CHAPITRE TV
Swiatoslaw. — Ses mœurs et son caractèi-e. — St's yiieri'os. — Les Petchenègues. — Siège do Kiel'. — D(''raiLe des Russes eu Orient. — Mort de Swiatoslaw. — laropelk lui succède. — Ses violericos contre ses frères.
— Intervention des Polonais. — Rogneda refuse Vladimir pour époux.
— Succès définitif de Vladimir.
Le règne de Swiatoslaw (955-972) prend son intérêt dans le caractère personnel de ce prince. Swiatoslaw fut plutôt un chef vaillant, audacieux, un héros, enfin, selon le sens le plus guerrier de ce mot , qu'un prince habile et prudent. Sa politique, qui se ressent forcément de l'impulsion que lui avait donnée celle de ses prédécesseurs, le porte, il est vrai, selon le cours habituel de l'ambition russe, vers l'empire d'Orient, mais cette politique est dominée par la passion des aventures et des combats. Swiatoslaw, aussi sévère pour lui-même qu'il l'était poui" ses soldats, rappelle, par ses mœurs indépendantes, sauvages même, la vie rude et \agabonde des princes varaigues. Préférant la giierre à toute autre occupation , dédaignant les commodités et les délicatesses du luxe, ce prince passait sa vie dans les camps. Parcourant sans cesse la Russie dans tous les sens , tantôt au nord , tantôt au midi, toujours actif, toujours combattant, a
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peine deseendait-il de cheval pour prendre ((uel((ue repos. Il n'avait inènie pas de tente pour s'abriter, et quand, la nuit, il sonuneillait, c'était en plein air, le corps enveloppé d'une pièce de feutre grossier, la tête appuyée sur la selle de son cheval. La viande, rôtie à la hâte sur des charbons ardents, formait sa seule nourriture.
Swiatoslaw dirii^ea d'abord ses efforts contre les Kosares, nation célèbre de la même race (pie les Turcs, et qui, au sixième siècle, s'était emparée des rives orientales de la mer Noire. S'étendant de là entre le Tanaïs et le Borysthène , ils s'étaient rendus maîtres de la Chersonèse taurique (Grimée). Swiatoslaw les défit complètement , prit leur capitale, et effaça leur nom de l'histoire de la Russie (965).
A peine avait-il termine cette glorieuse entreprise que Nicéphore Phocas, empeieur d'Orient, réclama son secours pour réprimer les attaques des Bulgares qui, réunis aux Hongrois, menaçaient l'empire. Le prince russe, saisissant avec empressement cette occasion de jouer le rôle de protecteur en Orient, pénétra en Bulgarie, s'empara de toutes les villes situées sur le Danube , et résolut d'étabhr la capitale de son empire sur les bords de ce fleuve.
Tandis qu'il formait ces ambitieux projets, Kief, qui était devenue la véritable capitale de la Russie, et qui renfermait alors la mère, la femme et les enfants de Swiatoslaw, était assiégée par les Petchenègues dont nous avons précédemment parlé. Pressée par ces ennemis qui l'avaient cernée de toutes paits, la ville de Kief dut son salut à l'adresse et au courage d'un jeune Russe qui réussit à traverser les rangs de Petchenègues , et à rejoindre un général russe, nommé Pritich, campé sur la rive du Dnieper, opposée à celle qu'occupaient les Petchenègues.
16 HISTOIEE DE KUSSIE.
Pritich, averti du danger qui menaçait Kief, fait embarquer ses troupes, trompe les assiégeants et les force à s'éloigner en toute hâte.
Aussitôt que Swiatoslaw eut appris l'entreprise des Petclienègues, il accourut, les défit encore une fois, puis leur accorda la paix , afin de poursuivre les importants projets qui l'appelaient sur le Danube. — La mort de sa mère Olga (969) , et le partage de l'empire entre ses trois fils le retint encore quelque temps à Kief. Il donna Kief à laropelk qui lui succéda, Novogorod à Vladimir, et le pays des Drevliens à Oleg, se réservant toutefois l'autorité suprême.
Après avoir pris les mesures les plus capables d'assurer le repos et l'ordre en Russie , Swiatoslaw repartit enfin pour la Bulgarie. Durant son absence, les Bulgares avaient repris tout ce qu'il leur avait enlevé, et il les trouva si bien préparés à une lutte vigoureuse, qu'au siège de Pereiaslavents, la victoire fut longtemps indécise. Cependant le courage et la détermination de Swiatoslaw et de ses soldats l'emportèrent ; la ville fut prise et la Bulgarie dut se soumettre (971).
