INTRODUCTION
liiifTBS l'Euphrate et la mer Caspienne se trouve un pays à peu près aussi étendu que le royaume actuel de France , lorsqu'on fixe ses limites septentrionales a la Géorgie et au mont Caucase , et que Ton descend au midi jusqu'au Diarbekre. Ce pays est l'Arménie, dont le nom nous est connu par nos premières lectures des livres saints , et par les souvenirs qui nous restent de quelques auteurs classiques de collège. En effet , on se souvient qu'il est dit, dans. la Genèse, que les pandes eaux du déluge s'étant retirées, rarche reposa svr les montagnes (f^rarat; et , d'un autre cété , les noms de Tigrane et de Mithridate {*) , le ré-
(*) Mithridate le Grand était roi de Pont et non pas d'Annénie; mais comme ces deux États se touchaient , et qu'il chercha à la cour de Tigrane un asile', son nom se trouTe mêlé aux événements du peuple que nous voulons faire connaître. De plus, quel-
rs écrivains latins lui ont donné le titre rot des Arméniens, sans doute parce que les limitesde la première Annénie n*étant
1"* livraison. (Abmbnr.
cit de leurs guerres et de leur lutte contre la puissance romalue , demearent gravés dans notre mémoire. A la vérité, pour plusieurs personnes, la connaissance de ce qui concerne l'Arménie ne s'étend pas au delà de ces premières notions ; et l'on ignore que , dans cette partie de l'Asie, subsiste un peuple formant, plus de quinze siècles avant notre ère, une des monarchies les plus puissantes de l'Orient, ayant ses lois et sa constitution propre, sas mœurs , ses d vnasties de rois , son langage, sa littérature, et sa liturgie eet^lâiastiaue, lorsqu'il entre dans la famille des peuples chrétiens. On étudie dans tous sea détails l'histoire des empires primitifs de l'Assyrie et de la Perse, et l'on ne daigne pas arrêter ses regards sur ce royaume adjacent | moins vaste, moins peuplé, et qni tix>uva néanmoins, dans l'énergie et h fierté natives de ses habitants.
pas nettement tracées , il pouvait domiaiar effectivement sur des populations de "^ arménienne.
LU1IITER9.
de ressouroes pour lutter eontre ses Toteim, et reconquérir l'indépendanee gu*il pouvait perdre momentanémeut.
Cette sorte d*oubli ou de dâaiase- ■loit de la nation arménienne, qu*on pourrait an premier aixnrd réprouver conune injuste, tient à deux causes principales. La première se trouve dans b nature mène de notre esprit, contraint de se borner dans l'immense besoin de savoir qui le tourmente, et ne pouvant donner place en lui qu'aux oonnaissances les plus saillantes, en sorte qu'il plane toujours sur les hauteurs des généralitei ou des principaux faits • à moins qu'il ne s'abaisse dans les régions secondaires de l'histoire, soit pour en mieux saisir l'ensemble , ou seulement pour satisfaire sa proinre curiosité. La seconde cause est le manque de moyens ou de documents suffisants pour arriver à l'intelligence de l'histoire et de la vie de ce peuple f séparé de nous plus encore par sa langue que par les mers et par les montacnes. La langue est ce qui nous révèle les pensées, les habitudes, en un mot, Pexistence individudle d'une nation , comme la parole est le moyen fénâral <)ui nous fait entrer en communication avec les autres hommes.
Cest ce qui fait que les anciens nous ont donne fbrt peu de renseiçiements sur l'état du peuple arménien. Les Grecs , les Perses es les Romains , qui successivement dominèrent l'Arménie, ont toujours dédaigné d'apprendre la lancue de ce ^ys, et à peme reconnation les véntœles noms des rois, des villes ou des fleuves cités par leurs historiens. A la vérité, on nomme quelques anciens auteurs dialdéens ou •yriaques , et même grecs , qui auraient
E's soin andsonement de consigner fiits de leur histoire nationale , attendu que l'ignorance éUit trop grande dans la nation pour qu'elle pdt ellemême s'acquitter de cette tfldie. Mais, comme tous ces premiers monuments Irietoriques ont pari, les Arméniens durent refaire ce travail, lorsque le diristianisme.les eut civilisés; ce forent eux qui purent se foire oonnattre
à nous , et leurs premiers hlstorii ont travaillé sous Finspiration de cette idée commune. Cependant ils sont restés dans l'oubli pendant des siècles , jusqu'à ce que quelques missionnaires ou savants européens, initiés à lear tangue , nous aient transmis le résul* tat de leurs découvertes.
Celui qui, le premier, nous fit soupçonner tout ce que l'Arménie renfermait de richesses littéraires et historiques, fut un missionnaire de la Propagande , Galanus , homme de zèle et de savoir, mais théologien acerbe , intolérant, et souvent fautif dans les jugements qu*il porte sur plusieurs points de la science ecclésiastique. Galanus vivait au dix-septième siècle ; il avait été trouver les Arméniens ; et le dépôt (fe connaissances qu'il avait rapporté de ce voyage , se serait probablement fort peu accru , si les Arméniens n'étaient venus aussi nous trouver, lors de la fondation du célèbre couvent des Médutaristes de Venise, dont nous nous proposons de parler assez lon-
Eiement dans la suite de cet écrit, 'établissement de ces religieux , dont lés presses , si remarquables par le luxe et la correction typographiques, ont rendu aussi communs , dans le commerce de la librairie , les anciens manuscrits de leurs écrivains , que le sont actuellement, chez nous, les chefsd'œuvre de la littérature allemande ou italienne , a donc spécialement contribué à propager l'étude de la langue et de la littérature arménienne. Sous ce rapport, la France mérite les premiers honneurs : c'est elle , en enet , qui nous a donné les savants Villotte, veysière , plus connu sous le nom de Lacroze , le docte abbé Y illefroi^ Mais tous les travaux de ces hommes ont été surpassés par l'illus^ Saint-MarUn, dont les orientalistes ont à déplorer la perte récente. Nous croyons devoir prévenir nos lecteurs que nous avons eu souvent occasion de profiter de ses recherches , en ce qui tient surtout à la nartie géographique de ce travail.
ËTYMOLOOIB ou MOT ABMSUIB. -~
Un fait assez sin^Iier, c'est que le non d^jérménk, usité généralement par
ARMÉNIE
tous les écriTalns anciens ou modernes de rOrient et de TOocident, pour désigner le paya que nous nous proposons de décrire, n'est point celui que les Arméniens donnent à leur patrie.
Us l'appellent HaSasdan, ou pays des Haikhsj du nom d'un certam Haîg, leur premier roî , qui vint de Babylone s'établir en Arménie , avec toute sa famille , environ vingt-deux siècles avant notre ère. Ils ont encore plusieurs autres noms tirés de quelques anciens patriarches mentionnés dans la Bible , et qui , par conséquent , ne doivent pas être antérieurs à rétablissement au christianisme en Arménie.
Tel est le nom ^^Ask*hanazéany dérivé de celui du patriarche Askedez , fils aîné de Gomer, fils de Japhet On trouve aussi fréquemment, dans les auteurs, le royaume d'Arménie désigné sous le nom de Maison de Thorgom^ dont ils ont formé l'autre nom générique de TharhamaMy dans lequel certains orientalistes ont à tort voulu retrouver le mot Turccman. Ils pré^ tendent que le patriarche Thorgom était, comme Askenez, fils de Thiras, fils de Gomer , quoique l'Écriture nous dise qu'il était directeiûent fils de Gomer. Selon ces historiens , ce Thorgom aurait été le père de Haîg, premier chef de leur nation. Les traditions fféorgiennes sont parfaitement coniformes à cette opinion : les Arméniens , les Géorgiens, et tous les peuples du Caucase , sont désignés par la dénomination générale de Tnàrqamoskaiiy ou descendants du patrianaie Tharg€h moêj dont le fils atné, appelé HaoSy est évidemment le même que Haîg.
L'origine prteise du nom d'Arménie est enveloppée d'obscurités. Les historiens nationaux le font dériver d'Aram , un de leurs plus anciens rois, qui se rendit fort célèbre par ses grandes conquêtes. « On raconte d'Aram« dit Moïse de Khoren, l'historien le |rius célèbre de la nation , beau- Qpuj^ de traits de courage et de belles actions qui étouiirent dans tous les sens les lunites de l'Arménie. Cest de son Bom que tous les peuples tirent eekd ds noue pi^s. Les Grecs le nom-
ment Armen; les Syriens et les Pm-sans le nomment Arménig » Plnsieurs autres écrivains soutiennent la même opinion. Quoi qu'il en soit de l'origine de ce nom , il est certain qu'il est fort ancien.
On pourrait peut-être le rapporter à celui d'Aram, donné dans la Bible à la Syrie et à la Mésopotamie. Il était connu des Grecs dès le cinouième siècle avant notre ère, et Us Pappli»
quaient au pays que nous appelons Arménie, et même quelquefois à la partie orientale de la Cappadoce. La Bible mentionne trois fois le pays d'Ararat, sans le désigner sons le nom d'Aménie (*). Les Géorgiens n'appeUent lents voisins , les Arm&iens , que Samdtki^ à cause de la province oe SomklMlk, située près de leurs frontières.
IVàTUBB du pays. — TBMPiBATOU
DU CLIMAT. — Les anciens plaçssent communément le ppadis terrestre veis Itt sooroes de l^uphrate. dans les plaines de l'Arménie; et rimm6rtel Milton s'est conformé, dansson poëoM, à cette tradition. Si k nature du sol n'avait en quelque^sorte iusUfié cette opinion, il est vraisembisUe qu'elle a eût jamais eu cours , même panni les poètes. L'aspect du pays est eitrêssement varié : coupé par de hautes et
(*) Le panage de Jèrémie, du^^ 5f , v. 27, où il est dît : Annonces eus roud^jir^ rat, de Memni ou Mhti H d^jéskeues, etc. , a beaucoup cBdbarraisé lea eommentateurt. Le aaot JÙGumi piteé pria de deui aatrei mn oonvieiment an paya de fAraénie, a nut croire qa'îl déngiiail FAmeuîe mèiM; auaai la version des Septante et les iesles annénîen et syriaque traduisent se Mal par oeliii d*jâimemiu» Wéanmoins, à Tépoque de Jérénie, oe nom n'était point enooN usité. Le savant Saint-Martin a cru reoon« naître dans ce nom, oelvi de Manavas, fils de Haig , qui fut le père d'une postérité nom* breuse , établie dans la province de Hark'b« où la ville de Maoaicerd fut fondée. Cette partie de la nation était désifnéesoos le noes spécial de Uauauitéunâ. Il parait aussi qun nm appelait yimjus une («rtaine eootrée de rAménie centrale. Ilieelas de Dates, IdstarMi ceeseaaporBHi d'A»Baalet«i(Ul
L'UNIVERS
longues chaînes de montagnes qui courent et se croisent dans toutes les directions, il offre les sites les plus divers. Tel côté d'une montagne est nu « décharné et stérile, tandis que, sur l'autre versant , s'ouvrent de profondes et ravissantes vallées , où la fécondité du sol ne le cède point à la beauté du paysage. Si la culture avait atteint, dans ces lieux , le degré de perfection où certains peuples de l'Europe l'ont portée j et si , d'un autre côté , Tadministration capricieuse et exigeante des Turcs, ou les incursions des Kurdes qui infestent toute la partie méridionale, ne décourageaient les agriculteurs, nul doute que ce pavs ne devînt une mine ÎB^isable de toutes les productions agricoles.
La triste situation politique dans laquelle languit ce malheureux pays «deJMiis des siècles, a changé et dété» tioré la surface du sol. Les anciens 4I0U8 parlent de forêts et de lieux planâtes d'arbres, dont on ne trouve plus au- .eun^vestige. La culture et l'art n'ont «point réparé Jes perpétuelles dévastaiions^des guesres«t des incendies. Les agriculteurs manquaient pour replanter ce que la Jiaohe ou le feu avait détruit; et les flancs des montagnes, Jtn se dépouillant de leurs bois , n*ont plus retenu dans leurs ravins les eaux tondues dçs neigea qui y entretenaient une salutaire fraîcheur pendant les ardeurs de rété^ de sorte au'un soleil dévorant calcme, durant plusieurs mois , le même sol aue les mmas recouvrent le reste de l'année. Plusieurs vallées sont devenues totalement inf^ eondes,et de longs plateaux, dénués de toute verdure et de toute végétation , rappellent à l'œil attristé qui les embrasse les steppes désolés de la Tartarie.
« Les pins , disait Tournefort , lors-
ri'il visitait ces contrées , commencent devenir fort clair-seooés ; et l'on en découvre peu qui lèvent de graine. Je ne sais comment ils feront quand on aurp coupé tous les grands arores, car ils ne sauraient bâtir sans ce secours ; Je ne dis pas les maisons où l'^^nn'em- |)ioie les poutres que pour soutenir les
couverts ; je parle des chaumières qui sont les maisons les plus communes , dont les quatre murailles sont fabriquées avecdes pins rangés par la pointe, a angles droits , les uns sur les autres jusqu'au couvert, et arrêtés dans les coins avec des chevilles de bois. » Les Arméniens, au lieu d'user d'une sage prévision et de ménager pour leurs descendants des bois de construction , ont abattu sans planter; aussi sont -ils réduits actuellement à habiter de simples huttes d'argile, qui , disséminées (kins ces immenses plaines, se confondent de loin, pour l'œil, avec les herbes jaunies que le soleil dessèche et brûle pendant les ardeurs de l'été.
La vigne y vient à merveille; et la qualité aes vins serait supérieure avec un autre mode de préparation. Les Arméniens , en se fondant sur la tradition biblique, qui donne le mont Ararat comme le lieu où s'arrêta l'arche , prétendent que Noë s'établit d'aboni en ces lieux , et que la ville de Pïakhdjayan,-qui signifie Ueu de la première descente f conflrme ce fait par l'ancienneté de son nom (*). Ils ajoutent que c'est dans le m|me endroit que le patriarche planta la vigne. Aussi montra-t-on a Chardin, à une lieue d'Érivan , un petit clos que l'on assure être
^ (*) Plusictin autres noms de lieu fort antiques semblent perpétuer le souvenir Iraditionnehde réiabiisseii<ent primitif de la fiunillesaaTée du déluge. Ainsi Ton fait dériver le nom de la petite province d'Arfanaïoda, située à l'orient dn mont Ararat , de trois mots signifiant tu/près du pied de Noë, parce . que Noë se serait arrêté dans ce canton en sortant de Tarche. La ville de Marani située dans TAderbaidjan, vers le lac d'Ounniab, tirerait son nom des mots maîr ont, c'està-dire , ia mère est là, parce que Noemzaray la' prétendue femme de Noë, aurait été enterrée dans cet endroit L'origine de ces noms est antérieure au christianisme, pui»> qu'ils sont cités par Ptolémée et l'historien Josèphe, et le seul moyen d'expliquer cette ccnncidenoe asseï remarquable , c'est de les attribuer aux Juifs venus antérieurement en Arménie , et qui avaient établi leurs colonies sur les bords de TAnuie, dans les environs de œlte province.
ARMENIE
celui de Noë. Ce fait serait attesté par le nom à'Jgcrkij que porte cette pe> tJte bourgade, et qui viendrait des deux mots org owHy signiflant Uplanta ta vigne.
' On cultive avec succès le froment , Forge, l'avoine, le seigle, et tous les autres grains. Golumâle, Pline, et Diodore de Sicile, ont parlé de l'excellence et de l'abondance des fruits de r Arménie , qu'on transportait à Babylone par la voie du Tigre. Ces fruits, également renommés aujouitl'iitti , sont l'olive, l'orange, le citron, la pèche, l'abricot, le brugnon, ia mare, la prune, la poire, la pomme, la noix, la figue , et les melons. Le miel que Ton tire des montagnes est plein de saveur; et là cire est une des princi* pales ressources pour le commerce.
On l'exporte en Russie et \ Constantinople, ainsi que le chanvre et le co* ton. La soie y abonde, mais on ne sait pas la filer, ni en tisser des étoffes.
Les montagnes du nord recèlent d'abondantes mines d'argent et de cuivre exploitées dès une liaute antiquité; et l'on trouve aussi de l'aimant, du salpêtre, du soufre et du bitume.
La rhubarbe le cède peu en qualité à celle de l'Inde, et il est a croire qued'habiles botanistes feraient certamement de nombreuses découvertes dans ce pays. Pline cite le Uuer^ tant estimé des Romains, et que l'on tirait de la Médie et de l'Arménie. Il serait aussi assez important de constater ce que le même naturaliste appelle adamaii^de^ plante dont la vertu serait telle, que les lions les phis sauvages perdraient, en la mangeant, leur férocité. 11 l'appelle le nourrisêon de V Arménie et de (a Cap* padoce. On vante beaucoup la réglisse, glycyrrhizay des bords de l'Araxe; elle atteint une grosseur prodigieuse, et elle surpasse celle d'Espagne, d'Allemagne et de Russie, au rapport de plusieurs voyageurs*
La flore d'Arménie, explorée à la hâte, et seulement dans quelques parties , par Toumefort , est fort riche.
On y remarque une très-belle espèce de pavot appelé aphiony et dont on mange en assaisonnement les têtes en-
core vertes; lantorlneiplusgroMdque ^ le pooce, longue d'un pied, partagée en grosses fibres brunes, gercées, peti chevelues, et ayant le parfum du chèvrefeuille; la eachrysorierUaUs aux feuilles aromatiques, mais acres et amères; la bétoine orientale, rél^)has, que les botanistes appellent la plus belle plante d'Orient; l'aconit tue4ofup; làceuMa aux feuilles découpées comme la germandrée; le kpiaium k feuilles de cresson frisé; le cardmu orientaUsj dont les fleurs n'ont point d'odeur sensible, mais dont les feuilles sont très-amères; le cuscute ^ qui abonde sur le cours de l'Araxe; ItfolygoiMes^ arbuste de trois à quatre pieds de long, dont les fleursrappellent par leur odeur celles du tilleul ; le lychrus et le geum; enfin , la aMmpamUa et là/erulaoriet^ taUs.
La température de l'Arménie est variable comme dans les pays de montagnes, et le climat du nord est trèsrude; tandis que, dans les provinces du sud , on éprouve les fortes chaleurs de la Syrie. Anciennement, les ron d'Arménie avaient leurs habitations d'hiver dans les plaines méridionales ; et pour se préserver des ardeurs de l'été, ils remontaient au nord, où se trouvaient leurs palais de plaisance.
« L*air est bon, dit Chardin, mais fort froid; il neige encore au mois d'avril, ce qui oblige les paysans à enterrer ' leurs vignes, qu'ils ne découvrent qu'au printemps. » ,
M. Amédée Jaubert, dans sa Relation du voyage Intéressant qu'il fit en Arménie et en Perse Tan 1806 , et qui nous a fourni plusieurs renseignements précieux , remarque que le climat d'Eczeroum est extrêmement rigoureux..
On a vu tomber de la neige dans cette ville le 27 juin; et dans. tout le nord, elle ne quitte la terre que du 10 au 16 avril. Quelquefois rhi¥er y commence au mois d'août.
En 1808, lorsque le général russe- Godowitch feisait le blocus d'Érivan^.
ayant ^té repoussé avec perte, il se retira à Tiflis. Mais comme il fut surpris dans cette retraite par l'hiveis îl perdit la moitié de son armée
L*UHIYEES.
TOQteftris , on doit dire que le dîmat en général est sain. La oonstitation robuste et Tair de santé communs an peuple t en sont une preuve visiblel L*aur est vif et élastique , étant renouvelé continuellement par les vents qui desoeodent des montagnes.
HœiTAOïiBS. — Le nord de TArménie est fermé par une barrière de hautes montagnes qui la séparent de la Géorgie, et s'étoident par le pays des Lazes jusqu^à la mer Moire (*). Les Turcs leur donnent le nom d*£lkezi ; les Arméniens les appellent Méthinmi ténéftreiMSffy probablement k cause des nuages et ms Inrouillards qui enveloppent presaue perpétuellement leurs cimes.
La cnatne qui court yers le sud-est a reçu le nom de Bin-gueul^ qui veut ittre en turc UtèndUelacê, sans dooteà causedes innombrables torreotset rivières sans cessealimentés par les neiges et les glaciers, et qui forment de vastes réservoirs d'où s^écbappent les fleuves dont nous parlerons. Les Arméniens n'ont point de nom générique pour désigner ces montagnes, qu'ils appellent vaguement Montt des Chaidéens; tandis qu'ils nonmient montagnes de Gark^ celles qui vont d'Erzeroum à IVébizonde. Strabon, Pline et Ptolémée connaissaient cette chaîne septentrionale, dans laquelle ils ont placé Jgs monts Pofyarres^ Paryadres et MoicMci, dont plusieurs étaient re* nommés par les mines recelées dans leurs flancs, et dont quelques-unes sont encore en exploitation.
Au sud-ouest se trouve une antre chaîne de montagnes très-élevées, nommées ArahadAf lesquelles vont se réunir vers i'onent a la chaîne des montagnes de l'ancienne province de Siounirb.
'De l'Araxe aux bords du Tigre et jnsou'anx rives de l'Euphrate et du lac m Van, s'étendent de longs chaînons
(*^ Le défilé qui donne passage de TArtofoae dans la Géoivîe se nomme la porte de Ùmritt ou TariaC Cet endroit est remarquable par la haatevr des rochers laiHés à pie et tbmuini des gorges sombres et profondes. Les Russes j ont établi une redoute pour en gwder 1 entrée.
dont la partie la plus élevée est le célèbre mont Ararat des saintes Écritures. Les anciens TappeUient Masii, nom qu'il conserve encore vulgairement dans le pays; nuis les Turcs lui donnent aujourd'hui celui ^Agri-
DaghC)*
Le mont Ararat se compose de deux immenses pics dont l'un est beaucoup plus élevé que l'autre (**). L'escarpement des rochers taillés a pic, et la couche des glaces qui les recouvre étemellement, avaient toujours avant ce siècle Eût njsarder son ascension comme impraticable. Aux obstacles sans nombre et aiu périls certains qui arrêtaient les phis courageux , se joignait, chez les anciens habitants de l'Arménie, la pieuse tradition que le sommet de cette montagne avant été le port de salut de l'arche. Dieu j conservait mûraculeusement ses débns , et qu'aucun pied mortel ne pouvait le profaner depuis que Noë y était aborde avec sa fiimille.
