privations de toute nature, et les obstacles physiques sont des circonstances qui ont , jusqu'ici , refroidi l'ardeur des botanophiles.
Les plaines qui bordent le versant septentrional du Caucase offrent une triste uniformité de plantes rabougries, chétives, rougeatres et de nature saline pour la plupart. Il n'est pas rare de voir brûler les herbes de ces steppes, soit par accident, soit par la volonté des tribus nomades. Dans ce dernier cas, l'incendie a pour but de préparer le terrain à la culture, ou même pour un simple campement. La sécheresse de ces plantes et leur agglomération donnent bientôt à l'incendie le plus vaste développement, surtout quand, il est favorise par la violence des vents. Les voyageurs l'aperçoivent assez à temps
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peur 86 mettre à l'abri du péril , en rebroussant chemin ; mais si le sangfroid et la ()rudence n'égalent pas chez eux Tagilité, ils courent le danger de s'éf/àrer dans la plaine. Surpris par la nuit, ils peuvent Fétre aussi par les flammes qui s'avancent en grondant comme les flots de la marée montante.
Le parti le plus convenable est alors de chercher son salut dans le péril luimême , en se rejetant, par le premier interstice , au-delà de nncendie. Mais combien de dangers à redouter dans ce moment critique ! La terreur des chevaux , les ondulations des flammes
2ui fouettent Tair à une hauteur proigieuse, l'épaisseur de cette fumée suffocante , les tourbillons de cendres et de sable, la voix des conducteurs et les cris des animaux forment un de ces
graves épisodes de la vie humaine, ont la plus longue carrière ne saurait effacer le souvenir.
Nous avons dit que ces accidents avaient quelquefois pour but de préparer le terrain à la culture. En erfet, les Tatares et lesTurcomans cultivent , dans les steppes, d'excellentes espèces de potirons, de concombres, de melons , de pastèques et de melongènes.
En avançant vers la partie montagneuse, on trouve enfin des arbrisseaux dont la vue fait oublier la fatigante monotonie de la flore des steppes: l'aubépine, le néflier, les fusains; les types de nos principaux arbres fruitiers , le cerisier, le poirier , le pommier, l'abricotier; la réslisse et le cornus sangtdnea. Sur le bord des ruisseaux croissent le saule blanc, l'arbousier, l'olivier de Bohême, le tremble , l'osier, la viorne , le troène, le groseillier , la clématite et les rosiers. Sur les hauteurs moyennes commencent les forêts , qui abondent dans l'isthme entier. Là dominent l'aune et le hêtre ; mais on y voit encore le chêne, le tilleul aux gipntesques proportions, quelques individus de cette espèce n'avant pas moins de vingt-cinq pieds de circonférence; le châtaignier et l'olivier sauvage. Les parties plus élevées de la contrée offrent diverses espèces alpi-
nes plus intéressantes pour le naturaliste : le rhododendron pantlctan et Vazalea pontica méritent la première mention par la propriété remarquable que ces plantes communiquent au miel lorsque les abeilles ont vécu de leurs sucs. Cette propriété est d'enivrer aussi complètement que la liqueur la plus fermentée. Dans les mêmes locautés croissent les germandrées, les sauges, les véroniques, Vastraniia major ^ le veratrvm cUbum, le swerUa perenniSy le lonicera caervlea^ le colchiaue, deux espèces d'absinthe, et quelques liliacées. Puis, vient la région élevée des pins , des sapins , des mousses et des lichens. Dans les bois , la vigne entrelace ses sarments aux brandies des erands arbres, comme les lianes des forêts américaines.
Nous terminerons ce qui a trait à la botanique en disant quelques mots de Vabstnthe ponUque des pâturages du Chirvan. Cette plante, que les dievaux maneent avec une fatale sécurité, a la funeste propriété de les faire mourir dans une sorte de convulsion. Il paraît cependant que les bœufs et les moutons peuvent en manger impunément ; les Tatares assurent même qu'une bouteille de sang de mouton , avalée à temps , est un puissant spécifique pour les chevaux contre ce poison. En Tannée 1722, lorsque l'armée de Pierre-le-Grand marchait contre Chamacky, elle perdit dans ce passage tous les chevaux de son artillerie; et, un siède après, un événement semblable força le général Tzitzianoff à remettre i la campagne suivante le siège de Bakou.
L'isthme caucasien , région de rh>iita^es, de bois et de steppes, est peu-
Sle d'une multitude d'animaux divers, ont plusieurs appartiennent aux genres carnassiers.
Le tigre y arrive jusqu'aux environs de "Âflis , fuyant de la Perse devant les grandes chasses des princes de U maison régnante. L'ours et le léopard sont assez communs dans les steppes du nord et dans les montagnes de la Géorgie; ils sont plus rares dans la Mingrélie. Les montagnards, qui leur
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mont iicrs ses* l>jrè{3 et sa taciere, û tfoijiire a :iii pay? ou fbomnie lui Ibic une çacrre si «àeiovoie. >Lib ie p*us aumcat li reste emptiaonne ;asifu'aa momenC ou le eHasBeur, qui s'est airaoce J^fx la plus zrmiii* orcoaBpet.'tioB . rjp«r*cic et' fetruude an moven if .m memi oouiaiit.
L'ours au pcii rmx a est pas nre le ptiy^ oKmta^eux. Les sauciers. Ufs otute sasrat». les martres^ les be^res. ies ioiiqs. les reianls et les «rnacais ibooiieiiC dans tooCes ies pvties 'le r isthme.
ïja irtiaoais s'attai^KiÉt rarement a m» proie viTaBCe; leur timiiiite est ■■Tiue si excesH^e, ipae le th^tement tf^OB moutoa anfit pi}ur les netare en iutB : osais as redMiiiiMt avidement les corps morts, et mtout les entavies hnittaîng- Us nktent, la unit, imeneiis en powTWMt des piaintÉà ttt semmabies (tes entantSw Oh?2k * ^ fiorÎBBÎt Jans le WIT swnpftKtt 91'avaBt elle eovove an*dû seliaii làe ftiae par le duc <ie Is maesB qm le transporles etesda Da-
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passa b naît sur on arcre. Le
nuin. l»?r?*fj'oQ nofca «e n?i*.\, iî jv i.t perij la raê«:a , et îsmuîs «îeçtis d fue Ta rei!i?fiTTa; seulen:«?nr 00 x'crnt par ses n^mscs. 50c
q»jf . J j^jiect taft fprw^»< CTîS- 11 jr jTnoit ser«?usen eut <fae Siifurs de ors jr tlici s'étaient semblés so«js soc irbre et iv jtent ter^ç* occT*r« ernre eux ci cnfj:urw riiscnrLLiieSw
Les Ai^es auMSànenaes des tp^upa^acrt de duffl»xs« vreufjs, de etierres sotrrusB et bou'^uetmsw Ou vcit frequenuBOÉ arl«^s aiumain znrrt^r sur les r^.-fs !i?s pios sa. .^i] ces des k r>rj : ..fuses , s' ^uiii.*er avec d'imrîEï prH«ipKTS. somiier sur zrj r»i.?s C'.n2es sacs en fuctd'ire oiai . ou s'jrr*ker tf :
sur le prc le plus ai^a de la
Le bt^uquetni Jo. Caucase,
ptHe Coton, est u pen awins que Le trerî; ses cornes jttefsnenC as dtHone de K>rce et de deveto^poKaC pnxii^eicï-
La pzeile . s ST>?ite et si leflère, et le sai^ok vTvent pur bandes ses <iuns ies steccifs >kn nord et les plumes «ie la ij*^}rne. Le antilope snr^ica pariiC i^tre le àakm de SdnJwn. Sss eûmes sunc ci «mi-trmsparenCes. iriil**es . :ei en îhrme le ly?e. et d^'ine renuff-iuabie. iSa ^evre supeneurê s*»vance *!oanne ane trompe « de sorte que. p«7nr brouter, fammal est oiriîsce de mander 1 r«?euions. Ses ^mbes de demere sont pius brunies '({ue celles de devant: son poil est biane et biaenx. et la tonne de sa tète aainiiw née. Les Si^THes se wLitawiut de ses einues poor taire des ires»
Les zazeiles portent la visilaBBe et Fainiire a on tei «ieizre. qui serat nnposnbie de les atteuutre. 9 Sa raae ae venait un , conmie en ânt «f antres
an secours de l'i
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trient s'afhblent d'une peau de bœuf, préparée pour cet usage, et parvien-* nent ainsi à les approâier.
C'est aussi dans la steppe immense comprise entre le Caucase, la mer é'Azow et la mer Caspienne , que se trouvent des troupeaux de chevaux privés et sauvages. Ces derniers doivent leur origine aux chevaux domestiques qui se sont égarés dans le pays. Ils sont de petite taille ; leur tête est grosse, leurs oreilles pointues, la crinière courte et hérissée , et la queue moins longue que celle des chevaux privés. Il en est plusieurs dont le manteau est gris argenté, ou brun foncé; mais communément ils sont d'un brun fauve , et jamais noirs. Ils vivent par petits troupeaux de cinq à vin^ individus, composés d'un étalon, de juments et de poulains. Dès que ces'^demiers commencent à pandlr, rétalon les chasse de la société où , seul, il a la prétention de vivre en sultan , au milieu de ses compagnes , ou plutôt de ses esclaves. Souvent il arrive qu'un jeune poulain, expulsé trop tôt par 1 étalon despote, suit de loin le troupeau , Fobserve d'un œil de regret, et reçoit furtivement quel- <]ues visites de celle qui lui donna le jour et le nourrit de-son lait. On en voit aussi qui rôdent autour de la société dans un autre but : l'instinct de la famille s'est déjà manifesté en eux. Chacun de ces maraudeurs épie le moment où l'objet de sa poursuite restera en arrière du troupeau ; il ose alors s'en approcher, au risque d'être aperçu par le vieux chef. La jeune cavale résiste d'abord et s'enfuit, puis elle revient, et ce manège dure souvent plusieurs jours. Enfin , quand les vœux de l'amant ont fait place aux droits de l'époux , le nouvel étalon s'éloigne, suivi de sa compagne , et va cacher ses sauvages amours dans les solitudes de la plaine.
Ces chevaux sont généralement forts et agiles , mais farouches et indomptables. Ils ont un instinct merveilleux pour deviner lesapproches de l'homme, dont ils fuient la présence avec plus de précipitation qu'ils n'en mettent
devant le tigre, Tours et 4e loup. Cependant , les Cosaques et les Tatares, qui leur font fréquemment la chasse , parviennent à s*en approcher à l'aide d'une jument dressée à cet exercice.
Ils les tuent à coups de fusil et les éoorchent sur place. La peau leur sert à divers obiets d'économie domestique , et la chair est pour eux un mets friand qu'ils préfèrent à la viande de bœuf..
On trouva encore dans les steppes une espèce de marmotte qui v est trèscommune, des taupes et des musaraignes. Vonaçre ( âne sauvage ) vit dans la région des montagnes où , sans cesse occupé à fuir devant les loups, les OHrs et les léopards , son existence n'est guère plus douce que dans l'état de domesticité.
Les insectes caucasiens sont peu connus ; mais il en est un qui a une certaine renommée locale, c'est la ph€tlanae.
La pnalange, ou araignée-scorpion (phcuangium araneoides ), est commune dans les plaines de la Géorgie et dans la partie moyenne des montagnes. Sa grosseur est à peu pr^ celle du scorpion. Son corps est monté sur des pattes courtes , sa bouche est armée de dents , son caractère est irascible, sa fureur et son agilité inconcevables. Elle vit dans oes trous en terre. La morsure de ce hideux insecte est mortelle , si on la néglige ; mais il est heureusement plusieurs remèdes faciles à la portée de l'homme, et, entre autres , celui de frotter la plaie avec de l'huile, ou tout autre corps gras.
Les sauterelles, amenées par les vents du midi comme des nuées qui obscurcissent les rayons du soleil , envahissent par myriades les champs ensemencés de blé et de maïs , et y causent d'irrémédiables dommages ; mais ici , comme en Egypte, ces ^upes malfaisantes sont ordinairement suivies par des oiseaux libérateurs qui viennent aider l'homme à dompter ce redoutable fléau. L'oiseau que k» Géorgiens nomment Tarby {paradisea trisHs ) arrive par bandes
L'UNIVERS
nombreuses à la suite des sauterelles, et leur fait une guerre à mort; aussi devient-il , dans le pays , l'objet d'une vénération si srauae , Qu'elle rajipelle le culte de Vlbis cbez tes Égyptiens.
Parmi les reptiles , nous nous bornerons à mentionner les serpents et les lézards. Les premiers sont tellement nombreux dans la steppe du Moghan , comprise entre la mer Caspienne et renâbranchement de l'Aras et du Kour, que la terre en est toute jonchée. L'armée de Pompée, au dire de Plutarque .ayant tenté de traverser cette plaine, fut contrainte de s'en retourner , tant les hommes et les chevaux Airent effraya par la multitude de ces reptiles. Le géiM^al Zuboff étant venu attaquer Salian, en 1800, et ayant voulu passer l'hiver dans le désert de Moghan, ses soldats, obligés de oreuser la terre pour y planter leurs tentes, trouvèrent une prodigieuse quantité de serpents engourdis par le iroid de la saison.
Les oiseaux sont peu nombreux dans l'isthme. Les cailles seules sont très-communes en Géorgie , dans les champs de millet et les bruyères, où l'on voit aussi la perdrix du Caucase. Les bois de la ré^on moyenne sont habités par des jgnves, des merles, des pigeons ramiers. La Minsrélie nourrit une grande variété (foiseaux de proie et plusieurs espèces de faisans , ce gui rappelle la tradition de l'importation en Europe de cet oiseau par les Argonautes. Les parties aqueuses donnent asile à des troupes de grues, de pies, de freux et de choucas. Dans les hautes montagnes du nord , on né voit que des oiseaux de proie, l'aigle, le milan et le vautour. Seulement on y rencontre assez fréquemment un oisillon chanteur qui rappelle de plus douces contrées : c'est le serin d'Europe, celui qui anime nos bosouets de son aimable gazouillement.
On le retrouve ici dans la chaîne des monts qui bordent la steppe, et on le voit sautiller de rodier en rocher, toujours gai , toujours chanteur. La vue de ce petit animal dans les solitudes sauvages du Caucase a fait battre -plus
d'une fois le cœur d'un Jijp^ j^ lui rai^ielant le pm n«tal et les jeu» de la première cnfencç.
Les courants d'eau de I'"^ «"^ casien ne sont pas tous ^ff^^j^^^]^ sonneux: quelques-uns ont w>P Jf fraîcheur et dcrapidité , pu sont chargés d'une surabondance de parties imnérales. Dans les autres, on P«»««J^ excellente qualité de saumon , l^^ geon, le sterlet , la carpe, le baffoUion, le sewranga^ le sOurus, le brocbci, le hareng de Kislar, les p<iites tanches, les corassines et les poissons d argent. La pêche des phoques dans la mer Caspienne est une importante branche d'industrie. Sur les bords de ta mer Noire , les Mingréliens pèchent le thon.
Telles sontàpeu près les ressources naturelles qui appartiennent à l'isthme caucasien. De nouvelles explorations ne peuvent qu'en accroître beaucoup la nomendature; mais nous croyons avoir signalé , dans le domaine connu, tout ce qui était digne de ^elque attention. Nous passons maintebant à l'histoire de l'homme.
PAETIB HISTOftIQITB.
On parviendrait plus aisément a retrouver dans les steppes du Caucase les grains de sable primitifs qui y furent successivement déposés par les vents du désert, qu'on ne pourrait débrouiller le chaos généalogique des anciens habitants de la région caucasienne. Hérodote, Tbucyaide, Diodore, Pline etStrabon fournissent certainement à cet égard les plus précieux renseignements; mais à l'époque où écrivaient ces vénéraUes historiens, ils manquaient de toutes les ressources que le développement des connaissances humaines a mises, après plusieurs siècles , au pouvoir des géographes et des historiens.