Mais tandis que le prince russe triomphait ainsi, excité et soutenu par le patrice Calorere, qui espérait surprendre, avec son aide, le trône de Constantinople, Jean Zimiscès, le successeur de Nicéphore, effra} é des succès de Swiatoslaw, réunit des forces considérables et se prépara à refouler le conquérant dans la Russie. Cette fois, Swiatoslaw, chassé des diverses villes qu'il avait conquises, partout battu, malgré son opiniâtre résistance, fut réduit à demander la paix. Ses revers ne s'arrêtèrent pas là. Chassé de la Bulgarie, privé d'une partie de son armée, il ne put même pas regagner la Russie. Les Petchenègues
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rarrètèrcnt au bord du Dniéjx'r, quand il voulut franchir les cataractes célèbres Ibrmées par les écueils ([ui embarrassent le cours du lleuve. Ayant vainement attendu tout l'hiver que ses ennemis lui livrassent passage, il résolut de s'ouvrir le chemin de la Russie par un combat désespéré, dans lequel il fut vaincu et tué. Son crâne, orné d'un cercle d'or, sur lequel, selon quelques historiens, on avait gravé ces mots : En courant après le bien (Vantrui, vous perde:^ le vôtre^ servit de coupe au chef des Petchenègues (972).
A la nouvelle de la mort de SwiatoslaAV , laropelk , prince de Kief, prit, comme l'aîné des trois frères, possession du pouvoir suprême, sans que ses frères, Oleg et Vladimir, renonçassent à leurs apanages.
Son règne assez court (973-980) fut entièrement rempli par les débats sanglants que l'ambition suscita entre les trois princes apanages : tristes préludes des guerres intestines que les partages de territoire ont provoquées en Russie pendant plusieurs siècles.
laropelk donna le premier l'exemple de la violence. Sous le prétexte de venger le meurtre du fils de Svenold, l'un de ses officiers favoris, tué à la chasse par son frère Oleg, ce prince déclara la guerre à Oleg et le poursuivit avec acharnement. Oleg périt à la suite d'une bataille, dans le désordre d'une retraite précipitée, au moment où il essayait, avec les débris de son armée, de franchir un pont qui s'écroula sous ses pas (975).
Maître de l'apanage d'Oleg, laropelk se dirige vers Novogorod pour déposséder Vladimir. Celui-ci, réfugié chez les peuples varaigues, qui occupaient encore les bords de la Raltique, implore leur appui et rentre triomphant dans Novogorod, sans rencontrer plus de résistance
18 HISTOIRE DE BLSSJE.
qu'il n'en avait lui-même opposé à laropelk. Mais ce succès ne lui suffisait plus, et lorsqu'il renvoya à son frère les voirades, chargés du gouvernement de Novogorod, il les chargea de lui dire que bientôt, à son tour, il irait lui faire visite à la tête d'une armée.
Une circonstance étrangère à ce débat augmenta encore l'animosité des deux frères. Us avaient en même temps fait demander en mariage Rogneda, fille du prince de Polotsk ' . Son père lui ayant permis de choisir entre les deux prétendants, la jeune princesse se prononça en faveur de laropelk, en disant: « Je ne veux point dé- " chausser le fils d'un esclave, et je choisis laropelk. » (L'usage obligeait les jeunes mariées , en signe de soumission, à déchausser leur époux le premier jour des noces). Le prince de Novogorod, Vladimir, fils naturel de Swiatoslaw, était né d'une femme de service de la princesse Olga, et cette réponse de Rogneda le blessait plus vivement qu'aucune autre injure. Il marcha contre le prince de Polotsk, le délit, le tua, et obligea Rogneda à accepter sa main.
Aussitôt après ce sanglant exploit, Vladimir se dirigea sur Kief, où laropelk, entretenu dans une sécurité profonde par la trahison d'un de ses voirades, nommé Rloud, se tenait sans défiance. La ville, fortement défendue, aurait pu, d'ailleurs, résister à l'agression de Vladimir, si, trompé par les perfides conseils de Bloud, laropelk ne s'était enfui sans combattre. 11 lui restait pourtant une dernière espérance , c'était de trouver un refuge auprès des Petchenègues ; Bloud réussit encore à le détourner de ce projet, et lui persuada même de se con-
' Pololtrk, ville do Litluuviiie.
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fier à la gcncmsitc de Vladimir. Traqué de tous côtés, sans asile, sans appui, laiopelk se dclennina à suivre cet avis; mais Vladimir, qui devait prendre place parmi les princes les plus sages de la l\ussie, Vladimir, qui devait un jour briser les idoles sur les autels de la foi, n'obéissant alors qu'à de cruels instincts, fit massacrer impitoN ablemeiit le malbeureux laropelk (080).
Ce crime qui vengeait la mort d'OIeg, inaugura le règne du lils de Swiatoslaw.