On raconte même que du temps du premier patriarche de l'Arménie, un moine nommé Jacques, qui élevait àcB doutes sur l'authenticité des livres saints, voulut vérifier par kiî-méme le fait cru généralement du dépôt des restes del'arche sur là cime du mont Ararat. Il partit donc ; mais apr^ avoir gravi pendant lon^mps la montagne, il s'endormit épuisé de fatigues, et le lendemain il se trouva transporté au lieu d'où il était parti, il voulut tenter de nouveau le même voyage, et , le prodige se renouvelant , il com-
Ï»rit qu^un pouvoir surnaturel défiendalt 'accès de ces lieux. Cette opinion, transformée en croyance chez les Arméniens, empêcha dans les âges suivants qu'aucun habitant du pays n'osAt se liasarder au delà des glaces éternelles. C'étaient les bornes infranchissables de cet autre Sinaî : en outre, la science de Tastronomie et de la météorologie n'était point assez avancée pour engager ceux qui en avaient quelque notion à gravir cette montagne,
(*) Voy. la |)lancbe n« f.
(*•) Voy. la planche n* i8.
AIIMÉHIE.
afin de faire de nourdlet expériences.
Un voyagear hollandais visita cette montagne au commencement du dix«* septième siècle; c'est Jean Struys.
Voici ce qu*il dit de son excursion :
« I<ïous partîmes le matin pour aller visiter Termite qui vivait sur la montagne. Son ermitage était si éloigné Je terre y que nous rij fûmes qu'au bout de sq>t jours, chacun desquels nous fîmes cinq lieues. Nous trouvions tous les soirs une halte pour reposer, et l'ermite qui l'habitait nous donnait le lendemain un paysan et un âae. le premier, pour nous conduire, etcduid, pour porter des vivres et du bois.
Cette dernière provision est si utile, que, sans cela, la montagne est inha»
oitable, et le froid y est tel , qu'un cavalier peut courir sans risqua sur la glace die trois heures.
« De plus, on ne se ehaufie qoe du diaufTage qu'on y porte , car il n'y crott m aihres, ni halliers, ni ronces, et dans toute la montagne il n'y a jtas même un pouce de terre. Les premiers nuages aue nous passâmes étaient oba** curs et épais. Les autres étaient extrêmement froids et pldiis de neige, quoique un peuplns bas la chaleur fat grande, et les raisins et autres fruits dans une profonde maturité. Dans le troisième nuage, nous pensâmes mourir de froid ; nous avions beau courir, rien ne poa- ▼ait nous échauffer, et si cet espace
S ce avait duré encore un quart leure, je crois que nous y fussions morts. •
Toumefort, pendant son voyage scientifique d'Arménie, explora le mont Ararat , sans s'élever à une hauteur considérable. « Nous assurâmes nos guides, dit-il. que nous ne passerions pas au delà a'un tas de neige que nous leur montrâmes, et qui ne paraissait guère plus grand qu'un gâ* teau; mais quand nous fdmes arrives, nous y en trouvâmes plus qu'il n'en fallait pour nous rafiratcbir; car le tas avait plus de trente pieds de diamètre. Chacun en mangea tant et si peu qu'il voulut, et, d'un commun consentement, il fut résolu qu'on n'irait pas pte loin. Nous deseendtmes donc avec
me vméur admitable. nm d'mmr accompli notra vqdu , et de n'avoir phit rien à fiiire quede nous retirer au mo* nastère. » Toumefort veut sans doute parler ici du monastère de Saint-Jao-
n, situé sur le versant noid-ooest montagne; puis il ajoute : « Nous nous laissâmes pisser sur le dos peu* t dant plus d'une heure sur ce tapis vert ; nous avaneiotts chtsmin fort algréablement , et nous allions plus vite de cette foçon-là que si nous allions sur nos Jambes. On continua à glisser autant que le terrain le permit; et, quand nous rencontrions des caifioux qui meurtrissaient nos épaules, nous ffnssions sur le ventre , ou nous marchions i reculons à quatre pattes. »
Le père et le predéottseur de Mé»
hémea-Behalul, pacha de Bayazid, voulut ûiire rascension de la montagne; mais il s'arrêta à deux mille quatre cents pieds des neiges, tant il était effrayé des dangers et des fatigues md l'attendaient La gloire de l'ascensHm était réservée au docteur Fr. Parrot, professeur de physique à Dorpat. L*aa 1890, il partit, comme un autre Saussure, pour escalader cette montagne plus naute que le Mont-Blanc Après plusieurs jours de marche et des niti-
Sues inouïes, il parvint à la hauteur e Quinze mille cent trente-huit pieds au-dessus du ni?eau de hi mer, c'est^dire trois cent cinquante pieds environ plus haut que le Mont-Blanc Là il planta dans la glace une longue crote noue avec cette inscription :
MIOOLAO TàMLL KIUO.
■OC Asn.im ucmosAHCTUM
SOàMMMê FBIDUICI VILIUt rXBKJKWmCB ÂM EB.iyA«
Avvo ooMorz mMGCXXn.
Après avoir ainsi prodamé dans Its.
nues la puissance de Nicolas, enpe»
reur des Russies, et la victoire de son. général Paskéwitsch, Fr. Parrot iTsip* prétait à s'élever encore, lon|qa*im tourmente soudaine obsoureit rair ai
L'UNIVERS
le força deredeseendre prédpitaimneiit poar échapper à une mort certaine. li revînt au monastère de Saint- Jacques; mais, ne r^ardant point sa tâche comme accomplie, il se prépara à une se* conde ascension; et, le 23 septembre, H se mettait en route avec un jeune diacre du couvent d'Eczmiazin , deux soldats du 41* régiment de chasseurs et deux paysans arméniens. Il suivit la môme route que la première fois, et profita des escaliers qu'ils avaient taillésdans la glace. Le 27 septembre à trois heures, H était sur le point culminant de la montagne. Il trouva là une plate-forme unie de deux cents pas de diamètre, laquelle pouvait par conséquent, comme le remarque notre voyageur, fort bien servir de point d*appîii a Tarche lorsqu'elle s*y arrêta, puisque le récit de la Genèse ne donne à ce vaisseau de Noé que trois cents coudées de longueur sur cinquante de largeur (*).
De cette élévation, qu'il évalue à 16,200 pieds, Toeil embrassait un horizon immense : toute la vallée de TAraxe avec les villes d*Érivan et de Sar^ darabad , qui semblaient comme deux taches noires , se déroulait majestueusement au pied de la montagne; au sud apparaissaient les montagnes sur lesquelles Bayazid est posée comme Taire de Faigle; au nord-ouest, le mont Alaghès élevait sa tête resplendissante comme de Targent poli lorsque le soleil dardait sur ses glaciers. Puis à droite et à gauche, les divers lacs apparaissaient comme des oasis scintillantes au milieu de l'uniforme désert de la plaine
Au sud-ouest du mont Ararat, vers les sources de TEuphrate méridional , est le Niphates (**) des anciens ou le mont Neoad , justement célèbre dans l'histoire arménienne, parce que c'est dans son voisinage que le premier roi chrétien de l'Arménie, Tiridate, fut baptisé par le premier patriarche, saint Grégoire l'Illuminateur.
(*) Toy. la planche n« si.
(*^ • Et potiùs Dora
Cantemuf Augusti Uvpbca
CMans; et rigidtim ffiphaten.
Hor. Carok. lib. ii , od. rr.
Au sud del'Araxe, en se dirigeaiit vers l'orient, on trouvait les montagnes Caspiennes qui séparaient les provinces de cette partie de l'Arménie , de la mer Caspienne, du Ghilan et de l'Aderbaïdjan.
Toutes les montagnes qui séparaient au midi les provinces arméniennes de l'Assyrie ne portaient aucun nom particulier. Les Turcs leur en ont assigné plusieurs, parmi lesquels on remarque celui de Karah-Dagh ou montagnes noires, lesquelles servent au pays de limites du côté de la Perse.
Flsuves et rivibbbs. — Plusieurs savants, qui ont cru voir dans le pays d'Arménie l'ancienne position du paradis terrestre, ont apporté, à l'appui de leur assertion, la preuve de l'existence des quatre grands fleuves mentionnés dans la Genèse. lis ont retrouvé le Pichon , le Guichon et le Hidekel dans le Gour, l'Araxe et le Tigre.
Quanta l'Euphrate, spécialement désigné, il n'y avait pas lieu à contestation , puisqu'il prend effectivement sa source dans le nord, et qu'il sert de limite à l'Arménie même, du côté de l'occident. En effet, il a son origine près de la ville actuelle d'Erzeroum où il sort des monts Bin-gueul , c'està-dire, les mille lacs. Il se forme de la réunion de plusieurs autres rivières plus ou moins considérables, parmi lesquelles on remarque le Kaîl, qui est évidemment le Lycus de Pline , puisque ce mot, dans la langue arménienne, a la signification de loiq^, comme Xuxoç en grec. Depuis le lieu où toutes les rivières qui contribuent à former l'Euphrate se réunissent, ce fleuve coule, vers le midi , entre la petite et la grande Arménie; il sépare la Mésopotamie de la Syrie , et il entre enfin dans l'Irak arabe, où il se joint au Tigre. Ces deux fleuves se jettent ensemble dans le golfe Persique au-dessous de la ville de Basrah.
Aujourd'hui que l'Angleterre cherche avec tant de persévérance à ouvrir une nouvelle communication plus directe avec l'Inde, par la voie de l'Euphrate, il n'est pas inutile de rappeler qu'au ra[^rt d'Hérodote , rArméiyà
ARMÉNIE
envoyait autrefois par ce fleuve 4 Bab^lone la )>lupart oe ses approvisionnements. Les bâtiments de transport étaient de différentes espèces. Les uns, nommés coraclesy eonsistaient en une sorte debateau pécheur de forme ronde, d^un diamètre d'environ dix pieds ; ils étaient faits d'osier ou de roseaux, enduits de bitume et dirigés avec une seule rame. Les autres n'étaient que des radeaux , que Ton mettait à flot au moyen d'outrés remplies d'air ; comme ils ne pouvaient remonter le fleuve à cause de la force du courant, le bois dont ils étaient construits était vendu sur les marchés de Babylone , et les outres étaient renvoyées en Arménie sur des ânes amenés à cet effet. €e qui rend la navigation de l'Eupbrate aussi périlleuse, c'est q[ue sa profondeur n^est jamais proportionnée à sa larçeur.
Dans la saison des basses eaux , il y a une multitude d^endroits où l'on ne trouve qu'un ou deux pieds d'eau , tandis qu'il se rencontre plus loin des gouffres et des tournants rapides, ou es bas-fonds que les bateaux les plus légers ne sauraient franchir. L'empereur Trajan descendit ce fleuve depuis Kerkisie ou Gircesium jus<]u'au golfe Persique. Ammièn Marcellin nous apprend que Julien , à la tête d'une flottille de onze cents bateaux, fit le même trajet. Dès le seizième siècle, des négociants anglais, imitant l'exemple des marchands vénitiens, allaient par la Méditerranée à Latakia sur la cote de Syrie , et de là ils gagnaient, en passant par Alep, Bir; ils transportaient ensuite à dos de chameaux leurs marchandises , puis ils descendaient jusou'à Bagdad; et les marchandises que l'on débarouait à Orpha, arrivaient par terre a Garahemit , sur le Tigre, qui était alors un des grands entrepôts de commerce. De là on les envoyait , par le golfe Persique, dans l'océan indien.
Le Tigre prend sa source dans l'ancienne provmee de Haschdéan, et il sort des montagnes appelées monts des K^urdes. En arménien on l'appelait Tegghath. Il coule parallèlement à l'Eupbrate, et le pays renfermé entre ces deux fleuves forme la Mésopota-
mie. Après avoir reçu sur ton passage le tribut d'une infinité de petites rivières, il va se jeter dans le golfe Persique.
Au nord d'Erzeroum et à l'ouest de Baibourt est le fleuve Horokh nommé Tchorok'hi par les Géorgiens , et que l'on croit être l'Acampsis des Grecs.
Il coule dans les vallées profondes et presque inabordables de l'ancienne province de Daik'h; il fait la limite du territoire de Trébizonde et de celui de Géorgie. Son embouchure, dans la mer Noire, est près de la ville deGouniah.
LeGour (*), ou Gyrus des anciens, a sa source dans la même province de Daik'h. Il sort du mont Barkhar, puis, après avoir coupé les provinces les plus septentrionales de l'Arménie, il entre dans la Géorgie, passe à Gori et à Tiflis, capitale de ce royaume , descend ensuite vers le sud-ouest, rentre en Arménie où il reçoit l'Araxe , avec lequel il se confond, jusqu'à ce qu'ils aillent tous les deux se perdre dans la mer Gaspienne. On compte parmi les principales rivières qu'il reçoit, celles de Jori , Aragvi, Alazan , sans parler des nombreux torrents qui descendent du Schirwan et de la Géorgie.
L'Araxe(*^, dans lequel tous les voyageurs reconnaissent le Pontem imugnatus Araxes des anciens, à cause de la rapidité de ses eaux qu'il roule au fond d'étroites gorges et de vallées sinueuses avec un fracas effrayant, est TAbos des anciens, le Ras ou Aras des Arabes , des Turcs et des Persans.
Il est alimenté par les rivières et torrents sortis des provinces de Siounik'h et de Khapan. Après s'être réuni au Gour, et avant de se jeter dans la mer Gaspienne , les marais de l'Aderbaîdjan et les montagnes du Ghtian leur apportent plusieurs cours d'eau considérables.
On voit, par cette énorme quantité de fleuves, de rivières navigables répandues sur la surface de TArménie , et qui circulent dans son sein comme des veines bienfaisantes pour porter
(•) Voy. la planche «• lo. {**) idem.
L'UniVERS.
(dani tout ee ftile oorps raboodanee ef la £ieondité, <piel parti an peuple civilisé pourrait tirer de cette r^ion où les moyens de transport pour le commerce sont si multipliés « et où il est si ÛMsile de remédiera la sécheresse des étés Y la principale cause de stérilité des pays orientaux. Les Turcs ni les Arméniens ne savent point proûter de ces richesses naturelfes. Ainsi ils laissent en co moment rhoniieur et les bénéfices de i'entreprise de la navigation de TEuphrate à une compagnie industrielle d Anglais.
Lacs. — L'Arménie renferme en outre plusieurs lacs dont quelques-uns ressemblent à de petites mers méditerranéennes. Tel est le lac de Van, auquel le géographe turc Hadjy-Khalfa assigne environ soixante lieues d'étendue. Les Arméniens lui donnent cent mHles de longueur et soixante milles de largeur. Ses eaux sont salées, ce qui fait qu'on le désigne sous le nom de mer talée. Il est aussi connu sous la dénomination de lac d'Aghthamar, à cause d'une tie qui s'y trouve, et qui est la résidence d'un patriarche aroôénien.
« La tranquillité de ce lao, dit M. Jaubertdans l'ouvrage précité, et ses eaux bleuâtres le feraient prendre de loin pour une mer sans orages. Environné de hauteurs couvertes de peii- Eliers, de tamarins, de myrtes et de luriers-roses , il eontient plusieurs fies verdoyantes qu'habitent de paisibles anachorètes. La pêche du lac donne un revenu de soixante mille piastres; elle commence au 20 mars et finit au SO avril. Elle est très-abondante, et consiste en un seul poisson nommé tarîkh, lequel ressemble assez à la sardine Ç). »
Un fait assez singulier, consigné par le même voyageur, c'est que les eaux du lac empiètent continuellement sur les terres, et , par cette cause, les faubourgs de la ville de Van, située sur ses bords, deviennent de plus en plus
(*) En iSo6 , il n'existait que sept ou huit beteeiuà voile sur œ lac, pour le oommeroe de la peUte TÎDe de Biddl».
inhabitdrfes. Les andeBi aotms ai^ méniens parlent d'une di^ immeoie
Su'aiuraît construite Sémiramis, sans oute pour protéger la ville contre les inondations. Les vestiges de ce trai^ gigantesque subsistent encore, et le nom persan de Bend-ma, tUguej qu'il porte, concorde à prouver sa destination primitive.
A l'orient du lac de Van se trouve un autre lac auquel le géc^graphe arabe Abou'Iféda donne cent trente milles de long, sur la moitié environ de large, n porte plusieurs noms; d'abord II est connu sous celui àtlaeêoléj ce qui fait qu'on l'a confondu quelquefois avec le lacdeVan. Les Persans et les Turcs l'appellent indififéremment lac de Tebnz ou lac d'Ourmieh. Souvent il est désigné comme lac de Téla, à cause d'une petite fie de ce nom située au milieu de ses eaux , et où l'empereur um^I Houlakou avait fiiit construire une rorteresse pour y mettre en dépdt ses trésors. Le surnom de Khabodau,qu*0 porte encore, est une épithète arménienne qui signifie Ueu^ et qui lui a I^rdiablement été appliquée à cause de 'azur de ses eaux.
Dans les contrées septentrionales et sur la rive gauche de r Araxe est situé le troisième grand lac de l'Arménie. L' porte le nom de lac de Sévan , à cause de 111e appelée ainsi qu'il renferme et où se trouvait un monastère de ce même nom, fort céldl>re par la sainteté et le savoir de ses religieux. Les Turcs et les Persans l'appellent Kouktchuk- Daria ou Ten^iz , ce qui veut dire petUe mer. U se distingue des deux autres grands lacs par la qualité de ses eaui qui sont douces. Outre ces trois lacs, remarquables par leur étendue , il s'en trouve encore dans les différentes provinces une très-çrande quantité. On cite celui qui avoisine la ville de Rars. nommé salagatsis , et tous ceux qui entourent Eneroum , dont le grand nombre a fait donner aux montagnes au milieu desquelles ils sont sema le nom de Bin-gueul ou les miUle lac*; ainsi que nous l'avoiis dit.
GsoeBAPHiB DB l'Arménib; sa
DIVISIOEI AKCUHNB. — Il CSt absolu-
ARMÉNIE
ment néœuafre de foire eonnattre l'andenne dirâion de rArménIe, tdle que nous la donnent les écrivains grecs et latins. Elle était partagée en <teiix : à Torient de l'Euphrâte était la eranSe Arménie, qal s'étendait jusqu'à Ta mer Caspienne; à Toccident, la petite Arménie, qm se subdivisait en trois autres départements noomiéQ première, seconde et troisième Arménie.
Suivant le patriarche Jean VI , historien fort remarquable, un ancien roi de r Arménie, nommé jérmanéag, ayant soumis après de rudes combats les Gappadociens, appela de son nom, première Arménie, cette province; d«>uis le Pont jusqu'au territoire de Mélitène, il nomma ce pays seconde Arménie; la troisième Arnoienie s'étendit depuis Mélitène jusqu'aux frontières de la Sophène; le pays compris entre la Sophène, Martyropolis et rocddent de la province d' Adidsnik*h , fut nommé quatrième Arménie.
Toutefois ces subdivisions ne furent guère adoptées que par les écrivains byzantins, et les autres géographes se contentaient d'admettre les deux
grandes divisions de grande et de pète Arménie, ce que font aussi les modernes.
Au cinquième siècle, la partie qui passa sous la domination des Perses, brs de l'extinction de la race des Arsacides, prit le nom de Persarménie.
L'empereur Justinien divisa le pays en cinq provinces distinctes : U grande Arménie, dont les sources de l^uphrate étaient à peu près le centre, et qui portait aussi le nom d'Arménie intérieure; au ùiidi, restait la partie que les Romains nommaient quatrième Arménie, et oui contenait les cantons d'Anzitène, olngilène, de Bdabitène et de Sophène; a Tocoident de l'Eu* phrate, on trouvait la première, la seconde et la troisième Arménie, ou le PontPolémoniaqueavecTrébizoi)de(*}.
(*) L^ârehevèauedeThetMloniqoeyEusIathe , rapporte oaiu loo Commentaire sur Cjenys le Pérîégète, que Justioien opéra une diviiimi un peu diffâ'ente. Il partagea TArmMt en quatre parties : de la première ,
La division proprement nationale de l'Arménie, et celle que suivent ordinairement les auteurs arméniens, partageait le pays en quinze provinces, où étaient enclavées de petites principiautés secondaires. Les noms oe ces provinces étaient :
!• La haute Arménie,
^Daik'h,
8« Koukark'h,
4«0udi,
5<* Quatrième Arménie,
6* Souroupéran,
7* Ararad,
8* Vasbouragan,
9* Siounik'h, 10*Artsakh, ll*Phaîdagaran, ir Aghdsnik'h, 18*Mogkh, 14" GonUaikh, 16/^ Persarménie.
Il serait asses difficile de désiner avec prédsioD les limites de cette dernière province, qui changeaient à chaque nouvelle guôre engagée entre les Perses et les Arméniens.
Les conquêtes ultérieures des Grecs d'une part, des Persans de l'autre, les invasions successives des Arabes et des Turcs seidjoukides, chauffèrent à plusieurs reprises cet ordre dfe choses.