Dans le principe, les Grecs donnèrent un nom collectif à tous les peuples qui occupèrent successivement les régions inconnues qu'arrosaient le Danube, le Borysihène et le Tanais et qui s étendaient, en Asie, en deçà
CIRCASSIE ET GÉORGIE
et au delà des monts Imaûs, soit que ces peuples, de race japhétique, fussent descendus des hauteurs du Caucase, soit quMIs appartinssent à rémisration d*une famille asiatique. Comme les premiers d'entre eux, qui furent rencontrés par les Grecs , combattaient à cheval et montraient une adr^se extrême à se servir de Tare, ils furent appelés Scythes y véritable onomatopée pour désigner le jet de la flèche. Les Grecs apprirent aussi que ces peuples se donnaient entre eux le nom de Skolotes y c'est-à-dire cavaliers. Dans la langue finnoise moderne, les mots Skytta^ KUta et Kii désignent encore un archer. Nous ferons remarquer, en outre , qu'il y a une évidente analogie entre le nom de Celtes^ Keltes ^ ou Kélétes (KûLTot , Kî>.ftTai) , comme disaient les Grecs, et celui de Skolotes.
Les géographes de la Grèce, et, après eux, ceux de Rome et de Byzance, voulant classer méthodiquement les diverses peuplades confondues à tort sous un nom identique , commirent la faute non moins grande de désigner, par diverses dénominations, des peuples qui appartenaient évidemment à une même nation. De là cet inextricable réseau qui enveloppe la géographie ancienne , et que la critique moaerne peut bien trancher hardiment sans grand inconvénient , mais qu'elle ne saurait débrouiller. Nous ne tiendrons aucun compte des Scythes Hamcucobiens y ainsi nommés parce qu'ils vivaient sur des chariots, comme le font encore de nos jours les Tatares Kondures; des Hippomolgues y oui buvaient le lait de leurs juments ; des SkénUeSy qui reposaient sous des tentes; des Troglodutes y qui vivaient dans des grottes *, des Aorses^ ou peuples silencieux, parce qu'au lieu de bruyants chariots , ils employaient des chameaux au transport de leurs ba* cages; ni de vinet nations dont les fastes ne se rattacnent à l'histoire de cette contrée que par un fil trop délié pour nous servir de fluide. Les Cimmériens méritent de nous occuper plus sérieusement. Peut-être descendaientils d'une colonie voyageuse qui , dans
les temps primitifs, avait franchi le Caucase pour chercher vers le nord une patrie moins ingrate que les déserts de la Bactriane, et des rives plus hospitalières que celles de l'Oxus. Ils s'étaient arrêtés sur les bords du Koiiban, sur ceux de la mer Noire, et dans les grandes steppes qui offrent tant d'attrait à l'indolence des peuples nomades.
Une autre nation , dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, habitait alors sur les bords du Tanaïs et du Paius-Mœotis ; c'est celle des Magoas, ainsi nommés par les Hébreux, ScytMs Mxotes des Grecs, Galactopfuzaes d'Homère, Massagètes d'Hérodote, et, depuis, les Sarmatesées géographes. Chez les Mxotes, les femmes apprenaient le métier des armes; elles montaient à cheval , tiraient de l'arc , allaient à la chasse et à la guerre avec leurs maris. Contrariée peut-être par l'arrivée des Cimmériens, cette nation envoya au dehors une colonie sous la conduite de deux jeunes princes, Ilinos et Scolopitus , pour découvrir , s'il se pouvait, une terre plus tranquille.
Les émigrants traversèrent les gorges du Caucase, sans être arrêtés ni par les aspérités de ces montagnes, ni
f>ar les mille torrents qui coulent de eurs sommités neigeuses , et se fixèrent dans le pays de Thémiscyre , sur les bords du Thermodon. C'est la colonie qui donna naissance aux Amazones.
A peu près vers la même époque ( 1680 avant J.-C.?), les Maeotes se ruèrent sur les Cimmériens, et les refoulèrent vers le sud. Les vaincus traversèrent le Caucase; quelques- uus y fixèrent leur demeure , le plus grand nombre émigra en Arménie, et, depuis, ravagea une partie de l'Asie.
Trois siècles après f 1338 av. J.-C), nous voyons , sur la foi des traditions égyptiennes , Sésostris faire sa fameuse expédition dans le pays des Scythes. Ce conquérant revient par le nord de la mer Caspienne, passe dans l'isthme et v établit une colonie sur les bords du Phase. Cet événement fit dire par la suite aux Colcbéeoscpi'ils étaient issus des Égyptiens.
3* Livraison. (Cirgassie et Géorgie.)
L'UNIVERS
Les populations sauvages qui habitaient alors les bords de fa mer Noire, vivaient moins de leur industrie sur un sol ingrat Y que des ressources
âu'elles se procuraient par le briganage et la piraterie. Cet usage immémorial des peu{)les caucasiens de courir sur les vaisseaux marchands a traversé les siècles et s*est perpétué jus(|u'à notre époque. Lorsqu'un navire faisait naufrage sur ces côtes inhospitalières, les gens de l'équipage devenaient esclaves, s'ils n'étaient pas offerts en holocauste aux monstrueuses divinités du lieu. Ces circonstances furent cause que les Grecs donnèrent à la mer Noire le nom de P(mt-j4ociny qai veut dire mer inhospUiUiére ; mais ils le changèrent plus tard en celui de PorU'Euxin ou mer hospifaliéj-e ^ et ce fut lorsqu'ils en eurent euxmêmes peuplé le littoral {*). Ils comprirent , en effet , la nécessité de visiter ces peuples faroudies et de former des établissements stables parmi eux, tant pour élever une barrière contre leur débordement que pour leur apporter, au mo.ven du commerce, le bienfait de la civilisation.
Les plus anciens souvenirs des premières émigrations de la Grèce se rattachent aux voyages de Phrixus et d'Hellé ; cette époque se perd dans les ténèbres de la mythologie, et nous nous bornons à la mentionner. Alais il n'en est pas de même de l'expédition de Jason, sur l'authenticité Je laquelle il n'^ plus permis, au point où en est arrivée la science, de concevoir des doutes. Un savant archéolo^e, M. Raoul-Rodiette , a dit avec raison que les fables mêmes qui défigurent cette tradition ne paraissent qu'un garant de plus de la vérité des événements qu'elle retrace.
cbesses dont sans doute les premiers navigateurs avaient exagéré l'impor-
(•) ÂÇttvcç ou )U«veç et E6?«voç. (Voyez Pline , TcvniUien , Arûtote , etc. ; d'Anville, Larcher, Millin, lUoal-Roclielte , etc.)
tance, attira sous les ordres de Jason l'élite des héros de la Grèce. Plus de quarante chefs se rangèrent sous ses ordres, et chacun montait un vaisseau que manœuvraient les hommes de sa nation. Quant à Jason, il fit construire, au pied du mont Péiion, un vaisseau long , semblable à ceux dont se servaient les Phéniciens , et qu'on appelait Jrgo ou Arco. Il y monte, suivi d'une foule déjeunes guerriers, dont les noms appartiennent aux traditions héroïques de la Hellade. Parmi eux on remarque Castor et Pollux, Zétès et Calais, Hercule, Orphée, Télamon et Tiphys. Jason partit du port d'Ioldios, et après diverses aventures où il eut à lutter contre la perversité des hommes et la furie des éléments , il découvrit le mont Caucase et entra dans les bouches du Phase. L'entreprise des Argonautes eut peu de succès. Leur chef enleva la fille d'Aëtes , roi de Colchos, la fameuse Médée, et se retira après avoir inutilement guerroyé contre des peuples barbares. Cependant son expédition servit, en quelque sorte , d'itinéraire à celles que la Grèce entre- {>rit successivement. Alors on vit s'éever, sur cette partie du littoral du Pont-£uxin , des villes et des peuples qui revendiquèrent l'honneur d'une origine argonautique (*). Dioscurias , aujourd'hui Iskouriah. près de Soiikoum-kalé, fut fondée, dit-on. par les compagnons de Castor et Pollux , connus sous le nom de Dioscures.
PhasU, qui devait être située sur la
fauche du Phase, en face d'Cffila , mais ont il ne reste plus de traces ; PitifUM^ devenue Pitzunda, et Héradée, aujourd'hui Anagriy remontent a la même source. Les Parrhasiens, sur les bords de la mer Caspienne, se disaient issus des Parrhasiens d'Arcadie; les Albaniens, les Ibériens, la nation des Hénioques, les Tvndarides et vingt autres réclamaient également
(*) Raoul-Rochette, ÉtaSlîssement des eolonies grecques. ( Den js-le-Périégète , StniboD, Arrien, Ammien Marcellin, Riutatbe, Pomponius Meta, Pline, Tadte, Soliiiy Etienne de Byianre, etc.)
CIRCASSIE ET GÉORGIE
la même origine , et leur prétention à cet éprd s^appuyait, non seulement sur des traditions historiques, mais encore sur des rapports physiques, dont plusieurs naturalistes ont cru reconnaître les traces cliez les descendants de ces peiiples. Les témoignages matériels du voyage de Jason existaient encore du temps de Strabon , et îl faut peu s'étonner de ne plus les retrouver dans ce pavs, où se sont heurtées tant de popufations ignorantes, fanatiques et superstitieuses.
L'établissement des colonies fournit aux Grecs les moyens de connaître les peuples du Caucase ; mais leur ^énie poétique a revêtu les £aits historiques de cette époque d'un voile qui rend la vérité bien difficile à discerner , et il faut convenir que les événements dont cette contrée a été le théâtre ont singulièrement contribué à embrouiller la Question. Cent tribus diverses, auxquelles il serait ridicule de vouloir assigner des limites territoriales, se montrent tour à tour sur la scène politique , dans un flux et reflux de guerre et d'émigration. Enfin la grande ûrruption des Mongols et des Tatares arrive au moment où les ténèbres de l'histoire commençaient à se dissiper devant les lumières du christianisme.
Ce n'est qu'au moyen de l'analyse que nous pouvons espéra de porter quelque clarté dans les événements qu'il nous reste à raconter; nous allons le tenter.
L'isthme caucasien comprend aujourd'hui environ vin^ nations que nous rattacherons à trois groupes principaux, savoir : 1" la Géorgie : nous y ferons figurer les Géorgiens proprement dits, les peuples de l'ancienne Coldiide, ceux de l'Albanie, les Souanes et les Lazes ; 2* le paj/s des montagnes. L'histoire des Tcherkesses ou Circassiens, et celle des Abases entrent dans cette catégorie , où il sera parlé également des Lesghis, ùes Ossètes et des Tclietchenses; S"* la région de la steppe, ^'ous y comprendrons les Tatares, les Noguïs, lesTurcomans, etc.
GÉORGIB.
I^ Géorgie embrassait jadis trois états, que les anciens nommaieat ibé- , , rie, Colchide et j4lbame.
L'ALBÀTf lE, dont le nom se troore accidentellement le même que celui d'une province de la Tur^ie d'Europe, dans le ^Ife Adriatiaue , était habitée par les Derbiens. Elle s'étoidait le long de la mer Caspienne , depuis l'emplacement où s'est élevé Deroenty jusqu'au confluent du Cyrus et de TAraxe. Elle a formé, de nos jours, le Daghestan méridional et le Chit' van.
La Cou:ride , séparée de Flbéria par une chaîne de montagnes , 8*étoidait sur les bords du Font-Eusda, jus<)u'au pays des Abkazes , an noid , et jusqu'au fleuve Aps^rus an sud.
Elle s'est divisée, dans les temps modernes , en trois provinces : la àttngré' lie, Vlméréthi ou Imirette, et le Camia. Les principales villes étident, sur la côte , en descendant du nord ao sud , Fancienne Laztca, PUyusay Damdarij Dioscurias^ ArcnéopoUSy OEa, Phor sis; dans l'intérieur , Kyta, MeekiêSsus. Madiay Surium, etc. On est peu une sur l'époque à laquelle le nom de Colcliide 9 cessé d'être en osa^e.
Le témoignage des historiens plaee dans cette province les Golchëens, les Mélanklènes , les Coraxites ou hmtants de la montagne du Gcnrfaean , les Apsiliens , les Missîmaniens et direrses autres tribus dont les noms nous paraissent aujourd'hui arbitraires et capricieux. Mais le peuple le plus iotéressant est celui des «Soono-CMches de Ptolénée, ou Scuanes de Strabon et de Pline« Il était originaire de ribérie et se trouvait bli, du temps des Argonautes, les montagnes de la Colchide, an sus de Dioscurias. Ce peuple, d'i grande bravoure, était tf'uoe malpropreté si excessive, que les Grecs M donnèrent le nom de Pht^/rophage.
( mangeur de poux ). Strabon assurs que les Souanâs avaient un roi et ub conseil eom^poeé de 300 mcMères, «t
to
L'UNIVERS-
qu'ils pouTaient mettre sur pied des armées formidables, attendu (fxe chez eux tous les hommes portaient les armes sans distinction d*age. Persécutés par leurs voisins, et toujours en état d'hostilité avec eux , les Souanes ont été tour à tour soumis aux Byzantins, aux Perses, aux princes de la Minfprélie et aux rois de la Géorgie. Fujrant enGn devant une civilisation qui ne s'offrait à eux qu'à la condiuon de perdre la liberté, ils se sont retirés dans les Alpes caucasiennes, et vivent actuellement dans les parties habitables les plus élevées de ta province ù*Odiehi: on en rencontre cependant aussi sur les bords de l'Ingour, où ils ont même quelques villages; d'autres, mais en petit nombre, habitent les rives du Tzkhénis-tsgali, et ceux-là ont conservé la religion chrétienne , tandis que les autres en ont entièrement perau le souvenir. Les Souanes , qui se donnent à eux-mêmes le nom de Chnaouj forment la nation la plus pauvre du Caucase. Elle .n'a pour se procurer des toiles, des draps, des ustensiles de ménage et du sel , que la ressource de vendre des femmes et des enfants. On dit pourtant que les hommes font eux-mêmes leurs fusils et leur poudre. Ils sont généralement braves, robustes, grands, -bienfaits, mais d'une malpropreté héréditaire; vivant sous des nangars, ils donnent pêle-mêle sur une couche <»Diffiune, sans distinction de sexe, et même avec leurs bestiaux. Les femmes de cette nation sont fort belles , et de mœurs trte-dissolues. Le costume des hommes est assez difûcile à caractériter, n'étant le plus souvent qu'une réunion de haillons , attachés autour des jambes et des bras et recouverts d'une sorte de tablier qui leur tient lieo de culottes. Les femmes mariées portent des robes et des mouchoirs écarlate, leur couleur de prédilection; elles se coiffent avec une pièce d'étoffe, de manière à ne montrer qu'un cà\ , tandis que les filles nubiles vont tête nue.
Les Lazes sont également d'origine féotgiemie. Ils ont imposé leur nom
à toute la côte mii s'étend depuis la Mingrélie et le Gouria, jusques et y compris Trébizonde. Ce peuple sauvage et adonné à la piraterie a dominé quelque temps dans la Mingrélie sous la tutelle des rois de Perse; mais, À l'exception de ce fait, son histoire ne mérite pas de nous arrêter plus longtemps; elle n'est ni plus noble, ni plus intéressante que celle de tous les voleurs de grand chemin.
Les ColcKéens , qui se donnent une illustre origine due à l'expédition de Sésostris , n'ont aucune ressemblance avec la race égyptienne. Il est à présumer que les descendants des contemporams de Sésostris ont été depuis long-temps remplacés, sur le sol oe la Colchide, par une population compensée d'éléments hétérogènes que dominait le type géorgien.
L'histoire de la Colchide se confond tantôt avec celle des Romains , tantôt avec celle des Persans , et presque toujours avec celle des Géorgiens. On voit les Colchéens servir dans les armées de Cyrus, de Xerxès , de Mithridate , de Corbulon et de Chosroës. Toujours tributaires, ils ofiôraient annuellement à leurs suzerains cent jeunes filles et cent jeunes garçons. Mithridate fit la conquête de la Colchide entière et l'annexa à son royaume de Pont ; mais la fortune des Romains lui enleva cette province, qui fut gouvernée par des rois tributaires de la race de Polémon. Pompée traversa la Colchide et eut à combattre les Jlains , peuple guerrier qui habitait au nord du Caucase ; sous le règne de Néron, elle fut mise au rang des colonies romaines , et subjuguée peu après par les Lazes , qui , en dépit des empereurs romains , en firent hommage aux rois de Perse.
