LES HONGROIS A GALITCH
tout aussitôt l'habit monastique et reprit i)()ssession de la principauté de Kief. Vladimir, fils d'Igor, détrôna Daniel, fils de Roman, tandis que f infortunée mère de ce jeune prince se réfugiait à Cracovie , en Pologne , près de Lesko Y.
Le prince polonais se montra généreux; il fit partir Daniel pour la Hongrie, avec une lettre adressée au roi, et conçue en ces termes :
Vous avez été l'ami de son père, moi f ai oublié que Roman fut autrefois mon e^memi. Prenons le parti de ces pauvres exilés, et replaçons sur leur tète la couronne qui leur appartient.
Mais, soit que la cause de ces jeunes princes le touchât peu, soit qu'il eût été gagné par les présents reçus de Madimir, le roi de Hongrie ne fit aucune tentative en faveur des. enfants de Roman. Vladimir même ayant été chassé, les Hongrois, oubliant les droits des exilés, lui donnèrent son frère pour successeur. La discorde ne tarda pas à éclater entre le roi de Hongrie et le prince de Galitch. Ce dernier, saisi pendant qu'il était au bain, fut envoyé captif en Hongrie, et le boyard chargé de cette expédition gouverna Galitch au nom de son souverain. Dès lors, cette principauté fut soumise à une affreuse tyrannie qui fit oublier celle de Roman. Mstislaw, prince russn, essaya vainement de soustraire Galitch à la désastreuse domination du lieutenant du roi de Hongrie; il échoua. Mais Roman, fils d'Igor, s'étant réuni à Vladimir, son frère, parvint à chasser l'usurpateur (1210).
Les malheureux habitants de Galitch s'aperçurent à peine de ce changement, tant les nouveaux souverains s'étudièrent à imiter la cruauté de leurs prédécesseurs. Leur folle et odieuse conduite porta enfin ses fruits. Les
hongrois étant accourus avec Daniel, fils de Roman le Grand, les habitants de Galitch s'emparèrent des deux tyrans, les accablèrent de coups et d'outrages, et finirent par les pendre.
Au moment même où le peuple de Galitch immolait à sa vengeance les princes Roman et Vladimir, Vsevold, prince de Vladimir, se mourait. Vsevold, plus politique que guerrier, signala son administration par la soumission des habitants de Novogorod , dont il obtint l'obéissance , sans guerres, sans luttes, et seulement en apportant des entraves à leur commerce. Le grand prince^ sentant sa fin approcher, donna la souveraineté de Vladimir à louri (Georges), son second fils, au mépris des droits de Constantin, son fils aîné. Il mourut ensuite à l'âge de soixantetrois ans (1212).
Ce fut sous son règne que les Croisés, s'emparant de Constantinople, y élurent un empereur et un patriarche latins. En vain les papes, vainqueurs à Constantinople, essayèrent-t-ils alors d'asseoir leur domination en Russie, et de comprimer le schisme qui divisait rÉgfise. Les princes russes repoussèrent leurs exhortations et leurs prières.
A la mort de Vsevold, chacun de ses fils prit possession des apanages qu'il leur avait assignés ; mais tous étaient mécontents de leur partage, et la guerre éclata bientôt entre eux. Constantin, dépossédé du trône de Vladimir par la volonté de son père, résolut de tout tinter pour le reprendre. Les Novogorodiens ayant élu Mstislaw au lieu de laroslaw, louri embrassa le parti de ce dernier, tandis que Constantin se déclara en faveur de Mstislaw. Dans la lutte qui suivit, Taroslaw, vaincu malgié la supériorité de ses forces, entraîna dans sa chute louri, qui dut céder la
LES TATARS-MOÎNGOLS ( I '2 1 0-1 220). 47
couronne à son frère Constantin. Ce dernier ne se distinj^ua pas moins par sa modération que par son courage. Il accueillit son frère avec bienveillance, et lui fit don d'un apanage. Constantin, malheureusement, survécut peu à son triomphe. Atteint à la fleur de l'âge d'une maladie mortelle, il succomba en désignant pour son successeur Jouri son frère, auquel il recommanda ses enfants (1220). Depuis Vladimir, la llussie s'était constamment affaiblie par les divisions. Partagée en une foule de souverainetés rivales, elle n'était plus capable de réunir en un faisceau unique ses forces dispersées, et de tenir tête à un ennemi redoutable. C'est dans ces circonstances périlleuses, au moment où les hordes des Tatars, conduites par le génie belliqueux de Genghis-Khan, menaçaient la Russie d'une invasion prochaine, que louri, prince faible et inhabile, monta sur le trône.