La totalité du royaume est actuellement partagée entre l'empire tore, le royaume de Perse et l'empire de Russie, sans compter les districts dont se sont emparés quelques prinees kurdes
i! forma une illustre heptapole, dont le dieHien était Bazanis, nommée anlérieurement LéontopoUs ; TkéodonopoUs Colonia, IVébisoiMle et Cérasin do Amt Polé-^ monîaque j étalent oompriMs. Joftînien forma eMOile la dett&ième Arménie , et en fit one pentapote où w trontait Sébairte. La troîsièBie Arménie, appelée aum qnekjnefois seconde , fut constituée enbexapole; sa capitale était MélitèBe. On trouvait encore dans cette province Comana, ^f^^ ^ Cucusus. Enfin la quatrième Arménie, gou« ▼emée par des satrapes, fut fonnée do diverses provinces oui portaient les nome de Tzopbane , de Bslbitene ei d*aulres semblables dénominations barbares.
L'UNIVERS
qui savcut y maintenir leur indépenaance.
POBTION DB l'ArMÉMK ÀPPABTB- NANT A LA TUBQUIE. — LcS TurCS
possèdent à l'ouest de FEuphrate toute rArménie mineure, et à Toricnt le territoire qui leur est soumis s'étend des montagnes de la Géorgie à celles de la Mésopotamie, en s'avançant du côté de l'orient, jusqu'au delà du mont Masis. Six pachas sont chargés de l'administration de ce pays, et leur gouvernement s'appelle pacAo/tA;. Les noms de ces pachaliks sont Erzeroum, Akiska, Khars, Bayazid, Mousch, Diarbekr.
Ils renferment une grande quantité de sancHakats ou districts administrés par des espèces de vaivodes, dont plusieurs se sont affranchis du tribut qu'ils doivent payer à la Porte Ottomane.
Possessions db la Russie. — La Russie marche chaque Jour à la conquête de l'Arménie, et il est bien certain qu'elle occupera prochainement tout cet ancien royaume. Érégli-Khan lui a déjà fait entièrement l'abandon de ses domaines, comprenant et la Géorgie et l'Arménie mineure. Depuis ce temps, elle a conquis tout l'espace compris entre le Kur ou ancien Cyrus et l'Araxe, jusqu'au confluent de ces deux fleuves, près de la ville de Berdé et de Djavad. Cette presqu'île contient trois lacs : le Paravan, le Palat et le Sévan. Les deux villes les plus oonsi' dérables sont Tiflis sur le Kur, et Érivan près de l'Araxe, qui était la résidence du khan persan. On remarque aussi plusieurs autres villes, telles queCbaki, Ghirvan, Chamakhi, riactcnavan, Asdabad, Lori, Berdé. Ce pays est défendu par la place forte d'Érivan, et l'imprenable forteresse de Chouclû , où les princes arméniens allaient autrefois oiercher un asile contre les incursions des Perses et des Arabes. Les montagnes qui l'entourent forment par leur enceinte une seconde citadelle, que la nature semble avoir fortifiée sans le secours de l'art.
Cette presqu'île comprenait autrefois les provinces de rArménie majeure, de Daîk, de Koukark, d' Ara-
rat, et une partie du Vasbouragan sar l'Araxe. Au confluent du Kur et de l'Araxe se trouve la province d'Oudi, appelée Otène par Pline, et Motène par Ptolémée.
Comme Ecziniazin , résidence du patriarche universel, est enclavé dans ces possessions, il ne faut pas s'étonner si la Russie , pour consolider ses conquêtes, tient beaucoup à maintenir sous sa puissance le siège du chef spirituel , sur rélection duquel le cabinet de Saint-Pétersbourg influe directement aujourd'hui. Les Russes ont cru 3ue la scission existante entre l'Église 'Arménie et celle de Rome rapprocherait d'eux les Arméniens. Mais ceux-ci ont une profonde antipathie pour leurs nouveaux maîtres, en qui ils retrouvent toutes les erreurs et les pratiques des Grecs, avec lesquels ils se sont disputés des siècles, sans pouvoir jamais s'accorder. En outre, les prétentions du czar, qui veut concentrer dans sa personne toute l'autorité spirituelle de son empire, et qui, par conséauent, tend toujours à affaiblir celle du patriarche arménien, ne fait
au'accrottre le mécontentement des dèles de cette Église.
Les conquêtes des Russes ne se sont pas bornées à cette presqu'île déjà assez vaste; elles s'étendent au midi au delà de l'Araxe , et pénètrent fort avant dans r Ararat et le Vasbouraj^an , qui appartenaient au khan d'Érivan. LajKirtie située au delà du confluent du Kur et de l'Araxe, en allant jusqu'à la mer Caspienne^ a cédé depuis peu aux armes de la même puissance.
Possessions de la Pbbse. — Il j a encore peu de temps <^e la partie montagneuse de l'Arménie, située à l'occident de Gandjah et de Berdé , était sounriise à plusieurs pettts princes , tributaires des Persans , qui prenaient le titre de melUky nom arabe synonyme du mot roi. Mais, dans les dernières guerres contre la Russie, la Perse a perdu ce territoire, et il ne lui reste plus que la portion comprise entre la partie soumise aux Turcs, les montagnes des Kurdes et le lac d'Ourmieh.
Quant aux cantons situ^ au sud du
ARMÉNIE
lac de Van, en allant vers le Kurdistan et le Tigre, ils sont soumis à divers princes kurdes résidant à Betlis , Djoulamerk et Amadiafa.
Pour que le lecteur saisisse d'une
manière claire et succincte les derniers changements survenus dans la division politique de l'Arménie, nous les résumerons dans le tableau suivant :
rAOvnrcu Avcisiivii.
Yatbouragan
Sîounie*
Phaîdicaraii {
Oudi. i
DITXilOtf MODXAVS.
Koukar.
Érivan, Tan et une partie de l'Aderbaîdjan.
Nakdchivan et . une partie du Karabagh.
Karabagii.
Somékhèlî ou Arménie géorgienne.
Gordjaîk et Persarménie. j Aderbaîdjan.
Douroupéran.
Arménie iiipérieure.
i\* Arménie. }
Seconde Troiiième
Arménie.
ie. J
PacbalîLs de Kars, de Bayaiid, Kurdistan.
Akhiska.
Diarbekre.
ARMéviB MxxrBmB.
Késarieh, Césarée, Siwas, Sébaste.
ProTince russe de TArménie ou gouvernemeut d*Érivan.
) Province nisse de Karabagh ou i gouvernement de Cboudia,
I GouTernement russe de t Tiais.
I Chefs kiirdps et gouvernement • {lersan de Tauriz.
j Pachaliks turcs.
I Pachaliks turcs.
Pachaliks turcs.
VlLLlS BBHABQnABLES DB l'AN- GIBNNB AbMBNIB; NOMS DB GELLB8 QUI ONT GORSBBYB QUELQUB IMPOB-
XAjxcE.—Erzeroum (*). La ville principale de la haute Arménie est Garinf qui prit le nom 'de Théodosiopolis, parce qu'elle fut fondée vers Fan 415, par Anatolius. général des armées de rempereur Tbeodose. Gomme elle était plus particulièrement sous la domination des empereurs grecs, on l'appela, vers Je milieu du onzième siècle, Arzroum ou Erzeroum, corruption de la dénomination arabe j4rzel roum ou l^ys des Romains, c'est-à-dire des Grecs, d'après l'usage commun des Orientaux de désigner par ce nom l'em-
{>ire d'Orient, qui n'était au fond que a continuation de l'empire romain.
Aujourd'hui elle est la plus peuplée les villes d'Arménie; on y compte cent mille habitants, que quelques voyageurs évaluent même à cent cinquante mille. Toutefois des renseignements
n ▼oy. la pbmdbft tf» a.
postérieurs à la dernière guerre des Russes montrent que la peîste des années précédentes avait beaucoup réduit la population; on ne l'évalue qu'à quatre-vingt mille âmes. Le nombre des ramilles turques est porté à onze mille sept cent trente-trois, et celui des familles chrétiennes à quatre mille six cent quarante-cinq; on y trouve cinquante familles du rit grec, et six cent quarante-cinq du rit catholique. La population n'est pas toute arménienne; il s'y trouve beaucoup de Turcs, de Grecs et de Géorgiens; on y voit une grande chapelle arménienne. Les maisons, construites en bois, sont assez basses. Le froid y est très-vif, et la neige couvre la terre la moitié de l'année. Dans le voisinage de la ville coulent des eaux minérales fort oélèbres. Le gouverneur qui y réside est un pacha à trois queues.
La citadelle seule (*) , qui occupe le centre de la ville, est présentement
(*) Yoy. la planche n» 3
L^UNIYEES.
fortifiée; elle est située sur utie petite éminence et entourée d'un fossé assez )rofond ; une double enceinte de murs 'environne, mais le second mur seuement est en bon état; il est bâti de pierres carrées et solides avec assez de rtoilarité , chose fort rare dans les fortifications des Turcs. Les maisons n'ont 3u'un étase, et leur chétive apparence onne à 1 intérieur de la ville un air de dénûment et d'abandon qui attriste le voyageur. Les toits plats des maisons forment une espèce de terrasse enduite de terre glaise qœ tapisse une petite mousse verdâtre, et cette immense mosaïque de verdure, formée par l'agglomération des toits, donne oe loin, à Erzeroum, |)lutôt l'aspect d'une prairie que d'une ville. Du reste , les environs sont nus et arides, et à
Seine l'oeil rencontre-t-il quelques jarins dans la plaine. Les Arméniens dissidents sont régis spirituellement
Sr un évéque , qui a sous sa juridiction ut le pKactialik. Un séminaire assez mal administré ne peut suffire à l'instruction du clereé, qui est ignorant et peu nombreux. Aucune école n'est éta- Dlie pour la jeunesse, et il est trèsdifficile de rencontrer une femme qui sache lire. C'est chez les Arméniens catholi(|ue8 gue l'on trouve seulement une civilisation grogressive et des connaissances étendues. Leur nombre s'accroît chaque jour, et les fruits qu'ils recueillent seraient encore plus abondants, s'ils étaient énergiquement se* condés par l'Église d'Oociaent L'étabKssement des missionnaires catholi-
Ses remonte à l'année 1688. Ce furent jouîtes qui, sous la protection de Pambassadeur français . vinrent les premiers exercer leur zèle apostolique dans ces contrées. Ils ont eu plusieurs persécutions violentes à endurer, dont le contre-coup retombait avec violence BUî leur petit troupeau; mais rien n'a pu ébranler la constance de ces fidèles, 1 oui trouvaient dans l'intégrité de leur
efiScace à tous
îtfi ir»^K'';';r.iK;ji
i un leurs maux.
« Le climat d*£rzeroam, dit TournefM dans son vovage du Levant, est extrêmement frôla. Je ne suis pas
étonné de ce oue Locullu» trouve étrange que les oiamps fussent encore tout nus au milieu de Tété, hii qui venait dltalie, où la moisson est fiante dans ce temps-là. Il fut encore bien plus surpris de voir de' la glace dans i'équinoxe d'automne, d'apprendre que les eaux par leur froideur faisaient mourir les chevaux de son armée, qu'il fallait casser la glace pour passer les rivières, et que les soldats étaient forcés de camper parmi la neige qui ne cessait de tomber. Alexandre Sévère ne fut pas plus satisfait de ce pays.
Zonare remarque que son armée, r«passantpar l'Arménie , fut si maltraitée du froid excessif qui s'y faisait sentir, qu'on fut obligé de couper les mains et les pieds à plusieurs soldats que l'on trouvait à demi-gelés sur les chemins.
Cette ville est le passage et le rwosoir de toutes les marchandises des Indes.
Ces marchandises, dont les principales sont la soie de Perse, le coton, les drogues, les toiles peintes, ne font que passer en Arménie. On y vend trèspeu en détail, et on laisserait moorir un malade faute d'un gros de rhubarbe, quoiqu'il y en efit plusieurs balles tout entims. On n'y débite que du caviar, qui est un ragoût détestable. Cest un proverbe dans le pays, que si l'on voulait donner à déjeuner au diable, il faudrait le régaler avec du café sans sucre , du caviar et du tabac; je voudrais y ajouter le vin d'Erzeroum. Nous fûmes surpris de yoir arriver à Erzeroum une si grande quantité de garance,
Ïii'fls appellent bcHa; elle vient de erse, et sert pour la teinture des cuirs et des toiles. »
ÉreZf ou Erzenga, l'une des vflles principales du même pachalik d'Erzeroum, était célèbre âiez les ancieiis par ses temples élevés à la déesse Anahid , qui est la Vénus des Grecs.
Les antiquaires pourraient foire de précieuses découvertes parmi les mines que phisieurs tremblements de terre ont accumulées dans son enceinte.
Elle fut longtemps gouvernée par des émirs mogols on tartareSi oui en conservèrent la souveraineté jQsqut sous les fils de Tanerian.
ARMtmiB.
jM, bourg dépendant aujoardliai d'Enttoam, et, anciennement, foiierene oélèbre que défend la rive oocidentale de FEuphrate. A Tétabliseement du duristianisme, sa bibliothèque, précieuse pour les traditions antiques oe la Perse , lut détruite. Elle fut longtemps le dépôt des trésors et des ncfaenes des rois arméniens.
Berdé, ou Berdaah, petite ville qui acquiert chaque jour de Fimportanoe depuis la conquête de cette province par la Russie. Elle était, au nuitième siècle, la résidence des rois des Aghovans.
jéni, qu'il ne Êiut pas confondre avec le bourg de ce même nom. Elle fiit longtemps la capitale de l'Arménie entière. Située au confluent de FAkhouréan et du Rhah, qui se iettent dans FAraxe^ elle contenait, dit-on, au onzième siècle, cent mille maisons et mille églises. En 1064, après avoir été livrée par trahison aux Grecs, elle lut (Hrise d*assaut par le sultan Seld joukide Alp-Arslan. I^es Arméniens rentrèrent en possession de cette ville, mais pour peu de temps, étant toujours diassés par les iunrdes étrangères. En 1819, elle fut bouleversée et détruite de fond en comble par un tremblenient de terre. Une partie des habitants se réfugia dans la Crimée, où leurs descendants existent encore présentement.
M. Rer-Porter, qui a visité ses mines, nous en fait une description bien propre à éveiller l'attention des autres voyageurs. Défendue d'un côté par la rivière Aipatchai, elle est fieniiée au nord et à l'est par un -double rang de hautes murailles et de tours dont la ooostructîon tonne. Toute la surface du terrain ne présente que des débris de cok>nnes, de statues, dont.l'aéoution est nar&ite. Ce qui reste de quelques églises nous donne une haute Idée de leur ancienne magnifkience.
Mais oe qu'il y a de plus prodigieux, if est l'anclea palais des rois d'Arménie ; on le prendrait pour une ville, à son étendue. 0 est si magnifiquement déooré au dedans et au dehors, qu'andeseription ne sanrail donner une
idée de la variété et de la richesse des sculptures qui en couvrent toutes les parties, ni des dessins en mosaïque qui ornent le sol de ces salles innombrables. Tous les restes d'édifice que renferme cette ville excitent Fadmiration par la solidité de la bâtisse et l'excellence du travail.
Vagharsehabadf bâtie six siècles avant notre ère, par le roi Érovant F*, et qui fut le siège du royaume. Aujourd'hui elle est entièrement ruin^, et il n'en reste que l'église d'Ecsmiazin, dont nous donnerons la description dans un autre lieu.
Ardoêchadf bâtie d'après les avis d'Annibal, selon Strabon et Plutarque:
elle fut, vers la fin du quatrième siède de notre ère, la résicience des rois, qui la quittèrent, à cause de Finsalubrité de l'air, pour aller s'établir à Tovin. Les Arméniens donnent actuellement à ses ruines le nom d'Ardaschar. Chardin les a visitéi», et il parle avec admiration des débris d'un magnifique palais nommé, par les habitants au pavs, Tcikhi Terdat, c'està^lire, le trône de Tiridate, nom qui lui vient probablement du premier roi chrétien oe FArménie.
Tbvin ou Tevin. ainsi nommée par les Persans, selon l'historien Moïse de Khoren , à cause de sa position sur une colline, bien que ce mot ne se trouve point, comme il le prétend, avec cette signification , dans fa langue persane ; elle fut quelque temps la capitale des rois, et les patriarches y transférèrent leur sié^e à plusieurs reprises. ^Elle fut conquise par les Géorgiens , puis par les Atabeks de l'Adèrbeidjan , et enfin par les Mogols. De-
Elis cette époque, elle est conskléraement décnue : les voyageurs mène nous la dépeignent comme une cfaétive bourgade.
L'an 894 de notre ère, la ville, qui était alors florissante et bien peuplée , fotruinéepar un tremblement de terre.
Nous emprunterons h la plume ricbe- DMut descriptive de Jean VI , l'historien et le patriarche, le récit de ce désastre dont il avait été en quelque sorte le Umom oculaire. • vers ce
L'UNIVERS
temps, noiis dit-il, un horrible tremblement de terre arriva subitement la nuit à Toviii. Le trouble , la stupeur , Tagitation et la ruine pesèrent à la fois sur les habitants ae la ville qui fut bouleversée de fond eu comble.
Car les muraiiles-d'enceinte , les palais des grands et les humbles maisons du peuple, furent également renversés; et, en un clin d*œil, ces lieux devinrent comme la plaine stérile d'un désert. L'édiiice sacré de Téglise métropolitaine et les autres chapelles solidement bâties, furent ébranlés, démolis et ruinés , et offrirent la triste similitude de cavernes encombrées de roQS arides. A la vue des monceaux de cadavres étouffés sous les décombres des toits , eosevelis sous terre ou roulant sur la poussière , le cœur le plus insensible et aussi dur que le rocher , était saisi de douloureux gémissements, et se fondait en larmes. Je ne parlerai point des membres de la même famille , des amis ou des personnes unies par des liens de parenté, inconsolables dans leur douleur , leur deuil et leurs lamentations ; je tairai les pleurs , les gémissements et les chants funèbres des jeunes filles , des hommes et des femmes se désolant sur leurs pertes , et élevant leurs cris jusqu'au ciel.
Quant à la multitude des morts , elle était telle, que les tombeaux n'y pouvaient suffire , et beaucoup étaient ietés dans de larges fossés ou dans les crevasses des rochers. »
Ani se releva de ses ruines, et Kakis II , dernier roi des Pagratides , la céda aux Grecs qui établirent un gouverneur avec le titre de duc. En 1064 , le célèbre sultan des Seldjoukides , Alp-Arslan , assiégea la ville , et s'en empara. Il rasa les murailles et laissa un gouverneur persan , qui céda ses droits à l'émir de Tovin, pour une somme d'argent. Cet émir, nommé P'hadloun , aorigine kurde , en donna le gouvernement à son petit -fils Manoutché , qui rebâtit les murs de la ville , et y appela un grand nombre de nobles arméniens.
f^an^ située, au sud-est, sur la nve ilu lac qui porte le ménie nonoi ; cette
ville est fort ancienne. D'après les anciennes teaditions , elle fut fondée par Sémiramis, qui l'appela 5^mtranac0rte.
Plusieurs historiens ont décrit magaifiquement les antiques constructions qu^elle renfermait , et qu'on attribuait aux souverains de l'Assyrie. Lorsque Timour envahit ces pays , il voulut détruire ces vieux monuments; mais leur solidité offrit un obstacle insurmontable à son vandalisme. On voit encore des travaux semblables aux constructions dites cyclopéennes , entrepris dans le but de servir de digue aux eaux envahissantes du lac; et nul doute que ce monument ne remonte aux âçes les plus reculés.
L'historien Moïse de Khoren parle aussi d'une montagne artificielle que Sémiramis éleva au nord de la ville actuelle , sur laquelle elle avait placé son palais. M. Schulz , qui , par ordre du gouvernement français , visitait, en 1827, cette contrée, et qui a trouvé une fin malheureuse diez les tribus sauvages des Kurdes, a reconnu la colline formée d'énormes quartiers de rochers , et qui porte la citadelle actuelle. Cette colline s'étend de l'ouest à l'est l'espace d'une heure de chemin. A l'intérieur, sont d'immenses cavernes et des salles voûtées où l'on trouve beaucoup de débris de statues. Ce qu'il y a de plus remarquable , ce sont les inscriptions cunéiformes, ou en forme de clous, qui couvrent l'entrée et les flancs de la montagne, et que M. Schulz a copiées pour la première fois. Toute la contrée est couverte de ruines qui semblent être de la même nature que celles de la ville.
Le souvenir de Sémiramis s'est conservé dans ces contrées, car l'une des petites rivières qui descendent des montagnes des Kurdes dans le lac, porte encore le nom de Torrent de Sémiramis.
Il convient de donner ici la traduction du chapitre où Moïse de Khoren parle des anciennes constructions de ta grande reine de l'Assyrie. On verra que le récit des voyageurs modernes concorde avec le sien.
«Sémiramis, après s'être reposés
ARMÉNIE
calques jours dans la plaine d* Ararad , ainsi nommée du roi Ara, s'avança vers une région montueuse , située au nord (car c^était la saison de l'été), pour se récréer dans ces riantes campagnes et ces cliamps en fleur. La beauté du pays , la pureté de l'air, la limpidité des sources et le murmure de rivières majestueuses dans leur cours , frappèrent sa vue : « Il faut , dit-elle, batir une ville et un palais propre à habiter , dans ce lieu , où l'air, l'eau et la terre sont si salubres , afin de passer agréablement, en Arménie, la quatrième partie de l'année , l'été , et de rester à Mnive pendant les trois autres saisons plus froides. »
a Ayant traversé une certaine étendue de pavs , elle arrive au bord d'un lac salé. Elle aperçoit sur ses rives une colline allongée , s'étendant de l'ouest à l'orient , et légèrement inclinée vers le nord ; tandis qu'au midi était une caverne profonde, ouverte vers le ciel.