Vers la fin du IV' siècle de l'ère clirétienne, les Htau {*) dominent dans
(*) Les peuples compris sous ceUe dénominalion sont encore Tobjet d'une erreui fort commune. Les Huns ^iropremenl dits sont d*origine ouralo-finnoise ( des monts Ourals à la Finlande ). Ceux doiil il est id
3uestion ne sont pas autres que cette natioa e Turks désignes dans les Annaies cki" noist'S sous le nom de Hioung-Mou.
CIRCASSIE ET GÉORGIE
SI
la Mingrélie , comme dans le reste de risthme caucasien, pendant que ]es Romains dégénérés et les Persans se disputent la possession de TAsie avec des alternatives de bons et de mauvais succès. Dans le V siècle, un roi de Colchide, nommé Zathus, échappe à robscurité historique, en épousant une
Rrincesse chrétienne et en recevant s baptême. Alors s'élève ce fameux rempart qui avait environ vinet lieues de* longueur , et qui séparait les provinces romaines ou persanes des paj^s occupés par les Scythes; on en voit encore les restes auprès de Sofuhoumr KaU. La faiblesse des empereurs semblait lâcher le frein à la licence de la soldatesque et aux déprédations des généraux. Ceux-ci, voulant s'assurer Pimpunité dans les provinces lazes, bâtirent, sur les bords de VAànasis^ la forteresse de Petra , qui devait les mettre à Tabri du ressentiment populaire; mais, à cette même époque, la Providence envoie à la Colchide un souverain qui avait assez de qualités pour devenir un Pierre-Ie-Grand , si elle Teût placé sur un trône moins é^it : Gubaze fait servir tour à tour les Persans et les Romains à la délivTdxiçjt de son ^ays , jusqu'à ce qu'enfin il tombe lui-même assassiné traîtreusement par des of&ciers bvzantins* Sous son règne, le grand roi de Perse, Chosroes Kouchirvan, commença l'œuvre de conquête que ses successeurs devaient accomplir. Après Gubaze, la Colchide fut obscurément soumise aux Byzantins et aux Grecs, avec le titre de royaume du Phase. La province supérieure, désignée sous le nom d'/méréthij en avait été détachée à une époque reculée, pour faire partie d'un royaume dit des Abkhars , ciont le souverain de droit était toujours l'héritier présomptif du trône de Géorgie ; mais vers l'année 1243 , les Mongols , ayant divisé rhéritage du roi George Lascha entre les deux David ses fils, l'Iméréthi devint principauté indépendante, et , depuis lors, il fut tantôt séparé de la Géorgie , tantôt réuni sous le même sceptre , jusqu'à Salomon II , mort à Trébizonde en 1819.
Dans les premières années dli XIV* sîède , on vit un autre démembremeol de la Coldiide et du royaume des Abkhars , la MingréHe, se constituer en royaume indépendant. Ce nouvd état, que baiene le Phase à son emboudiure , fut ak>rs gouverné par àes souverains quiiiprirent le titre de />acUans. Ces princes forment une série de bri^nds qui disparaissent tous, successivement, assassinés, mutilés oa aveuglés par ceux qui ambitionnent de leur succéder.
Vers le milieu du XV* siècle, Mahomet II réunit les provinces caucasiennes à ses possessions , et leur impose le double joug de sa suzeraineté et de sa religion. Peu après, la partie méridionale de la Minçrélie opère sa révolution et se constitue , a son tour , Srovince indépendante, sous le nom e Gouria. Le dernier Gcmrîel, oo prince de ce pays, végétait, il y a quelques années , à Constantinople.
L'histoire civile de ces états se eom-' pose à peu près uniquement de guerres intestines et de ouerelles de famille. C'est une période sanglante pen* dant laauelle les forfaits les ^us atroces se succèdent avec un acharnement qui étonne l'imagination. La législation, plus ou moins empreinte de férocité, selon les caprices du Dadian ou du Goîtriel^ y était généralement basée sur les épveuves ùujtêgement de Dietu
Enfin , la Russie , mettant à profil les levées de boucliers des souveraîna de la Perse, francliit le Caucase^ Alexandre F' fait de la Mingrélie, du Goùria et de l'Iméréthi , de nouvelles annexes à ses vastes domaines.
Le commerce des esclaves avait formé, de tout temps, la principale ressource de l'ancienne Colâiide; les Russes , en occupant la contrée , ont fait cesser ce tranc infâme. La religion qui domine aujourd'hui dans les trois
{>rovinces est le christianisme selon e rite grec, mais entremêlé de pratiques superstitieuses, ou joint à une grande indifférence. La Russie entretient un gouverneur qui réside à Klioutaîssi , et dont la juridiction s'étend sur une nartie de l'Abasie.
L'UNIVERS
KhoniaUté est la yiOe la plus importante des troîa prorlnoes de Taneienne Golcfaîde ; elle en est la capitale, et sert de résidence aux autorités civiles et militaires. Comme la plupart en anciennes cités , elle se divise en ▼tUe neiUe et y Ule neuve. La première, dont on voit encore les murs d enceinte, et où Ton retrouve les vestiges de plusieurs édifices remarquables , est située sur une éminenœ à la droite du Phase (iUoRi). Nous avons dit plus haut que cette viUe, Tancienne Kyta {CoifUys), était regardée comme la patrie de Médée; il serait difficile de présenter des titres d'une noblesse plus illustre. Aujoofd'bui, on y va cnercher des fouveoirs ou y donner quelques inttents à Texamen des ruines d'une ancienne et belle cathédrale. Un as- MOÉblage de maisons en bois, décoré du nom d'archevêché, un magasin à ■oiidre , qudques cabanes de cultivateurs, et un admirable point de vue, fonnent , avec les débris de la cathédrale, tout ce qui mérite l'attention des voyageurs.
La ville neuve est bâtie dans une firâe, sur la caucbe du fleuve. On y voit un vaste nazar, dont toutes les beatiques, à peu près, sont tenues par des Arméniens ou des Iméréthiens.
Tiflis , Akhaltzikhe et Constantinople approvisionnent ce marché, où les aenats se font soit au comptant, soit MUT échance. Là viennent s'entasser les soies , les fourrures , le miel , la dve, les cotons, le blé, le maïs et le vin. Les articles de nécessité première y sont à très-bas prix , puisgu'en temps ordinaire la bouteille de vm revient à ■M>ins d'un sou , la livre de viande à S ou 4, le tcheioert de blé à 12 ou là francs (4 francs environ les 100 livres), et celui de maïs à la moitié.
Les maisons de Khoutaïssi sont en kns pour les plus riches habitants, et pour les autres en clayonna^es entremêlés d'argile, blanchie extérieurement au moyen de la chaux. Les rues et les places publiques sont ornées d'arbres ; aussi l'ensemble de la ville, quoique irfé^lter , est des plus pittoresques. Le pnnœGortschakofrra d^ailleurs beau-
coup embellit et agrandie doMiis quelques années , et c'est à lui que Tod doit , notamment , les nouveaux corps de caserne , les hôpitaux et le jardin public. Les Russes y entretiennent une garnison nombreuse. La population permanente ne dépasse pas dix-huit cents âmes , dont une moitié se compose d'Arméniens, dlméréthiens et d'étranaers de divers pays , et l'autre de Juio seulement. Ces derniers ont un quartier à part ; ils s'occupent , à
S eu près exclusivement, de la vente es céréales et autres productions de la terre (*).
Aedout€'Kaléest\e^Tt]e plus im-
Sortant de toute la côte. So ncommerœ 'entrepôt a pris , depuis quelques années, un grand développement. Les articles d'exportation consistent en cire , tabac, cuirs de bœuf et de bufiOe , fourrures, bois de noyer, maïs, etc.
La population de RecUme-Kalé est de neuf cents âmes seulement , y compris une garnison de quatre cents hommes au moins. PoH et Anàktia méritent d'être mentionnés comme ayant fait le principal objet de plus d'une guerre de la Russie avec la Porte. La première de ces deux puissances avait commis la faute énorme de les laisser entre les mains de la seconde , lors de la paix de Bouckarest (1812).
Oni est un village assez considérable du canton de Radscha. au nord de Khoutaïssi. Ce canton aoonde, dit-on, en mines d'argent, de cuivre et de fer. Les ruines de tours et de forteresses, disséminées sur le sol de cette intéressante partie de la Cok^hide, attestent les ravages que la guerre y fit autrefois. On trouve, d'ailleurs, dans toute l'ancienne Colchide un assez
(^ Nous donnons dans la planche n^ s quelques fragments de la cathédrale de Khoutaïssi. Cette bizarre architecture, dont les ornements représentent des animaux , des fleurs, des candélabres et vingt sujets capricieux , atteste une époque de décadence. Il n'en restera bientôt plus de vestiges , car c'est maintenant , dans le voisintige , à qui enlèvera une pierre ou un fill de colooiie pour les joindre aux matériaux, de constniclion.
CIRCASSIE ET GÉORGIE
graiiâ nombre de forteresses dont
Slusîeurs sont encore en bon état de éfense (*), ZougcUcU est un petit bourg intéressant, parce qu'il est la résidence du Dadian^ ou prince de la Mingrélie. Ce souverain déchu, et pourtant toujours héréditaire, voyage avec sa cour pour se procurer dies moyens d'existence ; il visite ainsi , successivement, la demeure de chacun de ses vassaux, passant de l'une à l'autre, lorsqu'il en a épuisé les provisions de vm et de volailles. Cette condition du prince peut faire apprécier le degré de pauvreté de ses sujets. Les seigneurs mingréliens ou iméréthiens et les dames de la cour du Dor cUan ont pourtant des vêtements remarquables, sinon par leur propreté, du moins par une prétention au luxe. Les dames portent des manteaux écarlate et des chapeaux de feutre de cette couleur, garnis de galons d'or et de petite plaques ou monnaies de même métal. Les nobles voyagent à cheval , et leurs vassaux les accompa-
gnent à pied , jpar respect pour le droit e suzeraineté. La condition du peuple est des plus malheureuses , et cependant elle s'est bien améliorée depuis l'incorporation de ce pays à la Russie. Les gentilshommes n'ont plus le droit de vie et de mort sur leurs vassaux; mais ils conservent encore sur leurs biens et leurs personnes des privilèges qui doivent céder tôt ou tard au progrès de la civilisation.
Les nobles mingréliens sont passionnés pour la cnasse; et comme leur pays abonde en oiseaux de proie de toute es[)èce , ils passent la plus grande partie de leur temps à- les dresser a cet exercice.
Dan^ la INIingrélie, les hommes de basse condition , encore moins favorisés que leurs voisins de l'Imérétiti ,
(•) La planche n» 6 représente une forteresse du canton de RaJsclia, à l'extrémité du village de Baraf^one, au confluent du Phase et de la Longonne. Nous avons pensé Qu'elle pou^nit donner une idée suflisaute im ressonrees que oe pays montagneux a fournies à Tesprit belliqueux des Iméréthiens; elle se nomme Tm'mdas'T»ikt\
décèlent une extrême misère sur leur personne comme dans leurs Yahx* tations. Ils se rasent ordinairement la tête , n'y laissant qu'une couronne de cheveux à la façon des moines. Ils vont les jambes nues en toutes saisons^ et jettent sur leurs épaules un hofurka, petit manteau de feutre assez semblaole par la forme à nos grands collets de cavalerie. Leurciiaussure consiste quelquefois en un simple morceau de peau apprêtée, nouée autour de la cheville, mais, plus ordinairement, en une sorte de sandales beaucoup plus larges que le pied , et tressée comme une claie d'osier. Les plus aisés ajoutent à ce costume une calotte de feutre. Selon l'usage commun à tous les peuples du Caucase, ils ne sortent pas de chez eux sans être armés , et cette précaution ne leur est pas inutile, tant ils ont à redouter les attaques de leurs redoutables voisins, les j4ba$es, qui sont sans cesse occupés à leur tendre des embûches pour tes emmener en esclavage ; mais elle favorise singulièrement aussi leur penchant au vol et aux actes de violence.
Les Mingréliens se souviennent d'avoir été chrétiens. Ils ont encore un 5 atriarche qu'ils appellent Catholicoty es évêques et des prêtres, oapapwf.
Le CcUholicos et les évê(jues sont assez riches, parce qu'ils vivent aux dépens du peuple, vendant les absolutions, les amulettes, les guérisons et toutes les jongleries des prêtres du paganisme. Les papas, au contraire, sont généralement tort pauvres; au§$i ne sont-ils guère moins adonnés au vol et au brigandage que le reste des Mingréliens. La plupart de ces papas sont mariés , et plusieurs ont jusqu'à six ou huit femmes. L'entrée des églises n'est permise qu'aux hommes.
Lorsquun noble se marie, il est assisté d'un parrain qui , tandis que le prêtre récite les prières d'usage , s'occupe à coudre les époux ensemble par leurs habits; il prend ensuite deux couronnes de fleurs naturelles et les pose alternativement sur leur tête les changeant de l'un à l'autre, d'après
L'UNIVERS
Tordre donné par Tofllciant. Puis il leur offire du pain et du vin, mange et boit avec eux, et annonce que la cérémonie est accomplie.
Le voyageur Chardin , qui écrivait à la fin du XVII* siècle , a donné , sur son séjour en MIngrélie , des détails curieux, mais oui of&ent bien peu dMntérét aujourd'hui , parce qu'ils se rattachent à des moeurs que le temps et le contact de la nation russe ont modifiées. La princesse de Mingrélie qui reçut Charain était une espèce de courtisane effrontée qui rançonna notre voyageur, dont les malles furent encore pillées par les princes ou nobles du pays. Ceux-ci l'auraient peut-être même fait périr , s'ils ne l'avaient pris pour un capucin.
Les Orientaux donnent à la Minçrélie le nom d*Odichi; les Arméniens appellent les habitants de ce pays Egératsik, ou descendants d'Egros, que la tradition fait regarder comme le fondateur de la nation (*).
Quant au mot MinaréUe^ le voyageur Reineggs Ta dérivé de Mingraoul^ mille ruisseaux, parce que cette contrée est arrosée par des courants d'eau sans nombre. Suivant une autre opinion , il viendrait de Mégrelr ni, qui correspond à Egératsik, suivant les procédés spéciaux des langues arménienne et géorgienne.
L'extrême humidité de la terre, échauffée en été par l'ardeur du soleil, fait de la Mingrélie un séjour des plus malsains. Les étrangers y contractent de graves maladies , et les naturels atteignent rarement à une grande vieillesse. L'hydropisie est trèscommune chez eux; mais généralement toutes leurs infirmités ne doivent pas être attribuées au climat seul , fes mœurs du pays y contribuent beaucoup aussi. Les Mmgréliens ne mangent, pendant la plus grande partie de Tannée, que leurs énormes dioux , auxquels ils ajoutent quelques poissons salés ou de fa chair de porc; ils boivent une sorte de vinaigre fait
(•) Voy. Chronique géorgUnnê , traduitt:
par M. Broeset. Paria, i83o.
avec le bouillon de ces mêmes choux.
Des racines qu'ils couvrent de sel et quelques fruits sauvages complètent leur nourriture habituelle. Ils passent leur vie à cheval, ne s'arrêtent que pour dormir sur un terrain mouillé, et sont constamment, enfin , dévorés par la vermine. Ce peuple fait une grande consommation de gomi ( panicum italicum ), espèce de millet. Nous allons d'ailleurs retrouver, en parlant de TIbérie et de la Circassie , les autres traits caractéristiques des habitants de l'ancienne Colcnide.
