FONDATION DE MOSCOU (N
de Kief, ils l'en an-achèrent et le inassacrèrent au pied des autels. Par un singuliei' retour de sentiments, assez habituel au peuple, les Kioviens, quelques jours après, suivaient le convoi d'Igor, en versant des larmes de repentir (1147).
Le règne d'Isiaslaw IT ne fut qu'une longue guerre civile, qui se termina par le triomphe déilnilif d'iouri, tils de Vladimir Monomaque. IsiaslavN' mourut, après avoir tenté à diverses reprises d'enlever à son oncle la principauté de Kief. Des lors ïouri, paisible possesseur du pouvoir, ne songea plus qu'à en oublier les fatigues dans les plaisirs et dans la mollesse. Lorsqu'il mourut (1157), les haines endormies éclatèrent avec violence ; le peuple de Kief pilla son palais , et faillit outrager ses restes ; cependant l'admiration que les Russes ont conservée pour la mémoire d'iouri, semblerait prouver, dans le silence de l'histoire, qu'il rachetait ses vices par des qualités supérieures. Ce fut lui qui jeta les fondements de Moscou, dans des circonstances qu'il n'est pas sans intérêt de rapporte)-. Sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Moscou, s'élevait un modeste hameau, domaine d'un riche particulier nonnné Stépan Koutchko. Un jour qu'Iouri traversait cette contrée pour aller voir son lils André, Koutchko, fier de sa fortune, loin de rendre au prince les hommages qu'il lui devait, osa le bra\er insolemment. Le souverain irrité fit saisir le coupable, qui fut noyé par son ordre; et, séduit par le charme de la campagne, il voulut que sur ces lieux mêmes fût construit une ville qui prit le nom de Moscou, de la rivière de Moskowa.
André, prince de Vladimir, succéda à louri, son père. Son avènement fut fatal à la ville de Kief. Dès le règne
précédent, André avait, pris la résolution de changer la capitale de la Russie, et de donner à la principauté qui lui était échue en partage la prééminence qui avait appartenu jusque-là à celle de Kief. Bien que placée, en effet, dans une admirable situation, la ville de Kief, entourée de tribus hostiles, des Petchenègues, des Kozares, des Turcs et des Polowtsis, n'offrait pas, comme capitale d'un grand empire, une sécurité suffisante au prince qui l'habitait. L'esprit turbulent des Kioviens contribua aussi , sans doute, à la détermination d'André ; quoi qu'il en soit, ce prince, une fois décidé à faire de Yladimir, non seulement sa résidence , mais encore la capitale de la Russie , ne laissa échapper aucune occasion d'abaisser Kief et Novogorod. Saisissant, pour accomplir ses projets, le moment où les KioYiens s'étaient révoltés contre Swiatoslaw, leur souverain, et prétextant la défense des droits de ce prince, il marcha contre l'ancienne capitale de la Russie. Après deux jours d'attaques impétueuses, la ville, conquise en 870 par Oleg, agrandie et embellie par Vladimir le Grand et Taroslaw le législateur, fut prise d'assaut, livrée au pillage et incendiée par le vainqueur, qui voyait dans la ruine de Kief la grandeur future de Vladimir. Novogorod, plus heureuse, défendue par des citoyens plus dévoués à son indépendance, sut résister à André, et ne perdit que bien plus tard le rang qu'elle occupait en Russie.
Établir sa domination sur toutes les rivalités qui déchiraient le pays, tel fut le but constant des efforts du lils d'Iouri. La mort violente qui termina précipitamment ses jours, ne lui permit pas de l'atteindre, et enleva à la Russie l'espoir qu'elle concevait de recouvrer son ancienne grandeur. On se souvient du meurtre de Koutchko, tué par louri. Les enfants de Koutchko avaient constamment
poui'suivi la vengeance de ce crime; mais ce fut le lils d' fouri qui expia Tattentat de son père. Unis à quelques obscurs conspirateurs de palais, les Koutchko pénétrèrent de nuit dans la pièce où le prince de Vladimir reposait, le massacrèrent sans pitié, malgré son héroïque résistance, et jetèrent son cadavre dans la cour du palais (1 175).