Il y avait aussi , un peu plus au sud , une vallée longue et plane qui , en tournant du côté oriental de la montagne , redescendait vers le bord du lac, comme un torrent long et sinueux.
De grands cours d'eau of'une agréable saveur, sortant de la montagne^ après s'être infiltrés à travers les ravins , et s'être réunis dans la partie inférieure, s'épandaienten larges rivières. A droite et a gauche s'élevaient de nombreux édifices; et, à Torient de cette montaene enchantée , on voyait une autre colline plus petite.
« Sémiramis, ayant fixé son choix sur ces lieux , fit venir sur-le-champ, dans l'endroit qui la charmait, vingtdeux mille manœuvres de l'Assyrie et des autres parties de ses États , puis six cents de ses plus habiles ouvriers exercés à travailler le bois et la pierre, l'airain et le fer; ce qui fut exécuté conformément à ses ordres. On lui nmena donc promptement une multitude d'ouvriers apprentis, sous la conduite d'architecte» et de maîtres instruits dans leur art. Elle commença par faire construire une digue pour la rivière avec des quartiers de rocher d'une énorme grandeur, cimentés avec
2* lArraison, ( A bubnte )
de la chaux et du sable , dam des proportions prodigieuses de longueur et de largeur; construction qui subsiste, dit-on , dans toute sa soliaité , jusqu'à ce jour. On nous a raconté que , dan% les crevasses et les souterrains de cette di^e , les brigands et les gens proscrits cherchent une retraite aussi sûre 2ue sur les sommets des rochers et es montagnes. Que si quelqu'un voulait en faire l'expérience , if ne pourrait , malgré tous ses efforts, détacher de cette digue une petite pierre §[rosse comme celle d'une fronde. L'ajustement des blocs est si parfait, que celui qui les considère croirait que lo tout est le jet d'un liquide fondu. La digue se prolonge Tespace de plusieurs parasanges, jusqu'à l'emplacement désigné de la ville.
« La reine divisa en plusieurs ordres la troupe des ouvriers, et préposa à diacun de ces ordres des maîtres habiles dans leur art. Ayant pressé de cette manière l'ouvrage, au bout de quelques années elle termina ce monument admirable par ses murs indestructibles, et dont les portes étaient d'airain. Au milieu de la ville , elle fit bâtir en ^ande quantité des maisons dont les pierres étaient de différentes couleurs, et à deux et trois étages, toutes convenablement exposées au soleil ; elle divisa les quartiers de la ville en un certain nombre de rues spacieuses et régulières , et elle y cons» truisit des bains somptueux. Une branche du fleuve détournée fut distribuée au milieu de la ville pour les divers besoins des habitants , et pour Tarrosement des vergers , des jardins , et des parties environnantes de la ville, sur la rive droite et la rive gauche du lac* Tous les lieux exposés au nord, au midi et au levant , furent embellis de châteaux, d'arbres touffus aux fruits et aux feuillages variés. Elle planta la vigne dans beaucoup de fertiles vidions, et, lorsque la ville fut ceinte d'une muraille remarquable par sa structure, elle y fît habiter une colonie d'hommes innombrable.
« Comme peu de personnes ont pu connaître l'édlifice qu'elle construisit i
L'UJ^IVERS.
la pointe de la ville , et les admirables travaax qu'elle y exécuta, nous n'en parlerons pas. Après avoir environné ces hauteurs d'un mur dont les entrées étaient aussi difficiles que les issues , die y bâtit des palais pour sa résidenee, et des retraites terribles.
ITayant aucun renseignement positif sur ces constructions, nous n'osons pas les décrire. Nous nous contenterons de rapporter qu*on s'acconie généralement a regarder ce travail comme le premier et le plus imposanide toutes les constructions royales. En face de la caverne exposée au soleil , dans ce roc si dur que le poinçon d'acier ne peut y tracer une seule ligne, elle avait pratiqué, de distance en distance, des temples, des salles, des lieux de dépôt pour ses trésors, et de lon^çs souterrains , sans que personne puisse savoir exactement la destination de ces travaux surprenants. Sur toutes les parois du rocher, elle a gravé de nombreuses inscriptions, comme celles quele stylet empreint sur la cire , chose dont la vue seule frappe tout le monde d'étonnement. En outre, elle éleva, dans le pays des Arméniens , beaucoup de colonnes qu'elle couvrit d'inscrifH tions pour perpétuer sa mémoire.
Dans beaucoup de lieux , elle posa des limites chargées de la même écriture.*
Ces détails, donnés par un auteur du cinquième siècle de notre ère , sur des monuments encore existants, et visités récemment par des voyageurs, font vivement désirer que quelque savant puisse un Jour déchinrer cette écriture qui paraît être cunéiforme^ et nous expliquer ces inscriptions, a l'aide desquelles on suppléerait vraisemblablement à d'importantes lacunes de l'histoire ancienne de l'Assyrie.
Le P. Luc Indjidjan, membre trèsdistingué de la congrégation des Méchitaristes arméniens de Venise, nous donne, dans sa Géographie de l'Arménie, les détails suivants sur les antiquités de la ville de Van , traduits par M. Saint-Martin.
« Au nord de la ville , dit-il , en ligne droite , est une très-haute montagne de pierre ; on ne pourrait en atteindre
le sommet avec une balle de fusil:
c'est là que fut fondé et taillé le château impénétrable de Van, ouvrage de Sémiramis (*). Cette montagne est d'une pierre dure d'un genre particulier; elle s'étend de l'ouest a l'est, l'espace d'une heure de chemin : le pied de la montagne du côté du midi , est contigu aux murailles de la ville ; c'est là qu'est le faubourg. Cette mu* raille et le château sont a une demiheure de distance du lac. Le côté ex** térieur de cette montagne , c'est-à-dire, celui qui est au nord du côte de la plaine , est une hauteur très-escarpée « remplie d'énormes rodiers; les murailles ont, été souvent détruites et reconstruites.
« On trouve dans l'intérieur de ce rocher, en cinq ou six endroits, d'immenses cavernes creusées dans le roc par les anciens ; les portes en sont tournées du côté de la ville ou du midi.
On voit d'autres cavernes de l'autre côté de la montagne, c'est-à-dire au nord. Elles sont toutes abandonnées maintenant. Ce sont les excavations, les cavernes, les souterrains dont parle Moïse de Kboren.
• Du côté du midi , on voit une ouverture taillée avec la plus grande peine dans le marbre le plus dur, qui conduit à urfe très-belle pièce dont le plafond est en forme de voOte; sur toute la longueur de l'ouverture, se trouvent des inscriptions dont les lettres sont inconnues aux habitants.
Cette porte conduit jusqu'au centre ou au cœur de la montagne. Il est fort difficile aux habitants d'y parvenir avec des échelles , soit qu'ils viennent
Sar en haut de la citadelle , ou par en bas e la ville. On trouve également , du côté du nord , vers le bas de la montagne , trois ouvertures qui conduisent aussi à des pièces dont les plafonds sont en forme de voûte : on voit également sur ces portes des inscriptions en caractères inconnus aux habitants ; ce sont probablement les inscriptions en lettres anciennes, tracées par rordre de la reine Sémiramis, et dont parle
{*) Voy. la planche n« 4«
ARMÉNIX.
to
MoDm de Kboren. Sur les cdtés nord et Bud de cette montagne de pierre, on a sculpté, en divers endroits, de
rtites croix et des figures d'hommes, n'y a pas longtemps qu'en creusant dans l'intérieur de la ville, on a trouvé une statue en pierre, représentant un homme à cheval.
«Cette montagne et la forteresse n'ont pas d'eau ; mais , en temps de paix , il existe un chemin facile par lequel on monte du pied de la montagne à l'oo* cident, près la porte fskelé Kapôusi; c'est par là que Von porte l'eau nécessaire aux habitants du château. On y trouve nne source d'eau excellente qiii s'écoule dans le lac ; on voit, auprès de ce ruisseau , de très * grands blocs de marbre qui sont abandonnés, et une tour ruinée dans le voisinage. »
II n'est pas inutile de faire observer ici que les longs détails transmis par Diodore de Sicile, sur les frigantesques travaux de la reine Sémiramis dans TArménie, pourraient fort bien être ceux qu'on lui attribue à Van; et cela avec d'autant plus de raison , que la partie de 4' Arménie qui comprend la ville de Van, a souvent été confondue avec la Médie dont elle est d'ailleurs voisine , et dont elle a même porté le nom à quelques époques.
Une colonie considérable de juifs, à réjpoque de leur dispersion, vint s'étabhr dfans cette ville; et, dès le qua* trième siècle, ils étaient devenus si nombreux, que le roi de Perse, Sapor III, s'étant emparé de Van , y détruisit dix-huit mille maisons de jui£i.
A l'arrivée des Turcs seldjoukides, die tomba en leur pouvoir. Timour la prît en 1393, et y fit un carnaçe effroyable. En 1533, les Turcs la prirent aux Persans; et, depuis cette époque, ils en ont conservé la jouissance. TJie est la capitale d'un pachalik qui a dans sa dépeixJance une grande partie de l'Arménie turaue, et qui est subdivisé en treize sanoiakats.
l*rès de van , réside un archevêque
2ui tient sous sa juridiction tous les véques résidant autour du lac. Il habite le monastère de Varoky situé à six milles de la ville » sur uue muut80ne
du même nom, et qui est fort célèbre chez les Arméniens, à cause d'une croix plantée sur ce lieu même par sainte Ripsimée , jeune vierge martyre de la foi chrétienne sous le roi Tiridate {*).
La ville est encore défendue par une citadelle assise sur un roc isolé qui passe pour imprenable. Elle résista plusieurs années aux armées du roi de Perse Abbas II , qui s'en empara en 1636. On y compte aujourd hui de quinze à vingt mille habitants.
Édesscj appelée en syriaque et en arabe Ourrha ou Rouha, bâtie, sek)n M.Buckinsham, sur les ruinesd'Ùr (**), ville chaldéenne que le patriarche Abraham quitta pour aller habiter Haran.
Ce savant voyageur, qui l'a visitée dernièrement, l'a trouvée bien bâtie, industrieuse et commerçante, et porte jusau'à cinquante mille le nombre de ses nabitants. Elle fut, au temps.d'Ab-
{(are, connu par la correspondance que a tradition lui attribue avec Notre- Seigneur Jésus-Christ, la capitale de l'Arménie. Elle passa tour à tour sous la domination desAomains et des Arabes, et elle retomba ensuite au pouvoir des empereurs de Constantinople.
En 1099, Baudouin, frère de Godefroy de Bouillon, en fit la conquête^ et elle resta entre les mains des Francs jusqu'en 1 144 , qu'elle leur fut enlevée par Émad-eddin-Zenghy. sultan des Atabeks de Syrie. Perses, l'un des écrivains les plus remarquables de l'Arménie, a clianté dans un poème éiégiaque justement renommé, la prise de cette ville infortunée.
Elle est maintenant soumise i l'empire ottoman et gouvernée par un pacha. La plus grande partie de sa po* pulation est encore composée d'Arméniens.
(*) Tlous avons riolention de reproduire dans un autre lieu, comme modèle de légende araiénienne, le martyre de eetle sainte , tel qu'il est rapporté |iar Agathange, hislorieo oontemponun.
(**) Genèse, oli. xi, v. 2S. Yojei à ce sujet Bucbart iu i^baUg. , L i , cb. ai ; Cellarius in Geogr.ant. p. xi , p. 729-760; mIchaelis Bibl. ori^iH, p. svu , p. 76.
L*UNIV£a8.
NUibe, enurmémÊùMeéUpiny ville ancienne qui fut quelque temps la résklence des souverains, et connue par le siège que Tigrane v soutint contre les Romains. Après la mort de Tempereur Julien, eue passa sous la domination des Perses, qui la conservèrent longtemps, malgré tous les efforts des Romains pour la recouvrer. Il n*en reste que des murailles et autres ruines remarquables par leur construction.
Elle en située a quelque distance de la ville actuelle de lïissibin, d*une médiocre étendue.
BayaM {*), ville pittoresquement •Huée au fond a*une vallée étroite, en* tourée de montagnes nues et escarpées.
Les maisons sont éparses entre les rodiers qui des deux côtés bordent le défilé. A gauche , sur un pic nresgue inaccessible, s'élève une vieille citadelle, dont on attribue la construction au sultan Bay azid ou Bajazet I**, surnommé Ildénm la Foudre. Cest dans ce château que M. Amédée Jaubert , dont nous avons mentionné le voyage en Arménie, fut détenu plusieurs mois par le perfide pacba Mahmoud , lorsqu'il allait en Perse chargé d'une mission secrète par Napoléon.
La ville de Bayazid a acquis dernièrement quelque importance par son commerce. Sa population peut s'élever à quinie mille âmes.
On en exporte le tabac et la manne, que les Persans appellent am, et qui se trouve en grande quantité dans le Louristan et dans le distnct de Rhousar en Irak. L'arbre que cette manne semble affectionner particulièrement, et sur lequel on la recueille en plus grande quantité, est le chêne nain. On ramasse les feuilles qu'on laisse sécher, puis ensuite on les essuie soigneusement. On l'apporte dans cet état sur les marchés, et c'est en la faisant bouillir qu'on parvient à la purifier de toutes ses ordures et autres parties hétérogènes qui j sont mêlées. On recueille aussi sur les rochers et les pierres une autre espèce de manne blanche beaucoup plus ptire et plus eatimée que celle
n ▼oy. la pUodM ■• 7
des arbres et des plantes. La saison où commence cette récolte est la fin de juin; et lorsqu'à cette époque de l'année la nuit est plus froide que de coutume, les habitants du pays disent qu'il pleut de la manne. En effet, elle est toujours plus abondante le matin au lever du soleil.
Sis, Dans la Cilicie, qui faisait partie de l'Arménie Mineure, on remarque la ville de Sis, située dans une plaine à vingt-ouatre milles d' Anazarbe, au nord, sur les bords d'une petite rivière oui se joint au Djihan. Elle existait déjà au dixième siècle de notre ^e. En 1186, le rot Léon II l'aErandrit et l'orna de quelques beaux édifices. Eu 1294, à la suite des guerres qui affligeaient le pays, on transporta le si^e patriarcal dans cette ville , où il a m maintenu depuis cette époque , quoique le titulaire réside à Alep. Aujourd'hui Sis est presque totalement ruinée.
jénM ou HamUh est la ville que les Ttorcs ap|)ellent Kara-Àmidy à cause de l'enceinte de rocs de basahe qui l'environne. Sa position sur le Tigre a changé avec les âges. Ammien Marcellin nous apprend qu'elle était située sur la rive orientale, et aujourd'hui elle s'élève sur le bord opposédu fleuve. Avant le quatrième siècle de notre ère , son nom n'est mentionné par aucun historien. La chronique syriaque d'Édesse, que nous trouvons dans Assé* mani, fixe à l'an 849 de notre ère l'époque où l'empereur Constance agrandit considérablement cette ville, qui acquit par la suite une nouvelle importance au temps des suerres des empereurs de Constantinople et des rois de Perse. Il est probable qu'elle occupe à poyi près l'emplacement de l'ancienne ville de Tigranocerte, ainsi nommée à cause de l'illustre Tigrane, son fondateur.
Elle fut longtemps florissante et trèspeuplée. Pendant les guerres des Grecs et des Perses, elle passa plusieurs fois à chacune de ces deux puissances, qui la prenaient et la perdaient tour à tour. Elle a été le chef-lieu d'un pachaiik puissant qui comprenait treize sandjakats ottomans et huit sandjakats turcs.
Mats depuis que les villes de Merdîn^
AEMÉNIE.
if
Ilesibin, Djezireh et Sindîarfoiit par« tie du pachialîk de Bagdad , son territoire est moins étendu.
Érioani*). On suppose que le fondateur de cette ville est Érovant II, qui, pour conserver le trône qu'il avait usurpé, céda aux Romains Edesseavec toute la Mésopotamie, et transporta sa résidence à Armavir, ancienne capitale de l'Arménie. Peu de temps après, fatigué du séjour de cette ville, il en fit construire une autre au confluent de TAraxe avec le fleuve Akbouréan, qui fut appelée de son nom Ërovantascbad. Moïse de Khoren nous la représente comme située au milieu d'une plaine riche et verdoyante dont elle semble être Tœil, tandis que les lisières de bois et de vignobles qui se dessinent à Fentour de ses murailles en sont, pour ainsi dire, les cils. Depuis les conquêtes de Nadir-Scbar, elle faisait partie de la Perse: mais depuis les dernières conquêtes de la Russie , elle a été ajoutée à l'immense territoire de cet empire. Le fond de la population est tout arménien. M. Ker-Porter , oui Ta visitée dernièrement , fait une oelle description du paysage pittoresque qui l'entoure. Elle est arrosée par la rivière Zengag, qui va se perdre dans TAraxe. Une autre |)etite rivière, leQuerk-Boulak, est distribuée dans la ville par une inanité de petits canaux. Chardin nous a décrit la forteresse, qui est sans doute l'Érovantagerd , fondé également par Érovant en face de la capitale, et qui signifie château ou forteresse d'Érovant. Cette forteresse peut encore passer pour une petite ville. Elle est ovale et a quatre mille pas de circuit, avec huit cents boutiques environ. liCS Arméniens y ont des boutiques où ils travaillent et trafiquent le long du jour. Le soir, ils les ferment et s^en retournent à leur maison. La forteresses trois murailles de terre ou de briques d*argile à cré* neaux, flanquées de tours et munies de remparts fort étroits, selon l'ancienne manière de fortifier, sans régularité, à la façon de l'Orient. Il eût été
n ^^y- 1* planche n» S.
même diflicilf de foire un ouvrace régulier, parce que la forteresse s'étend, au nord-ouest, sur le bord d'un épouvantable précipice large et escarpé, de pfais de oeni toises de profondeur, au rond duquel passe le fleuve. La ville est éloignée de la forteresse d'une portée de canon. Il y a deux églises dans la ville, bâties du temps des derniers rois d'Arménie. Les autres sont petites et enfoncées dans la terre, ressemblant plutôt à des catacombes.
« Proche de l'évêché, dit Chardin (*) , il y a une vieille tour, bâtie de pierres de taille. Je n'ai pu savoir ni le temps auouel elle a été construite , ni par qui, ni a quel usage. Il y a au dehors des inscriptions <|ui ressemblent à de l'arménien, mais que les Arméniens ne sauraient lire. Cette tour est un ouvrage antique et tout à fait singulier pour l'architecture. Elle est vide et nue par dedans. On voit au dehors plusieurs ruines disposées de façon qu'on dirait qu'il y a eu là un cloître, et que cette tour était au milieu. »
M. iLer-Porter a cherché cette tour, et ne l'a pas, retrouvée. On lui a dit que le tonnerre l'avait détruite , et que ses ruines avaient servi à réparer les murailles de la ville. Une multitude de monuments couvrent cette plaine,
S ui est au pied de l'Ararat. C'est bien i qu'on peut, à l'aide des ruines , remonter aux premiers âges du monde.
Les principales ruines sont Ardashir, Kara-Kala, Artaxate, Armavir.
Kars. Cette ville, située au pajrs de Vanant, est arrosée par l'Akbouréan. Constantin Porphyrogénète, qui la regarde comme la capitale de P Arménie, est le premier qui substitue le nom de Kars à celui de Garouts qu'elle
Sortait anciennement. Elle fut la résience des rois de la race des Pagratides depuis l'an 928 jusqu'en 961. Elle fut prise tour à tour par les Turcs seldjoiikides, par les Mongols, les Persans et les Ottomans. Elle est encore aujourd'hui assez considérable, puisqu'elle est la résidence d'un pacha qui a dans sa dé* pendance six sandjakats.
(*) Yoy. le plindie n* 9.
L'UNIVERS
J%tJlfa ou DJtUfa, vîlle assez consf* dérable que Ton regarde comme un des faubourgs d'Ispahan. Ëileen est séparée par \es jardins du roi, qui ont une lieue d'étendue , et qui bordent les deux côtés du chemin. Au milieu de ce chemin est un canal où de distance en distance on a ménagé de grands réservoirs. Des arbres fort élevés qu'on appelle chi-^ narSf forment à droite et à gauche un ombrage agréable. Entre ces arbres sont des espèces de parterres, mais sans compartiments. Au bout de ce chemin on trouve un pont de pierre de dix-huit ou vingt arches, fbrt beau et fort long. De ce pont jusqu'à Julfô, il n'y a plus qu'un quart de lieue. La population arménienne est évaluée à dix mille habitants. La ville se divise en trois parties dont la principale est Julfa, la seconde Érivan , et la troisième Tauris. On y compte environ vingtdeux églises.
Cette ville, que Ton appelle aussi nouveau Julfa, reçut son nom du Julfa, faisant partie de' l'ancienne province de Vasbouragan , situé sur la rive septentrionale oe l'Araxe, au sud-est de Nakhdjewan. Cette ancienne ville, qui servait de |)assage direct pour aller en Perse, était devenue l'entrepôt du commerce : aussi s'accrut*elle considérablement. En 1605, le roi de Perse Shah Àbbas I*' fît détruire cette ville, et il en transporta une partie de la population à Isnahan , où il lui permit de s'établir dfaos les environs de cette capitale.
Kous nous écarterions de notre but en nommant toutes les colonies partielles de la même nation établies sur divers points de l'Asie, particulièrement dans rindeet dans plusieurs contrées de l'Europe.