LIbérie, dont Tétymologie est incertaine, a formé la Géorgie proprement dite , ou le Karthli, borné au nord par la chaîne des montagnes neigeuses du Caucase , à l'ouest par la Colchide , à Test par l'Albanie, au sud
Ear l'Arménie, dans une limite variale et long-temps indéterminée. Tout ce pays, lors de la colonisation riveraine des Grecs , était occupé par les Masques y dont faisaient partie les tribus des Tibarrhéniens , des Macroses , des Amardes et autres. Quelques auteurs supposent que les Grecs appelèrent ces peuples Géorgiensy du mot GéorgoSy laboureur ; mais cette étymologie est peu soutenable, quand on considère que Tagriculture de cette contrée ne pouvait certainement pas être un objet d'admiration pour la Grèce. Il n'est pas plus raisonnable de ^nser que ce pom leur fut donné, après l'introduction du christianisme, en Thonneur de saint George, dont la mémoire est tellement vénérée parmi eux, que la majeure partie de leurs églises lui sont dédiées , et qu'ils n ont pas eu moins de treize souverains au nom de George. L'étymologie la plus vraisemblable est celle qui tire le mot Géorgie de I>forzan , le plus anciennement donné a cette contrée par les auteurs arabes , ou de Gourajistany sous lequel elle fut connue au XIP siècle, après l'occupation du pays par les Gourdjes,
La Georjgie fut, depuis le XIIP siècle, subdivisée en plusieurs provinces, dont les noms, pour la plupart imposés par les conquérants venus de la Perse,
CIRGÀSSIE ET GEORGIE.
ont traversé les sièdes et se retrouvent dans certaines localités auxquelles il serait impossible d*assigner des limites. Parmi ces démembrements, le Kakhéthiy le Kharthli et le Somkhéthi ont formé, à diverses épo- ^es, des royaumes indépendants. Aujourd'hui le Cara-hag. entre le Kour et TAras , et le TaMjy qui borde la mer Caspienne , sont les provinces les plus méridionales de l'empire russe, sur les frontières de la Perse.
Les Géorgiens appellent leur pays Karthli. et toutes leurs tribus 7%argamosstarU, noms qu'ils ont adoptés depuis rintroduction du christianisme pour se donner une origine biblique.
Thargamos y patriarche de TArménie et de toute cette partie de l'Asie septentrionale, était le petit-fîls de Japfiet. Il eut huit Ois, aont le second, nommé Kharthlos, vint s'établir sur le versant méridional du Caucase , et fut le fondateur de la nation géorgienne. Etienne Orpélian, archevêque de Siounie, qui vivait dans le XI II" siècle , rapporte que ce fils du patriarche bâtit, au pied du mont Armaz, une forteresse à laquelle il donna le nom Û'Orpeth. Cette circonstance est digne d'être notée , car elle nous servira de point de départ pour l'histoire de la race des Orpélians, véritables maires du palais des rois géorgiens.
Mtskethos, l'aîné des fils de Karthlos y fonda auprès du confluent de l'Aragwi et du Kour une ville à laquelle il donna son nom , et qui servit de capitale à ses successeursjusqu'en 470.
Plusieurs d'entre eux y furent inhumés. Il faut rejeter parmi les contes {)ersans la tradition géorgienne selon a^elle un roi des Khazars , qui avait fait une irruption en Géorgie, et en Arménie, l'an du monde 2300, aurait donné à son fils Ouobos tcus les prisonniers ramassés dans la contrée comprise entre le Kour et l'Araxe, et Faurait établi roi du pays situé à l'est du Térek.
Des fragments de la chronologie des rois géorgiens se trouvent disséminés dans les historiens persans et
byzantins; Constantin Porphyrogénete dit que tous ces rois se prétendaient ISSUS de la femme d'Urie , enlevée par David. Deguisnes , Guldenstaedt et Klaproth en ont donné des listes incomplètes, et qui , cependant, ne comprennent pas moins de 120 monarques; mais nous ne tenterons
I)as de tirer leurs noms obscurs de 'oubli qui les menace. Il importe peu de savoir que des Jrtaky des Datchiy des BakouTy des Mtrwariy des Louarsab ^des f^aktanp ont administré sans gloire un peuple incivilisé , sous la tutelle des empereurs d'Occident ou des rois de la Perse ; l'attention ne doit se porter que sur quelques rares sommités qui (ipparaissent de loin en loin , dans le domaine de l'histoire, comme des oasis dans un désert de sable.
Les chroniques géorgiennes citent Phamewaz ou Pkàmaoace comme le premier qui ait pris le titre de roi de Géorgie. Il vivait environ 300 ans avant l'ère chrétienne. Mais il n'est pas question de lui , sous ce nom du moins, dans la chronologie de Degui-
fnes. Un de ses successeurs , du nom 'Aderki , divisa ses états en deux royaumes , celui à^Jrmazet et celui de MUhet. qu'il laissa en mourant à ses deux fils ; mais à la sixième génération, le souverain d'Armazel les réunit de nouveau. Un roi, nommé Mirvan , fit bâtir la forteresse de Dariel, et élever un rempart pour servir de boulevard à la Géorgie , contre les invasions des Alains et des Khaza res (*) ; cela n'empêcha pas les Alains
(*) Les Alains. L'antiqnilé confondait sous ce nom générique plusieurs naltons voisines du Caucase et de la mer Caspienne. Selon Eustalbe, ce mot, dans la langue des Sarmates, signifie montaffnards. Ceux dont il est ici question oot eié la souche des Ossètes , dont il sera parlé plus bas.
Les Khazares, D'après M. Lesur, et gé< néralement d'après les écrivains modernes, les Khazares seraient d'origine turque.
M. Klaprolh a démontré victorieusement , selon nous, que c'est là une erreur, ci que ce peuple est plutôt d'origine finno-ouralienne. Il en est question dans Hérodote et Straboa sous le nom de Katiars; dans Prooope, soui
UUNIVËRS.
dans le siècle suivant ( 100 aas avant J.-C ) de traverser deux fois le Caucase du nord au sud pour se porter vers TArménie et la Médie.
A la un du III* siècle de Tère chrétienne , nous voyons un roi , JspagouTy abolir la coutume d'immoler des enfants aux idoles. Cet événement fut le présage d'un grand changement qui allait s'opérer parmi les peuples caucasiens , par nntroduction du christianisme. Dioclétien tenait les rênes de l'empire, Tiridate régnait en Arménie, et Mirian en Géorgie ( 265 à 818 ), lorsqu'une esclave que les chroniques arméniennes appeUent Aina, mais que les martyrologes ne désignent que par les mots dfe scUrUe servajUe chrétienne y vint en Géorgie et y porta , avec l'exemple de toutes les vertus , la foi de Jésus-Christ. Le roi Mirian fit construire à Mtsketha une chapelle en bois où furent déposées de précieuses reliques. Mirdat , son petitfils, remplaça par une église en pierre la baraaue due à la piété parcimonieuse ae son aïeul. En 469, le roi Waktang-Gourgaslan abandonna sa capitale de Mtsketha pour une nouvelle ville qu'il avait fait bâtir sur l'emplacement d'un ancien village, nommé TphiUsH ou TphilUkalahi , la ville chaude, à cause de ses sources d'eau thermale. Cette ville n'a pas cessé d'être la capitale du royaume ; elle se nomme aujourd'hui Tidis.
Le VII* siècle de notre ère vit naître l'islamisme. Cette nouvelle religion ne fut pas étrangère aux maux qui vinrent assaillir pendant plusieurs siècles les nations caucasiennes. En 684, le kallfe Valid envoie dans le Caucase une armée de 3000 hommes, sous le commandement de son frère 'Muslimeh. Celui-ci s'empare de Derbeot après une bataille mémorable, où fut tue un héros, dont la mémoire est chère aux musulmans : son nom est Kriklar, On voit encore son mausolée aux environs de Derbent ; les Lesghis y viennent en pèlerinage.
celui de Kkazires ; dans Moïse de Khorène, et let écrivains postérieurs à l'ère chrétienne, sens celui de Khatars ou Kozars.
De cette époque jusqu'à la fin du IX* siècle , les Arabes continuent leurs incursions dans la Géorgie, le Chirvan et le Daj^hestan , dont ils forcent ceux des iiabitants qui tombent en leur pouvoir à embrasser la religion de Mahomet. En 861 , ils s'emparent de TifJis, mais après cet exploit, leur domination commence sa période de décadence. Ils avaient cependant envoyé Slusieurs colonies dans le Caucase, et, e nos jours encore, on trouve, au nord de Derbent, une peuplade arabe, dont l'origine remonte jusqu'à cette colonisation, ^^ous arrivons enfin, en laissant de côté une longue série de petits souverains sur les noms et l'ordre desquels les chroniqueurs et les historiens ne sont pas même d'accord, à quelques événements qui concernent la race si intéressante des Orpélians.
Les Géorgiens gémissaient depuis long-temps sous le joug des infidèles.
Leurs souverains, forces de suivre les inspirations d'un commissaire étranger, n'avaient plus qu'une ombre d'autorité , et n'osaient même prendre le titre de rois; ils se faisaient appeler Patricks ( patriciens ) , ou mamasakhlisi ( pères de maison). La mauvaise administration, oui était la consé-
3uence inévitable de cet état de choses, onnait naissance à une foule d'abus, et , par suite , à la corruption et aux désordres de toute nature. Sur ces entrefaites, une grande révolution s'opéra dans un pays de l'Orient, voisin des Tatares, et qui s'étend, dit l'archevêque de Siounie, Etienne Orpélian (*) , jusqu'aux monts Imaùs.
A* la suite de cette révolution, une
rirtie de la famille régnante se voua rémigration, et, de contrée en contrée, elle arriva au pied du Caucttse.
Le chef de ces nobles voyageurs était un prince de bonne mine, brave et courageux. Apprenant la tariste position des Géoreiens, de plus en plus opprimés par les Persans, il leur fit onrir ses services , et se mit incon* tinent- en devoir de les délivrer de leurs tyrans. La fortune secondant
{*) Voyez le livre curieuK et sarant de M. Saint-Marlin, Mémoires sur C Arménie.
CIRCASSIË ET GEORGIE.
tOD courage, il put tenir tout ce qu*il ayait promis aux peuples de la Géorgie. Ceux-ci , reconnaissants d'un pareil bienfait, décernèrent de grands honneurs à ces étrangers, et surtout à leur brave chef. Le roi lui donna , entre autres domaines, la forteresse d'Orpethy d*où lui fut acauis, pour lui et ses descendants , le surnom d'OrpéUan. Cette famille ne cessa de rendre à la Géorgie des services signalés; elle fut en possession de fournir à la couronne ses plus fermes soutiens, et au peuple ses plus braves défenseurs. Convertis à la foi chrétienne, les Orpélians la servirent toujours avec zèle contre les entreprises des infidèles , et acquirent tant de gk'ire , qu'il n'eût tenu qu'à eux de remplacer sur le trône les fantômes de rois qui s'y succédaient obscurément sous leur protection. Le chef des Orpélians était de droit sbaltisar, ou généralissime des armées géor-
g'ennes ; il avait en propre , outre la rteresse d'Orpeth et autres apana- §es, douze étendards ,. sous chacun esquels se rangeaient mille combattants. Dans les solennités publiques, il marchait devant le roi , portant une baguette surmontée d'une tête de lion.
Son drapeau était rouge , pour le distin^er de celui du souverain , qui était blanc. A la table royale , il avait seul le privilège de manger couché sur un lit , et d*étre servi avec des plats d'argent ; enfin , c'était lui qui couronnait le roi. On conçoit que tant d'honneurs aient pu exciter l'envie de la noblesse géorgienne et du souverain lui-même : il n'y aura plus lieu d'en douter après les événements que nous allons raconter.
En l'année 1049 de notre ère , sous le règne d'un roi nommé David, les Turcs Seldioukides firent une irruption dans l'Asie-Mineure et les provinces caucasiennes. Le roi David eut peur et se sauva dans les montagnes ; mais le shcUasary Libarid Orpélian , s'avança bravement à la rencontre des infidèles, suivi seulement d'une poignée de guerriers auxquels se joignirent quelques corps arméniens et grecs.
Il présenta la bata/tle à un ennemi dont l'armée était vingt fois plus nombreuse que la sienne , se comporta vaillamment et fixa ia victoire sous ses drapeaux. Cet événement lui acouit tant de gloire , que les nobles géoi-f:u>ns en conçurent une violente jaioiisie. Ces ingrats ne tougirent pas de se liguer coptre leur chef, qu'ils assussîuerent traîtreusement. Ce forfaitn'attendit f)as long-temps son châtiment : l'armée des Turcs s'était débandée , mais elle n'était pas détruite, et quand elle revint à la charge, les chrétiens, privés d'Orpélian , n'osèrent lui tenir tête ; ils furent, pour la plupart, taillés en pièces , et la Géorgie tomba au pouvoir des Seldjoukides. Tifiis ne fut pas Îilus épargnée que les autres villes , et es vainqueurs y mirent une garnison, pendant cjue les débris de l'armée vaincue allaient chercher un refuge dans les hautes montagnes.
Cependant Libarid avait laissé un fils , ivané V. Cet héritier de la gfoire paternelle fut rappelé par le roi Davidle-Fort , deuxième du nom , et rentra non-seulement en possession de son
Satrimoine, mais reçut encore le don e la forteresse de Lorhi. L'an 1160, David III , qui avait ré^jné avec sagesse et modération, mourut et laissa un fils en bas âge nommé Temna. La veille de sa mort , il avait appelé auprès de lui le connétable Ivané Orpélian III, petit-fils du précédent, et, en présence de toute sa cour , lui avait tenu le langace suivant : a Quand Je « ne serai plus, mon frère Georgo « gouvernera l'état au nom de son « neveu , comme un bon et loyal ré< « gent ayant la crainte du Seigneur.
« Quant à vous, Orpéliun, je vous « laisse la tutelle de mon fils ; veillez « sur ses jours et son éducation , je « le confie à votre loyauté : quand il « aura atteint l'âge de majorité, vous « le ferez reconnaître pour mon légi- « time successeur. » Cela dit , il avait mis l'enfant entre les bras du sbala^ sar ; et celui-ci avait juré, sur son épée , de remplir fidèlement les intentions du monarque expirant. Il tint parole; et le jeune Tenma apprit, sous
L'UNIVERS
ses ordres, comment il lauait gouverner un peuple- cuerrier dans un temps de troubles et de discordes. A répogue de la majorité du prince , les grands du royaume, mécontents de l'administration de George, vinrent trouver Orpélîan , le pressant de faire reconnaître le véritable roi. Ivané se rendit à leurs désirs ; mais comme il arriva que le régent ne voulut pas rendre la couronne , il fallut recourir aux armes. George se retira h Tiflis , oî^ Ivané vint Tassiéger; malheureusement ce général, espérant que la réflexion ramènerait rusur|>ateur à de meilleures dispositions, laissa traîner le siège en longueur. Son adversaire proflta si bien dé ce délai, qu'en peu de lemps Ivané se vit abandonné par la majeure partie des seigneurs ^ que les promesses fallacieuses au premier attiraient auprès de lui.Obligé alors de fuir à son tour, il se retira, avec son pupille, dans la forteresse de Lorhi , et envoya son frère Libarid et ses deux Gis demander du secours aux Atabeks de Perse et d'Arménie. Le récent ne tarda pas à venir mettre le siège devant Lorhi , qu'il réduisit à la dernière extrémité. La présence seule du jeune roi donnait encore quelque force au parti de ses défenseurs , lorsque ce prince, saisi d'une terreur panique, déserta lui-même sa propre cause ; et s'étant laissé couler au pied des remparts, vint se jeter aux genoux de son oncle, implorant sa pitié, et ne demandant que la vie. Le vaingueur,
2ue nous pouvons appeler maintenant reorge III , la lui accorda , dans l'effusion de sa surprise et de sa ioie ; mais mieux eût valu mille fois la lui ôter I Le monstre flt crever les yeux à ce faible enfant , et le réduisit a cet état abject où l'homme ne peut i)lus espérer les douceurs de la paternité.
