CHAPITRE ITI
Règne d'Igor. — Guerres contre Constaiiliiiople. — Mort d'Igor chez les Drevliens. — Régence d'Olga. — Prise de Korosth^ne. — Conversion d'Olga au cliristianisme.
Rien qu'Igor Rurickowitch (lils de Rurick) eut atteint depuis longtemps sa majorité, il avait abandonné le pou-
voir à OIeg, qui le conserva pendant sa vie : Igor ne lit valoir ses droits au trône qu'à la mort de son tuteur (912). Il ne guerre lieu reuse contre les Dre vliens qui, à Tavénement du nouveau souverain, avaient essayé de secouer le joug, une résistance vigoureuse aux invasions des Petclienègues, adversaires farouches et terribles, venus des rives du Volga, et que nous retrouverons fréquemment au pi'emier rang des ennemis de la Russie; enfin, deux expéditions tentées contre Constantinople , tels sont les événements qui remplissent le règne d'Igor. La première des expéditions dirigées contre Constantinople (î)4 1), ne réussit pas. Dès leurs premiers pas dans l'empire d'Orient, les Russes s'étaient livrés à d'odieux excès. Ces impitoyables soldats, qui trouvaient un affreux plaisir dans le pillage et le massacre , avaient ranimé, par leurs violences , le courage trop souvent chancelant des Grecs. Le temps perdu par les Russes avait, d'ailleurs, permis aux empereurs de Constantinople de prendre contre eux des mesures de défense. Des armées nombreuses les avaient si bien enveloppés ([u'ils purent à peine s'ouvrir un passage pour la retraite. Surpris dans leur fuite par la flotte grecque, ils virent leurs vaisseaux dévorés par l'incendie que portait à leurs bords le feu grégeois lancé par l'ennemi. Dans leur épouvante, les Russes se jetèrent à la mer et n'évitèrent un péril que pour en rencontrer un autre. Quelques-uns atteignirent toutefois les vaisseaux qui avaient échappé au feu grégeois : cette armée, naguère si insolente, maintenant affaiblie des deux tiers , harcelée et pressée de toutes parts, parvint à grand'peine à regagner la Russie.
Vaincu, mais non abattu par sa défaite^ Igor veut réparer cet échec. Son honneur, la stabilité de son pouvoir,
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l'irrésistible ambition qui déjà poussait les princes russes vers Constantinople , l'entraînaient encore une fois vers l'empire d'Orient. Il rassemble donc de nouvelles forces, traite avec les Petchenègues , ses ennemis , qu'il réunit à son armée, et part, en 944 , pour menacer, une seconde fois, la capitale de l'Orient. Cette expédition se termina sans combat. L'empereur, à rapproche des Russes, s'empressa, pour les éloigner du territoire, d'offrir un tribut qu'Igor accepta.
Tout semblait désormais commander le repos à Igor, le succès, aussi bien que l'âge, car il avait alors soixanteneuf ans. Mais dévoré de l'inquiète activité des conquérants, et ne pouvant se décider à remettre dans le fourreau sa redoutable épée, il résolut de soumettre les Drevliens à un tribut plus considérable que celui qu'il leur avait imposé. Après une facile victoire , il s'en revenait triomphant , quand , poussé par une avidité insatiable , et jugeant le nouveau tribut encore insuffisant , il se retourna contre les Drevliens avec une faible partie de ses troupes. Cette fois, ceux-ci réduits au désespoir se défendirent avec acharnement, battirent Igor, et l'ayant surpris dans une embuscade , le massacrèrent sans pitié.
Igor, comme Rurick, laissa pour successeur un enfant incapable encore de gouverner. Ces longues minorités étaient un péril pour l'établissement naissant des Russes. Mais la jeunesse de Swiatoslaw trouva dans Olga, l'épouse d'Igor, un solide appui. Olga, descendue, selon les uns, d'un des principaux magistrats de JNovogorod, et, selon d'autres, pauvre et honnête batelière qu'Igor éleva jusqu'à lui, était une femme courageuse et prudente. Durant les dix années qu'elle conserva le pouvoir, de 94.5 à 955, elle sut gouverner avec
RÉGEINCE D'OL(iV (940-950). 13
sagesse, imprimer à l'administration russe une marciie pins ré*^ulière, répartir plus équitablement les impôts, et alTermir le pouvoir que son époux lui avait confié.
Son premier soin fut de venger la mort dTgor. Les Drevliens, ([ui avaient combattu vaillamment pour la défense des droits les plus légitimes, furent cruellement punis de leur résistance. S'il faut en croire le récit de Nestor, Olga dépassa de beaucoup dans sa vengeance les limites de justes représailles. Subjugués en partie par la ruse, en partie par les armes, les Drevliens succombèrent dans la lutte et durent s'humilier sous la domination russe. Après un siège d'une année, Korosthène, leur capitale, fut prise et livrée aux flammes : Mule, leur prince , qui avait dirigé la guerre contre Igor, périt dans le massacre qui suivit la prise delà ville.
La conversion d'Olga au christianisme peut être considérée comme l'acte le plus important de sa régence. C'est à Kief, où elle retourna après son expédition contre les Drevliens, que son esprit fut éclairé des lumières de la foi, soit par les enseignements des missionnaires grecs, soit par l'exemple des chrétiens qui hal)itaient cette ville depuis la conversion des premiers princes de Kief. Enflammée de zèle pour le christianisme, Olga partit pour Constantinople, afin de s'instruire dans la rehgion nouvelle. Ses relations continuelles avec l'empire d'Orient l'avaient décidée, d'ailleurs, à embrasser le rite grec.
L'empereur Constantin Porphyrogenète fut le parrain d'Olga, qui reçut, à son baptême, le nom d'Hélène. Comme nous le raconterons plus loin, le christianisme ne remplaça définitivement en Russie le culte des idoles qu'environ quarante ans plus tard, sous le règne de Vladimir le Grand.
Le pieux exemple de la régente ne fut d'abord imité ni par Swiatoslaw, son fils, ni par ses sujets. Ce ne fut même pas sans quelques obstaeles qu'Olga professa sa foi nouvelle. Après sa conversion, elle se lassa, dit-on, du pouvoir, et le remit à son fils , qui régna sous le nom de Swiatoslaw.