Faicillbs ou tbibus ancibnnss et modebnbs bb la nation abh^nibnne; colonib allemande. — La race arménienne, malgré son unité d'origine, se divisait en plusieurs tribus secondaires fixées en divers cantons où elles conservaient une certaine indépendance fédérale, tout en restant unies au corps de la nation. La plus puissante de ces tribus était celle qui
prétendait remonter à Sisag, fils de Kegliam, quatrième descendant de Uaîg. Elle étendit ses possessions au delà du Kour, et elle donna naissance aux Aghovans, dont le pays est le même que celui que les Grecs appelaient autrefois Albanie. « Ce pays ^ dit Moïse de Khoren , fiit appelé j^ghovan d'un mot qui exprime la oouceur des mœurs, parce que Sisas était aussi nommé Jghou a cause de la bonté de son caractère (*). »
Cette communauté d'origine attribuée aux Aghovans est fort contestable, vu qu'ils parlaient une autre langue , laquelle, suivant le même histonen, était gutturale, très -dure et très-accentuée. Aussi Mesrob, l'inventeur de l'alphabet arménien, fîiMI obligé d'en former un autre adapté au génie de la langue d'Albanie, comme il l'avait fait pour les Géorgiens. Il est donc plus probable que les Aghovans étaient une de ces tnbus nombreuses répandues dans le Caucase, et qiii étaient venues anciennement, sous la protection des rois arméniens, s'établir sur les bords du Kour. Au temps de Yagharscbag, ils étaient soumis, et après lui ils continuèrent à faire partie de la nation arménienne, jusou'aux temps de Tigrane. Mais, profitant des troubles qui désorganisèrent le royaume lorsqueles Romains l'envahirent, ils secouèrent lejoug et conquirent leur indépendance.
Entreprenants et courageux, ils osèrent tenir tête avec succès aux légions romaines. Quand les Arsacides furent renversés. Fa monarchie des Aghovans agrandit son territoire aux dépens des
(*) En effet j4ghou signifie en arminien douceur, aménité. Les personnes qui ne connaissent ms la valeur de certaines leilres de l'alphabet arménien , pourront s*étonner que le mot jéghovan soit le même que le mol grec Jlbania, Mais la lettre arménienne trauscriie par les deux lettres gh correspond aussi à i, puisque tous les mots grecs, par exemple, ou celte lettre se retrouve, s'écrivent en arménien avec unghad: ainsi Paulus se prononce Boghos. Noos avons donc Alovan ou Aloban, les Grecs substituant à chaque instant le ^ au v; d*où enfin Jtbon, Aihimia,
ARMÉNIE
Arméniens , puisqu'elle envahit les provinces d*Qudi, d Artsakh et de Pnaîdagaran. Sa puissance se noaintint plu* sieurs siècles avec le même éclat, et elle résista avec avantage aux Arabes.
Les invasions des Turcs seldjoukides, vers la fin du onzième siècle, détruisirent cette monarchie. Le nom seul des Aghovans est resté , et les peuples habitant les provinces de Gandjah, d'Érivan et de Nakdjewan, soumises aujourd'hui à la Russie, se glorifient encore du titre ^JghouanHk.
OoDiKifS. — Sur les rives du Rour et près des frontières de la Géorgie, était située la province d^Oudi , entre* oonpée de hautes montaenes et de vallées sauvages dont les loréts et les torrents donnent à Taspectdu pays, comme au caractère de ses habitants , quelque chose de rude et de sévère.
Les Oudiens n'étaient point le même peuple que les Aghovans ; on les a faussement confondus, parce que ceux-ci les réduisirent à différentes reprises et les incorporèrent dans leur petit royaume. Au commencement du troisième siècle de notre ère, les rois d'Arménie étaient encore les maîtres de cette contrée, et ils y passaient l'hiver, au rapport d'Agathange. Réunis aux Aghovans à l'époque de la chute des Arsacides , les Oudiens leur restèrent assez fidèlement attachés. La haine qu'ils portaient aux Arméniens, leurs anciens maîtres, les aveugla au point de prêter du secours aux Arabes. Ils faisaient aussi de fréquentes incursions où ils commettaient beaucoup de dé-^ gâts. Le roi Achod V* marcha contre eux et les réprima. Le gouverneur qu'il laissa dans cette province soumise se révolta bientôt contre son autorité et se rallia aux Aghovans, dont la puissance inférieure à celle des Arméniens offrait des garanties plus sûres à leur indépendance. A dater de cette époque , le nom des Oudiens reparaît à peine dans l'histoire d'Arménie, et il est à présumer qu'ils suivirent la bonne et mauvaise tortune des Agho* vans.
Kàktm imBNS. —Les Kartmaniens étaient une petite tribude l'Oudi , mais
vivant séparée et indépendante au fond de ses vallées inaccessibles, dont plu* sieurs forteresses en défendaient rentrée. Les Aghovans en firent plusieurs fois la conquête, sans réussir Jamais à soumettre entièrement ces monla-
fnards courageux. Ce pays continua 'être régi par ses souverains particuliers jusque vers le dixième siècle.
DSÂNABIBlfS BT DZOTifaUf 8. — Ge9
deux tribus, régies chacune par un ehef particulier a qui la cour de Constantinople donnait dans ses actes le titre ôl archonte occupaient les montagnes que l'on appelle Portes du Càuease. Sfuivant les Arméniens, cette petite souveraineté aurait été fondée par quelques prêtres de la Cbaldée znyant les persécutions des califes de Bagdad , ce qui expliquerait le titre ecclésiastique de ckorevéque que portait le prince, quoiqu'il fdt simple laïque.
Les Arabes , d'après Massoudy, revendiouent de leur côté l'honneur d'avoir colonisé le pays de Dzanar. La oause de rémigration aurait été l'attachement à la foi chrétienne de ces cheiks.
KAnKÂBiSNS. — Les Karkariens, relégués à Pextrémité du pays des Aghovans dans les Korges du Caucase, étaientunelribu parlant une laneneparticnlière. Strabon rapporte qu'elle était venue avec la tribu aes Amazones du Mys de Thémyscire sur les bords du Popt-Euxin, et qu'ensuite elle s'était avancée dans rintérieur des montagnes.
Nous ne parlerons pas des Kogh' théf^ensy des Tùusehdow/dena fX <{a* quelques autres tribus trop peu inrportantes pour être mentionnées Ici.
Kous ferons remarquer seulement os fait assez singulier, que la Chine a envoyé dans l'Arménie plusieurs colo»
nies.
ÉtfIGRATIOlfS DB LA ChINB BN AB-
H^mB. — « Pendant les dernières an»
nées de la vie d*Ardeschir, dit fhis* torien M6ise de Rhoren, un eertalA Arpog était é(fenpagour, c'est-MIre, roi des Chinois ; car c'est ainsi oue dans leur langue les peuples du Bihasdan (de la uiine) appellent le titre royal. Il avait deux neveux, PeghtoMi et
L'UNIVERS
Mamkonj qui étaient des princes distingués. Peghtokh calomnia Mamiton, et Te roi Arpog ordonna de le faire mourir. Quand Mamkoa en fut informé, il ne se rendit pas à l'invitation du roi , qui l'appelait auprès de lui , et se sauva avec leâ siens, et se réfugia auprès d'Ardeschir, roi de Perse. Arpog envoya des ambassadeurs pour le redemander; mais comme Ardeschir ne St pas attention à sa demande, le roi du Djénasdan se prépara à lui &ire la guerre. Ardeschir mourut alors, et Schabouh lui succéda.
« Ce prince ne livra pas Mamkon entre ses mains, parce aue son père avait -juré par la lumière au soleil de le protéger. «Je pense avoir assez fait
cbe, ce qui est comme une mort certaine; qu'il n'y ait donc pas de guerre entre vous et moi. » Comme les habitants du Djénasdan sont, à ce que Ton dit, les plus pacifiques des habitants de la terre, on se contenta de cette explication pour faire la paix. »
Mam&on arriva donc en Arménie à l'époque où Tiridate, ce roi vraiment chrétien, remontait sur le trône de ses pères. Ce prince accueillit l'illustre étranger et sa nombreuse suite avec la générosité la plus cordiale, et il leur assigna la provmce de Daron comme lieu d'établissement pour cette colonie.
Les annales de la Chine font foi aa'au troisième siècle de notre ère la dynastie des Han fut renversée par la dynastie' des Wei, révolution qui occasionna de profondes secousses dans l'ordre social de la Chine, en sorte que le prince Mamkon peut fort bien être un des membres de la dynastie détrônée; proscrit ou exilé volontaire, il aérait venu chercher un asile dans le pays d'Occident. De Mamkon descend riilostre maison des Mamieonéans , qui Joua un rôle brillant dans rhistoire des Ages ultérieurs.
Les négociations entre la Chine et la Perse, mentionnées par l'historien oue nous avons cité, relativement à l extradition de Mamkon, prouvent qu'il
y avait des relations anciennement existantes entre les cours des deux eoipires. Un autre historien du quatrième siècle, Zénob, nous apprend que le roi du Djénasdan offrit sa médiation pour rétablir la paix entre Ardeschir, roi de Perse, et Khosrov I**", roi d'Arménie.
Outre les Mami^onéans, lious voyons encore les Orpélians, qui vinrent en Arménie par la Géorgie, longtemps avant eux. Ils ont reca le nom d'Orpélians de la forteresse de Schamchouiloé, dans la Géorgie méridionale, qui s'ap-
f>e]ait dans l'antiquité Orpeth, et qui eur fut cédée par les Géorgiens. On les appelle aussi , en géorgien , Djénévoul , et , en arménien , Djenatsi , c'està-dire Chinois.
Les invasions successives des Turcs seidjoukides , des Mongols et d'autres tribus errantes de la Tartarie, ont altéré la pureté de ces diverses familles. Outre les Kurdes , qui depuis plusieurs siècles occupent r Arménie méridionale, on trouve ailleurs, éparses sur son sol , des hordes étrangères appartenant à la grande famille des peuples tartares ; tels sont ces nouveaux Troglodytes campés sur les rives du Kour, habitant l'hiver dans des maisons souterraines, et conduisant, au retour du printemps , leurs troupeaux dans les plaines ou sur les plateaux verdoyants des nionta-
fnes. La langue qu'ils parlent est celle es habitants des provinces russes au delà du Caucase, et des gouvernements du nord-ouest de la Perse. Ce dialecte du turc n'a ni la douceur ni l'élégance de la langue parlée à Constantinople.
Fort enclins au vol et au pillage, ils sont contenus par la sévérité des lois du gouvernement russe, et vivent dans un état de vie douce et pastorale, qui serait plus digne d'envie, si l'ignorance dans laquelle ils croupissent n'était aussi dégradante. La religion qu'ils pratiquent est le musulmanisme mêlé a d'absurdes superstitions , et ils sont divisés entre les deux sectes des sun* ni tes et des schûtes.
Près des ruines de l'ancienne ville de Shamkor se trouve la colonie allemande d'Anenfeld, groupée en un vil^ lage semé au milieu de vergers toufïus.
ARMÉNIE
•t ceint de plaines bien cultivées. Il est asst^z important d'expliquer la cause
3ui a amené d*aussi loin cette troupe 'émigrés. Il y a quelques années, des prédicateurs protestants parcoururent .
le Wurtembers , en annonçant au peuple que vers ran 1836 éclaterait un schisme suivi d'ardentes persécutions.
Ils avaient lu dans TApocalypse que les vrais fidèles devaient, comme les chrétiens, a rapproche de la ruine de Jérusalem, chercher un asile dans les pays lointains, et une révélation leur apprenait que ce lieu de refuge avoisinait la mer Caspienne. Aussitôt une foule de paysans, entraînés par les prédictions de leurs ministres, se disposent à aller à la recherche de la nouvelle terre promise. A leur nombre sans cesse croissant se joignent tous les aventuriers désireux du changement, el quinze cents familles abandonnèrent spontanément le Wurtemberg. Les deux tiers de cette nouvelle jémigration, (|ui rappelait celles du temps des croisades , avaient succombé aux fatigues de la route , avant d'avoir atteint Odessa. En 18t7, ils arrivèrent dans la Géorgie, et se partagèrent là en sept colonies. L'une d elles, répartie en deux villages appelés Marienield et Petersdorf , est dans le Kakheti ; deux autres, la Nouvelle-Tiflis et Alexandersdorf, sont établies sur la rive
fauche du Kour, non loin de Tiflis; ilizabeththal et Catherlnenfeld sont dans la Somkheti , et enfin Anenfeld et Helenendorf situées dans le voisinage de Ganjeh. L'empereur de Russie, qui avait un puissant intérêt à favoriser l'établissement de ces colons, qui apportaient dans ces pays l'industrie européenne, leur accorda beaucoup de privilèges, et leur concéda une immense étendue de terrain exempt de tout impôt. Dans les commencements, les colons ont eu beaucoup de peine à s'acclimater, et les maladies en ont emporté un grand nombre. Dans les dernières guerres, les Persans en ont emmené captifs une partie, et la colonie d'Belenendorf a été décimée par les hyènes qui descendaient en troupes des montagnes voisines. Aujourd'hui
leur situation est plus prospère, et, à mesure que la puissance russe se ooasolidera dans ces contrées, leur situation deviendra plus avantageuse.
Toutefois le nombre des colons ne s'élève encore qu'à deux mille.
Dbs Kurdes. — Nous croyons nécessaire de parler ici des Kurdes {*)<, et de faire connaître un peu les mœurs et le caractère de ce peuple oui occupe le sud-est de rArménie, bien qu'il diffère essentiellement des Arméniens FOUS le double rapport moral et physique. Le Kurdistan, ou la province qu'ils habitent, est ainsi appelée de leur nom de Kurdes , lequel signifie, en persan, belliqueux et brave, soit que leur bravoure naturelle ait donné ce sens à leur propre dénomination, ou bien soit encore qu'ils l'aient reçue comme un titre décerné à leur valeur.
Les limites du Kurdistan , du côté de la Perse, sont les monts Sourkeou et le lac de Zéribar. Il n*est point tout entier renfermé dans l'empire persan; la partie nord-ouest dépend de la Turquie. La ligne de démarcation entre la {>artie turque et persane est posée par a chaîne de montagnes qui sépare les deux Incs de Van et aOrmiah; elle suit la chaîne des monts Khelessin iusqu^à celle des monts Tchil-Tciiecmén , puis elle longe la rivière de Mehrivan , et va se rattaclier au Djebel-Tak.
Le Kurdistan turc renferme de cette manière huit sandjakats ou provinces , dont les gouverneurs prennent et s'arrogent le titre de pacha. Ces sandjakats sont ceux de Bayazîd, de Mouch, de Van , de Djulamerk, d*Amadia, de Suleînianieh, de Cara-Tcholan e\ de Zahou. Il ne faut pas croire que le Grand Seigneur fasse reconnaître son autorité parmi ces peuplades comme dans les autres parties Je son empire; il n'y a guère que le pachalik de Van où son nom soit connu et respecté , a cause des troupes qu'il y entretient. Du reste , ils se considèrent si peu comme sujets de la Porte Ottomane, qu'ils refusent d'adopter le costume distingué surtout par le caouc ou turban. Les pachas el
(*) Vov. lu plancbf n*» 5.
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les bevs qui tes régissent se tiennent retranchés dans leurs montagnes , comme dans des citadelles, et, assurés qu'ils sont que les collecteurs d'impôts ne viendront pas les inquiéter, refusent le tribut. Lorsqu'on emploie la force pour obtenir d'eux ce droit, ils ne cèdent au'après la plus vive résistance.
Ces cnefs sont électifs, mais choisis dans la même famille. On les propose au gouvernement turc, qui, par sa reconnaissance, leur donne une espèce d'investiture. Il est rare qu'une élection , en stimulant Tambition des divers membres de la même famille, ne soit ensanglantée par quelque combat.
« Les Kurdes, dit M. Jaubert dans son Voyage en Arménie , se subdivisent en un grand nombre de bordes ou de tribus, dont les chefs reçoivent l'investiture du pacha ou du hej. Le monarque persan n'exerce aussi que l'autorité de suzerain dans la partie du Kurdistan qui est comprise dans son empire; mais la fermeté de Feth-Aly- Chah, souverain actuel de la Perse, empêche les nomades de ses États d'être aussi turbulents que le sont ceux de la Turquie. Le chef-lieu des Kujdes persans est Sineh.
«Ces peuples, soit qu'ils mènent une vie sédentaire ou qu'ils errent dans les campagnes, se prétendent issus des Mongols et des Uzbeks, dont les irruptions soudaines ont si souvent troublé TAsie; mais la grandeur et la b^uté de leurs yeux , leur nez aquilin , la blancheur de leur teint et l'élévation de leur taille, démentent cette origine tartare. Ils professent l'islamisme, et tous, sans même excepter ceux qui reconnaissent les lois du chah de Perse, sont de la secte d'Omar. Leur manière de se vêtir diffère de celle des Turcs, en ce que leurs habits sont plus légers, quoiqu'à peu près de la même forme, qu'ils les recouvrent d'un ^rand manteau de poil de chèvre noir, et qu'au lieu d'un turban, ils portent un long bonnet de drap rouge,* entouré d'un châle de soie rayé de couleurs tranchantes; une infinité de glands de soie sont attachés à l'un des bouts du bonnet , qui retombe fort bas sur les épau-
les. Cette coiiTure leur sied très-bien.
Ils se rasent la tête et portent des moustaches; les vieillards seuls laisseot croître leur barbe.
« Les Kurdes excellent à manier la lance et à monter à cheval (*). La princi-
Sale occupation des nomades consiste élever des bœufs, des chèvres, des moutons et des abeilles; aussi dans la langue kurde , langue formée de l'arabe et ou persan, et divisée en plusieurs dialectes, le mot mdly qui signifie biens, fortune, richesses, sert-il plus spécialement à désigner des troupeaux.
« Les exercices militaires sont pour les Kurdes le principal amusement. Ils aiment beaucoup les contes, et ils composent des chansons qui ont pour sujet ou des amours licenaeux ou des combats, ou des événements mémorables et tragiques.
« Quoique simple, la musique des Kurdes n est pas entièrement aépour* vue d'art; elle est expressive et mélancolique. Le chanteur prolonge, en les modulant, des sons monotones; il articule quelques mots qu'il entrecoupe de soupirs, de sanglots; il verse des pleurs et Gnit par pousser des cris lamentables. On estime la justesse et la douceur de la voix beaucoup moins que son étendue, et, pour faire l'éloge d'un chanteur, les Kurdes disent uu'on l'entend d'une parasange. A la vérité, le chant est pour eux , lorsqu'ils errent dans les montagnes , un moyen de faire reconnaître le point où ils se trouvent placés.
« Ils sont très-enclins au vol. Peutêtre ce penchant est-il une des causes qui les portent à errer sans cesse. Les autres motifs de leur goût pour la Tie vagabonde sont ou le voisinage d*une horde ennemie, ou le manque de pâturages, ou la rieueur de la saison.
L'hiver ils vont chercher un asile sous le toit du laboureur, à qui, pendant l'été, ils ont enlevé une partie de ses récoltes. Pressés par le besoin, d'indépendants et de farouches qu'ils étaient auparavant, ils se montrent alors sou-
(•) Voy. le planche n» 7.
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tr
ntcs <t fOBRNS, et Hs vivent d'assez Ixm accord av€c leurs hôtes.
«A rapproche du printemps, les Kurdes reprennent )e i;enre de vie oui leur est propre. Ordinairement les lieui qu'ils choisissent pour asseoir leur camp sont des prairies agréables, situées au bord de quelque ruisseau.
Leurs tentes, qu'ils préfèrent aux habitations les plus fastueuses des villes, sont composées d'un tissu de laine noire et grossière, et ont très-peu d'élévation. Ils les entourent d'une claie de roseaux, en dedans de laquelle ils placent leurs bagages, et souvent ce qu'ils ont pris aux caravanes. Cette sorte de ddture est tr^légère et trèsfacile à transporter. On l'emploie aussi à séparer l'habitation des hommes de celle des femmes, et à faire des parcs pour les troupeaux. Un trou de quel-
3ues pieds de diamètre et de profoneur, servant de four et de cuisme, est creusé au milieu de chaque tente, qui, au moindre vent , est remplie de fumée ; inconvénient assez grave, mais auquel les hommes , les femmes et les enfants , sont accoutumés. I^s chevaux sont attachés à des piquets plantés hors de l'enceinte, et on les tient presque toujours sellés; en général, tout est disjX)sé pour qu'on puisse plier bagage et partir en quelques instants. Tout l'étaolissenoent coûte à peine un jour de travail
« Les peuples qui se livrent le plus au vol et au brigandage sont souvent aussi ceux qui remplissent le plus rigoureusement les devoirs de l'hospitalité , et c'est ce qui fait que dans l'Orient un voyageur expérimenté redoute surtout les contrées où cette vertu est le plus en honneur; les Kurdes en fournissentia preuve. Un étranger de quel-
gue apparence arrive-t-il près d'une de ïurs bordes, des cavaliers s'empressent d'aller à sa rencontre. « Soyez le bien venu, lui disent-ils; c'est chez vous-même que nous allons vous recevoir. Cette heure nous est agréable, puisse-t-elle vous être propice. » On le conduit à la tente du vieillard le plus riche et le plus considéré de la tribu, et les femmes s*eflipressent à préparer
un repas. Tandis eue tes unes pétriesentà la bâte une rarine grossière, les autres vont cherdier du miel et des* laitages, oa étendent sur la terre des tapis , ouvrages de leurs mains. Dans le même temps, les jeunes gens ont le soin d'ôter aux bêtes de somme leurs fardeaux, de laver les pieds aux che^ vaux, et en hiver, pour empêdier que le froid ne les saisisse, de les conduite autour du camp, d'abord avec vitesse, puis insensiblement avec lenteur. « Enfants, dit le vieHlard, ayez soin de notre hâte : l'étranger est un présent de Dieu. Que rien ne lui manque ni à ses gens. Songez aussi aux montures, ce sont les vaisseaux du désert : et toi , voyageur, sois le bien venu; tu es ici parmi les tiens; que le contentement que tu éprouveras soit pour nous le gage des bénédictions du ciel. Si tu passes avec nous quelques heures a^réih blés , BOUS serons plus heureux que toimême, » En pareille ooeasion ee langage est sincère; mais lorsque les Kurdes sont éloignés de leurs foyers , qu'ils vont chercher fortune sur les chemins, dans les montagnes et au fond des déserts, ils considèrent comme leur appartenant en propre tout ce qui passe sur leurs terres, et ne se font aucun scrupule d'employer les discours les*plus flatteurs, les promesses les plus mensongères, pour venir à bout de leurs desseins. »
Plusieurs tribus kurdes mènent une vie complètement nomade , et ne tirent leurs moyens de subsistance que du
Sillage : telles sont celles qui errent ans le désert de Syrie, uniquement occupées à surprendre les voyageurs et les caravanes. Leur usage est de se partager en petites bandes de douze à vingt caraliers, d'épier tous les motiyements de la caravane, d*attaquer les tratneurs ou même la troupe entière, 81 celle-ci paratt les crainare, ou si, déterminée à se défendre, elle n'est pas en nombre très-supérieur à celui de leur bande. Bien diftérents des Arabes, qui se font un scrupule de massacrer le voyageur tombé dans leurs mains i les Kurdes répandent volontiers le sang. Le voyageur qui est tombé en
L'UNIVERS
leur puissance est trop heureux s'il est seulement dépouillé, ils sont mal disciplinés, et ne paraissent avoir pour leurs chefs que peu de subordination.