La guerre désormais devenait sans objet. Orpélian consentit donc à se rendre, sous la condition qu'il ne lui serait fait aucun mal. George en avait donné sa parole ; et cependant , quand il eut en son pouvoir celui qui avait voulu l'empécner de régner, il ne craignit plus de se parjurer : il traita
en tout son prisonnier comme it avait traité son neveu, lui laissant la vie par dérision. Non content de cela , il attira auprès de lui les parents d'Ivané et les Gt tous massacrer , sans éçard pour les enfants , les vieillards ni les femmes. Enfin , voulant anéantir, s'il était possible, jusqu'au souvenir de la race des Orpélians , il Gt effacer leurs noms de foutes les inscriptions des églises, ainsi que des livres historiques;
Sur ces entrefaites, Libarid, frère du malheureux Ivané, ignorant cette catastrophe , arrivait avec une armée de 60,000 hommes. Mais quand il eut appris ce oui s'était passé : a L^ chré- « tiens, dit-il, ji'ont pas fait cela, « pourquoi irais-je les punir d'un crime « qu'ils n'ont pas commis? » II se retira donc , et congédia son armée. Ses deux neveux le suivirent dans l'exil , et se réfugièrent, l'un chez l'Atabek Ildigouz , l'autre auprès de l'émir de Kondsag. Ce ne fut que long-temps après, sous le règne de Thamar, Gile et héritière de George III , que l'un d'eux , du nom de Libarid , consentit à rentrer en Géorgie, où on lui restitua la forteresse d'Orpeth. Il fut la source des nouveaux Orpélians.
Le règne de Thamar forme la ^riode la plus glorieuse de l'histoire géorgienne. Ostte princesse , que ses peuples reconnaissants appelèrent Mejrhé^ nom qui ne convient qu'aux souverains de 1 autre sexe, eût acquis une célébrité historique sur un champ plus vaste; elle eût été Sémiramis a Babylone, Elisabeth à Londres, Catherine à St-Pétersbourg. Elle rappela à son service, ainsi que nous venons de le dire , les illustres rejetons de la race des Orpélians , chassa les Persans qui avaient envahi ses états , conquit tout le pays situé entre le Kour et l'Araxe, rendit tributaires plusieurs princes voisins, et étendit sa domination de la mer Caspienne à la mer Noire. Son Gis, George IV, surnommé le Lippu (Lascka)^ secondé par Ivané Orpélian, entreprit plusieurs guerres heureuses contre les tribus situées hors de la limite méridionale de la
CIRCASSIE ET GÉORGIE
Géorgie, et les contraignit à embrasser le christianisme. Mais , en Tannée 1220, les Mongols, que conduisaient les généraux de Tchinghis-Khan. entrèrent dans TArménie et se portèrent de là vers le Caucase, qu'ils traversèrent en entier, semant partout, sur leur passage , la dévastation et la mort. La vieillesse de George IV fut abreuvée d'amertumes par une suite de mal-
beurs qui offrent peu d'intérêt histo
rique. Il laissa un Ois en bas âge , qui
régna depuis sous le nom de David iV,
et confia sa tutelle à sa sœur Rousoudan. Cette princesse s'empara de la couronne en 1224, au détriment de son neveu. Sous son rèçne , les Mongols rentrèrent dans l'isthme caucasien , et y causèrent encore une fois d'épouvantables ravages. A dater de cette époque , jusqu'à la fondation du nouveau royaume de Perse ( 1500 de J.-C. } , l'histoire géorgienne sa confond avec celle des conquêtes de Tchinghis-Khan et de Timour-Lang (Tanierlan). Seulement on voit briller, de temps en temps, quelques beaux faits d'armes inspirés par le désespoir des vaincus. Des sucœs momentanés laissent aux peuples opprimés le temps de respirer; mais les conquérants ne tardent pas à revenir, grossis et murmurant comme les vagues 'de la tempête. De 1305 à 1346, plusieurs combats méritent à George VI le surnom de Très-Illustre. En 1388, Tamerlan ravage de nouveau la Géorgie , dont il emmène le roi, Bagrat, prisonnier.
Celui-ci feint de se convertir à la religion de Mahomet; il gagne ainsi la confiance du vainqueur, lui demande une armée pour rentrer dans ses états et en appeler les habitants au musulmanisme : le guerrier mongol donne dans le piège , et envoie ses soldats à la mort. Furieux ensuite et rugissant comme un lion , il rentre en G&rgie , où. dans trois expéditions successives, il dévaste les villes , les campagnes et les monastères ; fait couler des flots de sang et ne détruit pas moins de sept cents villages, tandis que George VII, iiis et successeur de Bagrat , se cache dans les gorges les plus reculées du
Caucase. En 1404, Tamerlan abandonne enfin ce malheureux pays ; George descend de ses montagnes, reprena succ^sivement Tifiis et les principales forteresses occupées par les Persans, et vit encore quelques années tranquille et heureux, autant qu'il pouvait l'être au milieu des ruines de sa patrie, encore fumantes du sang géorgien. Dix années après, Alexandre, de la maison de Bagration, réunit sous sa domination tous les pays géorgiens.
De 1500 à 1703 . c'est-à-dire jusqu'au règne de Vakhtang VI , le dernier roi de la branche principale des Bagratides, on voit se sucokler douze monarques du nom de David y Loîtarsabj Simon ou George ^ tous tributaires de la Perse , quelquefois en état de rébellion, mais toujours victimes des dissensions intestines. En 1618, Cbah-Abbas emmène cinq cent mille Géorgiens des deux sexes , et les dissémine sur le sol de la Perse. Les royaumes de Kakheth et de Karthli se forment des débris de celui de Géorgie; puis ils se fondent l'un dans l'autre , se séparent de nouveau et se réunissent encore. Les provinces, à cette époque, étaient administrées par des gouverneurs qui prenaient le titre de Khans. Enfin , Vakhtang VI , qui attacha son nom à un code long-temps vénéré, et l'un des plus belliqueux souverains du Caucase, vient interrompre, par d'éclatantes vertus, cette longue obscurité , jusqu'à ce que , vaincu lui-même et ayant épuisé tou* tes ses ressources , il se jette dans les bras de la Russie, et se retire à Astrakan , pour y mourir en paix (*).
Depuis long-temps le zèle religieux des uéorsiens et l'horreur que leur inspirait le Joug des mahométans les avaient portés a rechercher secrètement l'alliance de la Russie. Cette Suissance s'était déjà , depuis le rèene 'Ivan-Vassilievitch , étendue jusqu^au pied du Caucase , et, dès l'année 1555, plusieurs tribus tcherkesses avaient
(*) Pour quelques Orientalistes, ce prioot n'est que le cinquième de son nom.
L'UNIVERS
reconnu son vasselage.' En 1586 , un roi de Kakéthi se mit sous la protection du czar Fodor, et trois ans après, une ambassade géorgienne vint implorer son secours contre les Turcs. Cet événement se renouvela souvent et inspira aux Russes cette convoitise des provinces caucasiennes qu'ils ont, depuis, si largement satisfaite. En 1722, Pîerre-le-Grand traverse le défilé de Derbent, et vient assiéger le vieux Chamacki , où des sujets de son empire avaient été lâchement assassinés par les Persans. Un traité lui assure la possession des provinces qui bordent la mer Caspienne ; mais quelques années après , elles sont rendues a Nadir-Schah. Enfin, arrive le rè^e d'Héraclius , deuxième du nom. Si la dignité de Fbistoire nous permettait de reproduire ici une expression devenue proverbiale, nous dirions aue ce fut le commencement de la nn.
Héraclius, voulant se soustraire h la domination des Persans, se constitua vassal de Catherine II , par le traité de Gheorgiewsk (24 juillet 1783).
Douze années après , une armée persane vient ravager ses états pour punir cette désertion; Aga-Mohamed- Khan s'empare de Tiflis , Fabandoiine au pillage, met tout à feu et à sang , et emmène vingt mille prisonniers.
Héraclius ne reçoit de la Russie que d'impuissants secours ; il meurt (1798) accablé de chagrins et de regrets. Son fils George n*a pas un règne plus tranquille, (instamment occupé à guerroyer contre les montagnards lesghis et les Persans , il implora la protection de l'empereur Paul I", et mourut avec la certitude qu'il était le dernier roi de Géorgie. La reine Marie, sa veuve, voulut d'abord s'opposer aux prétention^ des Russes; on dit même qu'elle fii poignarder un ofïlcier supérieur que le général Tzitzianoff avait charge de la conduire à Moscou.
Enfin die se rendit, et son fils David, ayant peu après (1800) fait une entière cession à l'emiH^reur Alexandre de l'héritage de ses pères , tous deux 86 retirèrent à St-Pétersbourg. A dater de cette époque, la Géorgie de-
vient une province russe; elle n*est plus du domaine de l'histoire.
Les Géorgiens professent la religion chrétienne, et appartiennent , pour la plupart, à l'église grecque orthodoxe.
Dans cette nation , les hommes sont grands et robustes; ils ont l'humeur guerrière et quelquefois ftirouche ; ils sont intelligents, hospitaliers, mais ignorants et peu affables. Leurs femmes ont des traits délicats et réguliers, le regard doux , la taille élancée et la peau blanche. Leur beauté leur a de tout temps valu une grande célébrité.
A l'époque oii les provinces du Caucase n'étaient pas sous la protection de la Russie , les Géorgiennes peuplaient les harems de l'Orient , et parlageaient avec les Circassiennes l'honneur de donner des souveraines à l'Asie.
Les belles-lettres ont été cultivées avec quelque succès par les Géorgiens. La traduction de la Bible , qui remonte au VIII*' siècle , est restée le premier et le plus beau monument du pur idiome de ce peuple. Les rois de ce pays envoyaient ordinairement quelques Jeunes gens choisis s'instruire aans les écoles d'Atliènes; aussi les mythographes erecs , les ouvrages de leurs anciens pnilosophes et ceux des Pères de l'Église , ont-ils été traduits en géorgien. Plus tard , des rapports suivis avec les musulmans de l'Ara^ne et de la Perse amenèrent dans la littérature du Caucase une invasion du goût de ces peuples. Au XVIir siècle, les dynasties royales des Moukraniens et du Kakheth produisirent les littérateurs les plus distingués. Lti traduction de la bible, revue et complétée par les soins de trois rois , fut imprimée à Moscou , et plusieurs des meilleurs ouvrages français du siècle de Louis XIY obtinrent le même honneur.
La langue géorgienne, dont la plus belle époque date du règne de Thamar, tient, par la ressenoolance d'une grande partie de ses mots , aux idiomes persan et arménien. Sans être rude a la prononciation , elle est so-
CIRCASSIE ET GÉORGIE
SI
nore et abondante en articulations fortes (*).
La population de la Géorgie, dans ses limites actuelles, s'élève a 400,000 individus environ, et se compose d*indigèneâ , d'Arméniens qui fuyent devant la persécution mahométane , de Juifs, de Kourdes, de Tatares, de Persans et de Quelques Turcomans , dans le district ae Bortchalo. Les Arméniens ont, en quelque sorte, le monopole du commerce, les Géorgiens se livrant de préférence à la culture des terres.
Outre les vignobles du Kakethi qui fournissent à la Géorgie tout le vin nécessaire à la consommation, on cultive , dans tes trois provinces de l'ancien royaume, la garance, le mûrier, les céréales et surtout le riz. Le Karabagh est renommé pour sa belle race de chevaux persans. Les moutons sont fort nombreux dans toute la contrée; les boeufs, les cochons, et généralement les animaux domestiques de TËurope font partie de ses richesses agricoles.
TyiiSj que traverse le Kour, ou CyruSy est encore la ville la plus importante de la Géorgie moderne. ( Voy.
la pL 4. ) Prise et saccagée plusieurs fois, notamment en 1796, elle a été reconstruite avec goût. Elle se divise eu ville vieille , sale et tortueuse , et en ville neuve , dont les rues n'ont pas moins de 60 pieds de largeur; les maisons y sont construites en briques, et surmontées par de grandes terrasses sur lesquelles les femmes aiment h se rassembler dans les belles soirées d'été. On y voit les dames âgées causer entre elles et prendre des rafraîchissements, tandis que les jeunes filles dansent au son de la guitare ou du tambour de basque. ( voy. pi. 11. )
On remarque à Tiflis de belles places,
(*) Nous devons & Tobligeance de M. Broswt, auteur de plusieurs ouvrages de philologie géorgienne, la communication de qoel- (^ues notée intéressantes sur la langue et la littérature de la Géorgie.
YoTez aussi les divers fragments insérés dans le Journal asiatique, et surtout les savants écrits ilc M. Klaproth.
de vastes carayansérails , des hôpitaux, une cathédrale et un jarain botanique. Sa population , composée d'indigènes , d'Arméniens , de Russes , de Juifs et de Persans , peut s'élever à 30,000 âmes. Le choléra-morbus y a fait plusieurs fois d'assez grands ravages.
L'abondance des marchandises de toute nature et de tout pays, la variété des costumes orientaux, le passage des chameaux et des chevaux, donnent à Tiflis un aspect pittoresque et animé, que les étrangers ne peuvent se lasser d'admirer.
Mhketha^ dont l'origine se perd dans les traditions bibliques,estauioturdhui presque entièrement ruineîe , à l'exception de la cathédrale et de la forteresse; sa population ne dépasse pas 1000 à 1200 âmes.
Gori est situé à 20 werstes N.-O. de Tiflis, sur la Pchiani, à peu de distance du confluent de œtw rivière et du Kour ; cet emplacement rappelle Fancieime Gorsenna. C'est la seconde ville du royaume , sous le rapport de la population et du commerce ; on y voit huit églises, dont une appartient au rit catholique.
Souranij dans le Karthli, est remarquable par la beauté du pays environnant. Le château est situé sur une montagne élevée , d'où la vue peut plonger dans les étroites vallées qui conduisent en Iméréthi. (Voy pi. 10.) A une werste de Souram , un groupe de cabanes , entourées de peupliers , sert à la quarantaine des voyageurs qui viennent d'Akaltzike.
Rauissy est un petit viflage de Karthli , que nous mentionnons |x>ur signaler une église d'une architecture élégante, dont l'origine remonte au moyen âge. (Voy. le n" 2 de la pi. 1.)
ÊUsabetpol, capitale du khanat de Gandjah , est dédiue de son ancienne prospérité, bien qu'elle compte encore 12,000 habitants; les vastes solitudes
3ui l'entourent sont remarquables par es ruines immenses et d'intéressantes antiquités. De ce nombre est la colonne de ChamhhoTj dont on i{;nore à la fois l'origine et l'usage primitif. Elle
za
UUIflVERS.
est construite en briques rouges, posées par assises régulières; sa hauteur est d'environ 200 pieds. On y remarque une galerie extérieure, à laquelle conduit un escalier en spirale.
La Géorgie ottomane a été enlevée dernièrement à la Turquie; nous mentionnerons , dans cette province, JkhaUzihhéy ville importante et très-peuplée, où Ton trouve une bibliothèque, un collège, et la belle mosquée d'Ahmed, construite sur le modèle de Sainte-Sophie de Ck>nstantinople.
Dans Tancienne Albanie, qui forme aujourd'hui le Daghestan méridional, on remarque Derbent, dont nous avons déia parlé : sa population est de 8000 haoitants ; l'ancienne Kouba , que rinsalubrité de son climat fait abandonner peu à peu par tous ses habitants; la nouveUe Kouba, située à peu de distance ; Koura, où réside le IChamouiaî-Khan f sorce de prince brigand, qui reçoit un tribut de la Russie ; Yarsiy ou demeure le kadi du Tabasséran , s^utre chef d'une population féroce, qui n'est soumise à la Russie que nominalement , et dont le chef est même pensionné par cette puissance ; Barcluyet Tarkou servent également de repaires à des Khans ou TchamkaUj que la Russie est obligée de stipendier pour préserver ses sujets de leur brigandage. Qiacun de ces petits souverains peut mettre de 6 à 8000 bonunes sur pied. Voilà , à notre avis , la véritable position sociale qui sert de transition entre le voleur de grand chemin et le conquérant à la manière d'Alexandre. Ces nations appartiennent, par la naissance et la langue, aux Tatares, aux Kalmouks et aux Cosaques.
Dans le Chirvan, province située au sud du Daghestan , les usages se rapprochent beaucoup des mœurs persanes. Les harems musulmans y sont alimentés par des esclaves circassiennes et déjeunes et belles bayadères tatares. Les villes les plus remarquables sont le vieux et le nouveau Chamacki^ Bakou et Salian, Le vieux ChamacKi est une ville célèbre dans la mémoire des peuples caucasiens ; elle fut jadis l'en-
trepôt du commerce de l'Orient. Set ruines imposantes , ses vastes caravansérails, ses palais, et l'heureux choix de sa position , attestent son ancienne opulence , ainsi que l'industrie 2ui distinguait ses 100,000 habitants, détruite et dépeuplée par les Turcs , les Mongols et les Russes, elle fixa, en 1820, l'attention du général Yermoloff , qui s'occupa sérieusement à relever ses ruines. Cette louable entreprise a été couronnée d'un plein succès , et tout présage au vieux Chamacki une ère nouvelle de prospérité.
Nous avons déjà parlé de Bakou au sujet des fameux puits de naphte. Son port est le plus fréquenté de la mer Caspienne. La |)éche des phoques se fait sur une lie située à quelques lieues seulement; elle donne chaque année de 5 à 6000 individus. La soie, le safran, le riz , la garance et le sésame constituent les ressources apicoles des environs de Bakou , et généralement du Chirvan.
Salian est une petite ville qui tire de la pêche toute sa richesse : eUe œt située dans un angle que forment deux bras du Kour. Au-delà de ce fleuve , en allant au S.-E. , conunence le désert de Moghan.
Sur la route militaire » qui de Tifiis mène à Mosdok, on trouve, au-delà de Mtsketha, Jnanowy petit bourg de 2 à 300 habitants , où les voyageurs font quarantaine avant d'entrer en Géorgie j Kasbek, où réside le chef des Ossetes (*); Z>ane/. forteresse qui donne son nom -au défilé; yiadikawkas , d'origine moderne, résidence du gouverneur de la province du Caucase; Mosdok y ville conunerçante, et forte station militaire; et, enfin, plusieurs villages et quelques stanUza de Cosaques.
PATS DES MONTAGNES.
I9ous comprendrons d'abord ^ dans cette section, deux peuples qui ont entre eux les plus granos rapports ,
(*) La planche septième est une tim du mont KasDock, ou Mqinwari, aulrelMt rocher de Proméihée.
CIRCASSIE ET GÉORGIE
les Jbase^et les Tcherhesses. Chacun d'eux , vivant en aristocratie militaire, ou plutôt disséminé en républiques féodales , présente le curieux spectacle d'une nation qui a bravé les conquérants et traversé les siècles, en conservant la physionomie de Tétat social primitif, les mœurs belliqueuses, le
tinien, les Abases furent convertis au christianisme. Les Turcs ont essayé maintësfois depuis de les amener à leur culte. Il en est résulté qu'ils ne sont' ni chrétiens, ni mahométans , leur religion se bornant à quelques pratiques superstitieuses, au milieu desquelles on retrouve les traces imparfaites qu'y
mépris de la propriété , le pendiant ont laissées les missionnaires de l'Éau vol , les relations du maître avec vangile et ceux du Koran. Du temps
ses esclaves, et, sur toutes choses, le respect le plus profond pour les droits de Thospitalité.
Abases. — L'^6a5ie se divise en deux régions, la grande et la petite. La Grande-Abasie forme le littoral de la mer Noire, en remontant vers le nordouest, depuis la limite de la Mingrélie jusqu'à la ville d'Anapa , enlevée der* nièrement aux Turcs. La Petite- Abasîe est comprise dans les régions supérieures entre la rivière Malka et leKouban , à l'endroit où ces deux courants d'eau prennent leur source. La première fut fréquentée , dès la plus haute antiquité, par les navigateurs orecs, et,
{)Ius tard, par les Romains. La étaient es Zykhes ( Zuxcc) , les Achseens, les KerkîèteSy les Sanniges, et Quelques autres qui se sont fondus dans les deux groupes qui font l'objet de cet article. Peut-être les Grands-Abases sont-ils les descendants des Égyptiens qui vinrent en Golchide sous la conduite de Sésostris : c'est du moins ce qu'on pourrait arguer de leur constitution physique. Ils ont la tête comprimée , le bas du visage court et le nez saillant.
Les Géorgiens donnent aux Abases le nom ^Aokassi; plusieurs géographes appellent leur pays Jonassie^ et même Jvogasi; eux-mêmes, enfin, prennent le nom é^Jbzné.
Ce peuple est fort ancien dans le Caucase. Il fut autrefois soumis tour à tour aux Lazes, aux Géorgiens, aux Romains, aux Mongols et aux Persans, ou plutôt il fit alternativement, avec chacune de ces nations, ces traités hypocrites que le plus faible reçoit du
fHus fort , avec la condition tacite de es fouler aux pieds à la première occasion. L'an 550 , sous l'empereur Jus-
du fias-Empire , le zèle pieux des chevaliers de la chrétienté et l'ardeur entreprenante des peuples commerçants attirèrent à la fois chez eux des Francs et des Génois, dont ils ont conservé le souvenir. Ils montrent encore de vieilles églises élevées par les premiers , et même des épées et autres armes qui appartiennent à l'époque des croisades. U est possible aussi que ces objets aient été apportés chez eux par les Arabes, qui les avaient enlevés aux prisonniers chrétiens.
Quant aux Génois, leur nom, l^èrement altéré, s'est conservé dans cette contrée , où les habitants aiment à parler des DJenovés, mot qui se rap* proche trop de l'italien genovese pour qu'on puisse s'y méprendre.
Les Abases vivent dans un état per-
Ëtuel d'hostilité avec leurs voisins { Russes de Souf^ouk-Kalé et les Min^éliens; mais ils n'ont pas d'ennemis plus redoutables que le peuple avec lequel précisément ils semble* raient devoir le plus sympathiser , les Tcherkesses. Ceux-ci, qui les traquent dans les forêts comme des bêtes fauves, ont pris sur eux un si grand ascen* dant moral , que l'Abase se considère presque comme l'esclave né du Tcber* kesse.
La Russie entretient une croisière sur les côtes abasiennes; ce qui n'ern* pêche pas ces incorrigibles forbans de se riscjuer en mer sur des bateau»
longs et plats , semblables aux eamerm des anciens Goths , et de courir sut les navires marchands que le calme a surpris dans les parages de cette mer toujours inhospitalière.
Les femmes abases sont fort bellfli; elles allaient autrefois alimenter les marchés d'Anapa et de Tiflit, où tas
3* Uvraison. (Circâssie et Géorgie.)
L'UMlVEaS.
rural et les Persans venaient appro- Tistonner leurs sérails. On se fait aénéraiement en Europe une fausse idée sur cette vente des femmes de TOrient.
La philosophie s'en indigne, sansdoute, mais rhumanité peut s'en consoler.
En effet , les jeunes Abases, comme les Tcherkesses et les Mingréiiennes, mènent dans leurs montagnes une vie fort triste et fort précaire; aussi, toute leur ambition se borne-t-elle à être vendues et conduites dans un harem, où elles auront un époux, des esclaves et des bijoux , où elles coûteront enfin mille douceurs qu'elles ne peuvent espérer dans leur sauvage patrie. Mous n'en dirons pas autant pour ce oui concerne la vente des personnes de l'autre sexe : ici l'excuse serait d'autant moins admissible, que ce commerce abominable fut longtemps accompagné de la mutilation.
Ceux des jeunes Abases que l'on ne soumettait pas à une atroce opération, passaient (|uelquefois en Egypte, où ils étaient incorporés dans la redoutable milice des Mamelucks. L'un d'eux, nommé Barkok, est devenu sultan en 1S83.
Ici, un père a le droit de vendre ses enfants; le fils atné a la même prérosative sur ses frères et sœurs quand le père n'existe plus. Les Tcherkesses et les Abases continuent à faire ce trafic de chair humaine quand ils en trouvent l'occasion ; mais les Russes y mettent des obstacles qui ont fait singulièrement renchérir le prix des esclaves. Autrefois, un enfant se vendait de S à 4 écus, une femme 13 écus, un homme d'un âge mûr 15 écus, et une Jeune fille de treize à dix-huit ans 90 écus.
Les hommes de cette nation sont extrêmement paresseux , et par conséquent très-pauvres; ils préfèrent la vie de brigands à celle d'agriculteurs.
Ils élèvent pourtant des chevaux d'une race très-estimée , des moutons cham- Umk, doitt les grosses queues sont pour eux un mets friand , des chèvres et surtout des abeilles.
L'Ahasie supérieure, qui confine à rembouchure èa ILouban, Êiisait par-
tie de l'ancienne Stndlque, ou ré|non des Sindes. On croit même reconnâtre remplacement du portas sindUms de Scylax, dans la moderne Sowfjoukkalé, à 50 werstes d*Anapa , en redescendant la côte du nord au sud-est.
Ânapa^ jadis résidence d'un pacha , ville de 3000 âmes , Sotufjouk'kcUé , que nous venons de nommer, Ghe" Unjikj Pchia, youlan, PUzunda (l'ancien Pythius)y Sohoum-Kalah, et quelques autres villages dont les rades servent d'asile aux croiseurs russes sur une côte infestée par la piraterie, sont les seuls points du littoral qui méritent d'être signalés.
TcHERKBSSES.— Les Tchcrkessès ^ ainsi nommés de deux mots tatares qui, littéralement, équivalent à coupeurs de chemin y c'est-à-dire brigands, se donnent à eux-mêmes le nom ^A(Uyhé.
Nous les appelons à tort Circassiens.
Leurs voisins, les Ossètes, les nomment Khasakhs; et il est à remarquer (|ue 1& Kcuakhia des historiens byzantins se trouve sur leur territoire : ce sont les Kassoghi des chroniques russes du XI' siècle. D'un autre côté , plusieurs tribus cosaques , au-delà du kouban , portent le nom de Tcherkesses ; et il existe en Crimée, à peu de distance de Sébastopol , dans la péninsule héracléotique, des ruines connues sous celui de Tcherkesskerman , ou forteresse des Tcherkesses. Sur la droite de la baie de Sébastopol , on trouve également, entre les rivières Katcha et Belbek, une plaine des Tcherkesses ( TcherkesS'tota ) , dont la partie supérieure est appelée Kabardah. Or , les princes circassiens, qui se disent issus d'une famille arabe, s'intitulent princes de la Kabardah y et c'est le nom au'ils donnent à la contrée soumise a leur autorité. Toutes ces circonstances indiquent clairement la part gue les Tcherkesses peuvent s'attri- UOT dans l'origine ae la nation d^ Cosaques, dont la physionomie est aujoiml*hui, à la vérité , parfaitement caractérisée, mais qui n'était, dans le principe, qu'un mélange confus de divers pieuples.
Les Tcherkesses appartiennent aux
GIRCASSIE ET GÉORGIE.
tykhes des auteurs grecs. Ils vivent dans les haute? montagnes d*où s'échappent le Térek , la Malka et le Koi»* ban , et s*étendent jusqu'au rivage de la mer Noire, en se confondant avec les Abases. Le Térek forme dans leur pays deux divisions : la grande et la petite Kabardah; et, d'après ce que nous venons de dire, ce nom a été apporté par les princes dont il est, de nos jours, le titre générique.
On sait peu de cnose sur Thistoire de cette nation. Soumise d'abord aux Géorgiens , elle s'en sépara au XY I* siècle , pour passer sous la domination des khans de Crimée, et plus tard sous celle de la Russie. Le czar Iwan Vassilievitcb épousa, en 1560, Marie, princesse tcherkesse, fille de Tem* rcuk.
En 1700, le khan de Crimée voulut tenter de faire rentrer les Tcherkesses sous sa domination. Il se mit donc en marche à la tête d'une armée formidable , passa le Kouban , défit les rebelles en plusieurs rencontres , et les contraignit à se retirer dans les solitudes les plus élevées de leurs montagnes. Retranchés derrière des reîh- Karts de glace , et des pics inaccessiles aux vainqueurs, les Tcherkesses espérèrent d'abord que cette armée abandonnerait un pays où elle ne trouvait plus d'ennemis à combattre; mais il n'en fut pas ainsi , et le khan s'obstina à les tenir bloqués, certain de les réduire par la famine. En effet , après avoir épuisé leurs provisions de toute nature, les assièges furent contraints à abandonner leur retraite. On les vit alors descendre , d'un air sup-
f pliant, et conduire aux Tatares, dans 'espoir d'obtenir un pardon peu mérite, plusieurs jeunes et belles filles qu'ils livrèrent à la brutalité de la soldatesque, lui offrant, en outre, tout ce qui leur restait de liqueurs fortes et enivrantes. Les soldats tatares ne s'étaient jamais trouvés à pareille fête ; la voix de leurs chefs fut impuissante à les contmir, et leur camp devint , en quelques heures , un théâtre de désordre et d'ivresse. La nuit seule mit un terme à cette orgie,
dont les auteurs s'endormirent flOi^ de vin et de débauche. C'était m ma* ment que les vaincus attendaient pour prendre une éclatante revanclie : un corps nombreux qui s'était embusqué à peu de distance, vint inopinément fondre sur les Tatares, portant de tous côtés l'incendie et le fer, égor-
fmt, sans pitié, tout ce qui s'offrait lui. Le lendemain, l'armée assied géante n'existait plus , et son chef se sauvait dans la steupe, de touie la vitesse de son cheval.
Les Tcherkesses se divisent en trois classes : les princes , ou Pvhehf les nobles , ou Ouzden , et les vassaux , ou paysans.
Les princes sont de véritables paladins , toujours bardés de ier depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, montés sur de magnifiques chevaux , et vivant dans un état perpétuel d'hostilité avec leurs voisms, soit pour leur faire une suerre ouverte , soit pour les voler et les piller. Ils se disent descendus d'une ûunille arabe, oui devait elle- même son origine h Sem, fils de Noé. Leur généalogie se retrouve assez clairement depuis la fin du XIV* siècle de l'ère chrétienne.
Les Ouideny parmi lesquels on compte des vassaux affranchis , servent d'écuyers aux premiers. Quoique nobles, ils ne peuvent s'allier à la classe précédente; eti][uand l'un d'eux & eu l'audace de séduire la fille d'un
{irince, une prompte fuite peut seule e soustraire à la vengeance réservée à un pareil affront : la mort ! Mais il est inutile d'ajouter que , dans le cas contraire , c'est-à-dire lorsqu'un Pcheh a daigné jeter les yeux sur la fille d'un Ouzoen, celui-ci s'en tient fort honoré, même quand il n'en résulte pas une alliance légitime; et, à son tour, il en agit de même avec les filles de son va^. Ce dernier n'a rien qui lui appartienne : sa femme, sa fille, ses bestiaux, ses provisions, tout jusqu'à sa vie est à la disposition des princes et des nobles. Lui-même il fait partie de leur patrimoine, et peut être iransmis par héritage. Habituellement les vassaux fournisseiit à leurs seigneurs
L*UNIV£RS
on tribut qui oonsUte en une oertaine
Suantité de foin , de céréales , en têtes e bestiaux, et en plusieurs journées de traTail. Mais il est consolant de pouvoir ajouter que si les vassaux n*ont rien, absolument rien qui ne soit la propriété des npbles, en revanche fls ont le droit de demander à ceux-ci les vêtements et les meubles oui sont à leur convenance. Les refuser serait une diose , sinon odieuse, du moins ridicule ; aussi voit-on quelquefois un Ouzden rentrer chez lut couvert de haillons , après en être sorti ridbement vêtu; c'est qu'alors il a rencontré un paysan auquel il a plu de lui proposer un échange d'habits.
Nous croyons d'ailleurs devoir entrer dans quelques détails plus étendus sur la physionomie et les moeurs de ce peuple.