Us poussent quelquefois la hardiesse jusqu'à Tenir attaquer en plein jour les habitants de Djédaîdé, 1 un des faubourgs d'Alep.
Le voyageur qui ▼eu1^ traverser le désert et les autres lieux infestés par ces bandes n'a d'autre moyen, pour se préserver de leurs attaques, que de former des liaisons avec les principaux chefs des tribus. Ces liaisons sont souvent très-dispendieuses à cause de l'exigence des diefs , qui requièrent de riches cadeaux qu'on doit considérer comme une véritable rançon. Mais il est très-difficile à un Européen d'entrer en relation avec eux, et, à l'occasion , ils se montreraient peu scrupuleux d'oublier leurs premiers engagements.
Lorsqu'ils sont supérieurs en force, il n'y a guère de titres auprès d'eux pour échapper à leur avidité<*).
Toutefois il ne faut pas attribuer à la race entière des Kurdes ce caractère sauvage et sanguinaire qui distingue certaines tribus. Les Clans qui vivent dans les montagnes mènent la vie des anciens peuples pasteurs; quelquefois
Q Un voyageur raconte une anecdote ^ui indique assez la différence qu*il Faut établir entre les Kurdes et les Turcomans qoi exercent dans ces lieux le même métier, mais avec plus de loyauté.
Près du khan El-Assel , deux caTalien, l'un kurde , Tautre tureoman , furent abordés par un paysan à cheval, qui vint se mettre sous leur protection, et leur demanda de les suivre jusqu'à la ville, afin d'éviter sous leur escorte , toute mauvaise rencontre. Sa demande lui fut généreusement accordée par le Tureoman : le Kurde parut être d'abord du même avis ; mais il eut â peine marché quelques pas , que se repentant de cette protection eraïuite , il prit à part son camarade, et lui aemanda son agrément pour égorger l'éti'anger et s'emparer de ses dépouilles , qu'il offrit de partager avec lui. Alors le Tureoman indigné lui défendit de toucher à celui qu'il avait pri« sous sa protection , et ce ne fut qu'après une onerelle vive qu'il parvint à le sau^'er.
ils manifestent le phis entier dévouement pour leurs chefs. Lorsque le frère d'Abdurrahman Pacha mourut à Bagdad, un de ses serviteurs, Kurde de nation, qui se tenait près du lit où gisait le cadavre de son mattre, s'écria : « Quoi ! le bey est mort ! je ne veux plus vivre un seul instant; » et au moment même il s'élança dans la rue du haut de la maison, et le sang de sa cervelle teignit le pavé.
Ils supportent la pauvreté et la privation sans le moindre murmure; cependant ils redoutent beaucoup le trajet des solitudes embrasées du désert.
Les dernières observations des voyageurs tendent à démontrer quMI y a parmi les Kurdes deux races bien distinctes, ce qui sert à expliquer la différence de godts et d'inclinations ches les membres de la même tribu. Les uns, en effet, ne pensent qu'à guerroyer; les chevaux, les armes, le combat et le butin , voilà ce qu'ils chérissent, et ce qui fait le sujet continuel de leiu^ conversations et de leurs chants. Ils ont besoin d'avoir des ennemis pour épuiser l'ardeur guerrière qui les dévore; et, lorsque les peuples voisins ne leur fournissent pas l'occasion de satisfaire cette passion, ils tournent contre eux-mêmes leurs armes, et se déchirent dans les querelles de leurs factions intestines. L'autre partie de la population , qu'ils appellent Rayahs ou KeugUes dans certaines contrées, représente les paysans. Ils cultivent la terre et prennent soin des troupeaux. Les Sipahs ou Kurdes militaires se regardent comme leurs seigneurs, et quelques-uns d'eux prétendent que les paysans obéissent parce qu'ils sont crées pour leur usage; aussi la condition de ces serfs est-elle plus misérable souvent cnie celle des nègres de FAmérique. Habitués à servir, ils ont dans leurs manières et leur langage quelque chose de timide et de rampant ; à peine osent-ils lever les yeux sur leurs chefs, et jamais ils n'oseraient prendre le costume ou la contenance d'un Kurde de noble race.
Quand un chef devient possesseur
ARMÉNIE
par conquête ou par héritage d'une Douvelle étendue de terrain , il en assigne une portion à chacun de ses seiis , et il leur fait en outre des distributions d'armes et de chevaux. Les enfants sont élevés dans la haine commune des Turcs et des Persans , et ils parviendraient, sans aucun doute, à assurer leur indépendance contre ces deux puissances, si les rivalités des chefs ne détruisaient la force qu'ils
fieuvent retirer de leur union. La poitique de la Porte et d'Ispahan tire habilement parti des dissensions que l'intérêt ou ta vanité fait nattre parmi les chefs de tribus. Elle donne aux uns des secours d'argent, et leur promet certains privilèges dans le cas où ils réussiront à râuire les chefs insoumis; aux autres, elle promet de les reconnaître comme pachas ou beys, récompense qui est le dernier terme de leur ambition, et dont l'espoir leur fait oublier les liens sacrés du sang ou de l'amitié. En outre, ces chefs, reconnus par la puissance ottomane ou par la cour de Perse, ont une existence très-précaire; ils peuvent être révoqués, et leurs fréquentes mutatioiu^ contribuent spécialement à entretenir dans la nation ces divisions qui lui sont si fatales.
Au milieu de leur barbarie, les Kurdes conservent certains usages qui montrent en eux un penchant pour la civilisation. Ainsi ils aiment beaucoup ta société, et entre tous les autres peuples orientaux ce sont peut-être les seuls qui se' plaisent à prolonger la veillée dans les visites et la conversation. Ils se lèvent fort tard, font des Saris considérables pour des combats e chiens ou de perdrix , et dans leurs rapports ils ont de l'affabilité et de la bienveillance, sans garder l'étiquette d'une froide cérémonie.
Dans les temps de guerre, ou lors-
Î|u'ils ont une vengeance à satisaire, rien ne les arrête. Ils st livrent aux actes les plus révoltants; ils conservent en même temps un air de relifnon. Ainsi, après avoir tué un homme sans scrupule, on les voit se mettre à genoux et s'acquitter des prières
prescrites par la loi. Pleins de ranennr, lis viennent demander satisfaction d'une injure quelquefois trois ou quatre ans après l'avoir essuyée ; pendant cet intervalle ils épiaient soigneusement l'occasion. On cite comme exemple de leur irascibilité, le trait d'un chef qu'un moucheron importunait en se plaçant toujours sur son œil, et qui ne pouvant le chasser, prit son poi-
Snard, pour mettre un terme à sa ouleur, et se l'enfonj^a dans l'œil , au risque de perdre la vie avec la vue.
Les femmes kurdes prennent moins de soin de se dérober aux regards des hommes dans l'intérieur de leur maison
Jue les femmes turques ou arabes.
Quelquefois elles paraissent rechercher l'attention des étrangers. Lorsqu'elles sortent, un voile bleu couvre leur tête; rarement elles l'abaissent sur la face, excepté les femmes d'un haut rang qui ne veulent pas être reconnues. Quelques-unes ne sont pas voilées et ne craignent point de se mêler aux assemblées des hommes.
Malgré cette liberté extérieure, leur vertu est , dit-on , plus sévère que celle des femmes turques toujours gardées à vue, et dans tous leurs actes, elles conservent la pudeur et la décence, qui sont le premier ornement de leur sexe.
Elles prennent part aux réjouissances publiques , et M. Riefa dans son Voyage au Kurdistan , qui vient de paraître tout nouvellement, raconte qu'il a été témoin d'une danse nationale appelée tchopi (*}. Il trouva réunis dans une vaste cour un nombre considérable de spectateurs dont le cercle entourait un cnœur de danseuses. Elles se tenaient nar la main sans former un rond partait. Leurs exercices consistaient en des balancements de corps et de tête dont la mesure était marquée simultanément par le pied. De temps à autrs elles poussaient des cris modulés uniformément, mais qui exprimaient assez leur joie. Les assistants, montés sur une espèce de hangar, prenaient un vif intérêt à ce spectacle, surtout les
(•) Voy. la planent n* 6.
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jeunes ^ens. Les hommes restaient accroupis ou couchés, fumant avec impassibilité leurs pipes. Elles dansèrent près d*une heure , après quoi la mu • sique cessa, et d'autres femmes leur succédèrent, sans apporter à la danse beaucoup de yariété de pas et de mou* vement. Le spectacle se termina par l'arrivée d'un bouffon armé d'une énorme canne, t;t qui fit les sauts et les cabrioles les plus grotesaues. Dans leur danse, les femmes n'étaient pa^ Toilées, et auelques-unes semblaient parées avec oeaucoup d'élégance et de recherche. Leur robe parsemée de paillettes était de soie ae diverses couleurs. La danse terminée, chacune d'elles reprit son voile et s'achemina tranquillement vers sa demeure.
En général la condition des femmes kurdes est bien préférable a celle des autres femmes des peuples mahométans de l'Orient. Elles sont traitées par leurs époux avec égard et respect et non pomten esclaves. Quelquesunes donnent des preuves de courage inconnues même parmi nous. On cite une jeune fille de la tribu kurde de Bulbassi qui était le meilleur cavalier de son clan. D'une conduite irréprochable, elle suivait les troupes dans les expéditions guerrières , et combattait même à leur tête. Elle portait uo vêtement d'homme, un large moudioir de soie enveloppait sa tête, et un poignard garni de diamants pendait à sa ceinture ; elle était grande etsvelte, de vingt-cinq ans environ, d'un brun foncé , et une fois elle tua de sa main un Ture qui avait voulu attenter à son honneur. Dans plusieurs autres occasions on la vit marcher la lance en arrêt et aller tuer les artilleurs ennemis à la bouche de leur canon.
Le costume des femmes ressemble à celui de la Turquie. Elles portent de larges pantalons et une longue chemise qu'elles serrent à la tail& avec une eeinture* ornée de deux ou trois agrafes d*or et d'argent. Elles mettent pardessus, leur robe coupée c^mme celle des hommes , boutonna sous le menton , mais entr'ouYerte sur le devaut
et laissant voir la ceinture et la che» mise. Leurs étoffes viennent de Guzeratou de Constantinople, et yarieni suivant la saison. La robe est recouverte d*un léger manteau, généralement de satin, mais avec des manches plus larges qui ne dépassent point le coude. En hiver, cet ajustement est de coton, et elles y ajoutent aussi souvent un tcharokkia de tartan , sans manches, s'agrafant sur la poitrine, et retombant par derrière jusqu'à mi-jambes. Leur coiffe consiste en des cfiâles ou foulards roulés avec art autour de la tête, et attachés sur le front avec une épin^lette , ce qui ressemble assez à une mitre ou aux longues coiffes de nos femmes de la Normandie. Les coins de ce châle pendent sur les épaules , et quelques élégantes y ajoutent des guirlandes de corail. Les femmes mariées ajoutent un morceau de mousseline qui leur couvre le front en bandeau. Les cheveux sont couyerts , il n'en paraît qu'une boucle tombante près des oreilles. Cette coiffure est très-pesante, et il faut un art particulier pour savoir la porter. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c est qu'elles la conservent la nuit pour dormir, et à cet effet elles portent avec elles de petits oreillers.
Le costume des hommes est fort simple. Le vêtement extérieur ressemble à celui qu'il recouvre, si ce n'est qu'il est boutonné à.ka gorge. Les reios sont serrés par une large ceinture enrichie de bondes et d'agrafes d'or, d'argent ou de pierres précieuses. Ce qui lesdistin^uespéeialeraeut, c'est leur turban formé d*un tartan de soie barriolée, dont les nuances sont rouges, jaunes , bleues et croisées par des fils d'or et d'argent. Le front reste toujours à découvert, et sur les épaules pendent des franges et des glands de mémo couleur, ce qui leur donne uii air sauvage, surtout lorsqu'ils mettent leurs chevaux au galop.
Les habits de la classe pauvre sont semblables , si ce n'est qu'ils sont dépourvus de tous ces ornements. Ainsi leur ceinture est oommunémept une simple corde, et le turban est 4*iui
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rouffe foDoé. Le poignard ou kancffar est leur arme indispensable qu*ils ne qfuittent jamais.
On trouve des vieillards d*un âge fort avancé conservant encore une vi-
rur remarquable, malgré les rigueurs climat et les fatigues de leur vie aventureuse. La taille des hommes et des femmes est généralement avantageuse , et tout annonce en eux une saine et robuste constitution. Les enfants ont la peau très-blanche , et les joues rosées. Ce qui confirme les observations des voyageurs distinguant parmi ce peuple deux races diverses, c^est qu*en euet la physionomie et la taille des pamus diffèrent de Tair martial et de fa stature de leurs chefs. Us sont moins bienfaits, et leurs traits n*ont pas la beauté des nobles ou seigneurs qui rappellent les beaux types grecs. A la première vue on peut aisément assurer que ceux-ci sont les maîtres du pays.
Tels sont les détails que nous avons jugés utiles et intéressants pour mettre le lecteur à portée de connaître ce peuple, peu connu jusqu^à pç^sent, et qui , occupant toute Fextrémité méridionale de TArroénie , doit naturellement faire partie de Tliistoire de ce pays , quoiqu il soit d*une autre race que le reste de sa population. Les eLurdes sont des hôtes incommodes
2ue les Arméniens ont été contraints e recevoir* et il est fort possible qu^un jour, si un lien fédéral unissait leurs tribus , ils poussassent plus avant vers le Nord leurs incursions.
Le sultan ferme les yeux sur leurs déprédations, soit par une coupable insouciance , soit par la conscience de Fimpuissance de ses troupes réglées pour soumettre ces ennemis vagabonds qui sont à la fois nulle part et partout, puisque, avec chaque saison , ou sur la plus légère espérance d'un gain quelconque, ils emportent leurs tentes mobiles et changent le lieu de leurs campements. Aujourd'hui , moins que jamais, la Porte est en mesure de réprimer ces ennemis éloignés; lorsque dans le grand corps de cet empire, la mort et la froid gagnent le cœur, com-
ment ra^ipeler la vit et le mouveinenl aux extrémités?
HISTOmS RBUCnnTSB DU PSUPLB ARMÉNIEN.
Écrire Thistoire religieuse d*un peuple, c'est chercher à faire connaître la pensée morale et intime qui a inspiré tous ses différents actes et a dû les ré-
§ler. Ce travail prépare celui qui n'a 'autre but que d'exposer les événements variés et confus qui se pressent sur la scène politique. Sans la connaissance de la lolspintuelle ou religieuse, Jl^s faits seraient de muets hiéroglyphes dont on ne pourrait trouver rexplication, faute d'en posséder la def; ou bien si, par hasard, quelqu'un avait la prétention de nous les expliquer, il est très-probable qu'il se tromperait lui et ses fecteurs, parce qu'il déroulerait seulement à leurs r^ards une série d'accidents rangés peut-être dans l'ordre de leur succession chronologi- Ïue, comme les médailles ou les statues 'un musée, mais il ne pourrait rendre raison de la loi secrète et providentielle qui a |>résidé à leur enchaînement, ni saisir le lien harmonique qui les unit, en établissant entre deux événements rapprochés le rapport nécessaire de cause à effet L écrivain, en suivant cette méthode, ressemblerait assez à Tanatomiste qui croirait nous donner une idée exacte de la nature propre et du caractère d'un homme, en décrivant avec soin tous ses organes et leurs fonctions déterminées par les lois physiologiques de son tempérament. Oui, s'attacher exclusivement à Tordre extérieur des faits politiques, c'est ne s«^e que la tettre qui tue y ^X se priver des lumineux et féconds développements qui naissent du principe supérieur que nous nommons religieux ou intellectuel.
S'il est non, suivant nous, de poser cette règle historique avant de parler d'un peuple quelconque, son observation devient rigoureusemeut néoes saire lorsqu'il s'agit d'une nation dont le caractère essentiel et distinct est l'esprit religieux, comme diez les Arméniens.
Rn effet, si nous exceptons la race
L'UNIVERS
juive, plus particulièrement favorisée du ciel , et signalée dans le monde ancien par un régime austère et uue discipline réglementaire, comme étant
^ destinée à donner au monde le Dieuhomme, son Rédempteur, nous ne trouvons point parmi les autres peuples de l'Asie une nation aussi directement soumise à l'influence de la loi religieuse que la nation arménienne.
Dès les temps les plus reculés, que Ton assigne communément comme l'époque de la formation des différentes nationalités de l'Orient, nous la voyons se développer à part et se constituer.
Bien qu'elle soit contrainte plusieurs fois de céder aux attagues des grandes monarchies de l'Assyrie ou de la Perse , elle ne perd jamais avec son indépendance sa foi ni son cuite; elle courbe un instant la tête, et, lorsqu'on la croyait effacée de la liste des peuples asiatiques, on la voit avec étonnement reparaître plus forte et plus jalouse de conserver ses traditions. Quand Tapô-
* tre Thaddée et le patriarche saint Grégoire eurent converti à la loi de rÉvaneile ce pays, les esprits demeurèrent fermement attachés au nouveau symbole qu'ils avaient accepté, et le christianisme s'est conservé vivant et fort, malgré les persécutions qu'il eut à soutenir contre la Perse, adonnée au culte du feu et du magisme, et plus tard contre les Arabes et les Turcs, zélés propagateurs du mahométisme.
Aujourd'hui les Arméniens sont dispersés dans toute l'Asie Mineure; on les trouve au fond de la Russie, à.
Constantinople, en Perse, dans les villes les plus commerçantes de l'Inde, et jusque sur les frontières de la Chine, et partout ils sont inébranlablement attachés a leur foi, à la liturgie et aux pratiques de leur Église, telle qu'elle était constituée au quatrième siècle; ils se résignent volontiers à être privés de certains droits politiques, et à se soumettre aux mêmes avanies que les juifs; ils souffrent le mépris, les caprices et les ill^alités de leurs domi-
. Dateurs; tout leur égal, pourvu qu'ils conservent le libre exercice de leur r^ ligion.
Comme le peuple arménien a rarement été considéré sous ce point de vue, et que son histoire religieuse occupe néanmoins une place importante dans l'histoire plus générale du christianisme en Orient, nous donnerons à nos considérations quelques développements. Mais, avant de passer à Tepoque chrétienne, nous voulons examiner quelle était la croj^ance des Arméniens dans les âges qui précédèrent la venue de Jésus-Christ.
On sait communément c|ue l'Arménie est désignée par la tradition biblique comme le lieu où Noë et ses enfants descendirent de l'arche : « Dieu , est-il « dit au chap. viii, v. 1 , se souvint de « Noe, de tous les animaux et de toutes « les bétes qui étaient avec lui dans « l'arche; il fit passer un vent sur la « terre, et les eaux s'arrêtèrent; les « sources de l'abîme et des cataractes « du ciel se refermèrent, et la pluie ne « tomba plus du ciel ; les eaux se retî- «t rèrent de dessus la terre, allant et « revenant, et après cent cinauante «jours elles diminuèrent, et 1 arche « reposa sur les montagnes d'Ararat, «le septième mois, au dix-septiéme « jour du mois. »
Sans examiner ici de nouveau si le mont Masis est réellement la montagne dont le nom nous est conservé dans les saintes lettres, nous rappellerons que les antiques traditions des peuples fixent unanimement la première patrie du ^enre humain dans ce plateau de l'Asie. La plaine de Sennaar, où se fondent les premières villes, et où Nemrod, ce puissant chasseur devant le Seigneur, établit le siège de sa domination, n'est pas fort distante de l'Arménie; l'on peut donc affirmer que ce pays fut occupé dès la plus haute antiquité. Kn examinant l'histoire politique de ce peuple, nous verrons que son premier cher ou roi , nommé Haig, trouva, lorsqu*il vint prendre possession du pays , une race peu nombreuse, il est vrai , mais toute différente de la sienne , et déjà maîtresse du sol qu'elle cultivait. Quelle est cette race primitive? Les anciens dociiments historiques ne jettent aucune lumière sur ci
ARMÉNIE
£itt, qu*iU iAdhjtieul en passant; et, si nous le remarquons , c'est qu'ils offrent une analogie frappante avec les annales de la Chine, de rînde et de la Grèce, où Ton rencontre également, avant rarrivée des Péiasges et des Hellènes , des autochthones ou aborigènes. Ces premiers habitants ne peuvent être considérés comme faisant partie de la nation arménienne, dont le nom ne convient proprement qu'à la race conquérante amenée de Baoylone par Haïg, fils du patriarche Thorgom, ran 2107 avant Jésus-Christ.