Religioh. ^ Le christianisme fiit importé jadis dans les montagnes de la Circassie. Des croisés , prisonniers de guerre, vendus sans doute à des princes de la Géorgie et enlevés à ceux-ci par les Tcherkesses, jetèrent chez eux les premiers germes de la foi chrétienne, secondés en cela par les colonies génoises qui, dans le moyen âge, vmrent s'établir sur les côtes de la mer Noire. Plus tard, les relations commerciales des Tcherkesses avec les Turcs favorisèrent l'introduction de l'islamisme. Il est résulté de ce mélance de deux cultes avec Tancienne idolâtrie de cette nation, des croyances religieuses qui ofifrent la réunion de tous Tes caractères sans en avoir aucun qui lui soit [)articuli«r: les Tcherkesses sont chrétiens en ce qu'ils conservent le symbole de la croix , qu'ils connaissent une mère de Dieu, qu'ils invoquent des apôtres, et qu'ils célânrent un sacrifice assez semblable à celui de la messe ; ils sont mahométans parce qu'ils avouent la mission du faux prophète, uu'ils disent leurs prières en arabe, le visage tourné du côté de la Mecque, qu'us ont horreur de la diair de porc et suivent d'autres préceptes de nslamisme ; enfin, ils sont iaolâtres, puisqu'ils adorent une déesse des abeihes , iVe-
rissa, un dieu SéosséréSf qui oonimande aux vagues et aux tempêtes , un protecteur des forgerons, 7néfr««, et autres divinités auxauelles ils offrent des animaux en holocauste.
On retrouve encore chez eux quelques-unes des croix qu'y avaient plantées les missionnaires chrétiens. Ils ne savent plus, il est vrai, ce que veut dire ce signe de la rédemption , mais les Turcs leur ont donné, à oe sujet, une version qu'ils aiment à répâer sans avoir l'air d'y ajouter une entière croyance. Selon cette fausse interprétation, le prophète des chrétiens était sur le point de périr dans un bain , victime d un lâche assassinat, lorsqu'un ange vint se montrer à la fenêtre, et rinvita à se sauver par cette ouverture; mais le prophète porta sa main au front pour indiquer que sa tête était trop grosse et ne passerait jamais par là. L'ange ayant répliqué qu'il se trompait, le prophète porta successivement la main a son ventre et à ses épaules, afin de convaincre l'envoyé céleste de l'impossibilité où il était de passer par une ouverture aussi étroite.
Les rites du sacrifice tdierkesse sont également un mélange des usages de l'antiquité païenne et des mystères du christianisme. Au sein d'une sombre forêt, dans une vaste solitude, une croix plantée sur un tronc d'arbre coupé indique l'autel où le sacrifice va se consommer. Les voisins se rassemblent à l'heure indiquée, traînant la victime avec eux : c'est une chèvre, un mouton ou un bœuf, selon la solennité du jour. Le plus ancien de l'assemblée se découvre la tête, revêt un manteau de feutre, prononce quelques paroles mystiques, puis il approche un flambeau du oon» de l'animal pour lui brûler les poils à l'endroit où il faut frapper, un esclave s^avance ators, arme d'un couteau, et le sacrifice s'accomplit. La tête de la victime est suspendue à un arbre voisin , c'est la part réservée à Dieu. La peau appartient à l'officiant, et la cbàîT est destinée à un festin auquel tous les assistants peuvent pren-
CIRCASSIE ET GÉORGIE
dre part. Le prêtre reçoit ensuite des mains de son esclave une coupe de bouza et un morceau de pain. Il les élève vers le ciel, en adressant une prière à Dieu , pour qu*il daigne bénir cette offrande. Gela fait, il passe la coupe et le pain au plus ancien des assistants, et répète cette cérémonie autant de fois qu*il y a de vieillards dans rassemblée.
ljBGisi:i.Tioif . — Ge peuple ne fait pas de lois; des usages consacrés par le temps lui tiennent lieu de code.
Les nobles se réunissent à diverses époques pour débattre les affaires d*un intâét général; ces assemblées, présidées par le membre le plus ancien , se nomment Pok.
Dans chaque tribu, les anciens forment un tribunal devant lequel vien^ nent comparaître tous les mditvidus soupçonnés d*un délit quelconque. La peine de mort n*est pas en usage; les châtiments graves sont l'amende, Texil et Tesdayage. Le crime réputé le plus atroce aux yeux des Tcherkesses est le parjure. Gelui qui a engagé sa foi, s'il vient à la violer, est vendu aux Turcs. Le meurtrier est condamné à payer, à titre d'amende, neuf têtes de gros bétail , et à compter aux parents de la victime une forte indemnité. Le voleur pris en flagrant délit est condamné , en punition de sa maladresse, à une forte amende et à la restitu^on de sept fois la valeur de l'objet dérobé.
MOBURS NATIONALES. — LcsTcberkesses ont de singulières idées sur la propriété. Le vol et le brigandage sont âiez eux des titres de gloire dont le souvenir se transmet comme un précieux dépôt aux générations les plus reculées. SMl natt un fils à un prince ou noble , l'enfant est secrètement enlevé par un voisin qui , le lendemain , se fait connaître et se constitue AtnUky c'est-à-dire père nourricier. Il donne tous ses soins au jeune enfant, lui apprend, quand l'âge le permet, le métier des armes, les exercices chevaleresques , et surtout l'art de voler avec adresse. Enfin , lorsque rélève a donné des preuves manifestes
de sa bonne éducatton, ou, en d*«u- Ires termes, quand il a volé son atalik, celui-d le rend au père, et oon* serve dans la famille les droits de parenté. Quand un prince va à la guerre, il est suivi de tous ses vassaux; mais liMrsqu'il va voler, H n*est accompagné que de ses proches et de ses intimes amis»
Les Tcherkesses ne sont soumis ou'en apparence à la Russie; ils sont, de fiiit, indépendants; plusieurs de leurs princes sont même salariés par cette puissance, sous la oomlitiOB qu'ils renonceront à leurs incursions hostiles. Du reste, il existe parmi eux, comme chez les Abases , et généralement chez toutes les nations belliqueuses du Gaucase, un usage qui rappelle les mœurs patriarcales; c'est celui de l'hospitalité des Kanak. U suffit à un étranger de savoir le non d-un prince, d'un noble, d?un personnage quelconque, et de déclarer qu'il se met sous sa protection , pour être respectéet bien traité. Le protecteurpmid alors le titre de Konak; il est oblisét sous peine d'infamie, et même de châtiments corporels, de défendre son[Nroté- Sé,de Padmettreau foyerdel'hospi talité, e le nourrir, de le faire accompagner dans ses voyages , de le chérir enfia, et de le traiter comme son ei^nt.
Gette admirable institution suiBmit seule pour récondlter ces peuples bar»
bares avec l'humanité. Il est vrai qu'ils y ajoutent quelques foimes qui ne sont pas dénuées de tout ridicule; c'est ainsi qu'un étrangler acquiert forcément le droit de famille lorsqu'il a pu presser de sa bouche le sein nu de la maîtresse de la maison. U est alors censé avoir sucé son lait , et il acquiert un père, une mère et des frères , tous obligés de le défendre et de le bien traiter.
Avant que la Russie eût entièrement réuni la région caucasienne k ses possessions, les jeunes filles tcherkesses étaient fort recherchées par Im pourvoyeurs de harems. Les prin<* ces avaient plus particulièrement le privilège de ce commerce; ils cakni- Hiient leur fortune sur le nombre des
L'UNIVERS
dont Us pouvaient disposer. lies unes étaient conduites à Anapa et à Poti y d'où on les fiaisait passer à Gonstantinople ou en Éeypte; les autres étaient vendues sur divers marchés de la Géorgie et de rArméniey et em* iMirquées, assez communénient sur la ttièr Caspienne ou sur TAraxe, pour être transportées dans la Perse. M. A.
Jaubertf qui voyageait en Arménie en 1806, dit avoir rencontré trois jeunes filles tcherkesses, que Fonoon- Âiisait à un marché d'esclaves. Elles étaient couvertes de haillons à peine suffisants pour les garantir de Tinciémencede m saison, avaient Tair souffrant, et paraissaient impatientes d'arriver à leur destination. Quand elles voulaient se reposer Tune d'elles se résignait, à tour de rôle, à servir d'oreiller à ses compagnes. Nous ne saurions trop r^ter , d'ailleurs ce que nous avons oit déjà, qu'il serait absurde de s'apitoyer sur le sort de ces feunes filles, puisque le bonheur étant relatif, le leur consiste principalement dans ce qui nous paratt digne de notre pitié. Veià considérées dans leur pays, mal nourries et mal vêtues, tout leur espoir était d'être un jour vendues et mariées, pour goûter les délices du sérail.
Cependant , 0 est Juste d'ajouter que les femmes tcherkesses ne sont point aussi Jalousement surveillées que celles de la plupart des peuples caucatiens. Les jeunes gens des deux sexes dansent et jouent ensemble; les femmes mariées reçoivent même les étrangers. Mais il est un honune, un seul nomme dont la présence est pour une Circassienne un objetde scandale, c'est ion mari I
Mariages. — Lorsqu'un Tcher^ kesse a jeté les yeux sur uneîeune fille pour en faire sa femme, il cherche roecasion de lui déclarer son amour, et il est rare qu'il n'y parvienne pas en peu de temps , attendu oue les deux sexes, ainsi que nous lavons dit, ont la fBMâlité de communiquer entre eux. Les préliminaires sont ici les mêmes gue dans l'Europe civilisée, e'est-à-dire que si les voeux du sou-
pirant sont agréés , on lui répond avec modestie de s'adresser à la famille, ce
3ui équivaut, dans toutes les langues u monde, à l'aveu positif d'une réciprocité de sentiments. Un ami se charge alors de porter la demande aux parents, et quand ceux-ci ont donne leur consentement, les cheft des deux familles s'aboudient pour stipuler le montant de la dot. Mais , tandis que chez nous c'est la future qui apporte un douaire, en Circassie c'est 1 époux qui est grevé de cette charge. S'il appartient à la première classe de sa tribu , il offre à son beau-père une cotte de mailles , riche présent de 2 à 8000 piastres ; dans le cas contraire, il donne des chevaux, des esclaves, des armes, des étoffes ou des troupeaux.
Une fois les conventions acceptées, le futur époux, aidé de ses amis, enlève sa fiancée , autre cérémonie tellement opposée à nos idées, qu'elle semble en être la critique. La jeune fille est conduite chez un voisin , où ses parents, armés de bâtons, viennent bientôt la réclamer. Une seconde troupe, également pourvue de bâtons, fait mine de vouloir défendre cette précieuse conquête , et les deux partis se livrent un simulacre de combat qui cesse aussitôt qu'on voit paraître répoux tenant sa fiancée par ia main.
Son parti crie victoire , rautrsi paraît se résigner; tous se rendent g la demeure du mari , et les réjouissances commencent aussitôt ; mais ce peuple bizarre , mélange incompréhensible de bonnes et de mauvaises qualités , porte à un tel degré le scrupule de la chasteté, que , dbez lui , ce serait une honte pour deux époux de se montrer ensemble en public. Cest le mari qui , en chevalier galant, abandonne la place , et pendant que tous les conviés se livrent aux plaisirs de la danse et à ceux de la table , il se cache dans les bois jusqu'à la nuit close. Ses amis viennent alors le chercher pour le conduire à la chambre nuptiale. Il en sort au point du jour , regagne sa retraite et continue ce man^e pendant deux mois. Au bout de ce temps il évite
CIRGASSIB ET OÉORGIE.
eneore , autant que possible , de se rencontrer publiquement avec sa fenome, et souvent, plutôt que de se laisser surprendre avec elle, il lui arrive de sauter par la fenêtre. Lorsqu'il lui naît un fils , il manifeste le même sentiment de honte et va de nouveau se cacher dans les bois : « Chague fois , « dit M. Thaitbout de Mari^ny (*), « oue je demandais à mon Gircassien « des nouvelles de sa femme ou de ses « enfants, il me répondait d'un air « confîis et embarrassé. » Si Tenfant est du sexe féminin , la mère lui donne un nom et se charge de son éducation ; si c'est un gar^n , la nation l'adopte, et un voisin ou un parent vient le réclamer. Cest VAtallhy dont nous avons déjà parlé.
Repas.— Les Tcberkesses observent rîj^oureusement l'usage singulier de boire toujours trois verres de ïa liqueur qui leur est offerte, et cela quelle que soit la dimension du vase et la qualité du liquide.
Quand un étranger s'assied à la table de l'hospitalité, sous la hutte d'un Tcherkesse, le chef de la famille se tient respectueusement auprès de lui et ne prend place que quand il a fini. Les femmes mangent n part dans une chambre sé[)nrée. Après le repas des membres de la famille, les amis et les vassaux viennent à leur tour se nourrir des débris du festin , les serviteurs leur succèdent, et lorsqu'il s'agit d'un repas extraordinaire, il n'est pas rare de voir tout un village y prendre part.
Les plats sont servis à l'usage turc sur une petite table ronde : ils consistent en viandes rôties . en venaisons , en poissons salés , miel, racines, fruits sauvages, et surtout en gtnnij ou millet bouilli avec du sel, qu'ils appellent plus communément jMi5to; mot qui sans doute leur a été apporté par les Génois. Les convives se servent de leurs doigts en guise de fourchette, mais -ils connaissent l'usage des cuillers en bois. Leur boisson habituelle est le bouza; c'est une eau dans laquelle on a fait fermenter de la fà-
(*) Toyage en Circassie, iSiS.
rine de millet. Ils aiment le vin K l'eau-de-vie. Lorsque les convives d'un mïf élevé veulent donner à im des assistants des preuves d'attaehemeat et de complaisance , ils choisissent on bon DQorceau et le lui jettent) comme on ferait à un chien ; il est rare qoe rhomme ainsi favorisé ne reçoive pas cette offrande avec autant a'adrc^ et de reconnaissance que le fidèle quadrupède.
Ils aiment passionnément le tabac, u'ils fument dans des pipes de 4 à
pieds de loneueur.
Maladies, MÉDECINS. — La sobriété est une des vertus du Tcherkesse. Quand 1} va en expédition , il porte un petit sac plein de p€Utaj suspendu à ta selle de sa monture, c*, pendant plusieurs jours, cette seule nourriture peut lui suffire.
Une grande longévité n'est pas chose rare dans les montagnes de la Circassie; peu de maladies j sont connues, mais deux fléaux y exercent fréquemment d'épouvantables ravages : la peste et la'petite vérole. Le premier est la conseouenoe des relations de ce peuple avec les Turcs, et quoique ne partegeant pas les idées de fatalisme de ces derniers, les Tcherkesses n*opposent aucun obstacle à l'envahissement de la fatale contagion, leur ignorance les portant à juger inutiles toutes précautions et toUs remèdes. Quant à la petite vérole , ils ont oommôicé « depuis quelques années , à prendre de sages mesures pour s'en préserrer.
Lorsque les premiers svmptômes de cette maladie viennent 'k se manifester chez un Tcherkesse, on se hâte de le transporter dans une chambre séparée , où ne sont admises , pour le soigner, que les seules personnes qui déjà ont été atteintes du même mal.
Les parents du malade cessent, en signe de deuil, de vaaner à leurs travaux habituels; ils laissent croître leurs ongles , ne changent plus de vêtements et ne font aucune ablution.
Cet état de privation dure autant que le danger, mais quand il est passé, le deuil se termine par des rejouissances et un sacrifice solennel.