La religion primitive de TArménie, comme celle des autres peuples, fut
f>ure et exempte des mensonges que 'ignorance ou la corruption du cœur y apportèrent par la suite. Fondée sur la tradition que Thorgom tenait des premiers patriarches, elle consistait dans Tadoration du vrai Dieu , dans le repentir de la déchéance primordiale, et dans Tattente d'un suprême réparateur. Le culte était simple, reposant sur la prière et le sacrifice sanglant. Le père de famille, à la fois pontife et roi , en régissait les membres avec une sage équité; il offrait au Très-Haut, comme le médiateur choisi , les prières et les victimes, il terminait les différeiKls, et, sous ce régime patriarcal, tous jouissaient d'une paix profonde.
Mais les enfants de fa race maudite de Cham, qui perpétua la race mauvaise et antédiluvienne de Caîn, troublèrent bientôt Tharmonie qui régnait parmi les descendants de Sem et de Japhet. Ayant rejeté de bonne heure la tradition de leurs pères, ils suivirent la voie perverse de l'orgueil et de la concupiscence; ils substituèrent au culte au vrai Dieu des honneurs rendus aux êtres secondaires de la création, tels que les astres et les forces supérieures de la nature. L'adoration du soleil, des planètes et des constellations, donna naissance au sabéisme, qui prit lui-même son origine dans les plaines de la Chaldée, dont le peuple manifesta toujours un goût irrésistible à lire dans l'écriture mystérieuse des astres les secrets du ciel et ses propres destinées terrestres. Ce culte avait
3* livraison, (Arméms.)
on lui-même quelque chose d'élevé et de grand; il est possible que dans le principe une pensée coupable n'en altérât pas la majesté, et que l'idée du Dieu unique, inondant de ses clartés tous ces pâles miroirs de sa puissance, semés avec profusion dans l'espace, dominât l'ensemble de ces conceptions , fruit d'un noble effort de l'intelligence. Malheureusement l'orgueil, cette première pierre d'achoppement pour la raison d'Adam , est toujours vivace au fond du cœur humain, et il corrompt les plus pures pensées. Aussi l'essor qu'avait pris soudainement la science, en se livrant aux redierches astronomiques, porta les esprits à présumer d'eux-mêmes. En scrutant trop profondément les œuvres de la cr&tion, on oublia le Créateur, et peu à peu on lui substitua la créature. C'est alors que commence proprement l'idolâtrie.
Babylone est le lieu que la tradition nous désigne comme le foyer de cette grande erreur, et c'est là enectivement qu'on éleva le premier temple et la première statue au dieu Belus.
Remarquons aussi ce fait important/que le berceau de l'idolâtrie voit en même temps naître et gsandir le principe de la force brute ou du despotisme. Le premier trône est dressé dans la ville où Ton commence k renier Dieu; les hommes qui avaient reftisè de soumettre leur raison aux vérités traditionnelles de la foi, tombent sous l'asservissement de JSemrod; l'esclavage et l'oppression de l'homme par l'homme suivent le refus d'obéir à la Divinité.
La colonie amenée de Babylone par Haîg ne tarda pas à ressentir les effets de la révolution religieuse et politique opérée dans la métropole. L'amour des conquêtes, suite inévitable du nouveau
Gouvernement despotique, poussa au elà des limites de la ChaJaee les armées des Assyriens , et ils vinrent porter la guerre en Arménie, l'an 1735 avant notf e ère. Le roi Anouschavan fut vaincu, et son royaume demeura soumis à l'empire assyrien jusqu'au temps de Baroîr, son trente-ouatrième successeur, c'est-àndire, pendant près
L'UNIVERh.
de dix siècles. Ce fut pendant ce long cycle d*année8, qu'enveloppent d'épaisses ténèbres, que la religion et le culte de la Chaldée se propagèrent dans TÂrménie. Moïse de Khoren, le plus ancien historien , et qu'on peut appeler ajuste titre l'Hérodote arménien, parce qu'il nous rappelle et l'érudition et la simplicité maiestueuse, comme aussi la crédulité de l'écrivain grec, nous apprend que ce même Anouschavan ofirait des sacriGces sous les platanes de l'antique Armavir, sa capitale, et que le frémissement des feuilles, agitées par un vent léger ou impétueux, servait ensuite aux prêtres à tirer des pronostics heureux ou défavorables.
Bien c^u'il ne soit pas dit qu' Anouschavan lui-même soit tombé dans ces su- |)erstitions, néanmoins, comme ces mêmes arbres conservèrent dans les îiî^es suivants un caractère sacré et prophétique, il est probable que la reli]s;ion i>rimitive avait déjà perdu quelque chose de sa pureté.
On pept donc fîxer cette époque comme le temps où le sabéisme se répandit dans I Arménie. La conquête d'un peuple par un autre ne s'effectuait jamais, dans les âges primitifs, sans que le vainqueur nimposât au vaincu sa croyance , et c'est ce qui nous ûiit
f)résumer que la religion ofGcielle de a cour des rois d'Arménie dut être celle des monarques de Babylone , quoique dans d'autres parties du pays Vancienne tradition put se conserver avec plus ou moins d'intégrité. Le sabéisme enfanta nécessairement les erreurs grossières de l'idolAtrie; le roi avait ses temples et ses dieux , et lorsque Nabuchodonosor, après avoir mené les Juifs à Babvlone, en contraignit quelquesuns d^émigrer en Arménie, nous savons que Sempad, chef de l'ancienne famille des Pagratides, étant venu se présenter devant le roi ftroyant r% celui-ci le persécuta cruellement, parce qu'il refusait d'adorer ses idoles.
La chute de l'empire assyrien rendit au peuple arménien son itidépendance politique; mais, sous le rapport religieux , il fut entrafné dans le mouvement de l'Assyrie et de la Médie, con«
quîses par Cyrus. Le sabéisme oa ridolâtrie pure cédèrent aux attaques
Jouissantes du magisme ou du culte du eu , régénéré par Zoroastre. L'Arménie, qui touchait aux frontières de la nouvelle monarchie, était sous la maio des missionnaires de la nouvelle doctrine. Ils y pénétrèrent et firent de nombreuses conversions. Comme le zend était la langue sacrée des mages et de leur liturgie, ils n'ont pu imposer leur foi au peu nie arménien , sans importer dans sa langue un certain nombre de mots. Si ces mots sont relatif aux objets du culte et de la croyance , la langue arménienne littérale, bien
Qu'elle ait changé depuis cette époque, oit cependant en conserver des traces, qui sont autant de témoins irrécusables de la domination religieuse des Perses. Or, c'est ce que la philologie orientale démontre; et, si ce ^enre de recherches n'était déplacé ici. nous donnerions une liste comparée de mots absolument identiques dans les deux langues , tels que ceux qui expriment le nom même de dieu y celui de sain" tetéy de feu y de bûcher^ de culte, etc. , etc. Les monuments historiques viennent à l'appui de la preuve que nous citons. Tigrane r% contemporain des Grecs, secourut Cyrus, au rapport des historiens , dans sa guerre contre Astyages , roi de Médie , et c'est lui qui contribua, avec le monarque persan, à détruire la puissance du Dragon, signification du mot Astyages.
Tigrane avait un fils nommé Vahakn , célèbre par sa valeur ; des chants populaires, conservés par les montagnards, et qui remontent peut-être à son époque, vantent ses hauts faits, et il est très-remarquable que le feu apparaisse déjà dans ces vers, voilé sous les idées du magisme. Voici ce qu'ils disent : « Le ciel enfantait, la terre en- « fantait, ainsi que la mer, couleur de « pourpre. Les douleurs de renianted ment tourmentaient aussi le roseau « rouge. De son extrémité s'échappait « une fumée , et bientôt la flamme < parut , et de cette flamme s élançait « un jeunehommeà la clievelure blonde.
« La flamme entoura ses boucles et via-
ARMÉNIE
« tîgeait autour de sa hartie; ses yeux • et -ses paupières étaient deux so- « leils. »
Cette sorte de chant inspiré montre que dès le principe la doctrine de Zoroastre avait été acceptée en Arménie, et ce qui le prouve encore , c'est que ce même Vahakn reçut aussi le nom d* Armazd, qui est évidemment le même
3ue celui d'Ormuzd , nonvdu principe u bien dans le magisme.
Lorsque Alexandre le Grand se jeta sur l'Asie et qu'il y établit la domination grecque, la religion sensuelle et proprement païenne des conquérants, entourée du séduisant cortège des divinités de rOlympe, livra une lutte assez faible au culte plus sérieux et plus intellectuel de la Perse. L'Arménie resta presque totalement attachée à la doctrine du magisme; seulement les parties de l'Arménie Mineure avoisinant la Cappadoce ou les autres provinces grecques, résistèrent moins au contact immédiat et habituel des idées païennes , et, lorsque la puissance romaine, qui avait adopté le culte des Grecs , étendit ses armes sur ces mêmes régions, la réforme opérée dans les idées religieuses des Arméniens devint plus sensible, bien qu'elle ne fât Jamais complète ni radicale, parce qu ils préféraient allier les éléments hétérogènes du polythéisme et du dualisme.
Ils cédaient sans doute en cela aux exigences de la politique romaine, (]ui voulait imposer aux vaincus ses divinités comme ses lois. De là vient que le nom d'Armazd ou d*Ormuzd, le bon principe, sert aussi à désigner Jupiter. Reste à savoir si au fond de leur conscience les Arméniens entendaient par ce nom celui du Jupiter Capitolin et Tonnant, ou bien s'ils ne vénéraient pas plutôt en lui l'implacable et Téternel ennemi d'Ahriman, principe du mal. De méme^ ils laissaient traduire le nom de Zerwan, signifîant le temps sans bornes y magnifique idée de Tinflni, conçu sous sa notion d'éternité y par le mot Saturne. Saturne est, à la vérité , le père des dieux chez les Grecs ; il apparaît à l'origine des choses comme procréant Jupiter et les autres divi-
nités; mais il na point le caractère imposant de Zerwan, qui échappe , dans les mystérieuses proiondeurs de son essence, au n çarci de l'esprit humain.
Un culte célèbre chez les Arméniens, et dont parle-Strabon , est celui de la déesse Ânahidy qu'il nomme Ânaïtis. Elle avait plusieurs temples dans la province que les Géorgiens nomment aujourd'hui EK^hletsith.HdXktdt les Grecs interprètent ce nom par celui de FénuSy et tantôt par celui de Diane, Cette confusion théologique vient de ce que ce culte était étranger a la Grèce, et que la déesse Anahid était proprement la Mylitta ou l'Astarté des Chaldéens , ce qui jetait du vague sur ses attributs. L'admiration du peuple avait aussi consacré quelques noms de héros correspondants a ceux d'Hercule , de Thésée et autres, qui portent en Grèce le nom de demi-dieux ; tels étaient Sbantarady Vahakn et Piané*
Chaque peuple a toujours eu dans son territoire un lieu choisi et vénéré, auquel se rattachaient ses anciennes traditions religieuses, et où il Axait le siège de son culte, de ses pèlerinages et de ses premiers pontifes. Ce lieu était ordinairement regardé comme le point central de la terre. Nous retrouvons cette idée chez les Indiens, les Persans , les Grecs, et même en Egypte. L'Arménie avait également sa terre sacrée ; c'était le pays de Daron, district du canton de Dourouperan. Lorsque la religion chrétienne envahit l'Arménie , cette province fut le dernier asile où se retranchèrent les sectateurs du magisme, et les arguments qu'ils opposèrent aux^ apôtres de l'Évangile n'étaient pas ceux de la dialectique, comme nous le dirons ailleurs, mais une résistance à main armée et par la force.
U parait que l'Inde avait aussi exercé une influence religieuse sur ce pa^s; saint Grégoire rilluminateur, premier patriarche de l'Arménie , trouva dans ces lieux des statues et des temples consacrés à Témèdre et à GUanéy divinités que les prêtres lui dirent être venues de l'Inde, sans pouvoir préciser l'époque.
Ainsi, après l'altération de la croyance
UUJNIVERS.
primitive , la Ghaldée et ia Perse avaient successivement fait prévaloir leur symbole religieux dans TArménie. La Grèce, postérieurement ia puissance romaine, qui adopta son culte, et d'une autre part Plnde, essayèrent aussi d'y dominer, mais leur action fut beaucoup
{>lus restreinte et moins durable. Quand e christianisme parut, TArménic, comme les autres nations de l'Asie, était travaillée de la corruption générale; démembrée par les Romains et par la puissance croissante des Parthes, sa dissolution politique était inévitable, si la foi chrétienne n'était venue vivifier et régénérer cette race appelée encore à de glorieuses destinées.
En effet, l'Évangile, en changeant rétat des croyances, modifia heureusement la position sociale de ce peuple ; il opéra une scission morale , profonde et perpétuelle, entre l'Arménie devenue chrétienne et la Perse soumise au culte de Zoroastre. La nécessité oir elle était de défendre sa foi contre Fintolérance persane la porta à revendiquer son mdépendance politique, de sorte que la foi enfanta cnez elle la liberté; de plus, sous le rapport de la civilisation ; la révolution opérée par le christianisme fut encore plus sensible.
Car nous ne voyons pas que TArménie eut participe antérieurement au mouvement inteflectuel des Grecs et des Syriens qui l'avoisinaient. L'ignorance était telle , que les anciens rois <a'a valent pas d'historiens nationaux capables de transmettre dans leur langue les annales de leurs règnes, et ils ne nous sont connus que par les chroniques composées en grec et en syriaque ?[ue consulta Moïse de Khoren, qui ait lui-même cette remarque. Dès que l'idée chrétienne a subjugué les esprits , ils perdent leur ancienne rudesse, l'amour de la science et le goiH des lettres se développent, et la face du pays se couvre d'écoles , comme nous allons le dire, en suivant l'histoire religieuse de ce peuple.
Suivant la tradition, Abgare(*), roi
(•) Nous pensons que nos lecteurs nous
d'Êdesse, instruit parla renommée des miracles éclatants du Christ, qui ac-
sauront gré de mettre sous leurs yeux la correspondance attribuée à Abgare et à Notre- Seigneur Jésus-Christ. Elle est extraite de Moïse de Khoren et elle concorde avec celle que rapportent plusieurs historiens grecs.
«Des envoyés d'Ahgare lui racontèreul, à leur retour de Jérusalem , ce qu'ils avaieut entendu dire du Messie qui parcourait alors les villes de Judée. Ce récit étonna le roi d*Édesse , qui crut aussitôt reconnaître le Gis de Dieu. « Ces prodiges, disait -il, ne sont point ceux d'un homme ; la puissance de ressusciter les morts n*appartient qu'à la Divinité.
» Or, le roi était travaillé en ce moment d'une maladie cruelle. Tous les médecins avaient en vain épuisé les secrels de leur art , ils n'avaient obtenu aucun heureux résultat. Abgare espéra que le Messie pourrait le guérir de son mal ; en conséquence il lui écrivit une lelire conçue en ces termes :
«Al>gare, (Ils d'Arscliam, prince d'Édesse, à Jésus, sauveur et bienfaiteur, nouvellement apparu au pays de Jérusalem , salut :
« Nous avons entendu parler de vous et des guérisons opérées par vos mains, sans aucun remède, car, comme on le dit, vous donnes l'ouïe aux sourds , la vue aux aveugles, vous faites marcher les boiteux , tous puriûez les lépreux , vous chassez les esprits impurs , TOUS rendez la santé à ceux qu'afflige une longue maladie, et vous ressuscitez les morts. En apprenant ceci , j'ai fait cette double supposition : que vous êtes ou Dieu même descendu du ciel , ou le fils de Dieu. C'est pourquoi je vous ai écrit de prendre la peme de venir chez moi , et de me guérir de la maladie que j*ai depuis longtemps. J'ai aussi appris que les Juifs murmurent conire vous et qu'ils veulent vous persécuter. Ma ville , quoique petite, est assez agréable, et elle suffirait pour nous deux. » . « Les porteurs de la lettre trouvèrent Notre- Seigneur à Jérusalem' , et c'est ce qu'indiquent les Évangiles par ce passage if tu quelques idoiâtres étaient venus U trouver.
«Jésus reçut cette lettre, mais il n'alla point à Edesse , il fit à Abgare la réponse suivante :
« Heureux celui qui croit en moi , sans m'avoir vu , car c'est de moi qu'il est écrit que ceux qui me voient, neaoieut pas en moi, et que ceux qui ne me voient pas,
ARMÉNIE
complîssait alors sa mission en Judée, de la maladie cruelle gui rafOigeait. envoya vers lui le prier de le guérir Comme sa demande était faite dans un
croient cl reçoîvenl la TÎe. Vous m'écrivcr d*aller vous trouver, mais il faut que j*accomnlisseici touies les choses pour lesquelles j*ai été envové. Après leur accomplissement, je m*élèverai vers celui qui m'a envoyé , et je vous enverrai Fun de mes disciples pour guérir votre maladie , vous donner la vie et à. tous ceux qui sont avec vous. »
« Abgare reçut cette lelU« d'Anan, qui lui remit en même temps Timage du Sauveur (*) que Ton conserve jusqu'à ce jour dans la ville d'Étlesse.
«Après Tascension de Jésus, Thomas, Fun des douze apôtres , envoya Thaddée , Tun des soixante -dix disciples, dans la ville d'Édesse pour guérir Abgare et l'évangéliser. Il descendit dans la maison de Tobic,
S rince juif, que Ton dit élre de la famille es Pagradites, et qui n'ayant pas abandonné le judaïsme au milieu des gentils , se convertit ensuite au christianisme. La nouvelle s'en répandit aussitôt dans la ville, et lorsque Abgare l'eut apprise, il dit : « Cest celui au sujet duquel Jésus a écrit. • Il le manda près de lui, et lorsque Thaddée entra dans la saUe , son visage parut resplendissant à Ahgare, qui , se levant de son trône , se prosterna sur sa face et lui rendit cet hommage, au grand étonncmeiU des seigneurs qui Tentouraient. Abgare lui dit : « Si tu es par hasard le disciple du bienheureux Jésus, qu'il m'a dit envoyer ici , ne peux-tu cas guérir mon mal ? » Thaddée lui répondit : « Si tu crois en Jésus , le fils de Dieu , ta demande sera exaucée. »
«Abgare lui dit : « Je crois en lui et en son père , et c'est pour cela que je voulais prendre mes troupes et aller détruire la nation juive qui l'a crucifié , si je n'en avais été empêché par les Romains.»
«Alors Thaddée Tévangélisa lui et toute la ville ; puis lui imposant les mains, il le guérit, ainsi qu'Abdia , prince aussi considéré de la cour que du peuple. Tous les malades et les infirmes de la ville recouvrèrent également la santé. Abgare et toute la ville reçut le baptême, on ferma les portes des temples, et les statues furent couvertes de roseaux. Personne n'était amené violemment à la foi, et cependant chaque jour 1^ nombre des fidèles augmentait.»
Abgare écrivit encore à Temperear Tibère la lettre suivante :
(*) Voy. la plaadM n* ii.
« Abgare, roi des Arméniens, à mon seigneur Tibère , empereur des Romains , salut :
« Quoique convaincu que tout ce qui se passe dans votre empire n'est point caché k V. M. , je vous avertis cependant par cette lettre, comme votre fidèle ami , que les Juifs de Palestine ont crucifié le Cbrist,qui n'était aucunement coupable, à cause de ses grandes et bonnes œuvres , de ses prodiges et de ses miracles qui allaient jusqu'à ressusciter les morts. Sachez que celle puissance n'est pas celle d'un homme, mais bien celle d'un Dieu. Aussi, au moment ou ils le crucifièrent, le ciel s'obscurcit et la terre trembla. Api'ès trois jours il ressuscita , et présentement il accomplit dans tous les lieux des cboses admirables par la main de ses disciples. Votre Majesté sait ce qu'il convient d'ordonner touchant les Juifs qui ont agi de la sorte. Il faut ordonner qu'en tous lieux on adore le Christ, comme le vrai Dieu.
Réponse, «Tibère, empereur des Romains, à Abgare, roi des Arméniens, salut :
« On a lu devant moi la lettre dictée par votre amitié , et pour laquelle je vous rends des actions de grâces. Pilate nous a donné des détails sur les miracles dont nous avions entendu parler précédemment, et il nous a dit comment, après sa résurrection, il avait été reconnu comme Dieu par beaucoup de gens. C'est pourquoi j'ai pensé à faire ce que vous me conseillez. Âfais comme la coutume des Romaius veut qu'une divinité ne soit reconnue que par ordre du sénat, j'ai consulté sur ce point cette assemblée qui a rejeté ma proposition. Toutefois, nous avons permis à quiconque le voudra , de reconnaître Jésus pour Dieu, en menaçant de la mort ceux qui le calomnieront. Quant aux Juifs qui ont osé le crucifier, bien qu'il méritât des honneurs et des récompenses, au lieu de la croix et de la mort , lorsque j'aurai réduit les Espagnols révoltés, je leur infligerai le châtiment qu'ils méritent. »
L'authenticité de ces lettres a beaucoup exercé la sagacité des critiques. Tîllemoni , Pagi et d'autres ont réfuté longuement ceux qui la révoquent en doute. D'autres, comme J. Damascène, de Fideorlhod.,liv. 4 , rh. 17; S. Ephrem, sur le Testament; Nicéphore, liv. a , ch. 7 ; Procope , de Bello Persico , 1. a , ch. x8 , se sont contentés de respecter l'antiquité de ces lettres , et de croire à la possibilité delà correspondance, sans pré-
L'UNIVERS
esprit (le foi et d'humilité, le Sauveur Texauça, et il envoya Thaddée, Tun des soixante-douze. disciples, qui le guérit, et jeta dans cette ville les premières semences du christianisme.
L*apôtre Barthélemi, que les peuples de rinde, de TArabie et de la Perse, vénèrent comme leur illustre missionnaire, porta aussi ses pas à Édesse, et de là il traversa , avec Thaddée , l'Arménie, la Cappadoce et l'Albanie. Les germes précieux de la foi furent donc éposés en Arménie dès le commencement de la mission des apdtres; mais ils ne orirent leur accroissement et ne fructifièrent que lorsque saint Grégoire vint les féconder de ses sueurs et de son sang.
Saint Grégoire (*) , tel est le nom du vrai civilisateur de l'Arménie ; aussi lui a-t-on donné le titre (ïilhtminateur^ comme ayant éclairé de la lumière de l'Évangile ce peuple encore assis aux ombres de l'idolâtrie.
Issu de l'illustre maison des Arsacides, il naquit vers l'an 240 de notre ère, à l'époque où la dynastie de Sassan montait sur le trône de la Perse.
Son père Anag reçut la triste mission , de la part du monarque persan , d'aller en Arménie assassiner le roi Khosrov, de la famille des Arsacides, dont les droits à la couronne qu'il avait usurpée étaient légitimes. Anag réussit dans l'exécution de son dessem; il surprit et tua Khosrov ; lui-même porta la peine de son crime, et il expira sous
tendre que les lettres soient exactement les mêmes. Dans un concile tenu sous le pape Gélase , Tan 494 , ou rangea cette correspondance parmi les apocr^hes. Mais la sentence de l'Église ne détruit en rien Tautorité du témoignage des historiens de TArménie ou de la Syrie, et n*érige point en artîde de foi leur falsification, comme quelques-uns pourraient l'imaginer. Le jugement que des écrits n'ont pas été transmis directement par les apdtres, et n'ont point le d^é d'authenticité des Évangiles, n*em-
Slicpie point en soi la fausseté de ces mêmes ocuments. Cette décision les classe seulement dans la catégorie des autres sources historiques de Tantiquilé, (*) ^oy* ^ planche n« la.
le fer des gardes du roi. Il laissait un jeune enfant à la mamelle, qu'on sauva avec peine, en l'emmenant dans le territoire de l'empire romain, où il fiit élevé dans la religion chrétienne. D'un autre côté, le fils de Khosrov, également en bas âge, avait été conduit à Rome pour échapper aux trames perfides du roi persan. Il grandit dans cette ville, au milieu des camps et des exercices militaires, puis, avec les secours de l'empereur Dioclétien, il revint en Arménie revendiquer le trône de ses pères. A peine avait-il consolidé sa puissance, que Grégoire venait à sa cour lui offrir ses services, toutefois sans se faire connaître. Le roi iuî fait un accueil favorable; au bout de quelque temps, il découvre que Grégoire est chrétien, il le persécute horriblement pour sa foi, le torture, et le jette au fond d'une citerne, où il languit quatorze an&. Dieu lui conserve miraculeusement la vie ; il sort de ce goul&e infect et revient prêcher la foi à la cour de Tiridate, nom du roi arménien. Ce nrince, guéri par lesprières du saint de la maladie qui l'afiligeait, se convertit à l'Évangile , et accepte le baptême avec toute sa cour.
Lorsque le christianisme devint la religion de l'État, il prit un rapide accroissement, et cette révolution religieuse fut secondée par celle qu'opérait simultanément, dans Tcmpire romain, la conversion de Constantin le Grand. L'épée de Tiridate et l'éloauence de Grégoire, unies par une tendre charité, étendirent le royaume du Christ dans tous les lieux encore soumis au magisme. Le roi mourut dans un âge avancé, béni de ses sujets, et placé par l'Eglise arménienne au nombre de ses premiers saints. Grégoire passa toute sa vie à organiser son Eglise naissante, et il rédigea des règlements qui sont encore suivis par elle avec une ponctualité scrupuleuse. Sur la fin de ses jours, il se retira dans la solitude, où il reçut la couronne du martyre, ayant été tué par l'ordre d'un prince infidèle (*). ^
(*) Les auteurs annéoiens parlent d'un
ARMÉNIE. 39
Saint Grégoire avait été le premier mence cette série d^utres patriardies patriarche de la nation , et en lui com- qui se suivent d'une manièôre non invoyage que laiat Grégoire fil à Rome avec Tîridate, el Grégoire , « mirtyr vivant , le le roi ïiridale, pour aller déposer au pied courageux eonfessetirdu Christ, l'illuminadu pape Sylvestre Phoramage de l'Église te«»r de rOrient et du Septentrion, nous naissante d'Arménie. Ils cilenl même un faisons savoir, disons-nous, qu'eux, nus acte solennellement conclu entre Constantin, très-cliers frères en J. C, les principaux empereur de Constanlinople , Sylvestre, su- «mis de noire irès-angusle souveraineté, ces prême pontife de Rome, Tiridate , roi d'Àr- chefs illustres, admis à nos délibérations, ménieet saint Grégoire rilluminqieur. Nous «ont venus près de nous pour voir le lieu pnsons qu'on a confondu le voyage que le de noire sie{;e , dont la puissance s'étend même saint fil avec le même roi à Césaréc. tle l'Orient à rOccidfUi, l'Ijrritagf des saints ville de l'fmpire romain, et dont l'cvc^^ue et pieaiitrs spolies, *t \c pape qui est leur conféra longtemps l'investiture aux palriar- successeur; qu'en outre ils sont venus visiches d'Arménir. Nous donnons un extrait 1er le gloricu s empereur récemment converti de ce traité qui a une haute antiquité et qui à la foi clirélieniie, et la très-excellente et est fort connu dans l'histoire ecclésiastique ti-ès-pui.^sanJe impératrice Hélène. de cette Église. ^''^^ 1^"** ^^'^ ^l'^e le siège de notre au-
torilé, déléi,'uée par Dieu, en a ressenti uns
^cte d'alliance et Je concorde du grand grande jubilation, et que nous sommes sor-
' empereur Constantin etdu pape Sylvestre, tis avec un cortège imi>osant à la rencontre
avec Ttrtdate, rot d'^rmente, et saint jg ^^ iHusti-es personnages; puis, après
Grégoire, t dluminateur de l'Arménie, nous être salués réciproquement, et nous
Par rcfrct de la volonté et delà puissance être rendu les honneurs cunxenahles, nous
de la sainte Trinité consuhslaniielle , du sommes entrés dans l'église des Saints ap6-
Père incompréhensible dans son être, de très; nous y avons adurc le Dieu, maiire de
son Fils unique, notre seigneur et notre ré- leurs saintes reliques, et le Christ qui cou-
dempteur, du Saint- F<iprit qui donne la vie ronne les sahits
et la déIi\Tancc , ce présent traité impérial , ••••
raliGé et rendu irrévocable par Dieu, a été • ..»••..
écrit par l'ordre de nous Constantin , su- ^
préme empereur, toujours victorieux, très- Par l*efTet de la volonté divine et de
auguste, roi des rois, possesseur de Tem- Pinterccssion de la mère de Dieu, des saints
pire romain, qui embrasse tout l'uni vera, apôtres et de tous les saints, nous, roi et
6t qui subsiste depuis des siècles; nous qui, pontife suprême des deux nations, ro-
en vertu du secours du vrai Dieu, étendons maine et arménienne, nous concluons le
notre autorité des bords du va>tc Océan traité et nous jurons le serinent d'une éter*
jusqu*aux lieux où se lève le soleil , sans nelle alliance entre le peuple belliqueux des
que jamais la victoire nous abandonne, grft- Romains et le peuple invincible d'Arménie,
ce à Tassistance de la croix de J. C. en présence de la croix glorieuse de J. C. ;
D*une autre part, cet acte a été égale- et, pour donner & cet acte un caractère iu>
ment dressé par Tordre de nous Sylvestre, délebile, nous l'avons scellé du sang précieux
souverain poulife romain , successeur du et redoutable du Cbnst ; nous y avons écrit
siège des princes des apôtres, Pierre et le nom de frère, qui doit être roroniun aux
Paul, nous qui, tenant en nos mains, les deux nations de l'Orient et de l'Occident,
clefs du royaume des cieux , avons le pou- En vertu de quoi nous nous engageons à
voir de lier et de délier sur la terre et au un amour et à une loi semblables à l'amour
del, chez toutes les nations de la chrétienté et à la foi jurés au Christ qui s'est fait notre
éparses derOrient à rOccidenl,etqui régis- frère, nous promettant de nous défendre las
sons rÉgUse universelle du Christ. uns les autres jusqu'à la mort, méoie de
Pur ce présent acte nous faisons connai- nous sacrifier mutuellement avec Joie, el
Ire à tous , qu'appelés par l'Esprit saint, le d'avoir les mêmes amis et les mêmes enne*
puissant roi d'Arménie Jean (*), qui est mis. Aucune des deux nations n'osera tirer
C) L. .0. d. J-D attriM Id à Tlridaf. est ^« 6^7 "^""^ ''•î'^- Q"^*« 'f'" \'^^ »!
MU do«t« U Mumo oom qo'il ncut Ion de md ««"«' «*« ««» q«» auraient relie autiacel
bo pleine. que leoT are se lirise dans leurs maiiu !
L'UNIVERS
terrompue jusqu'à nos jours. Il eut pour successeur Arisdagès (*}, son fils . qu'il avait eu d'un mariage contracté avant son ordination. Le nom de ce vertueux prélat , qui fut aussi une des lumières de l'Église arménienne, est inséré parmi les noms des évéques mentionnés dans les actes du concile de Nicée ; il y assista et en rapporta les décisions en Arménie. On l'a quelquefois confondu avec un autre éveque, parce que les Grecs ont totalement défiguré la prononciation de son nom,
Getrailé subsistai entre les deux nations jusqu'à la fin des temns, et quiconque oserait Tenfreindre , qu'il soit retranché de la sainte foi chrétienne; que les malédictions de Gain , de Judas et des prêtres déicides pèsent sur lui , et que dans le ciel les anges répètent : Ainsi-soit-U ! ainsi-soit-il !
Au nom de la très sainte Trinité , nous bénissons Grégoire , en plaint sur sa tète vénérable la main droite du divin apôtre Pierre, et le linceul sacré de J. C; nous le constituons, lui et ses successeurs, suprême patriarche de tous les Arméniens ; nous voulons que dorénavant le pontife d'Arménie ordonne le patriarche de Géorgie , et qu'il ait le pouTOu* d'instituer des évéques parmi les Arméniens dispersés chei les autres nations de la chrétienté; que le pays de l'Albanie soit soumis particulièrement à son obéissance, et que celui qui aura été choisi par le roi au pays soit consacré par le pontife d'Arménie ; qu'en outre, lorsque les trois patriarches d'Alexandrie, d'Antio< che et de Jérusalem ordonneront un nouveau patriarche, que cela se fasse avec le concours de la volonté du patriarche de l'Arménie , car nous l'établissons notre vicaire dans l'Asie Mineure.
Donc, d'après notre autorité suprême, nous conférons au pontife des Arméniens le pouvoir de lier et de délier sur la terre et au ciel tout ce qu'il voudra, en se conformant aux canons apostoliques; que ceux qu'il aura bénis, soient bénis par le Christ, les saints apôtres^ les autres saints et nousméme; que ceux qu'il excommuniera demeurent sous le poids de la même excommunication, jusqu'à ce qu'ils revieimeut à Dieu {lar une sincère pénitence. Ainsi-soit-il.
(•) Voy. figure n** ta.
qu'ils écrivent tantôt Arostane ou Rostane.
La dignité patriarcale resta longtemps dans la maison de saint Grégoire. Le célibat n'était point imposé aux prêtres arméniens , pourvu qu'ils contractassent leur mariage avant d'être promus aux dignités ecclésîasti*
Îfues. verthanès (*} , frère d' Arisdagès, ui succéda; et, en mourant, il laissa son siège à son fils Housig, lequd mourut martyr de son zèle , en refusant d'adorer les statues des dieux que Julien l'Apostat voulait faire honorer dans tout l'empire. Ses deux fils, Pap et Athahînès, étant morts, et Nersès, fils d'Athakinès , étant trop jeune pour être sacré , la dignité patriarcale sortit de la maison de saint Grégoire, et on la conféra à un certain Pnarnherseh qui ne siégea que trois ans. «
Lorsou'il fut mort, Pïersès alla dans la ville ae Césarée , dont i'évêque saint Léon avait autrefois sacré saint Gre-
foire ; et , depuis cette époque, le chef e l'Église arménienne était toujours resté sous la dépendance du siège de Césarée, observation qui n'est pas sans importance dans l'histoire ecclésiastique. !Nersès fut élu patriarche, et il était digne d'occuper cette place éminente, puisque ses vertus et ses utiles réformes dans l'Église et dans la société lui ont mérite le titre de grand. Quel plus bel éloge que celui de l'historien taisant cette réflexion sur son administration: «Alors, dit- il, l'ancienne barbarie disparut, et on ne vit plus dans le pays que des citoyens honnêtes (**). » Nersès attaquait avec trop de courage les vices du roi Pap, oui , ennuyé oe ses remontrances , lui nt servir un breuvage empoisonné. Le saint mourut après un si^e de trentequatre ans.
Après lui vient Sahag, qui , trop ja« loux de sa propre dignité , ne voulut plus aller à Césarée recevoûr l'investiture. Cette disposition fâcheuse brisait déjà quelques-uns des liens de Tunité,
(*) Voy. figure n*^ 3.
(*';) Jean VI, dit l'historien. liUùiirê d'Arménie, manuscni g r delà fitbiiothcqne voy.
ARMÉNIE
et faisait présager la rupture qui éclata plus tard.
La nation avançait à grands pas dans la ciyilisation. Saint Mesrop flxait la langue en lui donnant un alphabet et un système ^aphique. Cette invention paraissait si belle et si merveilleuse à ses compatriotes , que le bruit se ré-
f»andit dans le pays que le Saint-Esprit ui avait révélé cette précieuse découverte. Mais, comme il est inutile de faire intervenir le ciel dans des actes dépendants de la nature et des facultés humaines , surtout lorsque l'exemple des autres peuples confirme cette observa tion , il est plus probable que le saint rédigea un alphabet d'après la double connaissance qu'il avait des alphabets syriaque et zend , comme le fait présumer leur mutuelle comparaison. Les Hvres saints furent traduits en lan^e arménienne; et ce travail fut si habilement exécuté , que la traduction devint le tyjpe et la pierre angulaire de l'édifice littéraire élevé dans les âges suivants. Nous ne nous arrêterons point ici à citer la longue série des écrivains remarquables qui honorent cette nation : cette partie de notre travail trouvera sa place dans l'histoire littéraire de l'Arménie.
Zaven , Asbouragès occupèrent peu de temps le trône patriarcal ; ils firent place à Sahag , surnommé le Grand, à cause de sa sainteté et de ses lumières. Il vit , par la mort d'Ardashir, s'éteindre entièrement la race des Arsacides , qui avait occupé le trône d'Arménie
ans. L'Arménie tomba donc sous la dépendance de la Perse ; et ses rois furent remplacés par des merzbans (*) ou satrapes qui accablèrent le pays d'exactions et de tyrannies. Gomme les vaincus n'obéissaient qu'à la force , et se-
(*) Le mot merzban est persan; il dérive de la double racine merz, ou marz, et ban, Marz signifie limite on frontière , et ban, gardien. Cette racine se retrouve dans marquis et margrave, noms qui avaient le même sens à rorigine , puisque ceux qui les portaient étaient cnargés de la défense des marches.
rouaient le jouç qui leur était imposé dès que l'occasion s'en présentait , les rois de Perse pensèrent crue la cause de r insubordination résidait dans la différence du symbole religieux , parce que les Arméniens, comme chrétiens, combattaient en eux, et les ennemis de leur nation et les idolâtres contraires à leur foi. En conséquence, ils suscitèrent dans ce pays une persécution générale,
Ï)our y rétablir le culte de Zoroastre, et e sang des martyrs ruissela abondamment. Mais c'est en cette occasion ?[u'éclatèrent surtout pour la première ois la fidélité inviolable et la foi robuste de ce peuple, qui depuis s'est toujours montre aussi sincèrement chrétien. Non-seulement il résista aux tortures et aux séductions de tout ^enre employées par la politique , mais il sortit de cette lutte terrible plus fortement attaché à ses croyances.
L'Opposition politique de la Perse eut un enet salutaire ; elle fit comprendre aux Arméniens que la foi dirétienne était leur plus solide rempart, et qu'ils ne pouvaient rien espérer de ceux qui prétendaient étendre leurs droits jusque sur le domaine sacré de la conscience (*).
L'ennemi le plus dangereux de l'Arménie n'était point la Perse, dont elle brisait toujours les fers à force de résistance ; c'était biep plutôt le faux esprit ratipnaliste des Grecs qui la travaillait et qui décomposa sa foi religieuse jusqu'alors si pure. Le lecteur comprendra tacilement que là réside la cause latente de tous lés maux qui accablèrent ultérieurement cette nation infortunée ; et , pour lui mettre à nu l'évidence de cette conclusion , nous allons rappeler succinctement l'orieine et l'occasion du schisme de TÉglise arménienne.
La foi du christianisme identique, dès sa naissance , à celle qui fait présentement le fond du symbole , n'était cependant pas, au commencement,
^*) Dans la troisième partie de ce travail ui a pour but de traiter l'hisloire politique
e PArménie , nous décrirons cette guerre mémorable.
L'UNIVERS
aussi développée qu^aujourd'hui sur certains points ; sans doute parce qu'ils n'avaient pas été attaqués et que l'Église n'avait point jugé nécessaire de faire connaître ses décisions. Les hérésies sans nombre , qui pullulent avec le premier siècle , nâessitant des ex-
f>lications et des éclaircissements sur es points contestés, on peut, par ce motïf , les regarder comme providentielles : on dirait des ombres jetées et dispersées avec ordre par le doigt de Dieu dans le tableau de son Église , pour en mieux faire ressortir les parties lumineuses.
Le grand concile de Nicée , en condamnant l'arianisme. éclaira toute la chrétienté sur la question fondamentale, mais difficile, des deux natures en Notrc-Seigneur Jésus-Christ. Le symbole qu'il formula, adopté par les Églises d'Orient, et rapporté en Arménie par le fils de saint Grégoire, y fut attaqué sur le même point, malgré sa précision et sa clarté. Nestorius, qui reconnaissait avec TÉglisedeux natures en Jésus-Christ, s'éloign» de l'orthodoxie, en eoncluan*^ de la dualité des natures , la dualité de personnes.
Son hérésie renouvelait toutes les erreurs d'Arius auquel il était contraire.
L'Église se déclara pareillement contre lui , et il fut anathématisé. Eutychès , l'adversaire le plus zélé du nestorianisme , fut conduit à l'erreur diamétralement opposée à celle qu'il combattait si ardemment. En effet, en soutenant l'unité de personne, il en vint à proclamer l'unité de nature.
Cette nouvelle hérésie, plus subtile et plus dangereuse que l'autre, parce qu'en paraissant glorifier la divinité de Jésus-Christ, elle aboutit à la négation de son humanité, se propagea avec une effrayante rapidité dans tout l'Orient. Les défenseurs ou partisans de l'unité de nature, furent généralement désignés sous le nom grec de monO' physUes. A la vérité, tous ceux qui admettaient la nature tmede Jésus-Christ, n'étaient pas hérétiques par le fait même, car nous voyons plusieurs Pères, fort orthodoxes, entendre par le mot nature celui d'hypostase ou de
substance; et il est très-certain que la substance du fils de Dieu est radicalement et essentiellement tm«. Cette distinction convient surtout à l'Arménie, et elle peut servir à absoudre d'injustes accusations, beaucoup de théologiens qu'on a classés parmi les monopbjsites.
Le quatrième concile œcuménique de Chalcédoine avait attaqué la doctrine d'Eutychès. Ses partisans, réunis à oeux de Dioscore, se répandirent dans FAsie, répétant que, dans cette assemolée, on avait admis la dualité de personnes, et renouvelé les erreurs de Nestorius. L'esprit de la nation arménienne était I - ! favorablement disposé à l'égard d*»*? Grecs qui étaient intervenus déjà pi'i^icurs fois à main armée dans les affaires du pays, et dont la politique astucieuse étaft souvent aussi détestable que celle des Persans. On accueillit donc avidement les faux bruits semés par les émissaires des hérétiques ; et 2e pape Léon , qui avait convoqué le concile de Chalcédoine , fut dépeint sous les plus noires couleurs. Vers l'an 596, le patriarche Abraham I"' , rassemble à Tovin , alors capitale du royaume, les évéques de l'Arménie au nombre de dix ; et , là , il s'élève hautement contre le concile de Chalcédoine. « On anathématisa , « dit Jean Thistorien , tous les fauteurs « de l'hérésie, et les imprécations fii- « rent terribles. On défendit de com- « muniquer en aucune manière avec « les Grecs , de n'avoir aveo eux ni «rapport, ni relation commerciale, « de ne contracter aucune alliance , « dans la crainte que , par ces rappro- « chements, ils se mêlassent à nous, a ce qui pouvait altérer la pureté de « notre orthodoxie , et détruire la bar- « rière apostolique qui nous protège. »
C'est ainsi que la nation arménienne fut poussée dans les voies du schisme.
Depuis quatorze siècles ce schisme subsiste ; et , bien que les Arméniens soient aussi opposés que l'Église catholique à la personne d'Eutychès, qu'ils rejettent comme hérétique, néanmoins, par une contradiction déplorable • ils condamnent avec la même chaleàr le