L'UNIVERS
Parmi les médecins , quelques-uns ■ont Turcs, les autres Géoreiens ou Tcherfcesses; mais tous, indistinctement, dcmnentdans Texercice de leur iNrofession des preuves incontestables d'une exoimTc ignorance ou d'une impertinente fourberie: les Turcs font usage principalement d'amulettes et de prières; leurs confrères emploient la saignée , quelques simples , du miel , de la cire ou du beurre. On ne sera pas surpris d'ailleurs d^apprendre que le traitement des plaies oiez ce peuple guerrier se pratique avec succès ; ici l>xpérienoe a suppléé à la science. Les médecins se servent uniquement, dans ces circonstances , de substances vestales; mais ils s'unissent aux parents et aux amis du blessé pour se livrer au plus bizarre cérémomal. D'abord ils tout enlever soi^eusement toutes les armes qui tapissaient les murs de sa chambre; puis ils déposent au pied de son lit un soc , un marteau et un bassin plein d'eau avec un œuf dedans. Chacun des visiteurs prend le marteau en entrant et frappe trois coups sur le soc ; il trempe ensuite ses doigts dans l'eau , et en asperge le patient, en priant Dieu de lui rendre la santé : c est encore là un souvenir bien caractérisé d'une cérémonie chrétienne. Les assistants passent la soirée à jouer de divers instruments et à répéter des chansons guerrières composées en l'honneur du malade , afin , peut-être , de soutenir son courage et de ranimer ses forces. Les jeunes filles dansent des rondes, et les vieillards récitent des fables jusqu'au moment où le souper est servi. Après le repas, les jeux oruyants , les danses et les chansons recommencent de eus belle et se prolongent pendant ute la nuit.
Si le blessé guérit , on offre un sacrifice à Dieu ; s'il meurt, les femmes commencent à pousser des cris affreux qui attirent tout le voisinage.
FumBBAiLLEs. — Lc cofps du défunt, lavé avec soin, rasé et revêtu d'habits neufs^ est placé sur une natte. Auprès de lui sont déposés ses habits les plus riches; ses armes forment
un trophée au seuil de la porte. Les femmes ne cessent de crier, tandis que les hommes se frappent silencieusement la poitrine. Le sacrifice expiatoire commence , et , selon la qualité et les res* sources de la veuve ou de la mère du défunt, il consiste à immoler un bœuf, un mouton ou une chèvre ; les chairs de la victime servent ensuite au repas des funérailles. Vingt-quatre heures après le décès , le corps est transporté à sa dernière demeure. Les vieillards marchent en tête du cortège , les jeunes gens portent la bière ou marchent à ses côiés, les femmes suivent et font paraître une grande douleur , en s'arrachant les cheveux ou se déchirant les chairs. Quand la tombe a reçu son dépôt , les parents y déposent du gomi et du oouza : c'est un repas offert aux passants pour honorer la mémoire au défunt. La cérémonie se termine par un tir à la cible, eti, enfin , par le récit d'un poème , sorte d'oraison funèbre en l'honneur du mort ; après auoi , les assistants se retirent en silence. Mais , l'année suivante, à pareil jour, les parents et les amis de la personne décedée vien* nent célébrer sur son tombeau l'anniversaire de ce triste événement. Les sacrifices expiatoires, les festins, les courses , les luttes et tous les jeux chevaleresques, pratiqués dans cette circonstance, rappellent les mœurs de la Grèce , et on croit , quand on en écoute le récit, lire un passade d'Homère ou de Virgile. Si la famiUe est riche, elle offre aux vainqueurs des étoffes , des armes , des chevaux des esclaves, et quelquefois même une cotte de mailles.
Costume et physionomie. — Le Tcherkesse ceint habituellement plusieurs brasses de cordes autour de ses reins , pour être toujours prêt à attacher les bestiaux ou les étrangers qui pourraient lui tomber sous la main. Les nobles , dans leur costume de guerre, portent un casque surmonté d'une pointe, une cotte de mailles , des gantelets et des brassards, le tout en acier poli. L'arc et le carquois , le fiisil et les pistolets , le sa-
CIRGASSIË ET GÉORGIE.
bre, le poi^ard et le plète, sorte de fouet terminé par une plaque de cuir, complètent leur accoutrement, sur lequel ils jettent que]q[uefoi8 un manteau à longs poils (voir pi. 8, n* 8). Ils tirent leurs cottes de mailles du pays des Abases, ou de la tribu des Kovbitchij dans le Daghestan. Leur habit civil consiste en un petit bonnet ouaté ayant la forme d'une couronne fermée, en un surtout très-court, sur la poitrine duquel il y a, de chaque côte , une rangée de petites poches à cartouches, et en bottes rouges à talon haut. Les princes et les Ouzden seuls ont le privilège de combattre à cheval.
Chez cette nation , les hommes ont Pair martial et fier, la taille élancée et svelte, les cheveux et les yeux noirs, et le teint brun. On connaît la réputation de beauté des Circassiennes ; elle est peut-être un peu exagérée, mais ce n est pas la faute de la nature, qui leur a donné des yeux larges et brillants, des traits généralement beaux et réguliers, et un profil grec, gue couronnent les lignes suaves d*un troat gracieux: ici encore, ce sont les mœurs quMl faut en accuser. On peut dire, en effet, que les jeunes Circassiennes font tous leurs efforts pour s*enlaidir. D'abord, elles portent, dès rage de la puberté, des camisoles de peau tellement serrées, que leur respiration en est gênée. Ce vêtement mcommode leur couvre la poitrine et le buste jusqu'aux hanches , et il a pour but ^empêcher le développement de la gorge , car il serait honteux à une jeune fille de ressembler à une femme mariée. C'est à l'époux seul qu'il est réservé d'enlever ces fâcheuses entraves : armé du atdfufial (*), son premier soin, dans la nuit des noces, est de couper la camisole de sa fiancée , non sans danger de la blesser.
Une taille mince et droite étant, dans les idées de ce peuple, une des plus indispensables conaitions de la beauté, les jeunes filles mangent fort
(*) Poignard à fil tranrliatii.
peu, de crainte d'engraisser. Elles se teignent les ondes en rouée , et cherchent enfin à effacer leurs rormes sous un amas de voiles et de bijoux, la plupart d'assez mauvais goût. Elles se coinent de ce ridicule bonnet, en forme de melon, dont se servent les hommes dans le costume civil; elles portent aussi des culottes, et font usage de souliers montés sur de petites planchettes carrées, de la hauteur d'un demi-pied.
Les Tcherkesses font surtout consister leur luxe dans le nombre et la propreté de leurs armes. A peine levés , ils les examinent , les nettoient , renouvellent les amorces des armes à feu , et les suspendent symétriquement aux murs de la pièce principale de leur cabane. Quant au poignard, ils ne s'en dessaisissent jamais , et même ils s'éloignent rarement de chez eux, pour une simple promenade, sans avoir une paire de pistolets à la ceinture, un sabre au côté , et un fusil sur l'épaule. Industrie. — L'industrie de cette nation est des plus limitées ; elle possède pourtant de nombreux haras d une très-belle race de chevaux dont elle trouve un abondant débouché sur le marché de Tiflis. On évalue à 20,000 le nombre des chevaux circassiens qui se vendent annuellement sur cette place.
La généalogie des meilleures races est connue dans toute la contrée ; elle influe singulièrement sur le prix des individus. La noblesse d'un cheval est indiquée par une marque particulière à sa race; il porte sur une cuisse cette honorable cicatrice. Mais on a constaté, depuis quelques années , plus d'un exemple de supercherie à cet égard ; inconvénient qui était jadis inconnu , car alors les Tclierkesses y mettaient la plus grande bonne foi, et Pallas assure même <]u'une fraude de ce genre était punie de mort. Ils élèvent encore des abeilles , des moutons , des chèvres, des buffles et des bceufs.
S Quelques cabanes en claies d'osier, ûites d'argile , recouvertes en paille, et disposées quadrangulairement avec une cour commune dans le centre, forment leurs villages.
L'UI«1VERS
Langues. --Nous placerons ici une observation ^ui, bien qu*elle concerne plus particulièrement les Tcberkesses^ peut s'appliquer à la {plupart des nations caucasiennes. Leurs idiomes, aussi variés que leurs noms, ont un trnit caractéristi(|ue commun, c'est qu'ils sont plus difficiles à prononcer qu'aucune autre langue du monde (*). Ils offrent à la fois des syllabes fortes et gutturales, des diphtnongues modifiées à l'infini , des Claquements et un gazouillement que récriture ne saurait traduire et que la pensée ne peut comparer à rien. Et cependant l'art de la mélodie n'y est pas inconnu. Les Tcherkesses ont notamment plusieurs airs nationaux qui portent l'empreinte de leur caractère oelliqueux. il en est un
au'ils affectionnent surtout et dont s entonnent le refrain , Oriraeha , dans toutes les circonstances un peu importantes.
Privés des moindres notions de récriture, ils conservent leurj traditions historiques dans des chansons que le temps a tellement dénaturées, qu'on ne saurait plus y reconnaître les véritables traditions 'auxquelles elles doivent leur origine.
Les tribus tcherkesses sont trèsnombreuses. La plus importante est celle des Abazeks, chez laquelle on trouve quelques esclaves et déserteurs russes. Indépendamment de leurs propres sujets , les princes de la Kaoardah tiennent sous leur domination plusieurs peuplades d'origine tatare, mais dont la race s'est embellie par le mélange avec le sang géorgien et tcherkesse. Ces tribus sont établies à la source du Kouban et des rivières les plus voisines de ce fleuve; ce sont les Bassians et les Karatchaï , ou Tcherkesses noirs. Cette dernière nation a des mœurs infiniment plus douces que celles des peuplades voisines ; elle professe l'islamisme , se livre à l'agriculture et à l'éducation des chevaux; elle cultive le tabac , Forge et le blé , fait de Texcellente bière, et commerce
(*) Voy. Pallafti GuMeiutaedl , Reineggs, Potochi, Baibi, J. Klaproth, etc.
avantageusement avec les Nogaïs, les Souanes et les Abases.
Les autres peuples montagnards dont il nous reste à parler sont les Lesgkly les Ossétes et les Tchetchenses ; tous se divisent en une infinité de tribus qui , pour la plupart, prennent leur nom de la montagne ou de la rivière la plus voisine.
Lesghi. — Le pays compris entre le Ko7-sou , l'Alazan et la mer Caispienne , ordinairement appelé , sur nos cartes, Daghestan septentrional, est connu également des Tatares sous le nom de Lesgliistan. Strabon et Plutarque ont parlé des Lesghiy qu'ils appellent Ijeghes, On aurait tort de voir une seule nation sous cette dénomination, qui n'est que le mot générique par lequel on désigne diverses peuplades, voisines l'une de l'autre, qui se ressemblent par des mœurs féroces et des habitudes de brigandage, mais qui d'ailleurs ne pai^ lent pas la même langue et ne forment nullement un corps liomogène.
Ces peuples paraissent éire un mélange ae diverses nations européennes et asiatiques; ils sont cruels, pillards et audacieux. On les voit quelquefois se hasarder jusqu'aux environs de Tiflis pour y enlever les bestiaux et les paysans : ils descendent de leurs montagnes ordinairement vers le printemps , et se répandent dans les campagnes , où leur présence est un fléau f)lus dangereux que les ravages des oups et des titres. Embusques dans les ruines des vieilles chapelles, ou derrière d'épais taillis , ils attendent leur proie avec une persévérance que la faim, la soif, ni T intempérie de l'air ne sauraient dompter. Quand ils ont fait un prisonnier, ils le garrottent avec les cordes qui leur servent de ceinture, le traînent précipitamment à leur suite , traversent les localités les plus âpres , les buissons épineux , les rivières et les précipices, jusqu'à ce qu'ils l'aient mis en sûreté. ^La, ils font prévenir sa famille et lui demandent une rançon souvent exorbitante : à défaut de paiement , le malheureux prisonnier est soumis, pendant dix an-
CIRCASSIE ET GÉORGIE
nées , à toutes les peines du plus dur esclava^. Cest ainsi que, depuis plusieurs ^èclcs , ces brigands se jouent de la yie et de la liberté des hommes. Les Russes ont fait contre eux quelques expéditions heureuses; mais contrariés par la nature du pays, oQ leurs ennemis trouvent des retraites inaccessibles , ils ont dû capituler avec eux, et accorder des subsides annuels à leurs princes. Le khan des Avars , la plus belliqueuse des tribus lesghines, reçoit un traitement de 40,000 francs. 'Cc prince réside à KhounrDzakh; il peut armer de 8 à 10,000 hommes. Les Kasi'koumou/cs n*en peuvent mettre sur pied que 6000 environ , mais ce sont les ennemis les plus acharnés des Russes. Les Lesghi au bourg de Koubttchi sont renommés pour la fabrication des cottes de mailies en acier : on les connaît dans tout le Caucase sous le nom persan de dzereb-kerân (fabricants de cuirasses). A Btwchlu y réside un khan qui prend le titre d ougmeî : sa tribu est celle des KcOtaK:
elle arme de 7 à 8000 hommes. A Akouchay les habitants sont plus industrieux et moins féroces que leurs voisins; ils sont pasteurs, et fabriquent un drap assez estimé dans le Caucase.
OssÈTES. — L'an 638 avant J.-C., les Scythes traversèrent le Caucase sous les ordres deMadyès; ils conduisirent, ainsi que nous raoprend Diodore de Sicile, une colonie de Mèdes en Sarmatîe. Cette colonie, établie dans la partie centrale du Caucase, au nord de la Géorgie, a donné naissance aux peuples appelée Alain» et A:^s dans le moyen âge; aujourd'hui, c'est la nation qui prend elle-même le nom dVrouj que les Géorgiens connaissent sous celui ^Ossiy et nous sous celui &Os$étes. Leurs mœurs se rapprochent trop de celles des montagnards lesghi pour que nous puissions nous étendre davantage à leur sujet. Nous ajouterons toutefois qu'ils sont d'une taille élevée , qu'ils ont l'air martial et imposant, et que leur costume, déeagé du pesant accoutrement des Tcnerkesses , est celui qui convient le
plus à un peuple montagnard : de grands bas ae cuir à iarretières , un surtout court et dégagé, un bcmnet à bourrelet , une ceinture garnie de pistolets et de poignards, un fusil en bandoulière , et un bâton fourchu pour poser le fusil et tirer plus juste , ui sont les principales parties.
TcHETCHBNSES. — Lcstribus appelées MUzdjeghi par les Caucasiens , et TchetchensesjasLT les Russes, sont établies dans le Caucase depuis une antiquité fort reculée. Parmi elles , la nation des Ingouches se fait remarquer par quelques coutumes bizarres , celle, par exemple, de marier les morts , associant amsi les jeunes gens des deux sexes qu'ils supposent devoir se convenir dans le ciel. Ils stipulent une dot, que paie, en cette circonstance, le père du fiancé; car c'est un usage général dans ces contrées que le mari apporte une dot à son beau-père.
Le^ Ingouches sont païens et fort superstitieux; ils attribuent à leurs actions la plus grande influence sur la destinée des morts de leur famille.
Lorsqu'un créancier veut être payé de son débiteur, il le menace d'aller tuer un chien sur le tombeau de ses morts, ce qui réduirait ceux-ci à un affreux désespoir. Voleurs comme tous leurs voisins, ils portent à un plus haut degré que ceux-ci l'avidité et la scélératesse. On en a vu s'efTorcer de plaire à de jeunes filles , les séduire et les enlever ensuite pour les vendre h des étrangers; des fils dénaturés ont porté
f>lus aune fois une main sacrilège sur eurs vieux pères, et, entraînant de vive force ces vieillards désarmés, ils les ont vendus pour quelques mesures de sel ou quelques aunes de drap.
Ce peuple se distingue encore de ses voisins par l'emploi du bouclier.
Les Tchelchenses ont été tour à tour chrétiens et musulmans. Aujourd'hui , leur religion paraît n'être plus qu'un théisme entremêlé d'abus grossiers et de superstition. Ce sont des brigands plus féroces et plus déterminés encore que les Lesghi eux mêmes.
Quand ils ne peuvent garder un prisonnier, ils ne le renvoient pas sans
L'UNIVERS
lai ftTOÎr coupé le nez ou les oreilles, n y a peu (Tannées qu'ils enlevaient firéquemment des sujets rosses; mais ces accidents sont deyenus beaucoup plus rares depuis que le gouvernement a cerné les retraites de ces déterminés voleurs par des postes de Cosaques.